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Full text of "Annales"

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NVn flESCARCH UeRARICS 



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CERCLE ARCHÉOLOGIQUE OE MONS. 

1876. 



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CERCLE ARCHÉOLOGIQUE DE MONS. 

1876. 






Le Cercle n'est, en aucune façon ^ responsable des opinions 
émises par ses membres, 

(Article 25 des statuts. ) 



ANNALES 



DU 



CERCLE ARCHEOLOGIQUE 

DE MONS. 
TOME QUATORZIÈME. 




MONS 

HECTOR MANCBAUX, IMPRIMEUR-ÉDITEUR. 

1877. 



'PUBLIC LIBRARi 

ASTOR, LENOX AND 
TILDEN FOUNDATIONS 



LISTE 



DES 



MEMBRES DU CERCLE, 

AU V' DÉCEMBRE 1876. 



PRÉSIDENT D'HONNEUR. 

M. François DOLEZ, Bourgmestre de la ville de Mom. 

COMITÉ ADMINISTRATIF. 

Présidait: M. Deyillers; 

Vice-Président: M. Rouvez ; 

Secrétaire: M. Debert; 

Trésorier : M. le comle d*AuxY de Làunois ; 

Conservateur des collections : M. Dosveld^; 

Bibliotl^ire-archiviste : M. Matthieu ; 

Questeurs: MM. SoTTiAU^et Toint, 

COMMISSION DES PUBLICATIONS. 

MM. Deyillers, Président; le comte d*Auxy de Launois» Matthibu, 
RousSËLLE, SoTTiAU, RouYEZ, Secrétaire ; Quinet, Membre honoraire» 






Cev^ 



O !<w 






^) 



CERCLE ARCHÉOLOGIQUE DE MONS. 

1876. 






— XIV — 

ROTTHiER, Zacharie, Chef de bureau au département de rintérieur, 

à Bruxelles, 
SCHAEPKENS, Alexandre, Artiste-peintre, à Bruxelles, 
SCHAEPKENS, Amaud, Littérateur, à Maestricht. 
ScHELER, Auguste, Bibliothécaire du Roi et de S. A. R. le comte de 

Flandre, à Bruxelles. 
SCHOONBROODT, F.-G., Conscrvateur des Archives de TÉlat, à Liège. 
ScHOY, Architecte, à Bruxelles. 

ScHUERMANS, Henri, Conseiller à la Cour d*appel, à Liège. 
SiRET, Adolphe, Commissaire d'arrondissement» Membre de TAcadémie, 

Directeur du Journal des Beaux-Arts, à Saint-Nicolas. 
Van Bemmel, Eugène, Proresseur à TUniversilé de Bruxelles. 
Van Cauwenberghe, Edouard, Littérateur, à Audenarde. 
Vanden Bussche, Emile, Conservateur des archives de TÉlat, à Bruges, 
Vandenpeereboom, Alphonse, Ministre d*Iîlat, Président de la Société 

historique, archéologique et littéraire d'Ypres. 
Vander Maelen, Joseph, Directeur de l'établissement géographique, 

à Bruxelles. 
Vanderstraeten, Edmond, Commis aux Archives générales du royaume, 

à Bruxelles. 
Vandewiele, Félix, Architecte, à Bruxelles. 
VAN Even, Edouard, Archiviste de la ville de Louvain. 
Van Hollebeke, Léopold, Sous-chef de section aux Archives générales 

du royaume, à Bruxelles. 
Van Malderghem, Jean, Littérateur, à Bruxelles. 
Wauters, Alphonse, Archiviste de la ville, Membre de l'Académie et de 

la Commission royale d'histoire, etc., à Bruxelles. 
Weale, James, Antiquaire, Membre correspondant de la Commission 

royale des Monuments, à Bruges. 

Madame : 
Defontaine-Coppée, Angélique, Littérateur, à Matines. 



— XV — 



MEMBRES DÉCÉDÉS. 

EFFECTIF. 
Delloue, curé de MontbliarL 

HONORAIRE. 
Drion, JuleSy Ingénieur civil, ancien échevin de la ville de Mom, 

CORRESPONDANTS. 

CoussEBiARER (de\ Char tes- Edmond- Heii H, Correspondant de rinslilul 
de France, Président de la Commission historique du déparlement du 
Nord et du Comité flamand de France, h Lille. 

De Ridder, C.-B.f Chanoine de la métropole, secrétaire et sous-archi- 
viste de Tarchevôché de Malines. 

Michaux, Adriefu Président honoraire de la Société archéologique de 
Tarrondissement d'Avesnes, à Fourmies. 




SOCIÉTÉS SAVANTES 



AVEC LESQUELLES 



LE CERCLE EST EN RELATION : 



Amiens. 
Anvers. 
Arlon. 

AUXERRE. 
AVESNES. 

Bruxelles. 



Caen. 
Ghakleroi. 

DlINKERQUE. 

Gand. 



Liège. 



1» 
Lille. 
Luxembourg. 



— Société de$ Antiquairei de Picardie. 

— Académie d'archéologie de Belgique. 

— Société pour ta conservation des monuments historiques et 

des œuvres d'art de la province de Luxembourg. 

— Société des sciences historiques et naturelles de i' Yonne. 

— Société archéologique de l'arrondissement. 

— Commission royale d'histoire. 

— Commission royale pour la publication des anciennes lois 

et ordonnances de la Belgique. 

— Comité archéologique du Brabanl. 

— Société royale de la numismatique belge. 

— Société française d'archéologie pour ta conservation 'des 

monuments historiques. 

— Société paléontotogique et archéologique de V arrondisse- 

ment. 

— Comité flamand de France. 

— Société royale des Beaux-Arts et de littérature. 

— Comité central de publication des inscriptions funéraires 

et monumentales de la Flandre OrierUale. 

— Institut archéologique. 

— Société d'émulation. 

— Société liégeoise de littérature wallonne. 

— L'Union des artistes Liégeois. 

— Commission historique du département du Nord. 

— Société pour la recherche et la conservation des monu- 

ments historiques du Grand-Duché de Luxembourg. 



— XVIl — 



MONS. 

1 



Namur. 
Paris. 
Poitiers . 
Sairt-Nicolas. 

St-PÉTERSBOURG. 

Termondb. 

TONGRES. 

Tournai. 
Valencienres. 
Washiugton. 
Ypres. 



- Société des Sciences^ des Arts et des Lettres du Halnaut. 

• Société des Bibliophiles belges, 

' Société des anciens élèves de V école des mines du Hainaut. 

Cercle pharmaceutique du Hainaut. 
■ Société arthéologique. 

institut des Sociétés savantes. 

Société des antiquaires de l'Ouest. 

Cercle archéologique. 

Commission impériale archéologique. 

Cercle archéologique. 

Société seienti/ique et littéraire du Limbourg. 

Société historique et littéraire. 

Société d'Agriculture, Sciences et Arts de P arrondissement. 

Société Smithsonienne, 

Société historique, archéologique et littéraire de la ville 
d' Ypres et de l'ancienne West^Flandre. 



JOURNAUX SCIENTIFIQUES 

REÇUS PAR LE CERCLE EN ÉCHANGE DE SES PUBLICATIONS : 



BuUelin des commissions royales d*art et d'archéologie. 
Messager des sciences historiques de Belgique. 
Journal des Beaux- Arts, sous la direction de M. Siret. 
Collection de Précis historiques. 

Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique. 
De Vlaamsche school. 

La Flandre. Revue des monuments d'histoire et d'antiquités. (Directeur, M. Em. 
Vanden Bussche.) 



— XVIII — 

Le Cercle adresse un eiemplaire de ses publications : 

A 8. M. le ROI. 

A Monsieur le Ministre de l'Intérieur. 

A la bibliothèque du Département de la Justice. 

Au Conseil provincial du Hainaut. 

Au Conseil provincial de Namur. 

Aux Archives départementales du Nord, à Lille. 

Aux Archives de TËtat, à Mons. 

A la Bibliothèque publique et aux Archives communales de Mons. 



Nota. — Les collections du Cercle sont déposées dans deuoc 
salles du rez-de-chaussée de la bibliothèque publique de Mons , 
où se tiennent les séances ordinaires, le troisième dimanche de 
chaque mois, à onze heures et demie. 




ARMOIRIES DE L*ABBAYE DE CAMBRON. 



ANNALES 



DU 



CERCLE ARCHEOLOGIQUE 

DE MONS. 



ECISTOIIiE 

DE 

L'ABBAYE DE CAMBRON. 



CHAPITRE V'. 
L'ANCIEN VILUGE DE CAMBMNV. 

Cambron est une des localités belges dont l'histoire remonte 
le plus haut. 

Les chroniques et les chants de gestes, réunis par Jacques 
de Guise, au xiV' siècle, rapportent que, 580 ans environ 
avant Tère chrétienne, les Huns, sous la conduite de leur roi 
CàmbcTy seraient venus assiéger Belgis (Bavai), capitale du 
pays des Belges; qu'ils en auraient été repoussés avec pertes. 



â LE VILLAGE 

et que leur chef se serait retiré sur les bords de la rivière 
d'Aube (Arbre) S où il aurait b&ti un château qui donna 
naissance au village de Cambron. 

Ces vieux chants historiques, en confondant les lieux, les 
dates, les peuples et les personnages, ont produit les plus 
singulières contradictions, de sorte qu'il est souvent impos- 
sible de faire concorder ces traditions poétiques avec les récits 
des historiens. Aussi, pour rendre la légende de Camber 
quelque peu admissible, pourrait-on hasarder Texplication 
suivante : Camber serait la personnification de la nation Cim- 
bre^ qui, d'après Amédée Thierry, vint, au vi« siècle avant 
notre ère, s'établir dans l'Europe occidentale ; puis, trans- 
portant la suite du récit douze siècles plus tard, on devrait 
supposer que les prétendus Huns, qui assiégèrent Belgis, ne 
seraient que des bandes guerrières de Germains, qui, au \* 
ou au v]« siècle, arrivèrent dans nos contrées à la suite de 
l'établissement des Francs : une de ces bandes aurait attaqué 
les Gallo-Francs retranchés dans une des anciennes forte- 
resses romaines du pays; leur chef, après sa défaite, se serait 
réfugié dans la Forêt Charbonnière, et y aurait construit une 
villa dont il aurait fait sa résidence définitive. 

Comme à cette époque d'invasions et de brigandage, il était 
nécessaire de se garantir contre toute attaque, les habitations 
de ce genre furent ordinairement fortifiées. Telle aurait été 
la villa du chef germain ; telle aurait été la source de la tradi- 

1. Ge nom 8*écrit différemment par les auteurs. On trouve : fluvium 
Astra, MABUJiON, De re diplomaticâ, p. 534 ; fluviolum AthanHy Ph. Bras- 
seur, diaprés la Cosmographie d*Antonin; Vid Harbam fluvium, id. An- 
nales bénédictines ; Albe^ Ambe ou Arbre^ J. Zuallart, SUtoire d'Ath. 
Les villageois riverains désignent l'Arbre sous le nom de Blanche ou 
Bianchelte, à cause delà transparence de ses eaux; ils attribuent ainsi 
une signification à celui d'Alba^ que Jacques de Guise et Antoine Le Waitte 
i*âccordeat à donner à ce cours d*eau. g 



DE CÂHBRON. 3 

tion du château de Camber et du nom de Cambron, qui y 
fait remonter son origine. 

Quoiqu'il en soit de ce chef et de sa forteresse, le terri- 
toire de Cambron ne resta probablement pas longtemps la 
propriété de ses premiers maîtres, car on sait qu'il passa à 
l'abbaye de Saint-Denis près de Paris, monastère puissam- 
ment riche, qui, au VIP siècle, avait reçu du roi Dagobert, 
vingt-sept bourgades ^ Au siècle suivant, l'abbaye avait perdu 
la possession de Cambron, ainsi quil résulte d'une charte 
datée de 751. Voici l'analyse de cet acte qui présente de l'in- 
térêt pour les mœurs de l'époque : 

Fulrade, abbé de ce monastère, après avoir envoyé une 
requête des moines de son abbaye et des agents des villas de 
Saint-Denis, eut recours à Pépin, maire du palais (qui devint 
roi sous le nom de Pépin-le-Bref), en lui exposant que les 
propriétés de Saint-Denis, qui d'ancienne date avaient été 
cédées ou données par la libéralité tant des rois que des 
chrétiens, des hommes crai^ant Dieu, ou des personnes 
riches, lui furent enlevées et soustraites, soit par des gens 
dépravés ou méchants, soit par une injuste cupidité, par de 
mauvais expédients, par la faiblesse des abbés, soit enfin 
par la négligence des juges. Â la suite de quoi, les moines 
et leurs agents se présentèrent, à diverses reprises, porteurs 
des ordonnance; des rois, ou des copies des autres chartes 

1. On trouve dans Tintroduction du Car Maire de Cabbaye dé Cambron, 
publié par M. le chanoine DeSmet, membre de la commission royale 
d'histoire, p. I :... a Pépin-le-Bref, alors maire du palais, quile nomme 
« CambriOy en fit don vers Tan 7S0 à la célèbre abbaye de Saint-Denis, par 
«un diplôme que dom Félicien a inséré dans son histoire de ce monas- 
« tère, » etc. 

On trouve ce diplôme dans les pièces justificatives de cette histoire, 
XXXIII. Doublet avait déjà publié ce diplôme dans son Histoire de SaitU- 
DeniSf p. 092, et on le retrouve dans les Diplomata^ Charlœ, etc., de Par- 
dessus, t. Il, p. 418. 



4 LE VILUGE 

relatives à ces propriétés, au palais, devant le maire, ses 
grands et ses ducs, et se rencontrèrent devant ceux-ci, afin de 
régler ces affaires avec plusieurs de ceux qui ne détenaient 
ces biens que de mauvaise source. Pépin ordonna de revoir 
soigneusement ces chartes ; et là où la justice fut reconnue 
d'après Favis des grands, des comtes et des légistes, il res- 
titua diverses propriétés affectées au luminaire de l'abbaye, 
à l'entretien des religieux, et au soulagement des pauvres et 
des pèlerins. En outre, il expédia deux envoyés royaux, Gui- 
ching et Chlodion, munis de ces actes, pour tenir des en- 
quêtes et faire des investigations dans les cantons, et pour 
rendre justice là où des actes réguliers leur seraient remis, où 
ils reconnaîtraient que la maison de Saint-Denis était investie 
de ces biens, soit par suite de donation, soit à tout autre 
titre légitime, et où ils auraient constaté que les mêmes 
biens lui avaient été enlevés par d'injustes expédients. 

Le résultat de cette procédure fut favorable à l'abbaye. 
Parmi les propriétés qui lui furent alors rendues, figurent 
les localités nommées Scanda et Cambrione, in pago brago- 
banto (Écaussines et Camijiron, dans le district de Bragbant)'. 

Ce diplôme n'indique ni le nom du bieiiaiteut de Tab- 
baye de Saint-Denis, ni la date de la donation. La charte ne 
nous fait pas connaître non plus le nom de l'usurpateur, ni 
le moyen qu'il avait employé pour enlever à l'abbaye la pos- 
session de ces domaines; mais il esta présumer qu'un homme 
puissant des environs, profitant de la circonstance que l'ab- 
baye de Saint-Denis était plus éloignée que lui de Cambron et 
d'Ecaussines, se sera emparé desdits biens. 

Vingt-cinq ans plus tard, le même abbé Fulrade voulant 
s'assurer les bénéfices de la charte qui précède, s'adressa au 

i. DuviviER, Recherches sur te HaùiaiU ancien, — Codex diplomaiiais^ 
charte Nû IX, p. 288. 



DE CAMBRON. 8 

fils de Pépin-le-Bref, le roi Charles (depuis l'empereur Char- 
lemagne). Il lui représenta Fordonnance de son père qui 
mentionnait les propriétés du monastère. Par une charte du 
2S juin 775, Charles confirma la restitution des biens que 
son père avait ordonnée. On y trouve expressément désignée la 
localitéde Cambrions avec Scanda dans \e pagusbragobantus* . 

L'abbaye de Saint -Denis resta dès lors paisible possesseur 
deCambron ; et un siècle plus tard on trouve que Hludovicus, 
abbé du même monastère, conclut avec un nommé Witramn 
un échange par lequel l'abbaye cédait à celui-ci son domaine 
de Cambron (Cambarontia, Camberon), situé dans le pagus 
bragbantinsis^ sur la rivière d'Asbra^ avec les habitations, 
(casticiis) qui y étaient construites, les terres cultivées et in- 
cultes, les prés, les pâturages, les pièces d'eau, les cours 
d'eau, le mobilier et les immeubles, un moulin surmonté d'une 
brasserie, un canton de forêt suffisant pour y nourrir trois 
cents porcs, et tout le territoire de cette localité, qui parait 
être le domaine de Saint-Denis, à l'exception toutefois des 
serfs qui restèrent la propriété de l'abbaye. De son côté, 
Witramn abandonnait au monastère diverses propriétés si- 
tuées dans le pagus Belloacinsis (le pays de Beauvais,) à l'en- 
droit nommé Bladoldi-Villa. Par un diplôme daté du 6 mars 
861, le roi Charles-le-Chauve, à la demande des parties, con- 
firma cet échange et leur en donna acte pour que la preuve 
de cette convention subsistât '. 

Au commencement du xi*' siècle, le village de Cambron 
passa de nouveau en la possession du clergé. Un comte, 

i . Même ouvrage, charte N» X. p. 290. — Mabolon, De re diplomaticâ, 
lib.Vl,LII. 

2. DuviviER, ibid., charte n^ XV bis, p. 305. — Mabillon, Dere diplo- 
maticâj p. S54. 

On trouve aussi le nom de Cambron sous la forme latine Cambrona, 
dans les Annales de ^université de Louvain, 1817-1818, p. 87 ; la cosmo- 
graphie d'Antonin dit Camtnonnium, 



6 LE VILLAGE 

nommé Aaron, qui en possédait la moitié, donna d*abord 
cette partie au chapitre de Saint-Vincent à Soignies; ensuite 
Hellin et sa femme Condrade, pour obtenir une part de l'hé- 
ritage céleste, donnèrent au même chapitre, l'autre moitié 
qui leur appartenait, et ce, de la même manière qu'Aaron 
lui avait déjà cédé sa part. Ils établirent pour avoué le comte 
Bauduin. L'acte en fut rédigé à Liège en 1053, en présence 
de l'empereur Henri III, du comte Bauduin de Hainaut, de 
quelques seigneurs et de plusieurs évéques, qui fulminèrent 
une excommunication contre ceux qui en violeraient les 
dispositions ^ 

En 1126, Burchard, évéque de Cambrai, donna au chapitre 
de Soignies, l'autel de Cambron, dit F Alleu de Saint- Vincent^ 
libre de toute charge et avec le droit de le faire desservir par 
le personnel qu'il nommerait (libéré et in personatujj tout en 
respectant les droits de l'évéque et de ceux qui le représen- 
taient (et ministrorum ejus) ". Ce document prouve qu'il exis- 

1. DuviviER, ibid.,« charte n» XLV, p. 390. — A. Wacteks, Noie sur 
utU charte. — Revue d'histoire et d'archéologie, t. IV, p. 62. 

On trouve les seigneurs de la maison de Cambron parmi les fondateurs 
de Tabbaye de Premy, faubourg de Cambrai, vers 1180. — J.-L. Carpen- 
TiBii, Histoire de Cambrai et du Camtrésis. Leyde, 1664. 

2. DuviviER, ibid., charte CXV, p. 534. — On voyait dans Tancienne 
église collégiale et paroissiale de St.-Germain, à Mons : 

La mort ne pardonne an bon 
Du monde osta de maladie 
Sire Guillaume de Cambron 
Prestre en son temps de bonne vie 
Lan mil cinq cens et dix fois huict 
D'avril en la sixiesme nuict 
Il rendit son ame et encore 
Lorsque le crucifix adore 
A Dieu a la terre ses os 
Cy devant mis en sépulture 
Priés que Dieu donne un repos 
 son esprit qui sans fin dure. 

L. De Villers. Epitaphet des égUies de Mons, 



DE CAMBRON. 7 

tait déjà une paroisse, et qu'elle était assez importante pour 
faire l'objet d'une donation. 

Environ vingt ans après, une abbaye de l'ordre de Giteaux 
fut fondée dans ce village (1148). 

Avant de nous occuper en particulier de cette fondation, 
nous constaterons qu'à la dite époque, le territoire compre- 
nant les communes actuelles de Cambron-Casteau, de Cam- 
bron-S^-Vincent et de Lombise, appartenait, pour une grande 
partie, au chapitre de Soignies, mais que la famille de Trase- 
gnies et celle de Gaviamez y avaient aussi des propriétés. Nous 
rappellerons en outre quelques souvenirs, se rapportant à un 
château-fort qui aurait existé à Gambron-Gasteau. 

Ce château était construit sur une parcelle de deux bon- 
niers, dite le Champ^de-la-Tourette^ située près de la ferme 
de ChâtUlon^j un peu en avant du pont du Ferronnier^ et à 
front du chemin qui conduit de Gambron-Casteau à Gam- 
bron-S*-Vincent. Le champ de la Tourette, bien qu'enclavé 
dans la commune de Gambron-S'-Vincent, fait aujourd'hui 
partie du territoire de Gambron-Gasteau. G'est le seul terrain 
qui, situé à la gauche du chemin traversant le Cambercheau 
dans la direction de Gambron-S^- Vincent, appartienne à la 
commune de Gambron-Gasteau. Lorsqu'on '^dressa les plans 
du cadastre, on attribua le Ghamp-de-la-Tourette au village 
de Gambron-S*-Vincent, en suivant la limite régulière que la 
route indiquait ; mais plus tard on réintégra ce terrain dans 
la commune de Gambron-Gasteau, probablement pour main- 
tenir à cette localité le champ du château* dont on fait 

i. Elle s'appelle aussi ferme du Cambercheau, ancienne propriété de 
Tabbaye de Gambron ; elle appartient aujourd'hui à la famille de Sécus. 
— Le nom de Châtillon a évidemment pour étymologie Castellum (châ- 
teau-fort). Le nom de famille DucastiUon qui existe à Ath, se rapproche 
encore plus du mot latin. 

2. La mention de Castiet-Cambron remonte à Tan 1186, Benezech, 



8 LE VILLAGE DE CAMBROM. 

remonter l'origine au chef des Huns, et qui lui aurait donné 
son nom '. 

A proximité de cet endroit, au-delà du ruisseau, à gauche, 
on trouve un terrain qui, dans des actes publics de Cambron- 
S^Vincent, est désigné sous le nom de VieUle-CUadelle. 

Enfin, joignant la Tourette, s'étend la plaine dite le Cam-- 
bercheau. D'après les uns, ce nom serait une contraction de 
Camber-Château ; d'après les autres, un camp autrefois oc- 
cupé par l'armée d'un général nommé Bercheau. Peut-être 
n'est-ce qu'un champ qui aurait conservé le nom d'un de ses 
propriétaires: Camp-Bercheau? Certains disent que ce mot 
n'est qu'une corruption de Camp-Berceau^ nom donné au 
champ où les moines fondateurs de Cambron auraient p^ssé 
la première nuit après leur arrivée dans la localité. Les villa- 
geois des environs prétendent que, du temps des Gaulais^ il 
s'est livré un combat sur cette plaine. 



' Aude sur Jacques de Guyse. On trouve Chastet-Cambron sur la carte 
annexée à cette étude. 

1. Nous avons exposé, dans notre notice sur le village de Lombise, les 
motifs qui nous font considérer ce château comme étant celui de Gavia- 
mez, qui fut le berceau de Fastré, le premier abbé de Cambron. 



FONDATION DE L'ABBATE. 9 

CHAPITRE II. 
FONDATION DE L'ABBAYE. 

En 1148/ saint Bernard vint au château de Hons visiter 
Bauduin IV, comte de Hainaut. II *y rt^ncontra un de ses 
moines de Clairvaux, nommé Fastré. Ce religieux lui fit con- 
naître qu'Anselme de Trasegnies, seigneur de Péronnes-lez- 
Bînche, chanoine et trésorier du chapitre de Soignies, avait 
l'intention de fonder un monastère de Tordre de Citeaux. Le 
saint, qui désirait vivement propager son ordre, se rendit à 
Soîgnies à Teffet de seconder les projets du pieux chanoine; 
et c'est là qu'Anselme lui donna, le 13 juillet de la même 
année, le franc-aJleu* considérable qu'il possédait à Cambron, 
et qui consistait en une villa située à distance égale des vil- 
lages actuels de Cambron-Casteau et de Cambron-S*-Vincent. 
Cette donation fut plus tard confirmée par le pape Alexan- 
dre IIP. 

Saint Bernard avait pris l'engagement d'envoyer Fastré avec 
douze religieux, pour constituer le nouveau monastère. Ceux- 
ci vinrent s'y établir avec quelques frères convers, le i^^ août 
suivant. 

On s'est demandé sous quel toit ces religieux s'abritèrent 
en arrivant à Cambron. 

i. Tenir en franc-alleu signifiait tenir de Dieu seul; ce territoire n'était 
donc soumis ni à foi, ni à hommage, ni sujet à aucune censive. 

2. Cartttlaire de Cambron, 4" partie, p. 8. 

L*acte de la donation d'Anselme s'étant perdu, il était remplacé aux ar- 
chives de Cambron par Tacte de confirmation du comte de Hainaut remon- 
tant à 1156. 

On fixe aussi la date de la donation d'Anselme au 24 juillet ou au i^ 
août. Voy. ViNCHANT, Annales, t. 2, p. 251. On écrit aussi, mais sans 
doute par erreur, la date du 24 juin. 



10 POMDAnON 

On croyait autrefois qu'ils avaient résidé dans la vieille tour 
qui, existant déjà en 1148, subsiste encore aujourd'hui, et au 
pied de laquelle jaillit une source, nommée la fontaine deSatn^ 
Bernard ; mais Le Waitte, dans son Historia Camberonensis^ 
rejette cette tradition par le motif que Tintérieur de cette tour 
était insuffisante pour. un personnel aussi nombreux. 

II est plus douteux encore qu'ils acceptèrent l'hospitalité 
au château de GaviameZy dont le seigneur était frère de 
Fastré, car ce château, peu spacieux du reste, était trop éloi- 
gné de l'église paroissiale, où les religieux n'auraient pu se 
rendre qu'en faisant un assez long trajet à travers champs. 

Il est donc vraisemblable qu'ils s'installèrent dans la villa 
même qu'Anselme leur avait donnée. C'était d'ailleurs une 
exploitation rurale, et il était facile de lui conserver son affec- 
tation agricole, tout en trouvant dans son enceinte des locaux 
suffisants pour l'habitation des religieux. Ces locaux furent 
probablement appropriés de manière à former un monastère, 
et bien qu'ils ne furent occupés que très-peu de temps, ils 
subsistèrent néanmoins longtemps sous le nom de Vieux- 
Moustier. Ce nom est resté jusqu'à ce jour au terrain que ces 
bâtiments occupèrent. 

On lit dans une ancienne notice manuscrite sur Cambron 
qui parait avoir pour auteur le moine Marc Noël : a L'intention 
première de saint Bernard était de fonder ledit monastère un 
peu plus hault, vers le midi, en une place qu'on a longtemps 
appelé le vieux-moustier et maintenant le Camherzeau, mais 
comme un jour il faisait ses prières de nuict, au lieu où est 
présentement bâti Téglise dudit Cambron, il ouit un chant 
mélodieux des anges, etc. » 

Le premier accroissement de dotation que le monastère de 
Cambron reçut, fut un autre franc-alleu situé en la même 
localité, et qui lui fut cédé en 1150 par l'abbaye d'Eenaeme. 

En 1151, saint Bernard vint à Cambron et fut reçu par Gau- 



DE L'ABBATE. 11 

cher (Wakherus) au château de Gaviamez. Il admira l'excel- 
lent esprit qui animait ses religieux, leur simplicité, et leur 
résignation dans les contrariétés ; il les exhorta à la patience. 

C'est pendant son séjour parmi eux que le saint fondateur 
fixa l'emplacement définitif du monastère. La tradition rap- 
porte que, passant une nuit en prières, il fut ravi en extase et 
crut voir tout à coup une multitude d'anges, dont les chants 
s'unissaient aux accords d'une douce symphonie. Il prit cette 
vision pour un avertissement du ciel, et il se décida à bâtir 
l'église à l'endroit même où il avait cru entendre la voix de 
Dieu. Jusqu'à ce moment, on avait eu l'intention de cons- 
truire ce sanctuaire, un peu plus loin vers le midi, sur un 
terrain élevé, près de la première résidence des religieux, au 
VieuX'Moustier. 

La volonté de saint Bernard ne tarda pas à être exécutée, et 
il est probable qu'il posa lui-même la première pierre de 
l'église du monastère qu'il venait de fonder. 

On a recherché s'il existait déjà alors, quelques construc- 
tions en cet endroit. 

Comme il n'est guère probable que saint Bernard allât 
passer une nuit de prières en pleine campagne, ou dans une 
habitation autre que le château de Gaviamez, ni même loin 
de ses religieux, on doit croire qu'il n'a pu se rendre que dans 
l'église de Cambron, pour y prier au pied de l'autel. Ainsi, 
c'est vraisemblablement dans cette église qu'il eut la vision 
que nous avons rapportée. On sait du reste que l'ancien vil- 
lage de Cambron avait une église paroissiale avant l'arrivée 
des cénobites venus de Clairvaux. L'abbé Le Waitte nous 
apprend, comme nous l'avons vu, que ceux-ci n'allèrent pro- 
bablement pas à Gaviamez, parce que ce château était trop 
éloigné de l'église. Il ne peut être ici question que de l'é- 
glise primitive de Cambron. II ne pouvait s'agir alors de l'é- 
glise de la paroisse actuelle de Cambron-S^- Vincent, car ce 



12 FONDATION 

village et cette église n'existaient pas encore : ce ne fut que plus 
tard qu'on y construisit une chapelle dédiée à saint Vincent, 
patron du chapitre de Soignies, auquel le territoire de Cam- 
bron-S^-Vincent appartenait. Il pouvait encore moins s'agir 
de l'église de Cambron-Casteau, car celle-ci ne fut construite 
qu'en 1394 : elle ne fut d'abord qu'une annexe de la paroisse 
de Gages, et dans la suite jusqu'à la suppression du culte 
catholique dans nos provinces par les républicains français, 
elle ne fut jamais érigée qu'en vicariat. On en trouve la preuve 
dans le passage suivant de la déclaration des charges de l'ab- 
baye de Cambron (Archives de VÉtat, à Mons, Registre de ces 
charges, n^4S, p. 63) : « Au vicaire de (Cambron-) Casteau, éta- 
bli le 26 mars 1788, avec compétence de 500 liv., a été réglé, le 
17 novembre 1783, entre les décimateurs de Gages et de Cas- 
teaux, que ladite compétence se répartiroit entre tous les dé- 
cimateurs, chacun pour leur cote part; Cambron pour sa cote 
part paieroit par an, 138 liv. 14 s. d. » Ce n'est qu'à la suite 
du Concordat de 1801, que cette église a été érigée enparoisse. 

On ne peut admettre qu'en 1148, l'église primitive de Cam- 
bron se trouvât, soit à l'endroit qu'occupe aujourd'hui l'église 
de Cambron-S*-Vincent, soit à l'endroit où est située l'église 
de Cambron-Casteau. En effet, on sait que cette église parois- 
siale était éloignée de Gaviamez; or, ce château était construit 
sur un terrain rapproché de l'église actuelle de Cambron-S^- 
Vincent; d'un autre côté, cette église primitive était voisine 
de la villa d'Anselme, et l'emplacement de cette villa est éloi- 
gné de l'église moderne de Cambron-Casteau. 

L'église de l'ancieti Cambron devait donc se trouver non 
loin du Vieux-Moustier, c'est-à-dire, sur le territoire où l'ab- 
baye fut bâtie. 

Nous croyons retrouver aujourd'hui cette église à l'état de 
crypte, à la droite de la tour de l'église de l'abbaye. C'est sans 
doute par suite d'un remblais qu'on la voit maintenant au- 



DE l'abbaye. 13 

dessous du niveau du sol environnant. Elle aura été conser- 
vée lors de la construction de l'église conventuelle, soit en 
mémoire de saint Bernard qui y avait prié, soit pour continuer 
de servir d'église paroissiale au village. Au surplus, cet édi- 
fice n*a jamais pu faire partie de l'église du monastère, car 
toute crypte, loin d'être pratiquée au pied de la tour de l'é- 
glise, est au contraire établie sous le chœur. D'ailleurs par son 
plan et par sa structure, elle constitue une basilique telle 
qu'on en construisait avant l'adoption du style ogival, qui 
remonte à la fin du Xi® siècle ou au commencement du XIP : 
CD peut donc sans diflSculté la considérer comme l'église du 
village primitif de Cambron. 

Ce qui justifie notre opinion, c'est la circonstance que les 
premiers moines assistèrent le curé de Cambron dans ses 
fonctions sacerdotales : l'église paroissiale et le monastère 
devaient donc être voisins. L'abbaye ne tarda pas à absorber 
la paroisse. En effet, au synode réuni à Cambrai en 1153, 
révéque .céda l'ancienne église aux religieux, il exempta 
ceux-ci de la charge d'âmes; il les exonéra de la dîme 
de leur culture et de leurs bestiaux, et leur accorda la jouis- 
sance des biens de l'autel primitif, à la condition de remettre 
annuellement au prêtre desservant, un setier de pois et un 
muid de seigle. Â la mort du curé, l'ancienne paroisse fut 
supprin)^. 

En 11S2, le chapitre de Soignies donna également un franc- 
alleu dans la même localité au monastère de Cambron. 
L'abbaye d'Eenaeme en avait aussi donné un en 1150, et ces 
deux donations réunies à celle d'Anselme formèrent le terri- 
toire de la grande mairie de Cambron. C'était un village à clo- 
cher distinct des deux autres Cambron ; c'était aussi une sei- 
gneurie sur laquelle l'abbaye avait la haute justice. Le chapitre 
de Soignies ajouta à sa donation le patronat, l'autel et la cure 
du village de Cambron, tel qu'il existait alors. En 1154, 



44 FONDATION 

Nicolas, évêque de Cambrai, détermina les droits de patro- 
nat, la compétence du curé et l'administration spirituelle de 
la paroisse. Le chapitre de Soignies ne conserva plus que le 
territoire qui porta dès lors le nom de Cambron-S^- Vincent. 
Dans la suite, la plupart des habitants de la mairie dépen- 
dirent pour le spirituel de la paroisse de Lombise. 

Dès les premières années de son existence, la communauté 
de Cambron fut péniblement inquiétée par le frère d'Anselme, 
Gilles de Trasegntes, seigneur de Silly. Se fondant sans doute 
sur quelque pacte de famille, qui aurait été conclu entre les 
seigneurs deTrasegnies pour maintenir l'éclat de leur maison, 
il voulait faire annuler la donation de son frère et s'emparer 
des biens cédés à saint Bernard, et dont il se prétendait spolié. 
Il ne cessa de leur susciter des querelles, et il alla même jus- 
qu'à les chasser par la violence des champs où ils faisaient la 
moisson. Enfin, découragés par ces vexations, les religieux 
s'étaient décidés à abandonner leur nouvel établissement pour 
retourner à Clairvaux. Ils allèrent implorer la bénédiction de 
l'évéque en lui disant : « Père, bénissez-nous, nous partons.» 
Touché jusqu'aux larmes de ces paroles si simples et si ré- 
signées, l'évoque les pressa instamment de rester en mettant 
leur confiance en Dieu. Le prélat invoqua en leur faveur 
l'appui du comte Bauduin IV, pendant qu'Anselme usait de 
son influence sur le chapitre de Soignies. Celui-ci, ainsi que 
le constate une charte publiée en 115^, pour ratifier cette 
résolution, renonça à l'unanimité à tous ses droits sur l'autel, 
l'alleu et le village de Cambron, excepté les serfs, en faveur 
des religieux, moyennant la faible redevance de soixante sous 
de Valenciennes : celle-ci payable endéans les quatre pre- 
miers jours des fêtes de la Noël jusqu'à ce qu'une juste com- 
pensation fût convenue éhtre les parties contractantes *. 

4. Cartulaire de Catnbrofi, 1" partie, p. 95. 

Le cartulaire de Cambron renferme encore deux autres chartes relatives 



DE l'abbaye. 15 

Quatre années après, en H56, le seigneur de Silly, en pré- 
sence du comte et de ses chevaliers, de l'évêque de Cam- 
brai, Nicolas, et de son clergé, fit sa paix avec le monastère ; 
c'est ce que constate une charte publiée à ce sujet en 1156 
par le comte Baudouin IV, dit le Bâtisseur \ Il renonça aux 
prétentions qu'il avait soulevées, reconnut ses torts, restitua 
ce qu'il avait usurpé, accorda et céda à toujours le droit 
qu'il avait ou pouvait avoir sur ce franc-alleu, pour que les 
religieux en jouissent entièrement après sa mort*. 

Les auteurs de généalogies ne s'accordent guère sur celle 
de la famille de Trasegnies, Tune des plus anciennes du pays. 
Il est déjà fait mention de Wauthier, sire de Silly et de Tra- 
segnies en l'an 1117, dans des lettres du comte de Hainaut. 
Le Waitte, l'historien de Cambron, dit, d'après Huberlantius, 
que le plus ancien seigneur de cette maison dont on ait des 
données certaines est Othon ; celui-ci eut deux fils : Othon 
seigneur de Silly, et Anselme^ seigneur de Péronnes-lez- 
Binche. S'il faut en croire d'autres généalogies que nous avons 
consultées, Jean, l'aîné des fils de Gillion-le-Courageux, sei- 
gneur de Trasegnies, pair dé Silly, eut deux fils de sa seconde 
femme, Aleyde d'Avesnes. L'aîné de ceux-ci, Gillion, épousa 
Béatrix, héritière d'Ath, et vendit cette ville, en 1136, au comte 
de Hainaut, pour couvrir les frais de son expédition en Terre- 
Sainte ; le jcadet, i4>we/me, fut le fondateur de l'abbaye de 
Cambron. 

Le comte Joseph de S*-Genois commence la généalogie à 
Gillion-le-Courageux, qui, selon lui, vivait au commencement 

au même sujet : Tune du prévôt, du doyen et des autres chanoines du 
même chapitre, l'autre de Samson, archevêque de Rheims. Lo Waitte fait 
ressortir l'importance attachée à ce contrat en remarquant qu'il fut exa- 
m'mé et décidé dans un synode. Voirie cart. 1" partie, pp. 94 et 95. 

1. Idem, p. 7. 

2. Idem, p. 91. 



16 FONDATION 

du XIP siècle. Ce seigneur de Trasegnies est le héros d'une his- 
toire, ou plutôt d*un roman de chevalerie, dont un exemplaire 
écrit par ordre d'Antoine Bâtard de Bourgogne, en 1458, 
existait à la fin du siècle dernier au château de Trasegnies. 

Ce roman est un de ces sujets émouvants qui ont dû exercer 
rimagination des trouvères, et acquérir une immense popu- 
larité dans nos contrées aux époques des expéditions vers 
rOrient. Rien de plus dramatique en effet, de plus roma- 
nesque que les aventures de ce preux chevalier. Elles ont 
été écrites en italien dans le moyen-âge, traduites en plusieurs 
langues et conservées dans cent recueils populaires, toujours 
rafraîchies par le style, mais jamais changées pour le fond, 
jusqu'à ce qu'enfin les auteurs modernes s'en soient eux- 
mêmes emparés. 

Cette légende rapporte qu'à son retour de la Terre-Sainte, 
Gillion-le-Courageux, surnommé le Bigame^ vint se cloîtrer à 
Cambron, où il possédait un alleu considérable, pendant que 
ses deux femmes Marie et Graciane vivaient dans la retraite à 
l'abbaye de l'Olive près de Binche^ Gillion reçut dans sa soli- 
tude, les visites du comte de Hainaut, de parents et de sei- 
gneurs qui se plaisaient à entendre de sa bouche le récit mer- 
veilleux de ses exploits. Ses deux femmes venaient de mourir 
presqu'en même temps, lorsqu'arriva dans le monastère un 
envoyé du Soudan d'Egypte, qui l'appelait à son secours. Ré- 
pondant à cet appel, le sire de Trasegnies partit accompagné 
de Gérard son second fils, de Baudouin d'Havre, de Bernard 
de Ligne, d'Anssiau d'Enghien, de Gillion (ou Gilles) de Ghin, 
jaloux de le suivre. Gillion mourut d'une blessure reçue dans 

1. Le roman rapporte que, croyant à la mort de Marie, sa première 
femme, qu'en partant il avait laissée à Trasegnies, Gillion avait épousé du 
vivant de celle-ci, la fille du Soudan de Babylone, dont il avait été le pri- 
sonnier. Cette seconde femme avait accompagné le seigneur de Trasegnies 
à son retour en Belgique. 



DE l'abbaye. 17 

une bataille près de Babylone, où il défit les ennemis du Sou- 
dan son beau-père. Son fils rapporta son cœur en Europe et le 
déposa, seloQ le vœu paternel, dans le tombeau de Marie et 
de Graciane, qu*Âubert le Mire rapporte avoir visité plusieurs 
fois dans le chœur de l'église de TOlive. Il y a un peu plus 
d'un siècle, en creusant le sol de cette église, on a retrouvé les 
cercueils des deux dames d'Ostrevant et de Babylone. Entre 
elles, dans un riche coffret armorié, était placé le cœur de 
leur époux. 

On sait que Cambron fut fondé en 1148, et le Mife rapporte 
que Giliion le bigame se fit moine à Cambron, fondé neuf 
ans auparavant par Anselme son parent. Si l'on adopte cette 
opinion, il faut admettre pour le héros du roman, Giliion, 
frère d'Anselme, qui vendit Ath en 1136, pour aller en Pales- 
tine; mais aucun chroniqueur du monastère ne mentionne 
le séjour qu'y aurait fait Gillion-le-Courageux. D'ailleurs, si 
le Giliion dont il s'agit, qui fut si longtemps l'ennemi acharné 
des moines, était allé vivre parmi eux, ceux-ci n'auraient pas 
manqué de relater une si grande conversion. Marc Noël 
rapporte, il est vrai, que ce seigneur choisit sa sépulture à 
Cambron, où il fut enterré, dit-il, sous l'abbé Daniel. Il fau- 
drait, pour reconnaître en lui l'auteur de tous ces exploits, 
suppléer au silence de ceux qui auraient oublié de men- 
tionner le retour à Cambron du corps du guerrier qui suc- 
comba si glorieusement près de Babylone. Le comte de 
S^-Genois attribue toutes ces aventures à Gillion-le-Coura- 
geux, le premier cité dans la généalogie des Trasegnies, et 
ancêtre d'Anselme, fondateur de Cambron. S'il en est ainsi, 
il est di£Scile d'admettre que notre héros ait pu vivre assez 
longtemps , et conserver assez de vigueur pour venir en 
1157 habiter le monastère fondé par son petit-fils, et entre- 
prendre ensuite une nouvelle expédition guerrière. Il fau- 
drait, d'ailleurs, admettre dans ce cas qu'il y avait antérieure- 



18 FONDATION 

ment à Anselme, dans la même localité, un monastère d*un 
autre ordre que celui des Bernardins; mais nous n'avons 
jamais rencontré la moindre mention de cette existence, à 
moins de considérer comme telle le nom de Vieux-Moûti^r 
porté par le lieu où saint Bernard avait d*abord projeté de 
faire construire son monastère. Il n*est pas plus facile de 
reconnaître le gendre du Soudan d'Egypte dans Gilles, fils 
d'Othon de Trasegnies (celui-ci était, d'après S'-Genois, ar- 
rière petit-fils de Gillion-Ie-Courageux ) , qui accompagna 
Baudouin-de-Constantinople à la croisade préchée à Bruges 
en 1195, et dont le quatrième fils, Gilles dit le BruriV comman- 
dait comme connétable, en 1248, les armées de saint Louis à 
la conquête de la Sicile : il aurait été aussi de beaucoup trop 
vieux pour prendre part à cette croisade, s'il avait déjà vécu 
en 1157 après avoir accompli tant de prouesses. 

Notre conclusion est donc que la retraite de ce seigneur 
de Trasegnies à Cambron, n'est qu'une invention pour ajouter 
au merveilleux du roman où il est mis en action. Si ce séjour 
dans le monastère d'Anselme est une vérité, il faut admettre, 
ou bien que l'auteur a confondu les personnages, ou attribué 
à un seul les exploits de plusieurs, ou bien que la géné- 
alogie produite par le comte de S^-Genois est en défaut rela- 
tivement à l'époux bigame de Marie et de Graciane. 

Les lettres de Pierre, évéque de Cambrai, datées de 1173, 
témoignent que, par l'acte dont il s'agit, Gilles ou Gillion avait 
contre-donné tout ce qu'il possédait dans le territoire de Cam- 
bron et dans le bois de Jetterlau^ sans s'y être réservé aucun 

4. JeUer-\oo a le même radical que Itterheék. Hier (géant), loo (bois), 
beek ruisseau) , Wauters , Histoire d£s environs de Bruxelles^ l. \^^ 
p. 496. — Le bois de Jclterlau était situé à Lombise, près de Gondregnies. 
Vers 4580, il changea ce nom contre celui de Bois DelmoUe < d'el motte ?) 
qu'il porte aujourd'hui, et qui provient sans doute d'une ancienne motte 
de terre qui y existait il y a quelques années. On trouve Jetelau dans la 



DE l'aBBâTE. 19 

droit. Mais, comme récrit Le Waitte, cette convention privait 
les moines de Tusufruit des biens donnés par Anselme pen- 
dant la vie de Gilles; comme elle était d'ailleurs antérieure à 
la cession faite par le chapitre de Soignies, il n'est nullement 
étonnant si, pendant les contestations que Gilles leur suscita, 
les religieux se trouvèrent dans le besoin, et manquèrent 
même des choses nécessaires à leur entretien, au point qu'é- 
mus de pitié par le spectacle de leur profonde misère, l'évêque 
et le comte leur procurèrent alors certains revenus pour sub- 
sister. Anselme de Trasegnies et Gautier de Gaviamez vinrent 
aussi à leur secours. 

Plus tard les alleus donnés à Tabbaye par Anselme, par 
les religieux d'Eenaeme et par le chapitre de Soignies, s'aug- 
mentèrent de donations faites par des maisons religieuses et 
par des particuliers, à l'effet de permettre aux nouveaux cé- 
nobites de se maintenir dans leur institution naissante. 

C'est ainsi que le monastère de S^-Feuillien céda à l'abbaye 
de Cambron, en H53, l'alleu et les droits qu'Allard Courtreve, 
Gontier de Soignies et Oger de Merbes et sa femme, ainsi 
qu'Ivette ses proches héritiers et Gossuin, son mambour, lui 
avaient donnés sur le bois, les eaux et les prés de Lombi- 
sœuP. Le comte Bauduin confirma cette cession '. 

Isabelle de Steenkerke et Engelbert, son fils, donnèrent, 
en 1161, à notre abbaye, leur alleu consistant en terres, pâtu- 

première partie du CarCulairede Cambron^ p. 8, à Tan 1172, et Jetterlau 
dans des actes de 1161 à 1173. 

1. Bois de Lombisœul est le nom primitif, et conservé jusqu'à ce jour, 
du bois situé à la g' uche du sentier passant par le moulin du Punois 
à Thoricourt et conduisant à Froidmont. Les tailles de ce bois s'appellent 
Haisette, Laitière et Le Hansarl; confinant aux territoires d'Horrues et 
de Cbaussée-Notrc-Damc, elles ne forment qu'un seul ensemble sur la 
droite du chemin de Mons à Enghien. Voyez Carlulaire de Cambron^ 1" p. 
pp. 309 à 311. 

2. Cartulaire de Cambron^ 1» partie, p. 96. 



20 



FONDATION 



rages, eaux et bois, situé à Jetterlau* sous Liombise, sans y 
retenir aucun droit, sauf les prières des religieux. Gilles de 
Trasegnies intervint à cet acte, à titre de franc-alloëtier 
{ingenuus^ porte la lettre approbative de Nicolas, évéque de 
Cambrai) ; de plus voulant prouver qu'il y adhérait, il céda 
encore, du consentement de ses enfants, tous ses droits dans 
le bois de Jetterlau. 

En H62 « Erpho de Calvo Monte » et Gervais, son frère, 
avec tous leurs héritiers, hommes et femmes, donnèrent en 
elemosine, pour le salut de leurs âmes, tout ce qu'ils pos- 
sédaient dans GéterlaUj en terres, bois, eaux et prés*. 

Cet exemple fut suivi par l'abbé et les religieux de S*-A- 
mand, qui donnèrent à la nouvelle maison, en 1163, la dîme 
de Voldec, et en 1163, un alleu et tous les droits qu'ils avaient 
près de Lombise et de Lombisœul, consistant en fonds, terres, 
prés, bois et généralement tout ce qui en dépendait, le patro- 
nat et toutes les dîmes avec l'autel, les offrandes et justices 
de ces endroits, moyennant la reconnaissance d'une rente 
annuelle de cent sols de Valenciennes, payable dans l'octave 
de la Noël. L'abbaye de Cambron devait en conséquence y 
établir, selon leur volonté, un curé, lui fournir une prébende 
et acquitter tous les droits synodaux envers les autorités ec- 
clésiastiques du diocèse de Cambrai. 

En 1164, l'abbesse et le monastère de Messines lui cédèrent 
la ferme de Lampernesse, en Flandre *. 

Nous croyons devoir anticiper ici sur la suite des donations, 
afin de mieux faire saisir l'ensemble de toutes celles qui ont 

i. Idem, p. 90. 

2. Id., pp. 8 et 314. 

3. Le 25 décembre..., le pape Alexandre III, qui fui élu le 7 septembre 
11S9 et mourut le 30 août 1181, accorda un privilège par lequel il prit 
sous sa protection les cours de la Rosière, (VHaurut et de Lombisœil. 
CarLdeCamtrron, 4" part., p. 40, et 2« part., pp. 305 à 509. 



DE L*ABBAYE. 31 

coopéré à la constitution de la Grande et de la Basse-Mairie 
de Cambron, formant un territoire continu et adjacent au 
monastère. 

En 1188, Ârnulphe dit Ânechin et Ermengarde, sa femme, 
donnèrent à Cambron en élémosine, cinq bonniers de terre 
près de la Croix-S^-Ghislain, à condition de leur payer, leur 
vie durant, la moitié du produit, et à eux ou à leurs héritiers, 
une pension annuelle de cinq deniers de Yalenciennes. Cette 
donation était faite avec le consentement et le témoignage de 
Mathieu d*Arbre, dont les cessionnaires tenaient la terre en fief. 
Hoston et Hughes, fils de Mathieu, étaient aussi témoins. 

En 1206, Ëustache du Rœulx donna à Cambron un bois 
nommé Brocqueroy avec tout le droit et domaine qu'il y avait. 
Ëustache du Rœulx, seigneur de Trasegnies, imitant cet 
exemple, sépara de son bois de Silly une partie qu'il donna 
en 1256, du consentement de la comtesse Marguerite, avec 
une entière renonciation à tous ses droits, tant réels que 
personnels '. 

En juillet 1237, Waulier, seigneur de Lens, du consente- 
ment de la comtesse Jeanne de Flandre et de Hainaut, fit aban- 
don en faveur de Cambron du droitethommagequ'ilavaitsur 
un alleu composé de douze bonniers de terre en majeure par- 
tie arable et pour le reste en hospites, gisant entre Lens et Cam- 
bron. Cette terre avait été donnée à Tabbaye d'Athpar Julienne, 

i. En 1^, Gossuin de Bauffe, dit de Fouletich, homme d*Otton de 
Trasegnies, vendit de son conscntemenl à Cambron, cinq muids de fro- 
ment, mesure de Fouleng que lui et ses héritiers devaient délivrer an- 
nuellement à celte église à perpétuité, entre la Noël et la Purification, du 
meilleur froment après celui qui avait servi à ensemencer la terre. Dans le 
cas où le vendeur et ses héritiers n'auraient pas fourni le froment, ils de- 
vaient payer à Ottonou à ses ayants droit vingt-deux sous el celui-ci devait 
fournir les cinq muids à Cambron, et, au besoin, contraindre le vendeur à 
s'acquitter de ses obligations. Cart. de Cambron, if« part., pp. m, 113 
et HO. 



22 FONDATION 

fille et héritière de Jean et de Liedwide du consentement de 
Marie, sa sœur. Cette dernière maison vendit l'alleu à Cam- 
bron en avril 1238. 

Les témoins du contrat étaient : H. de Gaie et E. son fils, 
N. de Brugeletes, chevaliers, Colaius, Jacobus de Brugeletes, 
et Walterus de Gaie, fils du susdit H. 

En 1265, Michel Delbruet vendit à Cambron deuxbonniers 
de terre tenus en franc-alleu, gisant en la tenance de Thon- 
court avec tous les droits lui appartenant. Ces deux bonniers 
tenaient à YAulnoi-S^-Denis^ près de Gossartpreit, et à cinq 
journels de bois appartenant à Cambron. 

En 1274, Jean Dehal donna un bois tenu en franc-alleu, 
joignant le bois de Lombisœul, qui appartenait au bois de 
Tabbaye, à celui d*Enghien, et au bois de la dame du Graty, 
renonçant à tous ses droits, ainsi qu'aux privilèges et coutu- 
mes, tant du lieu que du pays, messire Pierre de Thoricourt et 
autres ayant intervenu à l'acte qu'il en a reconnu. 

En mai 1260, Tabbaye acquit de Sohier de Papeiighien 
fPapegnies) un fief de huit bonniers cinquante-six verges de 
bois relevant du seigneur de Trasegnies gisant au territoire 
«Ke on appelle Faukainc (ou Fohaine) », ditle mémoire auquel 
nous empruntons ces détails. Ce fief fut aliéné en présence 
d'Eustache du Rœulx et de ses hommes féodaux, et le fief en 
ayant été détruit, et le fond commué en héritage, les abbé et 
religieux en furent adhérités par les gens de loi, pour les tenir 
en cette condition du seigneur, qui y retint deux deniers de 
cens, comme aussi à justicier, larron, rapt et mourdre. C'est 
sans doute par la suite que Cambron acquit la haute justice 
sur ce terrain*. 

Toutes les donations mentionnées ici sont rapportées dans 
le mémoire publié par Tabbaye de Cambron à l'occasion d'un 

1. Voyez Cart. de Cambron^ 1» part., pp. 134, 140. 



DE LABBATE. 23 

procès soutenu, au milieu du XVIII^* siècle, contre le seigneur 
de Thoricourt et le prince de Ligne, comme on le verra plus 
loin. 

On lit dans le cartulaire cité par le susdit mémoire, article 
441, que l'abbaye de Notre-Dame de Cambron doit chacun an, 
au terme de S^-Remi, pour terres et bois qui furent jadis 
acquis de Sojvfer de Papignies, etc., deux sols cinq deniers 
. forts. Art. 147 : « item doit chacun an, à Mondit Seigneur le 
Marquis de Trasegnies sur tous les héritages ci-devant à eux don- 
nés par Messieurs de Trasegnies auxquels Dieu soit miséricors 
d'une rente amortie à toujours due h laSeigneuriedeSillyaujour 
du grand carême : dnq cents Harans blancs et cinq cents sorrets.n 

Cambron produisit un contrat passé par Gillion de Trase- 
gnies en 1706, lequel libérait les abbé et religieux de Cambron 
envers les seigneurs de Trasegnies des prestations en harengs 
et autres denrées, mais cet/acte a été annulé par arrêt de la 
Cour du 4 octobre 1730. 

On Ht d'autre part, dans l'état des biens de Cambron sup- 
primé en 1789 : 

« Au prince de Ligne est dû à la S*-Remi... 3 corroyées à 
pendre trompe avec les enguinées, une paire de bottes four- 
rées de blanquette pour Madame, deux paires de chausses et 
chaussons pour les demoiselles, neuf aunes de drap gris, 16 
paires de mouffles, cinq peaux de veau, 500 harangs moitié 
sorets, moitié blancs, pour lesquels on paie selon une an- 
cienne évaluation 88^ — 6 — 8. 

En décembre 1267, dans une charte d'Eustache de Trase- 
gnies confirmant les donations élémosines faites par les sei- 
gneurs de cette maison à l'abbaye de Cambron et les acquisi- 
tions faites par cette maison auxdits seigneurs, nous voyons 
encore figurer : 

l"* Six bonniers du bois de Silly, donnés par Otton de Tra- 
segnies, tenant au bois de Lombisœul. 



24 FONDATION 

i9 Quatre bonniers, moins un journel vingt-cinq verges et 
demie, tenant d*une part aux septbonniers du bois du CaimaU 
vendus par Pierre de Thoricourt d'un côté et s*étendant de 
Tautre jusqu'à Vlbausart^ aussi vendus par Pierre moyennant 
un cens de trois deniers annuels dus aux seigneurs de 
Trâsegnies. 

3^ Trois bonniers de terre, prés et eaux tenant à ce bois 
achetés aussi de Soyer moyennant un denier de cens annuel. 

4® Cinq bonniers environ de terre tenant au même bois et 
que des gens de Mons nommés Soris tenaient de Soyer de 
Papegnies et devaient dorénavant tenir de Cambron. 

8® Trois bonniers de terre que Cambron tenait d'Eustache 
près du bois de Jeterlau, par acquisition des mains de Gossuin 
de Marke qui les tenait de Soyer de Papegnies. Pour ces huit 
derniers bonniers, Cambron payait à Otton de Trâsegnies deux 
deniers de cens annuel. 

6® Trois bonniers de terre tenus en fief d'Otton parGillion 
de Fouleng, fils de Gossuin de Bauife, gisant entre les terres 
de Cambron et le chemin de Thoricourt à Gages, et qu'Otton 
céda à Cambron, moyennant un cens annuel d'un denier '. 

En 1297, le monastère acquit de Michieul, sire de Gages, 
avec toute justice, haute et basse, quinze bonniers de bois 
sous Gages. 

Il acquit encore, en 1316, un fief nommé le Perfond Bruet, 
relevant de Cambron et vendu par Gilquin Dorlebeke, situé 
à gauche du grand chemin de Mons à Enghien, au beau 
milieu du bois. 

En 1322, Thiry Dubos vendit un fief de cinq journels 
soixante-six verges de bois avec toute justice haute et basse '. 

4. Ckirt. de Cambron, i^ partie, pp. \Â6 à 448 et 452, 453. 

î. D'après le cartulaire de Cambron, pp. 487 à 494, « Thieris d'Arbre, 
appieleis dou Bos, » vendit à Cambron en 4313 : 1* le 7 mars, une partie du 
fief qui lui était échu de Simon de Glabieke, son cousin, consistant en cens. 



DE LABBATB. 25 

Enfin, en 1328, une sentence arbitrale adjugea à Tabbaye 
de Cambron, avec justice, haute, moyenne et basse, la pro- 
priété d'un bois nommé le Sart-Moulet^ et anciennement 
Winebiersart^ dans les bois de Cambron, à gauche du chemin 
de Mons à Enghien. 

La seigneurie de Cambron à Thoricourt , appelée vulgaire- 
ment Basse-Mairie, consistait premièrement en un franc- 
alleu acquis des hoirs de Michel Delemotte, secondement en 
un fief acquis de Thîerri d'Arbre, en 1315. 

Le titre de l'acquisition de l'alleu ayant été perdu, on ne 
peut en déterminer l'époque ; mais l'examen de deux pièces, 
Tune de 1268, l'autre de 1298, fait ressortir : 1® que l'abbaye 
possédait, longtemps auparavant, une seigneurie à Thori- 
court, puisque Michel Delbruet lui ayant vendu un des francs- 
alleux qu'il avait en la tenance de Thoricourt, et lui ayant 
transmis l'autre, elle le lui rendit en foi et hommage : en 
effet, selon les lois anciennes, il fallait être seigneur pour 
d'héritage faire fief; 2» que, longtemps avant 1293, Cambron 
avait des cens à Thoricourt, puisque l'on voit que Pierre de 
Thoricourt lui était débiteur de quelques cens à cause des 
fonds qu'il possédait sous cet alleu, et l'expression jadw em- 
ployée dans la pièce en parlant de cet alleu SLcqms jadis par 
l'abbaye, démontre que longtemps auparavant, Cambron 
possédait l'alleu; le terme jadis n'étant jamais employé dans 
les actes que pour signifier un temps ancien et reculé. 



rentes, deniers, chapons, pains, avoine, fourches, pré, terrages, justices 
hautes cubasses, et autres droits de même nature sur diverses parties de 
biens à Thoricourt cl environs; 2® en juillet, cinq journels et soixante 
verges de bois avec toutes justices, quUl tenait en fief, de Fabbaye, tenant 
d*un côté fia le Fontaine al Asperielte, assois pries dou Pont del Ane et 
a II costeis a le terre qui fu dame Alis de Lochize, et tenant aussi au preit 
qui fu Jehan dou Kaisne et a le terre qui fu Jehan dou grant fau... » 



S6 FONDATION 

Cette seigneurie fut augmentée : 

En 1225, de vingt-un bonniers environ de terre sous la 
paroisse de Thoricourt ; 

En 1226, de la donation faite par Théodore de la Hamaide, 
d*un franoalieu de quatre bonniers de terre situés en la 
paroisse de Thoricourt ; 

En 1228, d'un fief de dix journels dont l'acquisition et la 
donation furent faites , la même année , par Pieron de 
Thoricourt. 

L*abbé Le Waitte rapporte que, depuis 1260 jusqu'en 132S, 
cette seigneurie fut agrandie par plusieurs alleux et fiefs 
gisant au dit Thoricourt. 

Uabbaye de Cambron y avait la haute justice. 

A la Basse-Mairie de Thoricourt, était jointe, comme on Ta 
déjà vu, une autre petite seigneurie haute-justicière, dans le 
village de Gages. 

En septembre 1265, Pierre, chevalier, sire de Thoricourt, 
vendit au monastère un fief de sept bonniers de terre gisant 
au lieu qu'on appelle le Caùnoit, met tout le droit ke il et si 
oir y avoient et pooient avoir. » Le fief en ayant été détruit, 
les abbé et religieux en furent adhérités pour les tenir en 
héritage. Gilles de Silly y retint six deniers de cens, comme 
atissi à justicier larron^ rapt, mourdre, et non autre chose^. 

En mai 1268, à Hons, Eustache, chevalier, sire de Trase- 
gnies et de Trit, détacha de son bois de Silly un fief de trente- 
et-un bonniers, les échangea contre autant de bonniers de 
bois que Fabbaye avait à Maing-lez-Trit, et y retint douze 
deniers de cens*. 

La même année, Pierre de Thoricourt vendit à l'abbaye de 
Cambron, du consentement du seigneur direct, un fief gisant 



1. Cart, de Cambron, Impartie, p. 139. 

2. Idem, pp. 148 et i 51. 



DE l'abbaye. i^ 

au lieu qu'on appelait YAulnoit-S^-Denis, tenu d'Eustache 
du Rœulx. Il renonça à tous les droits que lui et ses hoirs y 
avaient, et pouvaient y avoir, ainsi qu'il en avait usé en 1265 
pour les sept bonniers du Caisnoit. Le fief fut détruit, et les 
sept bonniers furent cédés au monastère de Cambron, pour 
les tenir en censive du dit Eustache de Rœulx, sire de Trase- 
gnies, qui retint quatre deniers blancs de cens payables an- 
nuellement au jour de S*-Jean-Baptiste, « à justicier larron^ 
rapt et mourdre et à extraier sHl écheoit ». 

En 1281, Nicolas de Condé, sire de Horiamez, vendit à 
l'abbaye trente-huit bonniers un journel etdemi moins quinze 
verges de bois sous Silly, tenant d'une part au chemin de 
Silly à Thoricourt et à la tenance de Monseigneur (?) Pierre de 
Thoricourt. Ils étaient tenus en fief lors de cette aliénation. 
Ce fief fut détruit et la contenance en fut transportée en main- 
ferme en faveur de l'abbaye de Cambron, sous la réserve 
d'un denier de cens pour chaque bonnier et toutes justices, 
fort les pans de bois, et prendre et retenir les pans selon l'u- 
sage et la coutume du bois de Silly. 

Une charte donnée en 1293 par Otton de Trasegnies et 
Gilles, son fils, reconnaît que c'est à tort qu'il a contesté à 
Cambron la justice sur environ vingt-trois bonniers déterre, 
préSj hoiSj e^ux, nommés Godebieck, situés près du bois de 
Jetterlau vers Gondregnies. Ils déclarent, en outre, que 
leurs intentions sont injustes, parce que ces dons proviennent 
des premiers dons de leurs ancêtres à l'abbaye de Cambron. 

La charte de mars 1293 d'Otton et de Gilles, son fils, sei- 
gneurs de Trazegnies, parle au^si de quatre fonds qui ne peu- 
vent plus se démêler aujourd'hui, mais suivant les tenances 
y accusées, vingt-sept bonniers un journel et demi moins 
quinze verges, tiennent d'une part, « à le voie ki vientde Silly 
à Thorincourt t tiennent et devers Thorincourt al aunoit mon- 
seign'. piéron tout conteval, si corne li rieus sen va dessous 



za FONDATION 

le Marliere Frankon juskes al pont al aine et d'autre part 
devers le brun fau tiennent il a bos de Silly, dou pont al aine 
juskes à le vies voie dou brun fau et par-devers Silly tient li 
devant dit bos à le voie ki vient dou brun fau et passe deles 
le ront kiesnoit juskes à kemin qui vient de Silly à Thorin- 
court et tient au kemin juskes al aunoit monseig' Pieron. » 

Le restant du fond de trente-huit bonniers un journel et 
demi moins quinze verges , c'est-à-dire douze bonniers 
journel et demi moins « gisent d*autre pt. le devât dit kemin 
ki vient de Silly à Thorincourt tenat aile tenanches ustasin 
dou sart tp deus Silly a le tre Gérard de Horlebeke et a le 
tenanches monseig' Pieron de Thorincourt jusques al aulnoit 
Gillion de Foulench et deus de Thorincourt tient il a tiers 
Gérard de Horlebek jusques a devat dit chemin. 

Cette charte s'étend aussi au bois de Jetterlau, aujourd'hui 
Delmotte, et aux autres possessions petites et grandes de Tab- 
baye et contient une reconnaissance formelle de la justice lui 
appartenant sur toutes indistinctement, c'est ce qui est clai- 
rement marqué en ces termes : «Et pour chou que nous soiens 
plus piainement parchonniers des biens spirituels con tera 
dore enavant en le église de Cambron devant nomée tout 
chou que l'église de Cambron devat dite a tenut jusques a 
ore et tient dou don de nosancisseurs, les vint et trois boniers 
de terre que preit que bos que aiwe de le Godebiek devat dis 
le bos de Jetterlau et toutes autres coses petites et grandes que 
nous u nos ancisseurs pouwissiens avoir reclameit u debatut 
acheaus de Cambron jusques aujourd'hui nous l'avons ap- 
proveit et approvons et l'avons confremeit et confremons si 
come le franc alluet deldte église de Cambron. » 

Par une suite toute naturelle, ces donateurs devaient avoir 
part aux prières de la maison, mais pour en être d'autant 
plus participants, ils n'approuvent pas seulement tous ce 
que leurs ancêtres ont fait, mais pour autant que de besoin, 



DE L*ABBAYE. S9 

ils en font une nouvelle donation la plus formelle en ces ter- 
mes : Et se nous aucun droit aviens ou avons, u poiens 
avoir ou reclamer es biens devat dis u es bien de Cambron 
devat nomeis par quelcoques oqulson que chou soit ou fust, 
nous Tavons donneit et donnons a le dte église de Cambron. 

La suite de la charte dénote qu'ils veulent aussi pour 
Tavenir écarter des diflScuItés de l'espèce de celles qu'ils 
avaient soulevées : a Et se nous u nos ancisseurs de aucunes 
justices u hautes u basses avons useitufaituseirucommandeit 
a faire useir es vint et trois bonns de le Godebieck devdt dis, 
u ou bos de Jetterlau, nous cognissons que chou a esteit fait en 
contre le droiture de le ditte église et pourchou nous en avons 
resaisit, si comme bien afferi labbeit et le couvent de Cambron. 

Après s'être exprimés si nettement, ils croientencore devoir 
ajouter : « Et si avons en couvent et promettons loyaleme 
en bonne foit pour nous et pour nos hoirs et a chou nous 
obligons nous et nos hoirs que es vint et trois bonniers de le 
Godebieck u ou bos de Jetterlau u es biens de Cambron, comet 
qu'il les aient tenut u qu'il leur soient venutde nos ancisseurs 
si come devat est dit, nous ne demandcros ne reclameros ne 
pour nous ne pour autrui jamais rien. 

Pouvait-on faire une donation plus absMue de tous les 
droits sur les biens acquis par l'abbaye de Cambron depuis sa 
fondation à quel titre et de quelque manière que ce fût. Les 
trente-et-un bonniers tiennent aux quatorze qui sont con- 
tigus au bois de Lombisœul et l'acte dit : « de bos que cil 
même de Cambron tiennent del don de nos ancisseurs de 
Trasengnies et là ils s'estendent si ke de une costiere gist li 
bos le seignr. de Âenghien etli bos Colart de Balenghien, et 
de autre part gisent les tenances de Thoricourt va ci bos 
devent ces tinmes si avant comme XXXI bonnis de bos 
puent tenir^ 

i. Cart. de Cambron^ Impart., p. 163. 



30 FONDATION 

Cambron possédait encore un droit de relief sur le fief 
iTBembise en Gambron-S^- Vincent, comme il a déjà été dit 
plus haut. 

Nous présenterons ici les annales du monastère pendant le 
premier siècle de son existence, c'est-à-dire jusque vers le 
milieu du XIII^ siècle. Ce n*estt|u*à cette époque qu'on peut 
considérer l'abbaye comme entièrement constituée : elle 
obtint alors une bulle du pape Grégoire IX, qui lui accordait 
de nombreux privilèges, et qui la garantissait de tout danger. 

Pendant cette période, elle fut gouvernée par six abbés : 
Fastré de Gaviamez (1148-1156), Gérard de Bourgogne (1156- 
1164), Daniel de Grammont (1164-1196), Bauduin de Tournai 
(1196-1321), Siger de Gand (1S21-1S33) et Bauduin de la Porte 
(1233-1241). 

Fastré de Gaviamez, — Fastré (Fastredus)^ né au château 
de Gaviamez, était fils du seigneur de ce manoir^ Il fut élevé 

i. Le château de Gaviamez (ou Gavitinier selon J. Molanus, NataUs 
SanctOTum Belgii, édil. 1616, p. 100) s'élevait sur le Ghamp-de-la-Tourette, 
qui était alors une dépendance de Lombise. On en vit subsister les ves^ges 
jusqu'au XVP siècle; ce fut Tabbé d'Ostelart (1575-1613) qui les fit démo- 
lir, pour en employer les matériaux à la construction de la tour de l'an- 
cienne église de Lombise, à la demande du seigneur de Bétencourt. Il est 
difficile de préciser aujourd'hui l'emplacement que cet édifice occupait. 

— La famille de Gaviamez ( Gauialmez ou Gaviaumer) appartenait à la 
noblesse féodale du Hainaut. Un neveu de l'abbé Fastré, nommé aussi 
Fastré de Gaviamez, a signé, avec les nobles du pays, une charte du comte 
Bauduin, qui était conservée à l'abbaye de Cambron. 

On rapporte que l'abbé Fastré appartenait à la famille de Croix, qui 
a pris son nom de la terre de Croix, dans la châtellenie de Lille. Le 
premier sire de Croix connu est Eustache, mort en 1Î02, après avoir 
accompagné le comte Bauduin VI (IX), à la croisade. 

Celte famille compte un évéque deToumay, Wauthier (fils d'Eustache), 
en 1231, des chanoinesses dans les chapitres nobles, et deux lieutenants- 
généraux au service d'Espagne. Dans la branche de Groix-de-Heuchin, on 
trouve Antoinette, fille de Pierre, qui épousa PAî^ppe ((e Thiennes, sei- 



DE l'abbaye. 31 

et instruit par un abbé d'une éminente vertu, et dès l'âge de 
quinze ans, il donna des marques d'une perfection spéciale. 
Rentré alors dans la maison paternelle, il ne tarda pas à 
renoncer au monde, et il se décida à se rendre à Clairvaux, 
où il fut reçu dans l'ordre de Citeaux par saint Bernard, qui 
eut sans doute le pressentiment des hautes destinées du jeune 
novice. 

Fastré venait à peine de prononcer ses vœux que l'abbaye de 
Cambron fut fondée. Saint Bernard avait pour principe d'en- 
voyer dans les nouveaux monastères, des religieux qui étaient 
nés dans le voisinage. Ceux-ci plaisaient mieux à leurs com- 
patriotes, dont ils parlaient la langue et connaissaient les 
mœurs : ce qui facilitait leurs relations journalières, aussi bien 
que les conversions. Il désigna donc Fastré pour diriger le 
monastère de Cambron. 

Lorsque Fastré, partant pour la nouvelle colonie, prit congé 
de saint Bernard les larmes aux yeux, celui-ci lui donna sa bé- 
nédiction, et lui fit cadeau de la chasuble, de Tétole et du 
manipule dont il se servait pour célébrer la messe. II Jui re- 
commanda de conserver ces objets comme un gage de son 
affection paternelle. Ces ornements étaient faits d'une panne 
grossière ; la chasuble était garnie d'une croix rouge sur le 

gneur de Warellcs et de Lombise ; et dans l'autre branche ( celle de la 
Fresnoye et de la Melannoy ), on rencontre Pieire de Croix, qui avait 
épousé, en i&Oi y Madeleine de Thiennes,Me de Philippe, seigneur de 
Lombise. 

Les armes de Croix-Heuchin, sont d'argent à la croix d'azur. 

La maison du Mez ( dont Joseph-Adrien comte de Croix de Mouwe, 
seigneur de Dadizeelc, faisait partie au XVI[I« siècle ) appartenait à la 
famille de Croix : Isabelle de Croix avait épousé en 1372, Guillaume du 
Mez, noble de la châteilenie de Lille. 

Enfin, Charles-Lydivine-Marie de Croix, marquis d'Euchin fie comte de 
Croix), fut créé sénateur par Napoléon I", et devint ensuite pair de 
France. 



32 FONDATION 

devant comme sur le dos ; elle était presque ronde, descen- 
dait des épaules et couvrait les mains du prêtre. Selon Fusage 
d'alors Je célébrant la laissait tomber librement à la messe 
depuis r/w/roïî jusqu'à rOffertoire ; ensuite il la relevait sur 
les épaules, afm d'avoir les bras dégagéspour la consécration. 
On ne s'en servait à Cambron que pour la célébration de la 
messe abbatiale de la fête de saint Bernard, et pour les prémisses 
des religieux qui venaient d'être ordonnés prêtres. Quant à 
l'étole et au manipule, on les appliquait aux maladespour les 
guérir, et aux femmes en couches pour les délivrer. 

Fastré se rendit à sa destination accompagné de douze 
religieux au nombre desquels étaient Daniel de Grammont, 
Bauduin de Tournai et Siger de Gand, et de plusieurs con- 
vers pour les aider dans l'établissement de la colonie. 11 s'ar- 
rêta d'abord à Cambrai, où il visita Tévêque Nicolas Claret; 
ensuite à Valenciennes, où il fut reçu parla comtesse de Hai- 
naut, enfin à Mons, où il fut accueilli par le comte Bauduin IV, 
le Bâtisseur. C'est là qu'il trouva Anselme de Trasegnies, qui 
était venu à sa rencontre et qui le conduisit à Cambron. Ar- 
rivé dans son pays natal, Fastré futaccueilli avec joie par son 
frère, Gaucher de Gaviamez^FFateAerus GaviamensisJ^ qui ne 
l'avait plus vu depuis longtemps. 

Fastré organisa son monastère, çt le dirigea pendant huit 
années (H48-H56). Après ce terme, son mérite et sa réputa- 
tion de sainteté le firent élever à l'unanimité des voix abbé de 
Clairvaux. Il quitta Cambron en compagnie des envoyés de 
Clairvaux, de son frère Gaucher et d'Anselme de Trasegnies. 
En passant à Mons, il prit congé du comte de Hainaut et lui 
recommanda son abbaye. Le comte fit alors donation à celle-ci 
de douze bonniers de terre arable situés à Bauife ; et il céda 
aux moines de Clairvaux un cens annuel de dix sols blancs, 
assignés sur sa basse-cour dans la banlieue (in suburbio) de 
Mons. 



DE l'abbatb. 33 

Fastrë, d'une modestie égale à son mérite, appréhendait 
tellement d*étre élu abbé de Clairvaux qu'il évita de se rendre 
à Télection. II fut si affligé et si effrayé du choix qui tomba sur 
lui, qu'il alla se cacherdans la chartreuse du Val-de-S^-Pierre, 
au diocèse de Soissons. Là, inconnu et passant tout son temps 
en prière, il fut un jour ravi en extase. La Vierge lui apparut 
alors portant l'enfant Jésus entre les bras. Fastré se prosterna 
à ses pieds en la suppliant d'avoir pitié de lui, mais elle lui 
répondit : « Pourquoi vous troublez-vous, o Fastré? » Et lui 
mettant l'enfant entre les bras : « Recevez, lui dit-elle, mon fils, 
ayez-en soin, conservez-le moi, » et la vision finit. Revenu à 
lui , il se soumit à cet avertissement qu'il regarda comme ve- 
nant du ciel, et il se rendit à Clairvaux. 

Bientôt sa grande réputation le fit choisir comme négocia- 
teur de la paix entre les Milanais et l'empereur Frédéric, avec 
saint Pierre Tarentaise et Àliprand, abbé de Horimond. Avec 
l'abbé Lambert de Citeaux, chef de Tordre, il soutint la cause 
du pape Alexandre III ; ils résistèrent avec une fermeté iné- 
branlable aux menaces de l'empereur Frédéric, qui avait pris 
le parti de l'anti-pape Victor III ; dans un chapitre général 
de l'ordre réuni en 1161, ils firent reconnaître Alexandre 
comme souverain-pontife, et celui-ci triompha ainsi de son 
adversaire. 

Fastré, nommé peu après abbé de Citeaux, s'était rendu à 
Paris, pour y traiter avec le pape Alexandre III des affaires 
de l'ordre, et de la canonisation de saint Bernard, et il y as- 
sista, parait-il, à la pose de la première pierre de l'église de 
Notre-Dame. Il fut immédiatement après attaqué de la fièvre ; 
il mourut le cinquième jour suivant; vers la mi-caréme, c'est- 
à-dire le 21 avril 1163, entouré de toute la majesté de la cour 
romaine : le pape avait voulu lui administrer l'extréme-onc- 
tion de ses propres mains, et l'honorer de sa bénédiction 
apostolique. Au dernier soupir de Fastré, le 8#uverain-pon- 

3 



34 FONDATION 

tife fondit en larmes, en disant : « Une grande colonne de 
FÉglise nous est enlevée aujourd'hui. » Le roi de France, 
Louis-Ie- Jeune, assista aussi aux derniers moments de Fastré 
avec toute la cour, et il le pleura comme un père qu*il ché- 
rissait tendrement, sans chercher à dissimuler sa douleur. 

Le corps de saint Fastré fut transporté à Citeaux; il fut 
enterré près de ses prédécesseurs saint Albéric et saint 
Etienne. 

Cette mort qui plongea Tordre et le pays environnant dans 
une vive et profonde douleur, fut, dit Fauteur de TExorde de 
Citeaux, annoncée par des visions à un religieux anglais, et à 
un autre de ce monastère, nommé Pierre de Toulouse, plu- 
sieurs jours avant qu'elle n'arrivât. 

Ph. Brasseur rapporte que Fastré figurait avec plusieurs 
saints de son ordre dans un tableau placé dans le chœur de 
l'église de Cambron. On le représentait ordinairement tenant, 
comme saint Siméon, l'Enfant Jésus dans ses bras, en mé- 
moire de la vision qu'il avait eue au Val de S*-Pierre. Selon J. 
Molanus, Natales Sanclorum Belgii, il^en était fait mémoire, 
en même temps que des autres saints de l'ordre de Citeaux, à 
la fin de la messe et ailleurs. 

Gérard de Bourgogne. — Gérard, originaire de la Bourgogne, 
était proche parent et disciple de saint Bernard ; il marcha 
sur les traces de cet illustre maître. 

Il était prieur de Cambron lorsqu'il fut élu abbé en rem- 
placement de Fastré, en 1156. Jouissant de l'estime du comte 
de Hainaut, il obtint d'abord que ce prince confirmât le mo- 
nastère dans la possession de la terre de Lombisœul, qui 
avait été achetée de l'abbaye de S'-Feuillien au Rœulx. Il 
ajouta à la ferme de Lombisœul un bois voisin, nommé 
le bois de Geterlau. Ce bois, ainsi que les champs d'alentour 
qui étaient couverts de buissons, fut bientôt défriché par 



DE l'abbate. 35 

les frères convers de l'abbaye. C'est à la même époque que 
fut bâtie la grange de Lombisœul \ 

Sous son gouvernement, les moines de Cambron, quoique 
peu nombreux, se distinguaient par la vertu. Ils firent des 
additions et des changements aux usages anciens. Ils Chan- 
gèrent alors la couleur de leur froc en substituant le gris au 
noir. 

Cet abbé résigna ses fonctions en 1164, peu de temps avant 
de mourir. Il fut enterré dans le cimetière cortimun, à l'exté- 
rieur du chœur, derrière le tabernacle (rétro ciborium, dit 
Brasseur). En 1629, sous l'abbé Farinart, en creusant contre 
le maître-autel pour y établir les fondements de la chapelle 
de S*-Sébastien, on rencontra une pierre n'offrant d'autre 
relief qu'une croix abbatiale. On crut la reconnaître pourcelle 
du bienheureux Gérard, parce que tous les abbés ses suc- 
cesseurs morts en fonctions, furent enterrés dans le chapitre 
ou dans l'église, tandis que ceux qui décédèrent après s'être, 
démis de leur titre, furent inhumés dans le cloître, sous une 
pierre portant en 'sculpture une main qui semble rejeter une 
crosse, avec cette inscription : « Res tua tibi habito: me Deus.y) 

Daniel de Grammont, — Daniel, issu d'une famille noble de 
Grammont, était aussi un des disciples de saint Bernard. 
Bornant toute son ambition à remplir les devoirs de sa charge, 
il n'aimait pas à porter le titre d*abbé, il s'intitulait dans les 
actes publics de son administration, humble ministre de 
l'église de Cambron. Son abstinence était si rigoureuse que 
jamais il ne voulut satisfaire son appétit. 11 était un père affec- 

1. Cette grange fut agrandie, tant étaient abondantes les récoltes qu*on y 
déposait. Ce b&timent dont les dimensions excitaient Tétonnement, donna 
naissance au proverbe: Grand comme In grange de Lombisœul.— Cesi près 
de cet endroit, sur le chemin de Soignies à Alh, que fut vénérée Timage 
de Notre-Dame du Cerisier dont l'histoire est détaillée dans la notice 
sur le village de Lombise. 



36 FONDATION 

tueux et dévoué pour les moines, et il en était le modèle par 
l'éminente sainteté de sa vie, par sa rare humilité et par son 
esprit de mortification. 

Il avait été envoyé par l'abbé Gérard de Bourgogne, à la 
ferme 'de Lampernesse, en qualité de chef de culture ; et il s'y 
était trouvé en relation avec Milon, évéque de Thérouane, 
et avec Désidère, qui fut le successeur de celui-ci, mais qui 
alors était prévôt de S'-Pierre de Lille et archidiacre de 
Tournai. Il y connut aussi d'autres grands personnages, et 
surtout le comte Philippe d'Alsace et Mathilde, son épouse V 

Étant devenu abbé de Cambron en 1164, il fit continuer les 
constructions du monastère etderéglise,que son prédécesseur 
avait commencées. Il augmenta aussi la dotation de l'abbaye. 
Il assista en outre à divers actes politiques importants pour 
le comte de Hainaut. C*est ainsi qu'il fut choisi avec Désidère, 
évéque de Thérouane, pour juger la question du droit de 
fortifier Lembecq, soulevée entre Bauduin, comte de Hainaut, 
et Godefroid, duc de Brabant. Ces arbitres décidèrent que 
Lembecq devait être démantelée ; les deux ))rinces acquies- 
cèrent à la décision en 1182. 

Sous l'administration de Gérard, le monastère obtînt l'église 
paroissiale de Cambron, a la charge de fournir au curé la por- 
tion canonique, obligation qui devait s'éteindre si lanécessité' 
n'existait plus de desservir cette église comme paroisse. Cette 
éventualité se réalisa à la mort du curé ; la paroisse fut 
supprimée. L'abbaye acheta le petit nombre de maisons qui 
restaient, et les paroissiens émigrèrentà Cambron-Casteau et 
à Cambron-S^- Vincent. Elle conclut aussi avec Fastré, fils 
de Gaucher de Gaviamez, une convention d'après laquelle ni 
lui, ni ses héritiers, ni ses colons (hospites)^ ne pourraient ni 

1. L'historien de Grammont, Van Waesberge, en fait un éloge mérité, 
dans Gerardimontium, cap. VIII. -- Voyez Hagiographie nationale^ 1. 1, 
p. 2i3, collection de TEncydopédie populaire. 



DE l'abbate. 37 

construire de maisons, ni en habiter sur la terre qu'il tenait 
en fief de l'abbaye'. 

1. Les signataires de la charte de Tabbé Daniel concernant cette con- 
vention était signée de : Malheus de Arbora, Hosto fiUus ejus, Hawellus 
de HaiXy Thomas de Gisbecca, Waltherus de Cruce, 

Il est également fait mention dans celle pièce de la donation que Wattier 
de Croix, fit en élémosyne à Cambron, d'un des quatre bonniers de terre 
quMl tenait en fief de Tabbaye ; on y relate le consentement d*un fils de 
Wautier, Elienne,.sumommé Brode. Cari, de Cambron^ 1" part., p. 109. 

On trouve aux archives de l'Etat, à Mons, dans une liasse de baux, les 
détails qui suivent sur le fief de Gaviamez : 

€( Charles, duc de Croy et d'Arschôt par la grâce de Dieu, prince du 
Saint-Empire de Porcean, de Chimay et de Hondicq, marquis de Mont- 
cornet, etc., chevalier de la Toison d*or et du Conseil d'État, lieutenant- 
gouverneur, capitaine-général, grand bailly de Hainaut et S^Nicolas et 
Nicolas de Buzegnies, maître Jean Descamp, Jean Richart, Jean Meurent 
et Gerge (ou George?/ Ferquot commis de fief à la court de Hainaut et 
court de Mons, salut. 

« De la part de Pierre Groisenere, bourgeois demeurant à Enghien, nous 
a esté remontré qu'il estoit héritier d'un fief tenu de l'abbaye de Cambron 
gisant en soubs S^^-Anne nommé fief de Castillon, se comprendant en 
une maison, chambre, estable, demi bonnier de prêt et cinq journaux de 
terres labourables et un joumel de jardin enclos de vive haie, lequel fief 
estoit intentionné de vendre et de se déshériter au profit de M. André 
Adam avocat en la souveraine court à Mons. Mais comme pour se faire et 
passer les déshéritance et adhéritance, etc. » 

En résumé, cet acte avait pour but la régularisation d'un contrat de dés- 
héritance, pour lequel l'abbaye de Cambron n'avait pu présenter d'hommes 
de fief en nombre suffisant. 

Était daté : le 3« jour d'août lOOi. 

On lit dans des baux de la ferme de Châtillon, en 1676 : 

« La censé de Castillon près la chapelle de iS^«- Anne avec trois jour- 
nels de' prêt nouvellement acquis tenant au chemin de Gaviamez, etc. » 

En 1686 : « berges en la coulture de Gaviamez près la planquelte^ etc.» 

En 1697 : « savoir trois journels de pretz tenant au chemin de Gaviamé, 
au rieu et aux terres de ladite censé, etc. » 

On trouve, en 1707, dans un renouvellement des tenances des terres que 
la chapelle de N.-D. de Cambron possédait à Cambron-S^Vincent : 



38 FONDATION 

En 1170, intervint un arrangement entre Câmbron et le 
chapitre de Soignies relativement à la possession du bois de 
la Commune près de Cambron-S'-Vincent. Le chapitre obtint 
le produit de six bonniers plus les nouveaux sarts, et le reste 
fut partagé entre les deux parties ^ 

L*abbë Daniel obtint des religieux de S^-Gbislain, la 
court (ÏHarut o\xd' Haurut à Ronquières, avec les terres, les 
prés, les bois et les eaux qui en dépendaient. Il reçut aussi 
d'eux les autels de Ronquières et d'Henripont, sous l'obliga- 
tion de remettre chaque année au prêtre établi par l'abbaye 
de Cambron pour y faire le service divin, le tiers des dîmes 
et des offrandes appartenant à ces autels, et d'acquitter les 
droits synodaux dus à l'évéque de Cambrai et à ses manda- 
taires. Il reçut encore des mêmes religieux, un moulin situé 
à Ronquières avec tous ses émoluments , à la charge de 
payer à l'abbaye donatrice une rente de six marcs d*argent au 
poids de Cologne, dans les douze jours de la Nativité de Notre- 
Seigneur \ et trois autres rentes dans l'octave de S<-Jean- 
Baptiste*. 

€< Premièrement un journcl dans la couture de Gaviamé dit la Tourette : 
la piedsente venant du pont à le ri allant à la bricquerie passe au travers, 

a 1/2 journel dans la même coulure tenant du costé de Torient à ia cha- 
pelle J^Gei'lrude et fabrique de Soignies, aux héritiers le Ghislain et 
à la chapelle S^-Miclielj du costé du septentrion, etc. » 

En i7âl, on dit chemin de la Tourette. 

y. Cartulatre de Cambrofi, l'« part., p. 100. 

bans une charte publiée à la môme époque, sur cette affaire, par le cha- 
pitre de Soignies, il est aussi question (fu bois de Polrai, Polaria, du 
Winebert-Sart, Wineberti-Sarto, et de la terre de Bauffe, terra Bafie,. 
cédés à Tabbaye de Cambron, à condition de payer annuellement au cha- 
pitre le quart des produits des défrichements auxquels les moines s'étaient 
obligés, à raison de cinq nouveaux bonniers par an, sans pouvoir les 
laisser incultes, sinon pour cause majeure de guerre ou d'intempéries de 
saisons. — Idem, l'« part., pp. 102 et 103. 

2. /rf., 2« part., pp. So6 à 558. 



DE i'abbaye. 39 

Daniel obtint du pape Alexandre III des lettres confirmant 
les acquisitions faites parle monastère, tant en biens qu'en 
élémosyne jusqu'en 1 173 * . 

Anselme de Trasegnies y est désigné comme fondateur du 
nouvel établissement.* 

Daniel assista à rassemblée générale tenue à Hayence, le 
jour de la Pentecôte H84, par l'empereur Frédéric, qui y 
réunit onze mille chevaliers. 

Daniel réclama du pape Alexandre III, l'arbitrage de 
Désidère, évégue de Thérouane, au sujet d'un différend relatif 
aux dîmes de Lampernesse, entre l'église de S^-Omer et 
celle de Cambron. Cet évêque rendit en 1187/une sentence qui 
fut approuvée par Philippe d'Alsace* 

Le saint abbé fut chargé par le comte de Hainaut de plu- 
sieurs missions imporlantes, avec le bienheureux Désidère, 
évêque de Thérouane. Celui-ci était lié si intimement avec 
Daniel, qu'il renonça à son évêché, en 1191, pour venir pas- 
ser le reste de ses jours à Cambron *. Il y mourut en odeur 
de sainteté en 1194 (ou en 1196, selon l'introduction au carlu- 
laire de Cambron), et il y fut enterré près du presbytère, par 
son ami, qui lui avait fermé les yeux. Il était d'usage à Cam- 
bron d'allumer en son honneur des cierges près de son tom- 
beau, comme aussi près de celui du bienheureux Daniel. 
Jamais on ne passait sur la place où son corps avait été dé- 
posé, tant était grande la vénération qu'inspirait sa mémoire. 

Dans une charte du 1«' juillet 1192, Lambert, évêque de 
Thérouane, à propos de la donation de l'autel de Thiennes, 
s'exprime en ces termes :«.... ob dulcem memoriam pie re- 
cordationis predecessoris nostri domini Desiderii quondani 
episcopi et pro revcrentia loci de Camberone, ubi corpus ejus 

i. Bulle donnée à Frascati (Tusculi) le 28 novembre 1172. V. la bulle, 
l'« part., p. 7, du Cartulairede Cambron, 



40 FONDATION • 

traditum est sépulture ; et a fratribus ibidem Deo senrîentibas 
assiduum ac devotum exhibetur obsequium, dedimus et con- 
cessimus jam dicte altare de Tbienes cum appenditiis suis, ad 
preces et interventum Karissimi nostri Danielis prepositi de 
Harlebec^ai, qui idem altéra in manus nostras resignavit ut in 
dieanniversarii jam dictiepiscopi, toti conventui anouatim vini 
et piscium plena refectio preparetur. Similiter in die obitus 
predicti prepositi, et mei similiter singulis annis plenarie 
rcficientur, etc. » 

Daniel parait n*avoir pas été sans influence sur la conclu- 
sion du mariage de Bauduin de Constantinople avec Marie de 
Champagne, dont il accompagna souvent le père, le comte 
Henri, dans ses visites à Ciairveaux, du temps que Fastré y 
était abbé. Il aida le comte de Hainaut dans ses préparatifs 
pour la croisade, et en lui faisant ses adieux, il lui prédit, 
dit-on, ses brillantes destinées. Parmi les marques de bien- 
veillance de ce prince envers notre abbé, on remarque une 
charte de 1199, par laquelle il cédait à Cambron sa part de 
la dîme de Frasne, résignée en sa faveur par le chevalier 
Théodore d'Âuven. Ces lettres commencent en ces termes : 
c( EcUsiœ beatœ Camberonetisi dîkctianis et devotionis Karitate 
amplectebar in elemosynam contuli. » 

Cet abbé était plus qu'octogénaire lorsqu'il mourut le 20 
janvier 1196. Il fut le premier qu'on inhuma dans le chapitre. 

Le bienheureux Daniel jouissait, prétendent quelques au- 
teurs, d'une faveur extraordinaire : ainsi pendant qu'il écri- 
vait la nuit, les doigts de sa main gauche brillaient comme 
des bougies pour l'éclairer. 

C'est bien à tort sans doute que quelques auteurs confon- 
dent Désidère avec le bienheureux Henri, mort aussi à Cam- 

1. Il était tils du châtelain de Gourtrai. 



• . DE L'ABBATE. 41 

bron en odeur de sainteté, et dont Chrysostome Henriquez 
fait mention dans son ouvrage intitulé : Menelogium ordinis 
cirterciensis. 

Henri avait d*abordétéassezIongtempsévéque. Haiscomme 
il ne s'occupait guère du salut des âmes confiées à ses soins, il 
eut un jour une vision : saint Pierre lui apparut avec un 
visage irrité, tenant en main un livre ouvert où il le força de 
jeter les yeux. Dans le texte se trouvait ce passage : MorHfkas 
animas quœ non moriuntur, et vivificas quœ non vivunt. Le pré- 
lat, saisi d*horreur, n*en voulait pas voir davantage, mais le 
prince des apôtres. Insistant avec sévérité, lui ordonna de lire 
intégralement ces paroles écrites en marge : Quando reduces 
animas de infemo, quas per tuum destitutas exemplum œterno 
supplicio tradidisH ? 

Henri, frappé de stupeur et courbé sous la honte, ne put 
articuler un seul mot de réponse. Revenu à lui-même, il était 
tout couvert de sueur et en proie à une fièvre violente. Ayant 
consulté sans tarder un saint prêtre, il abandonna le monde 
pour se livrer tout entier au service de Dieu ; il prit Thabit 
monastique à Cambron, où il termina sa vie de manière à 
être mis au nombre des saints de l'ordre de Citeaux. 

Les auteurs ne disent pas de quel diocèse Henri f)it évéque, 
excepté Barnabe de Hontalban qui écrit que la conversion 
miraculeuse d'Henri, évêque de Paris, y arriva du teinps. du 
cardinal Guidon, général de Tordre de Cjteaux. Cette assertion 
est loin d'être incontestable, car on neArouve aucun évêque 
de Paris du nom d'Henri, depuis l'institution de l'ordre de 
Citeaux jusqu'en 1241, époque à laquelle les annales ecclé- 
siastiques de Bzovius font remonter la vocation religieuse du 
bienheureux Henri. Quoiqu'il en soit. Le Waitte n'a retrouvé 
à Cambron aucune trace du séjour de cet évêque, et il attri- 
bue cette lacune, soit à la modestie des moines, soit à leur 
négligence à noter les choses intéressantes survenues dans le 



42 FONDATION 

« 

monastère. La fête du bienheureux Henri est fixée au 6 mai. 

A la mort de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, des con- 
testations s'élevèrent pour sa succession entre Philippe- 
Auguste, roi de France, et Marguerite, sœur du défunt et 
épouse du comte de Hainaut, d'une part, et la comtesse 
Mathilde, veuve de Philippe d'Alsace, de l'autre. Le roi voulait 
soutenir par les armes les prétentions de Mnrguerite ; on 
allait en venir aux mains, lorsque Daniel, député vers le mo- 
narque, le persuada de soumettre le différend à un arbitrage. 
Le litige fut soumis au jugement de Guillaume archevêque de 
Rheims, de l'évêque cistercien Pierre/ d'Arras, des abbés 
Simon d'Anchin et Daniel de Cambron ; leur sage décision 
rétablit heureusement la paix (1191). 

Bauduin de Tournai. — Bauduin naquit à Ath, d'après 
Marc Noël, et à Tournai ou dans la banlieue de cette ville, 
d'après Le Waitte. On a dit qu'il entra en religion à Clairvaux 
sous saint Bernard, et qu'il fut envoyé dans sa patrie pour 
former la nouvelle colonie de Cambron avec Fastré, Gérard et 
Daniel, qui en furent successivement abbés ; mais la compa- 
raison des dates rend cette assertion hasardée ; d'ailleurs. 
Le Waitte rapporte qu'il entra en religion sous Fastré ou 
sous Gérard, lorsque les premiers novices belges y furent re- 
çus; Marc Noël écrit qu'il prit l'habit sous Daniel seulement. 

En 1 195, il fut nommé avec son frère, le seigneur de Châ- 
teau-Thierrj% dispensateur des legs pieux de Bauduin V, 
comte de Hainaut. 

Il fut élu abbé en 1196. l\ se concilia bientôt l'estime dos 
seigneurs et des princes. Ce fut notamment par considération 
pour lui que, dès 1196, Ubalde de Louvignies, du consente- 
ment de sa sœur Mathilde, de son épouse et de son fils Alani, 
légua une partie considérable de terre, à la condition d'ob- 
tenir sa sépulture à Cambron, et d'être recommandé dans les 
prières de la communauté. 



DE l'arbaye. 43 

Ce legs fut confirmé par Bauduîn, comte do Flandre et de 
Hainaut, qui dît en parlant du cessionnaire de cet alleu : 
« Qui erat homo ligius et servus meus » '. 

Ce prince céda ensuite^ Tabbaye les différents alleus qui 
composaient les bois de Huissignies. L'abbaye de Ghisleû- 
ghien en possédait une part et celle de Vicogne, une autre ; 
le premier de ces monastères adhéra i\ cette cession en 1197, 
et le second, en 1199 ; enfin, en 1202, le comte Bauduin re- 
connut n'avoir pas de droits sur la partie du bois de Huissi- 
gnies cédée à Cambron, si ce n'est ceux qui dérivaient de la 
situation de cette propriété dans son comté. 

En 1198, le comte donna gain de cause à l'abbaye de Cam- 
bron contre Jean de Lombise, au sujet des droits prétendus 
par celui-ci sur la ferme de Lombisœul, formant une dépen- 
dance de son domaine du village de Lombise. Jean se soumit 
à cette décision, et donna de plus h Fabbaye deux gerbes de 
dîmes, pour participer lui et sa famille aux mérites des bonnes 
œuvres du monastère *. 

Par acte donné à Gand, dans la chapelle de Ste-Pha- 
raïlde,le 8 des calendes d'août (^S août) 1200, le même comte 
céda au monastère de Cambron trente bonniers de terre si- 
tués à Baudeloo, avec un pré, remplacement d'un moulin ap- 
pelé Coudenborn, et une écluse, le tout exempt dç dîmes. 



1. Celte donation consistait dans Tallcu dit Saint-Médard, le terrage 
et le rendage de Talleu de Hossirc, excepté la part qui revenait à un certain 
Renaud dans l'alleu de Saint-MiMard, qui était situé à Bermeries. 

Cart. de Cambron, i'« part., p. 107. 

2. Les prétentions du soijrneur Jean de Lombise, basées sur des vues 
d'agrandissements, étaient relatives aux fonds, prés, bois et viviers de 
Tabbaye, sans épargner les habitants du franc-alleu de Sainl-Amand, et 
il voulait imposer ceux-ci aux tailles. 

Voyez Notice historique sur Lombise, pp. U h 15, et Cart.de Cambron, 
l'e part. p. 314-315 et 2« part., pp. 740 à 741. 



44 FONDATION 

Vers la même époque Fastré, chevalier de Gambron, don- 
na à Tabbaye la part de la d!me d'Ath et de Brantîgnies qa'il 
avait en fief du comte de Hainaut. 

La même année, Tabbé Bauduin de Tournai eut la satis- 
faction de voir l'abbaye de Baudeloo placée sous la juridic- 
tion de celle de Cambron, par Conrard, abbé de Clairvaux. 

En 120S, il se rendit utile dans les prv^pnrntif^ de l'expédi- 
tion du comte de Hainaut en Terre-Sainte : il publia les in- 
dulgences accordées par le pape, et recueillit les offrandes des 
fidèles. On conservait encore à Gambron, à la fin du XVII* 
siècle, un tronc garni de fer, qui, à Tépoque de cette croi- 
sade, avait servi au dépôt des aumônes. 

Notre abbé avait obtenu la confiance du fils du comte Bau- 
duin V, Philippe 1«% dit le Noble, comte de Namur. Ce 
prince, dans les derniers temps de sa vie, accablé de re- 
mords et fuyant les villes de Mons et de Valenciennes, menait 
une vie retiréeà Blaton, dans rancien château des comtes de 
Hainaut. Pour calmer ses craintes, il faisait souvent venir 
près de lui Tabbé de Gambron. Enfin, voyant la mort s'ap- 
procher, il appela pour l'assister à sa dernière heure : Bau- 
duin, abbé de Gambron, Gonrad, abbé de Villers, Nicolas, 
abbé de Marchiennes, et Renier, abbé de S*-Jean de Valen- 
ciennes. Après les avoir désignés pour ses exécuteurs testa- 
mentaires, il expira au milieu d'eux en 1S13. 

En 1211, Wautier, homme noble de Fontaines, donna à 
Gambron pour le salut de son âme et de celles de ses i>arents 
et du consentement de Basilic, sa femme, toute l'église de 
Boignée, avec les dîmes, majeures et mineures, les dotales et 
tous les biens appartenant à cette église, avec toutes les dîmes 
de récoltes et d'animaux sur ses manses situées dans les li- 
mites de la juridiction de cette église. Gette donation, ratifiée 
par Àrnulphe de Moriamées, dont ces biens étaient tenus en 
fief, était garantie par les donateurs en ces termes luFide nos- 



DE L*ABBATE. 45 

tre interposiia religione, et juramenta corporaliter prestito^» 

Au commencement de ce siècle, les grandes et petites 
dîmes de Pourbais (depuis Bornival) étaient tenues en fief 
de Tabbesse de Nivelles, par le chevalier Godefroid de Hode- 
berge (ou Huldenberg ?), sa femme Béatrix et les filles de 
celle-ci. Joie, femme du chevalier Gérard du Bois-Seigneur- 
Isaac, et Ode, femme du chevalier Nicolas de Strépy. Le 1*' 
décembre 1309^ cette famille renonça à ces dîmes au profit 
du monastère de Cambron ; mais celui-ci s'assujetit à payer 
à perpétuité un cens annuel de douze deniers de Nivelles, à 
Berthe et aux dames qui lui succéderaient dans la dignité 
abbatiale, etc. 

Le curé de Bornival recevait du monastère de Cambron, 
principal décimateur, 117 fl. 6 s. et 4 rasières de seigle (ou 6 
florins). En 1777, Tabbaye de Cambron paya 3000 fl. pour 
Télév^tion du presbytère sur les débris du château*. 

En 1214, Hellin de Mailles donna en aumône à Fabbaye de 
Cambron, douze bonniers de terre de son franc-alleu de 
Moulbaix. Au mois de mars de la même année, Englebert, 
seigneur d'Enghien, du consentement de son épouse, Ide, et 
de ses fils, Siger et Jacques, fit diverses donations à Téglise 
de Cambron et à plusieurs autres. 

En 1217, le même Englebert d'Enghien donna encore huit 
bonniers au monastère de Cambron, pour obtenir son ins- 
cription et celle de ses deux fils, Siger et Jacqties, au livre des 
familiers de Fabbaye. Le diplôme de cette libéralité contient 
la nomination de Tabbé de Cambron, comme Tun des exécu- 
teurs testamentaires d*EngIebert. 

L'année suivante (1218), Jean de Brandenghien offrit, sous 
réserve d'usufruit en sa faveur, à la même abbaye, trois jour- 

i. Cari, de Camron, 2* part., p. 756. 

2. Wauters et Tarlier, Géog, et liUt. des communes beiges. 



/ 

46 POXDATION 

naux de terre. La charte de cette donation est signée par 
l'abbé, le prieur, le sous-prieur et neuf prêtres. Dans Tordre 
hiérarchique des religieux se trouvait d*abord Tabbé, puis 
venaient les prêtres, les diacres, les sous-diacres et les acolytes, 
enfin les moines qui n étaient ni admis aux ordres sacrés^ ni 
chargés de psalmodier les offices du chœur, mais qui se li- 
vraient à un travail quotidien déterminé. 

En 1219, Siger, fils aîné d'Englebert d*Engtrien,du conseD- 
tement de son père et de Jacques son frère, donnaau monas- 
tère une partie de dîaie, à la condition d'être inscrit au livre 
des familiers. 

Au mois de mai de la même année, Hughes de Lens, frère 
de Waller, ou Wauthier, sire de Lens, donna pour le salut de 
son âme et de celles de ses ancêtres, une rente annuelle de 
vingt sous à prélever sur le cens qu'on lui payait dans son 
alleu de Quenast, et toute la dîme qu'il y percevait en stipu- 
lant que, si cette dîme produisait annuellement moins de 
trente muids de grain (mesure de Mons), il y serait. suppléé 
au moyen de son cens. 

A Taide de ces donations, on augmenta tellement les au- 
mônes faites à la porte de Tabbaye, qu'on distribuait chaque 
jour à tous les pauvres, du pain, de la bière et quelquefois 
des (eufs. Jadis un moine était préposé à la réception des 
grains destinés auxaumônes; mais plus tard ces grains furent 
confondus avec leceste des récoltes, et le moine préposé à ces 
denrées, veillait à ce. qu'il uan manquât point à la porte. 

Ces libéralités donnent une idée de l'accroissement de 
ressources que Bauduin de Tournai, par sa réputation de 
sainteté, procura au monastère. Cet abbé mourut le 3déceûi- 
brel221. 

Au commencement du XIII® siècle, Bernard de Long- 
champs, fils du seigneur de Huissignies, près de Chièvres, et 
page du comte de Hainaut, entra en religion à Cambron. 



DE l'abbaye. 47 

La vie de ce noble novice présente un assez vif intérêt. 
son père et sa mère lui avaient donné le nom de Bernard, en 
considération de saint Bernard, envers qui ils étaient des plus 
dévots. Le jeune seigneur répondant aux pieux désirs de ses 
parents, se distingua par sa piété et par son instruction lit- 
téraire; et, lorsqu'il fut en âge, on Tadrnit en qualité de page 
à la cour du comte de Hainaut, où son frère Bauduin avait 
déjà été reçu. En cette qualité, il figura comme homme du 
connte et de sa famille dans une charte de Guillaume, oncle 
de Bauduin, comte de Hainaut ; et quand ce dernier partit 
pour la Terre-Sainte avec son frère Henri, il choisit Bernard 
pour faire partie de sa suite. Ce jeune seigneur, au retour 
de son long pèlerinage, entra au monastère de Cambron. H 
édifîa la communauté par son austérité et ses vertus, et il y 
mourut en 1204 étant encore novice.. 

il fut enseveli dans un tombeau de marbre decinq pieds de 
hauteur, sur lequel il était représenté sous la tigure d*un guer- 
rier ayant aux pieds l'image du Christ. Ce tombeau était placé 
dans le mur qui séparait le chapitre du cloître. On représenta 
aussi Bernard de Longchamps en costume de novice , à 
genoux devant l'image de la Vierge portant l'enfant Jésus sur 
son sein. On ne voyait sur ce monument ni titres de noblesse, 
ni armoiries. 

Son père, Bauduin de Longchamps, fit donation à l'abbaye, 
non seulement de l'alleu de Bernard, mais encore de son pro- 
pre alleu consistant en terres cultivées et incultes, étang, ren- 
ilages, justices, serfs et serves, à Huissignies, à l'exception de 
deux serves, Eremburg et Ida de Lessines, et de leur progé- 
niture qu'il se réserva. Cette donation fut approuvée en 1204, 
par Guillaume, comte de Namur, régent du Hainaut, en 
l'absence de son neveu, Bauduin-de-Constantinople '. 

1. Cartulaire de Cambron^ 4'« part., p. 259. 



48 FONDATION 

Sigei' ou Suger, ou Sohier de Gand. — Siger naquit, parait- 
il, au château deGand, à la cour de Bauduin, comte de Flandre, 
père de Bauduin-de-Constantinople. Il eut pour père Hughes, 
châtelain de Gand S et pour mère, Marie, dame de Hosdain. 

Certains rapportent qu'étant allé étudier la philosophie â 
Paris, il fut attiré àCIairvaux par la réputation de saint Ber- 
nard ; mais LeWaitte dit qu'il vint se faire religieux â Cambron 
pour suivre l'exemple de Daniel de Grammont, et que de là il 
passa à Clairvaux. Il y remplissait les fonctions de prieur, 
lorsque ses anciens frères de Cambron le choisirent pour 
leur abbé, en 1231. Ce ne fut qu'à regret que les moines de 
Clairvaux le laissèrent partir. 

En 1223, il fit quelques échanges de biens avec Marcel, abbé 
de S^-Denis-en-Brocqueroie. 

En février 1224, Engelbert d'Enghien, à la prière d'Ade et 
de Bêle, son épouse, donna douze bonniers de terre à l'abbaye 
de Cambron, et par son testament daté du mois de mars de 
lamômeannée, il laissa aux pauvres quarante livres, monnaie 
légale, de rente sur les revenus deGrand-Enghien et dePetit- 
Enghien, en chargeant les abbés de Cambron et de Cantimpré 
de les distribuer en aumônes à l'entrée de l'hiver, par moitié 
dans la terre d'Enghien et ailleurs où ils le jugeraient conve- 
nable. 

Une contestation s'était élevée entre les religieux de Cam- 
bron et Adam, évéque de Thérouane, au sujet du droit patro- 
nal et des ofi'randes de l'église de Thiennes (près d'Aire, en 

1. La famille des* de Gand dit Villain, devint illustre à compter de 
Lambert \^, châtelain de Gancf, avoué des abbayes de S^Pierre et de 
S^Bavon, qui vivait en 1906. Elle a donné un maréchal de France, des 
généraux au service de TÂutriche, de la France et de TEspagne, des cheva- 
liers de la Toison d*or, des ambassadeurs et des conseillers d*Etal. Elle 
possède encore des représentants en Belgique. Elle s*est alliée aux 
familles de Brancas, Crevent-Humière, Furstemberg, Grimaldi de Monaco, 
Jauche, Mastaing, Roye, Larochefoucault, Sarmienta de Sotomsgor, etc. 



DE L*ABRATE. 49 

Artois). L'abbaye en prélevait les deux tiers, le surplus 
restait au curé. En 1224, l'évéque céda ses droits aux reli- 
gieux. Cet arrangement s'accomplit probablement à Cambron, 
oik le prélat était venu honorer les reliques de Désidère, l'un 
de ses prédécesseurs ^ 

Une tradition populaire et un récit de LeWaitte, rappor- 
tent un événement tragique qui serait arrivé sous le gouver- 
nement de Siger de Gand, vers 1225. 

Selon la tradition, un seigneur de Lombise 'assistait, un 
dimanche, dans Téglise de Thoricourt, à la messe qui était 
célébrée par unmoinedeCambron. Pendant l'office, la levrette 
de ce seigneur, s'étant approchée de Tautel, poussa la licence 
jusqu'à vouloir jouer avec le célébrant. Le moine, pour 
se débarrasser des importunités de cet animal, lui appli- 
qua une chiquenaude sur le museau. A cette vue, le seigneur 
se croit insulté; transporté de fureur, il tire son épée et en 
perce le religieux, qui tombe liiort dans le sanctuaire. Le 
coupable possédait assez de richesses pour payer largement 
le sang qu'il venait de fépandre,et, se repentantde soncrime^ 
il acheta (selon les mœurs du temps) son pardon en cédant à 
Tabbaye un bois qu'on nomma, depuis lors jusqu'aujourd'hui, 
le bois de V Occis et par corruption, d'Auxi. 

Le Waitte raconte autrement cette histoire. Un chevalier 



i. V. Cart. de Ciiwi^on, 2c part. , p. 514. 

2. On dit que ce seigneur de Lombise serait un comte de Thieiines ; 
mais cette assertion est fort hasardée ; en effet, le premier de Thiennes 
qui figiye comme seigneur de Lombise dans la généalogie de cette famille, 
vivait un siècle après cet événement, car il accompagna en 1340 
le duc de Bourgogne à la bataille de Saint-Omer. Le seigneur dont il 
s*agit dans cette tradition serait plutôt un seigneur de la famille de Lombiseï 
Beaurepaire et Foreux en Hainaut, dont Jean de Thiennes, le combattant 
de Saint-Omer, recueiUit Vhéritage à titre d'époux d'Anne, sœurethéri- 
xière de Gérard Bon Boz. ^ 



50 PONDATION 

{mUes)^ nommé Jean, seigneur de Lombise, homme actif 
mais hautain et violent, ne pouvait supporter la résistance 
qu'opposait, à ses injustes prétentions, le frère convers qui ex- 
ploitait la ferme de Lombisœul. Exaspéré de rencontrer tant 
de fermeté chez son voisin, il le menaça de le tuer; et Payant 
plus tard rencontré dans le bois, il le fit périr sous ses coups. 
L'abbé Siger et ses moines vinrent solennellement lever le 
corps du frère, et lui donnèrent la sépulture, avec de 
grandes démonstrations de douleur. Quant au meurtrier, 
tourmenté par le remords, il manifesta bientôt son repentir ; 
et, les mains encore chaudes du sang versé, il partit pour 
Rome muni des lettres de son évéque. Il confessa son crime 
au souverain-pontife, et en obtint l'absolution. A son re- 
tour, il se présenta devant Tabbé Siger et les religieux réunis 
au chapitre, et il donna au monastère le bois dans lequel il 
avait frappé le frère de Lombisœul ; ce bois porta depuis lors 
le nom de Bois-de^l'Occis*. 

Le Waitte ajoute qu'on ne connaît pas exactement l'époque 
à laquelle ce fait remonte; mais on prétend qu'il est antérieur 
aux lettres apostoliques accordées à l'abbaye de Cambron, 
par le papeHonorius, à Latran, le 8 des calendes de mars (2S 
février) 1238, et que le souverain-pontife aurait donné ces 
lettres par suite du meurtre du moine de Lombisœul. Le pape 
commence ainsi ses lettres : « Mes bien-aimés fils les abbés et 
frères de Cambron. » Il y commine l'excommunication pu- 
blique contre les laïcs qui s'empareraient des biens des reli- 
gieux, ou de ceux de leurs hommes; contre ceux qui retien- 
draient les biens échus par testament à l'abbaye ; enfin, contre 
ceux qui soustrairaient les dîmes des terrains qui appartenaient 
déjà au monastère avant le concile général, ou qui étaient 
cultivés par les religieux ou par des hommes à leurs frais* 

i. Certains écrivent le Bois d^Auxy^ par confusion avec le nom des sei- 
gneurs d*Auxy, possesseurs du château limitrophe de Launoy. 



DE L'aBBATE. si 

et dont le produit devait servir à leur nourriture. Les cou- 
pables ne pouvaient être relevés de cette excommunication 
sans avoir entièrement réparé le préjudice, fussent-ik 
clercs, chanoines réguliers ou même moines. 

Cet anathôme était encore porté contre tous ceux, quels 
qu'ilsfussent, qui frapperaient les religieux de Cambron; ils ne 
pouvaient en être déchargés qu'en allant implorer l'absolu- 
tion à Rome, munis d'une lettre de l'évêque du diocèse.Enfin, 
les fermes où l'on détenait les biens prérappelés, étaient frap- 
pées d'interdit aussi longtemps que cette usurpation se pro- 
longeait ^ 

Ces lettres pontificales prouvent le crédit dont Siger de 
Gand jouissait à Rome. Il en était sans doute redevable, soit 
à l'appui que lui accordait Jeanne de Constantinople par 
l'intermédiaire d'Alexandre et de Hughes de Gand, frère et 
cousin de cet abbé,soità l'affection de son ancien ami, Conrad, 
qui fut successivement abbé de Villers, de Clairvaux et de Ci- 
teaux, et enfin cardinal. 

Ce document retrace d'ailleurs fidèlement les mœurs de 
Tépoque, les luttes de la noblesse contre le clergé, et l'anta- 
gonisme entre le château et le monastère. Il permet aussi 
d'apprécier l'influence morale que l'abbaye pouvait exercer 
dans le pays. 

La même année 1226, Siger obtint encore du pape Hono- 
rius une sentence donnée à Latran,aux ides(15)de mars cette 
sentence frappait d'excommunication ceux qui requerraient 
les religieux de Cambron d'aller siéger, hors de leur diocèse, 
à plus de deux sessions d'affaires judiciaires. 

1. Les lettres d*Honorius avaient pour antécédente les privilèges 
des papes Alexandre III et Urbain III, qui fut élu le 23 novembre 1185 et 
mourut le 19 octobre 1187; le premier exemptait les moines de Tord^ de 
Citeaux en général, et le second,ceux de Cambron en particulier de payer 
les dîmes pour les terres qu*ils cultivaient eux-mêmes ou faisaient culti- 
ver. Can. de Camifran^ i« part, pp.il et 13. 



52 FONDATION 

En 1226, Hughes et Soyer de Gand s'engagent à exécuter 
la sentence qui sera prononcée par Jeanne, comtesse de 
Flandre, l'abbé de Cambron et Bernard, prévôt d'Harlebeke, 
sur un différend qu'ils avaient avec leur père, sous peine de 
2000 livres, monnaie de Flandre, à payer à la 2® ferie après 
la fétede la Madeleine à Bergues. 

En 1227, Siger conclut un arrangement avec Wauthier, 
abbé d'Hasnon, relativement à des biens acquis sur le terri- 
toire de Neufville. 

La même année, Othon de Trasegnies, surnommé l'Oncle 
(neveu ou petit-fils de Gillion qui vendit la terre d'Ath au 
comte de Hainaut en 1136) souleva une diflSculté à 
l'abbaye de Cambron, au sujet de quelques bonniers (jugera) 
de terre donnés à l'église par son père, pour être inscrit au 
livre des familiers, mais sous la charge que le tiers des fruits 
de ces terrains lui reviendrait ainsi qu'à ses héritiers. A l'in- 
tervention de l'abbé de S^-Denis-en-Brocqueroie, d'Eustache 
du Rœulx et d'autres seigneurs, Tabbé Siger termina Taffaice 
dans le courant de l'année ; Othon finit par céder la quotité 
du produit qui lui était réservée. 

En 1230, Hughes, châtelain de Gand, et Oda, sa sœur, par 
affection pour l'abbé Siger, leur cousin, donnèrent à la com- 
munauté de Cambron, pour le repos de leurs âmes et de 
celles de leurs anqétres, une masure située au village du Viet 
(in Vriel ou Briel) alors contigu à Gand et depuis compris 
dans cette ville. Cette habitation, achetée de maître Gillebert 
Bone, chapelain de S^ean-Baptiste, à Gand, fut reconstruite 
pour servir de refuge à l'abbaye de Cambron ; mais en 1287, 
celle-ci la vendit aux Carmes de Gand pour le prix de cin- 
quante-cinq livres parisis *. 

l.Ge refuge du Torfbriel fut transféré plus tard à la rue Haute-de- 
l'Escaut, et vendu pendant les troubles du XVI« siècle. — Cart, de Cam- 
tronj p. 90. 



DE l'abbate. S3 

La même année, Henri, seigneur de Wauthier-Braine, re- 
nonça à la dime que Tabbaye de Cambron tenait en fief de 
lui dans son village. Cet abandon fut confirmé par une charte 
d*EngeIbert, seigneur d'Enghien, donnée à Rebecq le di- 
manche après l'octave de l'Epiphanie 1230 (1231 n. st.). Cette 
cession avait déjà été autorisée, en novembre 1228, par Té- 
véque de Cambrai, Jean, sous la réserve que le curé 
du village, l'archidiacre Jean, fils de Jean, jadis méde- 
cin (physicus) du pape Innocent III, pourrait reprendre cette 
dime, en remboursant au monastère l'argent qui aurait été 
payé au chevalier pour cet objet. Ce droit ne fut pas exercé, 
car en 1423 l'abbaye échangea cette dime et un 
cens de trente-quatre deniers de Louvain, contre des biens 
d'une valeur de dix-sept livres que les religieux de Wauthier- 
Braine possédaient à Hérimelz. 

L'abbé Siger, son frère Alexandre et son cousin Hughes, 
châtelain de Gand, aidèrent la comtesse Jeanne, de Flandre, 
pendant la captivité de son époux Ferrand de Portugal, 
et ils donnèrent à cette princesse des preuves de fidélité 
pendant les troubles suscités par le faux Bauduin. Jeanne, 
de son côté, manifesta sa reconnaissance envers l'abbé en don- 
nant au monastère de Cambron, en 1223, des biens situés 
près de Windique et Indique, et en 1227, des moeres (polders) 
près de Hulst, pour le repos de son âme et de celles de ses 
ancêtres '. On envoya un prieur avec douze moines et quel- 
ques frères convers pour cultiver ces propriétés. Siger y 
construisit un prieuré avec une chapelle. On y chantait les 
nocturnes, les diurnes et les laudes en l'honneur de Dieu et 
de la Vierge. Cet abbé, craignant que la chapelle ne fût un 
jour détruite par les inondations, et voulant conserver lesou- 
venir de la comtesse Jeanne, fit bâtir une autre chapelle à 

1. Cart. de Cambron, i^ part., pp. 413 à 419, 421, 4%, 430 à 433, 
435etî436. 



54 FONDATION 

Cambron en mémoire de sa bienfaitrice. Le prieuré sub- 
sista jusqu'en 1S88, époque à laquelle les religieux l'aban- 
donnèrent à la suite d'une rupture des digues de la mer. Oo 
ferma ces digues près de Campen, et on remit à bail emphy- 
téotique les terrains qui appartenaient au monastère. Ces 
propriétés furent encore inondées en 1672, et |plus tard sous 
l'abbé Libert. 

La plus grande partie des biens de l'abbaye de Cambron 
situés en Hollande, lui furent donnés par les comtesses 
Jeanne et Marguerite de Constantinople. En 1227, le comte 
Ferrandiuiconfirma la possession de tous les biens qui lui pro- 
venaient d'achats ou de donations. La même année, Jeanne lui 
donna encore en pure aumône des terres à Windique et Indique, 
et l'année suivante, elle y ajouta la dimede la terre située entre 
Teau du moulin de Stapeldick (deSwenJ et la Vieille-Cour où 
les religieux étaient venus s'établir; elle lui accorda encore la 
dime d'une terre acquise par l'abbaye, suprà mare^ cum alitoqui 
didturHavec, à la condition de payer quinze livres de Flandre 
à Théodoric, seigneur d'Axel, et à Jason de Hect, chevaliers. 

En 1263, la comtesse Marguerite céda au monastère toute 
la moere de Voesteherse. En 1270, Alexandre dit Vilain, che- 
valier, ses frères et ses sœurs, vendirent à l'abbaye, avec l'ap 
probation de Marguerite, tout ce qu'ils possédaient dans le 
polder Jourdain et en Redich, en terres, maisons, fossés, 
voies, eaux, presseries et toutes autres choses, et consistant 
en cent-vingt mesures non compris les maisons,les fossés,les 
voies, les eaux et les presseries. 

En 1287, l'abbaye acheta de Jean de Namur, fils du comté 
de Flandre, deux polders de nouvelle terre endiguée, l'un 
situé entre Copich et Stripiel, et l'autre, entre Verchuch et 
Seredich; le premier d'une contenance de 134 mesures 2verges, 
et le second, de 205 mesures 200 verges. Enfin en 1291, 
la même abbaye acheta de Thierry de Beveren, chevalier, et 



DE l'abbate. 55 

de dame Agnès, sa femme, 120 bonniers de moere situés à 
Kieldrecht, tenant aux moeres de Tabbaye et à ceux de la de- 
moiselle Deleval. 

Siger de Gand mourut le 7 des calendes d'avril (36 mars) 
1233. Son administration fut aussi honorable qu'avantageuse 
pour le monastère. 

Bauduin de la Parte. — Selon l'usage suivi dans certains 
ordres religieux, cet abbé substitua au nom de sa famille ce- 
lui de Tournai, sa ville natale. On célébrait à Cambron un 
anniversaire pour son père, Bauduin de la Porte, et pour sa 
mère, Marie de Tournai. 

Bauduin figure comme témoin dans un acte de 1232 ; 
comme il y occupe une des premières places, on peut suppo- 
ser qu'il se distinguait par son mérite ou son aptitude aux 
affaires. Il fut élu abbé en 1233. 

En 1239, les chanoines de Soignies reconnurent être rede- 
vables envers l'abbaye de Cambron, d'une rente de soixante 
livres de blancs hypothéquée sur des pâturages, et ils promirent 
de la rembourser s'ils inquiétaient le monastère au sujet d'un 
droitde pâturage pour les moutons et les bestiaux de l'abbaye 
et de ses hommes. L'acte en fut dressé la veille de la S^- 
Cécile. Cette convention prouve que des diflScultés s'élevaient 
parfois du chef de la proximité de ces propriétés. Pour les 
résoudre, le chapitre et le monastère déléguaient chacun un 
de leurs membres; si ceux-ci ne réglaient pas le différend, 
ils devaient s'adjoindre un troisième juge ; et, quand ils ne 
s'accordaient pas sur le choix de ce tiers, le chapitre et le mo- 
nastère le désignaient. La partie qui n'acceptait pas la déci- 
sion de ces arbitres, encourait une amende de quarante 
livres de blanc. 

L'abbé Bauduin, affaibli par l'âge et les maladies, se dé- 
chargea de sa dignité en 1241, au grand regret de ses 
religieux qui l'engageaient à conserver la crosse. Il 



S6 PONDAnON 

mourut le 9 des calendes d'avril (24 mars) 1248. 

Sous Tadministration de Bauduin de la Porte, 4233- 
1241 , Tabbaye de Cambron obtint une bulle de pri- 
vilèges qui lui fut accordée par le pape Grégoire IX. Le 
pontife met « ses chers fils en Jésus-Christ^ Vabbi et les reli- 
gieux de Camiron» sous la protection de saint Pierre et sous la 
sienne, et il confirme larègledeCiteauxen vigueur à Cambron. 
Il confirme également les possessions légitimes et canoniques 
acquises au monastère, soit par la libéralité des rois et des 
princes, soit par les offrandes des fidèles ou de toute autre 
manière, avant le dernier concile général. Il a soin de men- 
tionner tout particulièrement le lieu où Tabbaye et ses dé- 
pendances sont situées, et il défend à qui que ce soit d'exiger 
la dime sur ces biens. Le monastère obtient le droit d'accueil- 
lir, sans que personne puisse s*y opposer, tout membre du 
clergé, ou tout laïc libre qui fuit le siècle pour venir s'y con- 
vertir. Aucun de ceux qui ont fait profession, ne peut aban- 
donner le couvent sans le consentement de Tabbé ; per- 
sonne ne peut accueillir Tun d'eux sansqu'il soit porteur d'une 
licence de l'abbé, qui a le droit de porter une sentence ré- 
gulière contre les moines et les convers qui pourraient se 
trouver dans ce cas. Les biens et les bénéfices de la commu- 
nauté ne peuvent s'aliéner que du consentement unanime, 
ou de l'avis de la majorité du chapitre ; les aliénations con- 
traires à cette règle sont déclarées nulles. II est interdit à 
tout moine de Cambron d'engager la communauté pour des 
sommes plus fortes que celles qui ont été consenties par le 
chapitre, et à moins que ce ne soit pour le bien évident de la 
communauté : les conventions contraires à ce principe sont 
nulles de plein droit. Le témoignage des religieux peut être 
invoqué dans les causes civiles et criminelles où les intérêts 
de la maison sont engagés ; mais personne, pas même l'é- 
véque, n'a le droit de les convoquer à un synode extérieur, ni 



DE L^ABBATE. 57 

de les obliger à comparaître devant les tribunaux séculiers 
relativement à leurs aflaires ou à leurs propriétés. Il est de 
plus interdit à l'évéque de pénétrer dans la maison sous le 
prétexte d*y conférer les ordres, d'y examiner des causes ou d'y 
convoquer des assemblées publiques, enfin de s'immiscer 
dans l'élection, l'installation ou la révocation régulière des 
abbés en contravention aux statuts de l'ordre deCiteaux.De son 
côté, l'abbé a le droit, après avoir requis de l'évoque diocé- 
sain la bénédiction et les autres actes de l'autorité épis- 
copale, de s'adresser, en cas de refus de celui-ci, à un autre 
évéque, et ce dernier ne peut exiger des abbés bénits ou à bénir, 
d'autres termes ou formules de profession que ceux qui sont 
prescrits par les statuts de l'ordre de Citeaux; quant aux abbés, 
ils ne peuvent employer d'autres termes ou formules' que ceux 
qui sont usités depuis l'origine de l'ordre. L'évéque diocésain 
doit accorder gratuitement aux moines de Cambron les saintes 
huiles et les bénédictions d'autels ou d'églises, ainsi que tout ce 
qui est du ressort de ses fonctions épiscopales, et il ne peut 
invoquer l'usage pour se faire remettre des honoraires de ce 
chef; mais si l'abbé préfère s'adressera un autre évêque or- 
thodoxe autorisé par le pape, cet évéque pourra obtenir ce 
qu'il demandera. En cas de vacance du siège diocésain, l'ab- 
baye peut s'adresser à un évéque voisin sans qu'on puisse 
s'y opposer, pourvu qu'il n'en résulte pas de précédents pré- 
judiciables aux droits de l'évéque diocésain. A défaut d'évéque 
ou quand le prélat du diocèse suffit avec peine à ses fonc- 
tions, si un évéque étranger mais orthodoxe se présente, on 
peut lui demander de bénir les vases et les vêtements, de 
consacrer les autels et d'ordonner les moines. 

Sont frappées de nullité, les suspensions, les excommuni- 
cationset les interdits prononcés par les évéques et les autres 
administrateurs d'églises contre le monastère ou ses, gens 
salariés, sous le prétexte de non-paiement et d'arriéré de 
dîmes, ou contre ses bienfaiteurs pour services rendus et 



88 FONDATION DE l'ABBATE. 

travail effectué les jours fériés auxquels les moines sont au- 
torisés & travailler. 

Sont également sans effet les lettres dans lesquelles le nom 
de Tordre de Citeaux n'est pas spécifié, et qui sont contraires 
aux privilèges apostoIiques.En outre,les moines du monastère 
ont le droit de continuer à célébrer Toffice divin dans sod 
enceinte lors même qu'il est interdit au commun des fidèles. 

Enfin, comme s'il craignait de n'avoir pas entouré d'une 
sollicitude suflSsante le bien-être et le repos de ses bien-aimés 
moines deCambron, Grégoire IX défend expressément de com- 
mettre des rapines ou des volsdans l'intérieur des fermes de l'ab- 
baye, d'y verser le sang, d'y exercer aucune violence, d'y arrêter 
ou d'y tuer un homme. Il confirme toutes les libertés et les 
exemptions de contributions séculières qui leur ont été accor- 
dées par les rois, les princes et les autres fidèles. Il décrète le 
respect complet de leurs privilèges et de leurs biens, en ré- 
servant seulement les droits du S^-Siége. Il défend à tous 
d'enlever, retenir ou altérer la plus légère partie de leurs 
propriétés, et de troubler en quoi que ce soit la tranquillitédu 
monastère. Il promet les bénédictions et les récompenses 
célestes à ceux qui veilleront au respect de ces privilèges; mais 
pour ceux qui les auront violés, et qui sourds à un troisième 
et dernier avertissement, n'accorderaient pas une réparation 
complète, il prononce contre eux la suspension de leurs 
pouvoirs, de leurs honneurs et de leurs dignités, et les 
frappe d'excommunication ^ 

Ainsi protégés parles bénédictions du pape, ainsi défen- 
dus par ses foudres spirituelles, et favorisés d'ailleurs par les 
princes, les seigneurs et les populations ferventes de cette 
époque, les moines de Cambron devaient promptement s'éle- 
ver, et ils s'élevèrent en effet au faite de la richeçse et de la 
puissance non seulement par leurs travaux agricoles, mais 
encore par l'affluence de donations pieuses de toutes espèces- 

1. Car t. de Cambron, i^ part., pp. â6 à 36. 



S9 



CHAPITRE m. 
PROSPÉRITÉ DE L'ABBAYE. 

§ I. — DÉVELOPPEMENT DE LA COMMUNAUTÉ SOUS LA RÈGLE 
DECITEAUX. 

L'ancien ordre de saint Benoit, réformé par Odon à Cluny, 
fut encore modifié par saint Bernard, qui donna de nouveaux 
statuts à Tabbaye de Cîteaux. L'illustre réformateur voulut 
bannir les scandales, confondre les hérétiques, et consoler 
l'église par la douceur envers le prochain, et par la dévotion 
envers la Vierge Marie. II imposa à ses religieux une vie aus- 
tère, et la pauvreté jusque dans le culte de Dieu. Les statuts 
étaient uniformes pour tous les monastères de la congréga- 
tion. L'ordre de Citeaux était indépendant du pouvoir laïc, 
mais il était sous la dépendance du pape et des évêques, sauf 
toutefois pour l'élection des abbés, qui était réservée exclusi- 
vement aux religieux. La règle de saint Bernard conserva la 
prière comme aliment du cœur et l'étude comme aliment de 
l'esprit, mais elle fit prédominer le travail des mains comme 
préservatif des écarts d'une vie purement ascétique. Elle pres- 
crivait d'aider et de protéger les faibles, et elle étendait sa 
sollicitude sur les pauvres. Elle instituait un aumônier qui 
était chargé de distribuer des aliments aux passants, de por- 
ter des secours aux malades des environs, et de fournir aux 
cultivateurs les graines nécessaires pour ensemencer leurs 
terres. 

La mission des moines de Citeaux était à la fois religieuse 
et économique : ils entreprirent de grands défrichements ; 
et, par une culture bien dirigée et des efforts incessants, ils 
rendirent la terre féconde et capable de subvenir aux be- 
soins de la population, qui s'accroissait partout considéra- 



60 PBOSPÉRITÉ. 

blement. De riches moissons et de riantes et plantureuses 
prairies remplacèrent bientôt les broussailles épaisses d'au- 
trefois. Les monastères s'enrichirent, mais en même temps 
la population rurale acquit sous la protection du cloître, 
une aisance qu'elle n'aurait pu espérer sous la domination du 
château. 

Fidèles à leurs statuts et à leur .mission, les premiers 
moines de Cambron passèrent leur vie dans la prière, le tra- 
vail et les veilles' : ils partageaient leur temps entre les exer- 
cices religieux et les travaux des champs, au milieu desquels 
ils étaient au début exposés à toutes espèces de privations etde 
contrariétés. C'est ainsi que leur nourriture,dans le principe, 
ne se composait que de pain d'orge, de feuilles de hêtre 
bouillies, de vesces et de millet. Ils avaient défriché des ter- 
rains couverts de ronces et d'épines, et dérodé d'épaisses fo- 
réts,et ils attendaient une récolte du premier champ arrosé de 
la sueur de leurs fronts, lorsque la main d'un méchant vint 
la nuit y semer de mauvaises graines. C'était, dit le chroni- 
queur, un acte intéressé, car ordinairement la pauvreté 
n'excite pas l'envie. 

Hais, comme nous l'avons vu, l'évêque de Cambrai et le 
comte de Hainaut protégèrent de leur autorité le monastère 
naissant ; plusieurs établissements ecclésiastiques et des per- 
sonnes pieuses l'aidèrent à subsister, et à l'époque où nous 
sommes asrivés, Tabbaye de Cambron était à l'abri de toute 
éventualité. Pendant les cinq siècles qui suivent, nous ver- 
rons se développer sa grandeur et sa richesse. Retraite pieuse et 
humble dans son origine,Cambron ne tardera pas à devenir une 
splendide abbaye. Dans l'oratoire et le cloître primitifs, de 
pauvres cénobites partageaient leur temps entre le travail et 
la prière ; plus tard, l'église et les salles conventuelles n'a- 

1. Ils suivaient cette règle austère que Tabbé de Rancé a fait revivre 
de nos jours par la réforme de la Trappe. 



DE l'ABBATE. 61 

britent plus sous leurs voûtes que des moines qui, ayant re- 
noncé au travail, se contentent de célébrer les oflSces cano- 
niques, et d'exonérer les services fondés pour les morts ; ob- 
servant la règle commune, remplissant chacun certaines 
fonctions qui leur étaient confiées, mais s'occupant en même 
temps de leurs richesses, dépensant leurs revenus et vivant, 
comme des fils de famille, du produit d'un magnifique héri- 
tage. La piété du peuple et les libéralités des seigneurs ache- 
vèrent ce que le travail agricole de la colonie de Citeaux avait 
commencé : elles lui procurèrent Topulence. L'abbaye prit 
place parmi les puissances politiques ; l'abbé porta la mitre 
et la crosse ; il habita un palais dans l'enceinte du couvent, 
tandis que les religieux vivaient dans de vastes cloîtres, dans 
de spacieuses et commodes cellules. 

Quels étaient ces religieux dont se peuplaient les monas- 
tères? C'étaient parfois des seigneurs qui s'y réfugiaient pour 
méditer sur les vanités du monde, parfois aussi c*étaient des 
pécheurs convertis qui allaient y expier de grandes fautes; 
mais c'étaient le plus souvent des hommes qu'une foi éner- 
gique entraînait vers le mysticisme, et qui se soumettaient 
aux rudes travaux du corps et de l'intelligence, pour atteindre 
au but d'une irrésistible vocation. Ces moines sublimes rem- 
plirent une mission aussi utile que glorieuse. La longévité 
de ces monastères prouve que la Providence leur avait assi- 
gné une grande mission dans l'organisation sociale. Leur 
temps était déjà passé, leur rôle était déjà fini qu'ils restèrent 
longtemps encore debout, soutenus par l'éclat prodigieux de 
leur antique et mystérieuse grandeur et par le prestige des ver- 
tus cénobitiques qui en avaient sanctifié les solitudes. Pour les 
anéantir, il fallut une révolution qui bouleversa le monde. 

Nous allons présenter, dans Tordre chronologique, les parti- 
cularités dont on a conservé le souvenir. Les biographies des 
abbésy occuperont une place assez considérable: elles formeront 



^2 PROSPÉRITÉ. 

en quelque sorte la charpente de notre travail; ces biographies 
sont pour l'histoire du monastère ce que celles des souverains 
sont pour les annales d'une nation. 

Henri de Nivelles. — Cet abbé prit son nom du lieu de sa 
naissance. Élu en 1241, il n'accepta ses fonctions qu'avec ré- 
pugnance, d'abord par humilité, ensuite par crainte des 
orages politiques qui menaçaient le pays. Pendant les dis- 
sensions qui éclatèrent entre la comtesse Marguerite de Cons- 
tantinople, et ses fils nés de son mariage avec Bouchard d'A- 
vesnes, les villes de Mons, d'Âth et de Chièvres se déclarèrent 
pour leur souveraine ; mais le château d'Enghien, défendu 
par son seigneur Gauthier et les Ronds du Hainaut, lui op- 
posa une vigoureuse résistance. Les environs de l'abbaye de 
Cambron furent souvent le théâtre de luttes sanglantes. Les 
deux partis ravagèrent le Hainaut, et si le monastère n'eut 
pas à souflTrir des excès des gens de guerre, ses fermes du 
moins furent mises à contribution. Marguerite avait recom- 
mandé au duc d'Anjou de respecter Cambron et les lieux sa- 
crés ; de son côté, pour être agréable à l'abbé Henri de 
Nivelles, et mériter d'être inscrit au nombre des familiers du 
monastère, Wauthier d'Enghien avait fait tous ses efforts pour 
empêcher que ses troupes n'enlevassent du bétail et d'autres 
vivres de la ferme de Lombisœul. 

En 1243, Théobalde de Wisebeke ou Giebecke, dit Lorel, 
laisse par testament deux sous à payer annuellement à l'église 
de Saint-Nicolas de Berimeis, le jour de la Nativité. 

Le pape Innocent III continua l'œuvre de son prédéces- 
seur. Innocent II, qui avait exempté l'ordre entier de Ci- 
teaux du paiement des dîmes des champs; il étendit l'exemp- 
tion aux terres arables acquises d'abord jusqu'au concile de 
Latran,et ensuitejusqu'à l'année 1244 inclusivement. La même 
année, il publia une bulle qui punissait les méfaits commis 
envers l'abbaye et les religieux de Cambron. Il donna 



DE L*ABBATE. 63 

à Lyon, le 3 des calendes de novembre (30 octobre) 
i245, une autre bulle qui permettait au monastère de recueil- 
lir les biens meubles et immeubles qiii seraient échus aux 
religieux, s'ils étaient restés dans le monde. Enfin, Tannée 
suivante, il conféra encore d'autres privilèges à l'abbaye \ 
notamment ceux qui interdisaient aux princes et aux prélats 
de l'obliger à leur fournir du vin, du blé et de la viande pour 
l'approvisionnement de leurs maisons ou de leurs forteresses; 
qui interdisaient aux femmes d'entrerdans le monastère et ses 
dépendances ; qui défendaient aux prélats d'excommunier les 
familiers, les serviteurs et les bienfaiteurs de Cambron, ainsi 
que ceux qui faisaient moudre le grain dans ses moulins ou 
qui cuisaient le pain dans ses fours, ou qui étaient de l'une ou 
Tautre manière en relation avec lui* ; qui prescrivaient aux 
prélats de conférer les ordres sacrés sans examen préalable aux 
moines de la maison, à moins que ceux-ci ne fussent notoi- 
rement criminels ou par trop difformes '. 

En mai 1250, le comte Jean d'Âvesnes, à l'intervention de 
l'abbé Henri, approuva la vente faite par Jacques de Werchin, 
sénéchal du Hainaut, des biens qu'il possédait à Bermeries, 
et consistant en terres, prés, bois, eaux, cens, rendages, ter- 
rages, hommes et hommages, excepté celui de Willaume 
d'Aine. 

Une sainte amitié unissait Henri à sainte Lutgarde, abbesse 
d'Aiwières, qui comptait parmi ses plus chères compagnes, 
sain(e Sybile de Gages, morte vers 1280. 

Accablé par rage, cet abbé déposa la crosse, et à la de- 
mande de ses religieux, il se donna pour successeur Jean de 

1. Cari, de Cambron, lr«parL pp. 18, â0,21,22, 23 et47. 

2. Idem, i^ part., pp. 38, 30 et 40. 
3. /iem, p. 47. 



64 PROSPÉRITÉ. 

Marbais. Il mourut peu de temps après, le 13 des calendes de 
mai (19 avril) 1250* . 

Jean de Marbais. — Né au village de Marbais, comté de 
Namur, il appartenait à la noble famille de ce nom. Le com- 
mencement de sa prélature fut troublé parles querelles qu'al- 
luma entre les d*Âvesnes et les Dampierre, la mort de Guil- 
laume de Dampierre, tué au tournoi de Trasegnies en 1251 ; 
mais l'abbé se conduisit avec prudence et sagesse, et il inspira 
tant de respect aux deux partis que le monastère n'en éprou- 
va aucun préjudice. 

Ce fut lui qui fonda le petit monastère de Stapeldyck, près 
de Hulst, sur un terrain donné par la comtesse Jeanne de 
Constantinople, et sur un autre acheté de Marguerite, sœur 
de cette princesse*. Il vit s'accroître lespossessionset les privi- 
lèges de l'abbaye. Ainsi,la veille de la décollation de saint Jean- 
Baptiste, 1251, Gérard de Hainaut, seigneur de Tarsines, cha- 
noine de Liége,approa va la donation faite en faveur de l'église de 
Cambron par son fidèle homme Willaume de Genlaing, cha- 
noine de S^-Géry, à Cambrai, et comprenant les terres possé- 
dées par celui-ci à Bermeries, savoir : celles de Brokerissart, 
de Foubersart, le bois de Tronquoi (de Truhceto) en fonds et 
superficie, ainsi qu'un rendage annuel de deux chapons. 

En 1251, fut terminé un différend entre Cambron et le cou- 
vent du Saint-Sépulcre à Cambrai. Celui-ci avait le droit, le 
patronat et la dîme des agneaux et des laines dans les limites 
de la paroisse de Brugelette ; Cambron les ayan t prélevés in- 
justement, on lui réclamait de ce chef deux cents agneaux et 

1. Marc Noël dit qu'il mourut le 15 des Calendes de mai (17 avril), 
tandis que Le Waitte rapporte cette mort au 18 des Calendes de mai 
(U avril). 

2. U est à remarquer qu*ane abbesse d*Aiwière nommée Mai^uerite de 
Marbais, communiqua des renseignements à lean Molanus pour écrire la 
notice sur sainte Lutgarde. 



DE L*ABAATE. 65 

mille toisons, avec la défense de rien exiger à l'avenir. A l'in- 
tervention de TofiScial de Cambrai, le S^-Sépulcre reconnut 
n'être pas fondé en droit dans ses réclamations ; il consentit 
enmême temps àcequela partie adverse pût, à sa volonté, 
faire nourrir jusqu'à concurrence de mille bétes à laine dans 
les limites de Brugelette, la moitié à charge des paroissiens, 
sans avoir à payer de dîmes ou d'autres droits de ce chef au 
S^-Sépulcre. Celui-ci paya en outre vingt livres de blanc 
à la partie adverse pour les frais du procès, et celle-ci s'en- 
gagea de son côté à ne pas faire nourrir à Brugelette un plus 
grand nombre de moutons. 

En 1253, l'abbé et le couvent de Cambron s'engagèrent à 
choisir Jean, seigneur d'Audenarde, ou son héritier, comme 
avoué, si toutefois ils en prenaient un, pour les biens qu'ils 
avaient achetés de ce seigneur dans le sart de Bafie (Bauffe). 

En 1254, le pape Urbain prouva son affection pour les re- 
ligieux de Cambron en les plaçant sous sa protection, et sous 
celle de saint Pierre et de saint Paul. 

Eustache du Rœulx, époux d'Agnès, héritière dé Silly et de 
Trasegnies, étant possesseur de la pairie de Silly, détacha, en 
1256, du bois de Silly, quatorze bonniers qu'il donna à l'ab- 
baye de Cambron, du consentement de la comtesse Margue- 
rite de Hainaut. De plus, en 1268, il échangea trente-un bon- 
niers que l'abbaye possédait à Maing-lez-Trit et qu'il annexa 
à sa pairie, afin que celle-ci n'éprouvât aucune diminution ^ 

En 1257, Jean, seigneur d'Audenarde, vendit à l'abbaye de 
£ambron le bois de Tongre, comprenant vingt-quatre bon- 
niers un journel et trente-une verges, avec toute justice 
haute et basse, pour en jouir en alleu libre. 

1. Le même Eustache du Rœulx avait, en 1354, pris sous sa Ksrde, la 
grange de la Chaussée appartenant à Tabbaye de Cambron, comme ayant 
été fondée et donnée par ses ancêtres. Cart. de Cambron^ \*^ part., pp. 
129 et 148. 5 



66 PROSPÉRITÉ. 

En juilletdelaméme année, la comtesse Margaerite et 
Gui, son fils, réglèrent avec le monastère, leurs droits sur 
deux moulins à deux meules que cette maison avait cons- 
truits à ses frais, l'un sous le Havine de Hulst, et Fautre entre 
Hulst et Stapeldyck ; la comtesse avait donné le terrain, et 
couvert les frais pour y faire venir les eaux ^ L'abbaye devait 
en supporter les réparations à concurrence de vingt sous, et 
celles qui dépassaient cette somme devaient être supportéesen 
commun. La pèche du moulin qui était situé en ville, reve- 
nait à la comtesse et celle de l'autre moulin, à Tabbaye. 
Celle-ci payait les meuniers et les gardes. La comtesse dé- 
chargeait du droit de mouture, le blé qu'on y moulait pour 
la court de Stapeldyck, propriété de l'abbaye, sans s'engager 
cependant à exempter le grain destiné à un monastère qu'on 
pourrait y établir. Elle reconnaissait que le tordoir situé entre 
Hulst et Stapeldyck, appartenait à Tabbaye ; elle s'obligeait à 
empêcher la construction de tout autre moulin à eau ou à 
vent dans la franchise de Hulst sans le consentement des re- 
ligieux. Si les deux moulins devenaient insuffisants, on de- 
vait en bâtir autant qu'il serait nécessaire aux frais de l'ab- 
baye pour deux tiers, et de la comtesse pour le reste. Celle- 
ci et ses successeurs s'interdisaient de vendre leur part dans 
ces moulins à d'autres qu'à l'abbaye, à moins que cette der- 
nière ne refusât de l'acquérir. La comtesse et son fils sechar- 
geaient de faire conserver le franc moulage à toujours, ainsi 
qu'il a été jugé en juillet 1257 par les échevins de la ville de 
Hulst. 

La même année, le jour de S^-Thomas de Cantorbery, 
Jean d'Audenarde et sa femme, Mahaut, vidamesse d'Amiens 
et dame de Péquigny, promirent aux moines de Cambron 

i. Cart, de Cambron, l^^ part., p. 436, charte relative à la construc- 
tion des moulins, en date de novembre 1254. 



DE l'abbatb. 67 

d'acheter à Wodeoque, trente-quatre bonniers de terre et six 
bonniers de prés, et de les en faire adhériter par Téchevi- 
nage en affranchissant ces biens de toutes tailles, corvées, 
hastes, chevauchées et autres services, ce fars pel et planke » que 
sa terre lui doit. 

En 1257, le monastère reçut de Bauduin, sire deBeaumont, 
fils de la comtesse Marguerite» une quotité de la dîme de 
Florezie, près d'Âvesnes, du consentement de l'abbaye de 
Liessies, qui avait le patronage sur cette paroisse. Le cha- 
pitre de S^-Croix à Cambrai et Jean d'Avesnes lui cédèrent 
aussi leur quotité dans cette dîme ; enfin Henri, châtelain de 
Beau mont, lui donna également la sienne pour être admis 
avec sa femme et ses descendants, au nombre des partici- 
pants ou familiers de ^abbaye^ 

En 1268, Pierre de Thoricourt, vendit à Fabbaye de Cam- 
bron, quatre bonniers de bois situés à TAunoit-S^-Denis, 
sous le bon plaisir de son suzerain, en renonçant à touSv 
autres droits^ ; mais le fief ayant été détruit, l'abbaye tint 
ce bois en censive d'Eustache du Rœulx. 

En janvier 1268-9, le ministre des Trinitaires de Lens, re- 
connaît tenir en fief de Cambron un demi bonnier environ 
de pré que ces religieux ont acquis de Thieri d'Aval le Vile, 
et qui était situé près de Lens au lieu dit Lonc-PoH^ Cambron 
recevait decechef uncens annuel de deux deniers à la S^- 



1. En septembre i259,rabbaye d*Auberive, diocèse de Langres, vendit à 
celle de Cambron une de ses chambres contigueà la cuisine des infinnes,afin 
que Tabbé de cette dernière maison pût en disposer à perpétuité pour y 
loger chaque fois que la nécessité ou le bon plaisir le ferait passer 
par là. CarL de Cambron^ 1« part., p. 134. 

2. Il en avait agi de môme eu 1305 pour sept bonniers situés au 
Caisnoit. 



68 PROSPÉRITÉ 

Rémi, et double cens à chaque renouvellement de ministre. 

En 1269, la comtesse Marguerite confirma à l'abbaye de 
Cambron, la possession des terres de Indique et de Uldique, 
dans le Métier de Hulst, données au monastère par Jeanne, 
sa sœur, ainsi que les achats que Tabbaye avait faits dans les 
Métiers de Hulst et d*Axel ; mais elle ne reconnaissait pas 
qu'en vertu de cette donation, les religieux pussent jouir de 
tous les jets de la mer ; néanmoins pour éviter toute contes- 
tation, elle leur céda les polders de Stapeidyck, de Vieux- 
Havech, d'Alexandre, de Neuf-Havech et de Strepide, ainsi 
que plusieurs autres terres. Aussi par reconnaissance, l'ab- 
baye fit-elle célébrer chaque jour dans une chapelle particu- 
lière, la messe pour les comtesses Jeanne et Marguerite et 
leurs époux^ 

Pour ne pas scinder l'énumération des acquisitions de l'ab- 
baye, nous avons omis de parler de deux faits assez intéres- 
sants qui arrivèrent à cette époque. 

Antérieurement les chefs des diocèses envoyaient à Cam- 
bron des ecclésiastiques de mauvaise vie, et des moines éga- 
rés pour y faire pénitence. Cette charge offrait pour l'abbaye 
de grands inconvénients. En effet, si un certain nombre de 
ces reclus s'amendaient, d'autres persistaient dans leur mau- 
vaise conduite, et ils étaient d'un fâcheux exemple pour les 
religieux, surtout pour les novices ; ils étaient la cause que 
cette maison perdait de sa considération, et que les nobles 
cessaient d'y choisir leur sépulture. L'abbé Jean de Marbais 
réclama contre cette coutume, qui était préjudiciable au mo- 
nastère y et une bulle d'Alexandre IV, donnée à Latran, le S 
des ides (11) de mai 125S, l'exempta de la charge de recevoir 
ces délinquants. 

1. Car t. de Camàron, pp. 439 à 474. 



DE L ABBAYE. 69 

L'autre particularité se rapporte à l'année 1288. L*épouse 
de Théodoric (Thierry), seigneur de Lens, était morte en 
donnant le jour à un fils. Sa famille affligée choisit sa sépul- 
ture à Cambron et y fit transporter le corps. On descendait 
le cercueil dans la tombe en présence des parents, de l'ab- 
bé et des religieux, lorsqu'on entendit une voix sombre qui 
s'écriait : a Notre-Dame de Tongre, ayez pitié de moi ! » On 
ouvrit le cercueil, et on reconnut que la dame était ressus- 
citée. Ses lèvres roses et ses joues colorées indiquaient qu'elle 
jouissait d'une santé florissante. Sans laisser aux assistants le 
temps de la réflexion,elle leur dit:<c Reconduisez-moi, je vous 
en prie,au lieu d'où je viens. »Les assistants lui demandèrent 
d'où elle venait ; et elle leur répondit : <c Je reviens de 
Tongre, où j'ai reçu pendant un jour et une nuit l'hospitalité 
la plus agréable de la S^-Vierge, ma protectrice. » Son mari 
la retira du tombeau, la fit revêtir de ses plus beaux habille- 
ments, et partit avec elle pour se rendre à Tongre. L'abbé, 
les moines et la plupart des témoins de ce prodige les sui- 
virent à ce pèlerinage. Pour mettre le nouveau-né sous la 
protection de Notre-Dame, le seigneur et la dame de Lens le 
firent baptiser dans l'église où ils honoraient laS^-Vierge. Us 
y laissèrent de riches offrandes. Chaque année, ils venaient de 
leur château d*Herchies au sanctuaire de Tongre, remercier 
leur sainte-patronne, et leur fils continua ce pieux usage pen- 
dant toute sa vie. Il mourut à l'âge de soixante-sept ans, sans 
avoir négligé une seule fois le voyage à Tongre. 

Après une prélature de vingt années, l'abbé Jean de Mar- 
bais mourut le 9 des calendes de juillet (23 juin) 1270. 

Jean de le Hestre. — On ne connaît pas le lieu de la nais- 
sance de cet abbé, et on ignore si son nom est celui de son 
endroit natal. Il jouissait d'une grande considération lorsqu'il 
fut élu abbé en 1270; c'est à cause de lui que la comtesse 
Marguerite et la noblesse du Hainaut gratifièrent l'abbaye 



70 PROSPÉRITÉ 

de Cambron de libéralités considérables. Marguerite lai 
donna quatre-vingts bonniers de moere situés à Stapeldyck ; 
son fils, Hughes, châtelain de Gand, y ajouta vingt bon- 
niers situés près de Hulst, à la date des nones (18) d'avril 
1271 : il céda ces terrains pour terminer le différend dont 
ils étaient Tobjet entre lui et sa mère. 

La même année, Guillaume, seigneur de Brugelette, reçut 
la sépulture au monastère de Cambron, auquel il avait donné 
trois bonniers déterre à cette fin. 

Une àame de la cour de Marguerite, Alice d'Audenarde et 
de Lessines, bienfaitrice de Tabbaye, y choisit aussi sa sé- 
pulture. Son fils, Jean, qui y fut enterré avant sa mère morte 
en 1375, donna une somme d'argent représentant la valeur 
de plusieurs bonniers de terre, pour obtenir son inhuma- 
tion dans cette maison religieuse, et une participation aux 
prières de la communauté. 

En 1272, GodefroiddeVinti, fils de Godefroid, seigneur 
d'Ostriselle, ratifia la donation de cinquante livres de blancs 
faite par son père, et en ajouta quarante autres. Arnold, 
autre fils du seigneur d'Ostriselle, donna aussi cinquante 
livres de blancs. 

Le jour de S*-Pierre-aux-Liens (6 août) 1273, la comtesse 
Marguerite confirma une donation de trente mesures de terre 
dans le métier de Bouchoute, faite vingt ans auparavant par 
Wauthier de Bouchoute lorsqu'il se fit religieux à Cambron. 

Enl274, Bauduin, seigneur de Peronnes ou Péruwés, grand- 
bailli du Hainaut, vendit à la communauté de Cambron, du 
consentement de ses frères, Collard et Arnold, et de sesdeux 
sœurs mariées, tout ce qu'il possédait à Ormegnies, consis- 
tant en terres, alleus, cens, rentes, hôtes, justices et autres 
biens. Ces propriétés, jointes aux biens acquis des seigneurs 
de Blicquy en 1259 et 1264, formèrent la seigneurie de Cam- 
bron en cette localité. Ce même Bauduin, après avoir laissé 



DE L*ABBATE. 71 

cent livres Parisis pour un anniversaire, fut inhumé dans 
Tabbaye. 

L'abbé Jean de le Hestre décéda ie 6 des ides (8) de no- 
vembre 1279. 

Hughe de VEscaiïley de la noble maison d'Ecaussines. — 
Contrairement à l'usage, cet abbé conserva le nom de sa fa- 
mille. Il descendait des seigneurs d'Ecaussines. Il était célé- 
rier ou receveur du monastère lorsqu'il fut élu abbé en 
1279. 

Sous son administration, les biens de l'abbaye reçurent 
d'importants accroissements. En décembre 1281, les religieux 
cédèrent par échange à l'abbaye de S^-Denis, une dîme sur 
le village de Quenast ; celle-ci leur avait été confirmée, le 8 
mai 1219, par l'évoque de Cambrai. 

En 1282, à Lens, Jean, seigneur de' Lens, confirme à Cam- 
bron les donations suivantes, savoir : 

Du fief €( de le Giutverie et dou fief Broket, et encore de 
autres rentes gisans en deniers et capons et en avaine en 
Lens, et de treze bonniers, pau plus pau mains, de terre ke 
H abbes et li covens de Camberonacaterent jadis à Jehan de 
Gamapes, desquels treze boniers, pau plus pau mains, de 
terre partie gist deles le sacele a Lens, et li autrepartie gist 
au Quartiu, et Jehans de le Gaeleri deseure nommes pour le 
gret et pour le les, pour le volente et le comandement mon 
chier segneur men père devant dit», moyennant deux deniers 
de cens à payer par Cambron annuellement à la S^-Remi au 
seigneur Jehan ou à ses héritiers... Et dit, plus loin ce sei- 
gneur, « pour le commun preut fu fais très en larbre ki va 
entre le prêt des Vakes et les mares de Lens, tout amont ensi 
cum les terres de Cambron Tabbie et les terres de Lens, ses- 
tendent jusques a Sart Dame Sezile... Toutes ces choses furent 
faites au Castiel a Lens lan de le sainte incarnation Jhesu 
Crist mil deus cens quatre vins et deus, le lundi après le feste 
saint Jehan de Celasse. » Cart. pp. 1S5 à 157. 



72 PROSPÉRITÉ 

En octobre 1283, Nicolas de Rumigni, chevalier, sire de 
Kierenain, approuve la cession faite à Tabbaye de Cambroo, 
par Baude de Oillies, du fief qui avait appartenu à Alard 
d'Oillies et à demoiselle Lucyen, consistant en dix l>onnier< 
environ de terre sise près de la cour de Cambron appelée la 
Chaussée ; plus, du même à la même la cession de huit de- 
niers de cens annuel, à condition de payer au susdit Nicrolas 
de Rumigni, un cens annuel de quarante deniers blancs et 
maille à la S^-Remi. Ce marché fut conclu à Jurbise, en dé- 
cembre 1283 '. 

L*abbé Hughe fut chaîné, avec le doyen de S^-Germain à 
Mons, par révéque diocésain, le jour de l'Assomption 1283, 
de publier la reconnaissance de Jean d*Avesnes comme sei- 
gneur, dans les doyennés d'Alost, de Grammont et de Pamefe. 
et ce, en vertu d'un mandement qui lui avait été adressé par 
l'empereur Rodolphe I*' *; 

Cet abbé fut un des exécuteurs testamentaires de Florent de 
Hainaut, chevalier, sire de Braine» frère du comte Jean 
d'Avesnes. Le disposant, par son testament de 1283, donna 
quarante sols de rente à Fabbaye à la charge d'un obit an- 
nuel. 

En février 1284, le comte Guy céda au monastère septante- 
cinq muids d'avoine (mesure de Wondeke), cent-vingt poulfô, 
et le produit pendant neuf ans de trente bonniers de terre et 
de douze livres de blancs à recevoir annuellement à Won- 
deke, à compter de la Nativité de S^-Jean-Baptiste 1287 ; ce 
qui rapportait septante livres de blancs par an. 

Le premier mai de la même année, le comte de Flandre 
autorisa Tabbaye de Cambron à acheter deux bonniers de 
moere à Ardembourg. 

1. Cart. de Cambron^ I" part., pp. 139 et 160. 

Archives de TÉtat à Mons, P 33, n<> 106,an 1383, du nouvel inventaire 
de la trésorerie des chartes des comtes de Hainaut. Original en latin sur 
parchemin. In festo Assumptionis S^ Mariae Virginis ...» Le sceau 
de révoque de Cambrai manque à ce mandement. 

2. Idem, f> 36, n« 125, an 1285.0riginal sur parchemin. 



DE L*ABBATE. 73 

Le dimanche après la fête de S*-Nicaise(21 décembre)! 387, 
le comte Guy déclara avoir vendu à Tabbé et au couvent de 
Cambron, pour leur maison de Stapeldyck, quarante-trois 
bonniers de moere dans le métierdeHulst^à raison de trente- 
quatre livres, monnaie de Flandre, par bonnier. Il reconnut 
en avoir reçu le prix en blé, avoine, bestiaux, fromages et 
autres choses que l'abbaye avait fournis à son hôtel et à ses 
garnisons pendant les guerres contre le roi de France. L'ab- 
baye fut toutefois chargée d'un cens annuel de six deniers 
par bonnier, payables le jour de S^-Remi ; le comte se ré- 
serva la justice et la seigneurie sur ces biens^ 

Vers la même époque, Nicolas de Gondé donna, pour obte- 
nir sa sépulture à Cambron, plusieurs bonniers de prairie 
situés près de Gondé. 

Les religieux de Gambron firent un échange de terres qu'ils 
possédaient à Mainvault contre d'autres que les religieuses 
du Refuge de la Vierge, près d'Ath, possédaient entre Lens et 
Cambron. Jean de Lens, qui avait la juridiction sur les sus- 
dits biens, ratifia cette convention. Ce seigneur prend le titre 
de Danwisieaus (jeune célibataire). Il donna cette approbation 
sans doute par reconnaissance pour la faveur dont il avait été 
l'objet en naissant (1358). Son père lui permit d'intervenir 
dans cette affaire. 

L'abbé Hughe de l'Escaille mourut le l^'' décembre 1288. 

Bauduin de Boussu. — Baudain, issu de la noble famille 
de Boussu, naquit au village de ce nom, près de Hons ou à 
Mons même, d'après la Biographie montoise de M. Ad. 
Mathieu. A peine était-il entré en religion que ses supérieurs, 
appréciant son mérite, l'envoyèrent à Tuniversité de Paris 
pour y étudier sous le célèbre dominicain saint Thomas d'A- 
quin. Il justifia les espérances qui reposaient sur lui, et, reçu 

I. CmL de Cambron, 1« part., pp. 474 à 482 et 104 à 496. 



74 PROSPÉRItf 

bientôt après docteur en théologie de la Sorbonne, il fut jugé 
digne de succéder à son illustre maître dans renseignement 
de cette science. On conserva jusqu'au siècle dernier dans 
la bibliothèque de Cambron, un monument de l'érudition de 
cet éminent théologien. C'étaient les commentaires en quatre 
livres sur l'ouvrage relatif aux saints Pères écrit par le fa- 
meux Pierre Lombard, maître des sentences. L'abbé Le 
Waitte aurait voulu pouvoir le rééditer;mais le défaut d'argent 
l'en empêcha. On y trouvait aussi en manuscrit ses Sermones 
de tempore et de sanetis et alios quosdam. C'est de son temps 
que l'on écrivit les livres de saint Augustin, dont les doc- 
teurs de Louvain se servirent plus tard pour faire impri- 
mer les œuvres de cet illustre évéque. C'est aussi avec 
l'assistance des moinesde Cambron qu'Héribert fit paraître les 
vies des saints Pères. Le Waitte communiqua aussi au père 
Mabillon les manuscrits de saint Anselme du S'-Sacrement 
de l'autel. Du reste, les moines de Cambron avaient écrit eui- 
mêmes plusieurs des manuscrits de leur bibliothèque. 

Bauduin de Boussu fut élu abbé en 1288, et, grâce à son 
mérite et à sa science, son monastère fut compris dans les 
sept abbayes de l'ordre que l'abbé primat de Cîteaux exempta 
de toutes dîmes au chapitre général des cistersiens en 139i. 
en vertu d'une autorisation donnée par le pape Alexandre IV. 
Le dimanche avant la fête delaMagdeleine, en juillet 1390,en 
la salle de Yalenciennes, l'abbé Bauduin fit connaître Tap- 
probation donnée par Jean d'Avesnes à l'achat fait par le mo- 
nastère d'un fief situé à Bermeries, et tenu des comtes de 
Hainaut etde Jean d'Audenarde,par Jacques deWerchin, séné- 
chal du Hainaut. Cette pièce est un curieux spécimen de la 
langue française et des formules de l'époque. Elle était écrite 
sur parchemin et munie du sceau eu cire verte de l'abbé de 
Cambron ^ 

1 . Archives de CÉtat, à Mons. Nouvel inventaire des chartes de la Tré- 



DE L ABBATE. 7S 

Enl291,rabbë deCiteaux, dans un chapitre général, confém 
ù Garabron, l'un des sept privilèges, accordant à autant de 
monastères, les plus méritants de Tordre, l'exemption de 
payer les dîmes de leurs terres et de celles qu'ils cultivaient. 
Ceux qui cultivaient les terres appartenant à Cambron jouis- 
saient de la même exemption ^ 

Le monastère était débiteur envers Jean II d'Avesnes, de 
diverses sommes tant pour prix d'achat de biens, que pour 
cens grevant des donations faites par les comtes de Hainaut ; 
ces dettes s'élevaient à huit mille cinq cents livres tournois. 
L'abbaye compta cette somme le jour de S*-Obert et S*-Juste 
1290, au prince qui avait réclamé cet argent pour faire la 
guerre. 

Bauduin de Boussu mourut en odeur de sainteté, le 6 des 
ides (8) de novembre 1393, emportant les regrets de tous ses 
religieux. 

Jacques de Montignies. — Cet abbé était fils de Jacques 
Plusquet, ou Plusquiel, bourgeois de Condéet censier à Mon- 
tignies. Après avoir exercé avec beaucoup d'habileté la charge 
de receveur de l'abbaye, il fut élu abbé de Cambron par les 
suffrages unanimes en novembre 1293. Il observa toujours 
rigoureusement la règle, et il précédait même ses confrères aux 
offices ; il fut très charitable et excellent religieux. Par une 
bonne gestion du temporel, il augmenta considérablement 
les revenus de la maison ; et même au milieu des circons- 
tances critiques de l'époque, lorsque l'abbaye était entourée 

sorerie des chartes des comtes de Hainaut, folio 44, n» i60, en 1290. Le 
sceau en cire verte est en fragments.il représente un abbé revêtu d'une cha- 
suble, portant une crosse de la main droite et un livre de la main 
gauche. La légende est brisée. Celle pièce figure sous le n° LXVIII, p. 160 
du Cartulaire de Cambron. 
1. Carc. de Camifrofiy 1« partie, p. 71, 



76 PROSPÉRITÉ 

de troupes françaises et flamandes qui occupaient les en?i- 
ronSf il conserva intacts les biens de la communauté. 

En novembre 1293, Philippe-le-Bel, roi de France, donna 
à Paris, des lettres qui confirmaient à Tabbaye de Cambroo 
la possession des biens qu'elle avait à Tournai, et qui dispen- 
saient les religieux d*étre contraints de vendre ou d'engager 
ces propriétés. En 1394, le pape fioniface Vlll permit à cette 
communauté d*acquérir des dîmes possédées par des laïcs 
dans les diocèses de Cambrai, Tournai et Trêves. 

En 1297, Jean de Gavre, chevalier seigneur de Hérimez, 
déclare recevoir en don la terre de Wondeke pour la tenir en 
fief du comte Guy de Flandre et de son fils. Cette terre était 
donnée à cens à Fabbaye de Cambron pour soixante livres 
parisis par an. 

La même année,il fit acheter sept bonniers de terre à Quevan- 
camps, par Jean d*Ecaussines, son procureur judiciaire, et 
par Jean, frère convers' et maître de la ferme de la Rosière. 
— En 1299, il obtint du pape Boniface VIII une bulle contre 
ceux qui lui susciteraient des diflérends à propos des acquisi- 
tions faites par lui et ses prédécesseurs. Il institua à Cambron 
le jubilé centenaire qui fut célébré pour la première fois en 
1300. Il assista avec l'abbé de Clairvaux, d*abord aux funé- 
railles de Marie de Dampierre, décédée au monastère de 
Flines, et plus tard à celles de Jeanne d*Avesnes, nièce de la 
précédente et qui lui avait succédé. 

En 1364, Tabbé Jacques, Tabbesse Alice de Ghislenghien 
.et le curé d'Herchies, d'une part, sont en différend avec l'abbé 
Roger de S'-Ghislain, d'autre part, relativement à des 
dîmes sur les bonniers de terre situés à Lens ; ils choisirent 
pour arbitres les curés de Jurbise et de Vianes et le bailli de 
Chièvres. 

Il résigna eu 1308 ses fonctions, qu'il avait exercées pen- 
dant quinze ans, et il mourut sept ans après. 



DE L*ABBATE. 77 

Nicolas d'Herchies. — II appartenait à la noble famille des 
seigneurs deLens et d'Herchies, et il naquit au villagedont il 
portait le nom. Il était prieur de Cambron lorsqu'il fut élevé, 
en 1308, à la dignité abbatiale à laquelle Jacques de Honti- 
gnies venait de renoncer. Il maintint dans sa rigueur la dis- 
cipline monastique, et se concilia l'amitié et la vénération des 
princes et des nobles. C*est ainsi qu'il fut choisi, avec le curé 
d*Enghien, comme exécuteur testamentaire de Wauthier 
d'Enghien, fondateur de la chartreuse d*Hérines (1309), et de 
sa veuve, Marie de Rethel, qui fit certains legs à Fabbaye. 

Parmi les bienfaiteurs de Cambron figuraient plusieurs 
seigneurs de Ligne, qui y avaient choisi leur sépulture, no- 
tamment le bisaïeul de FastrédeLignequi avait laissé à ce mo- 
nastère, pour le salut des âmes de ses ancêtres, de 
Marguerite sa femme, et de Wauthier, son fils, une rente 
perpétuelle de quarante sols, à prendre sur le cens de Ligne, 
« à Teffet de faire pitance générale chacun an, audit couvent, 
le jour de Saint Denys, pour l'anniversaire de la devant dite 
Margherie. ;> Fastré, par une charte datée de décembre 1310, 
transféra cette rente sur six journels de terre qui lui prove- 
naient de Sohier de Mainvault, dans le but de décharger ses 
cens de Ligne de la rente prérappelée. 

En 1313, le premier jeudi après la Pentecôte, Guillaume, 
comte de Hainaut, reconnut que le droit de morte-main, dans 
le village de Bermeries et dans la court de Cambronciel, ap- 
partenait à l'abbaye de Cambron. Ce prince remit ensuite à 
Vabbé ce qu'il avait reçu des meilleurs-cattels à Bermeries,^ 
et dans la court de Cambronciel ; ce dont l'abbé Nicolas de 
Herchies lui donna quittance, le lundi après la Pentecôte de 
la même année. 

Cet abbé se vit contester par les habitants de Ronquière le 
droit de destituer le clerc glissier ; mais en 1315, Wauthier 
d'Enghien et ses assesseurs lui donnèrent gain de cause à ce 



78 PROSPÉRITÉ 

sujet. Il obtint aussi contre les mêmes habitants, le sixième 
jour après la fête de S^-Barnabé de ladite année, une décisîoo 
favorable quant à ses droits sur le drap mortuaire, et sur le 
reste des cierges des services funèbres; en 1320, on jugeai 
son profit une contestation relative à quelques possessions 
situées dans ce village. 

A la S^-Martin 1316, il acheta à Mons un refuge situé rue 
de Nimy, près de Téglise deS^-Elisabeth, et il le fit approprier 
pour les religieux, qui s'y retiraient pendant les guerres si 
fréquentes à cette époque. 

C'est vers la fin de sa prélature que fut commis, en 
Tannée 1332, un sacrilège contre l'image de Notre-Dame à 
l'abbaye de Cambron. 11 en fut tellement afiecté qu'il déposa 
la crosse peu de temps après ce crime. Il mourut le 4 mai de 
la même année. 

§ 11. — Accroissement de Vabbaye par la dévotion 
envers N.-D. de Cambron, 

Nous arrivons à l'événement le plus dramatique de l'his- 
toire de l'abbaye de Cambron. Pour comprendre l'influence 
qu'il exerça sur la situation du monastère, nous rappellerons 
que Tordre de Cîteaux pratiquait une dévotion toute spéciale 
envers la Vierge Marie, et que les fidèles du XIV* siècle l'ho- 
noraient d'un culte particulier. Les chevaliers invoquaient le 
patronage de Marie; les châtelaines se plaçaient sous sa pro* 
tection spéciale; et le peuple, imitant l'exemple des grands, 
sentit redoubler sa ferveur envers cette mère et souveraine 
des chrétiens. Chacun dès lors lui donna le nom glorieux de 
Notre-Dame. 

La mère de Dieu était ainsi honorée à Tabbaye de Cambron 
comme la patronne de Téglise, de Tordre de Citeaux et de la 
population du pays. 



DE l'abbaye. 79 

En 1322, était habituellement reçu avec bienveillance au 
monastère, un certain Guillaume, juif soi-disant converti, 
filleul du comte de Hainaut, Guillaume 1«' dit le Bon, et ser- 
gent de la cour de Mons. Il était souvent Thôte de Cambron 
quand il se rendait à Hérimez, à Ath, ou dans les châteaux 
des environs. 

Un jour se trouvant à l'abbaye devant une représentation 
de la Vierge Marie, il entra dans une étrange fureur, et se 
ruant vers cette image, il lui adressa les plus grossiers blas- 
phèmes en la frappant cinq fois de sa hallebarde. Jean Man- 
duvier (ou Mandidier) charpentier du couvent, témoin de ce 
sacrilège, déclara que le sang jaillit de la blessure faite à la 
madone par le juif. A la vue d'un tel sacrilège, l'ouvrier cou- 
rut sur le traître; il levait déjà sa hache pour lui fendre 
la tête, lorsqu'un religieux convers de Fabbaye nommé 
Mathieu de Lobbes, le retint et le détermina à porter plainte 
à Tabbé pour faire punir le coupable. 

L'abbé assembla ses moines en chapitre pour délibérer sur 
ce qu'il convenait de faire dans cette grave conjoncture. On 
décida d'envoyer des députés au souverain-pontife, et de lui 
soumettre ce cas difficile et exceptionnel. Cette mission fut 
dévolue aux deux témoins oculaires, Jean Manduvier et 
Mathieu de Lobbes, afin que la vérité sortit plus naïve et com- 
plète de leurs dépositions. Jean XXII, pape d'Avignon, reçut 
les deux envoyés, et le fait lui parut si grave qu'il crut devoir 
écrire au comte de Hainaut, pour en obtenir une punition 
éclatante. Guillaume-le*Bon fit incarcérer l'accusé, et le con- 
fronta avec les deux témoins; lecoupable ayant nié audacieuse- 
mentlemèfait,il fut appliquéàlatorture;maissaconstitutiony 
résista et sa force morale n'en fut point affaiblie. On dut donc 
le relâcher, et on le réintégra même dans ses fonctions de ser- 
gent de la cour. Cette impunité troubla la vie de l'abbé Nicolas 
de Herchies ; ce prélat, déjà âgé, déposa sa dignité et mourut 
peu de temps après. 



80 PROSPÉRITÉ 

Nicolas Delhave.—îié kVLons/û tut élu Mbé de Gambron 
le8avriH322. 

Quatre ans plus tard, sous son administration, l'auteur du 
sacrilège de Gambron reçut son châtiment. 

Jean li FlamenSy maréchal vivant aux Estinnes, près de 
Binche, vieillard débile et paralytique, eut la nuit, dit la 
légende, une vision dans laquelle un ange envoyé par la 
Vierge, lui commandait d'aller venger son image meurtrie et 
maculée. Li Flamens alla raconter cette vision à son curé ; 
celui-ci lui conseilla d'attendre pour plus de certitude un 
second avertissement, et il le reçut en effet; la troisième nuit, 
la Vierge elle-même lui apparut, et lui ordonna de partir 
pour tirer vengeance de l'insulte faite à son image. Le vieil- 
lard, accompagné de son curé, se rendit à l'abbaye, visita 
l'image de Marie, et se présenta ensuite à l'abbé Delhove. 
Celui-ci le laissa agir et s'en rapporta à la volonté de Dieu. 

Le vieux maréchal en appela au jugement de Dieu, et il alla 
trouver à Hons le grand-bailli du Hainaut, qui gouvernait en 
l'absence du comte Guillaume-le-Bon. Jean et ses témoins 
accusèrent de nouveau l'infidèle converti d'avoir commis le 
sacrilège, et en outre d'avoir corrompu, aidé de seigneurs de 
la cour, les juges et les exécuteurs chargés de le mettre à la 
torture. Le juif fut mandé devant le grand-bailly et, mis en 
présence de son nomel accusateur, il nia le fait qu'on lui 
reprochait; Jean proposa le duel judiciaire et le bailli l'au- 
torisa. On sépara alors les adversaires, et on les mit en 
chartre privée pendant quarante jours pour se préparer au 
combat. C'est ce qu'on appelait faire sa quarantaine. Là, les 
champions s'exerçaient à la lutte et au maniement du bâton 
avec certains maîtres d'armes que Ton appelait Bretons. ' 

Au jour fixé (le mardi 8 avril 1326), on disposa un champ 
clos près de la porte du Parc à Mons, et les adversaires y 



DE l'ABBATE. 81 

furent introduits. Le combat s'engagea et Jean fut victorieux. 
Le courageux vieillard reçut les félicitations du comte de 
Hainaut, témoin de cecombat, et la cour, le clergé et le peuple 
applaudirent à son triomphe*. 

En mémoire de cet événement, on institua à Cambron une 
procession solennelle qui se faisait encore, dans les derniers 
temps de Tabbaye, le troisième dimanche après P&ques. La 
tradition rapporte que le parcours, de cette procession avait 
été indiqué par la Vierge elle-même, accompagnée d*une 
multitude d'anges, à trois pèlerins qui s'étaient arrêtés un 
soir près de Tabbaye, et qui affirmèrent sous serment l'avoir 
vue. 

Le descendant de Jean-le-Flameng, dit le Febvre^ désigné 
sous le nom du Champiorij et vêtu d'un habit blanc parsemé 
de croix rouges, arrivait solennellement à Cambron, la veille, 

i . On trouve au dépôt des archives provinciales de TËtat, à Mons, un 
plan d*une table d'autel pour la chapelle de Notre-Dame de Cambron, près 
de la ville de Mons, dressé au XVI« siècle. Il provient des anciennes ar- 
chives judiciaires du Hainaut, et il figure sous le no8a0 de Tinventaire 
des cartes et plans du dit dépôt. 

Haut. 20 ccnU, larg. 35 cent. 

On lit au bas de ce plan: « Devise des huis de la table de Notre-Dame 
de Cambron: Premier, au-dedens des dis huis, quattre histoires de Notre- 
Dame, et la douceine qui cirque entour la dite histoire sera d*or bon et 
semblablement les grandes molures, et au-dehors des dits huis quattre 
images, sy comme: Saint Anthoinc, Saint Rocq, Saint Sébastien et Saint 
Adrien, et les moulures noires comme Tœuvre le requiert. \je tout fait de 
bonne couleur à Tuille, sy avant qu^elle se poldroit démonstrer devant 
les ouvriers à ce cognoissant. » 

La chapelle dont il s*agit fut bâtie en Thonneur de N.-D. de Cambron au 
lieu môme du combat. Celait un pré contigu au parc du comte, sous le 
rempart de la porte du Parc, à Mons. 

Un seul objet provenant de cet oratoire a été conservé, c*est la statue de 
la vierge miraculeuse qui en décorait l'autel ; elle se trouve dans l'église 
Sainte-Elisabeth à Mons. 



82 PROSPÉRITÉ 

au son des cloches, à la tête des confrères des Estinnes, pour 
assister à la procession. Ces pèlerins se faisaient accompa- 
gner par un valet ou bedeau grotesquement costumé, qu'on 
nommait le sot de Cambron. Ils logeaient cette nuit au mo- 
nastère ; les piétons recevaient chacun un pain et un hareDg; 
les vierges et les cavaliers étaient admis à la table de Tabbé. 
Cette coutume tomba avant la suppression de Tabbaye, parce 
que l'abbé refusait de manger avec ces derniers,et les envopit 
loger à Brugelette. 

Parmi les noms des champions, on trouve ceux de Jehan 
Desmoulineaux, en 1479, Jean Leroy, en 1530, Jean Lavend- 
homme, mort le 13 décembre 1621, François Deneufbourg, 
mort le 26 novembre 1758. 

Peu de temps après, le comte vint, pieds nus, à Cambron 
rendre hommage à la vierge miraculeuse. C'est alors quon 
résolut de construire, au lieu même oii le sacrilège avait été 
commis, un autel et une chapelle pour Timage de la Vierge, 
et de solliciter des indulgences pour y attirer les fidèles. Le 
prieur Ives en avait suggéré l'idée à l'abbé Nicolas Delhove; 
mais celui-ci ne savait qui envoyer vers le pape pour obtenir 
les privilèges désirés. Le champion se présenta ei fut chargé de 
ce message. Il repartit donc pour Avignon, muni de lettres de 
recommandation de la part de la comtesse Jeanne de Hainaut 
pour le roi de France, qui appuya la requête ; patronné 
par le cardinal de S'-Patrice, de l'ordre de Citeaux, il ob- 
tint du pape une indulgence desix cents jours, et il en rapporta 
la bulle à Cambron. La promulgation de cet acte attira au 
monastère un grand nombre de fidèles de tous rangs, d'Alh, 
de Mons, d'Enghien et des environs. L'abbaye devint bientôt 
le sanctuaire d'un pèlerinage célèbre, et de nombreux mi- 
racles s'y opérèrent. 
Entre-temps le juif avait été livré au bras séculier, et con- 



DE l'abbate. 83 

damné à être pendu par les pieds, et brûlé entre deux chiens 
affamés qui lui déchiraient les flancs. 

Tous les grands événements religieux, politiques et guer- 
riers, arrivés dans nos contrées pendant le moyen-âge, ont 
été chantés par les trouvères, dit H. Arthur Dinaux, dans 
son livre sur les trouvères hennuyers. C*est dans leurs 
œuvres qu*il faut chercher tout ce qui a ému les peuples; dès 
qu'une chose ou un homme devenait populaire, la poésie s*en 
emparait. Le sacrilège commis contre N.-D. de Cambron et 
la punition de ce crime, ne pouvaient passer sans attirer Tat- 
tention d'un rimeur du quatorzième siècle. On ne doit donc 
pas s'étonner qu'un tel drame ait excité la verve d'un poète 
de l'époque. Celui-ci devait appartenir au pays : il était sans 
doute de Mons ou des environs, ou tout au moins du Hainaut, 
pour être si bien au courant des petits détails de l'événement, 
et de la série des miracles qui se succédèrent rapidement sur 
les lieux mêmes où se trouvait Timage miraculeuse de N.-D. 
de Cambron. Le vieux poème ne nous a pas été conservé en 
entier; Tabbé Le Waitte n'en a transcrit que des fragments 
dans l'histoire de son monastère. Cet abbé reproduit égale- 
ment certains passages d'une chronique de l'époque, qui re- 
late l'événement en langue romane *. 



i. Des poètes latins s'occupèrent également du miracle de Cambron. En 
1639, Philippe Brasseur, écrivain montois, le chanta en vers héroïques. 
Dans le même siècle, le père Quentin du Roy (ou Duray ou Duret] béné- 
dictin, en fit une tragédie en vers latins, qui fut représentée, en 1665, au 
collège de Grammont, dans la Flandre orientale. 

Au commencement du siècle suivant, messire Claude-François Doyen, 
prétre-curé de Trevillers, au comté de Bourgogne, a racconté briôvemen 
les faits du sacrilège dans un poème de sa composition imprimé à Ein- 
sidlen, en 1701, dans rimprimcrie parUculière de la v célèbre abbaye de 
N.-D. des Ermites. 

Voir : i» La Yi&rge miraculeuse de Cambron publiée par Théophile 



84 PROSPÉRITÉ 

Le même sujet inspira plus tard les peintres et les gra- 
veurs. Plusieurs chapelles en conservèrent le souvenir. 

On construisit à Cambron une chapelle à Tendroit où était 
peinte rimage qui avait été Tobjet des fureursdu juif sacri- 
lège, et on y déposa le bâton et le bouclier du vieillard vain- 
queur. 

L'abbé Nicolas Delhove mourut un an environ après (1338) 
Texécution du Juif. Il avait à peine réuni quelques matériaux 
pour la construction de la chapelle de Notre-Dame. 

IvEs DE Lessines. — Ives était fils unique de Jean Desprez, 
dit de Quieurain ou Kieurain (Quiévrain?), châtelain de Les- 
sines. Quoi qu*il fût seul pour perpétuer le nom de sa famille, 
U prit à la mort de son père Thabit religieux à Cambron, le 
jour de la Madeleine 1284, malgré les supplications de sa 
mère et de ses trois sœurs'. Il était prieur du monastère lors- 
qu'il remplaça Tabbé Nicolas Delhove, en 1338. 

Marie, une de ses sœurs, avait donné à Tabbé Jacques de 
Montignies des prairies et six bonniers de terre labourable ; 
Ives de Lessines rendit ces biens à ses sœurs ; mais à la de- 
mande de Marie, celles-ci rendirent encore les propriétés 
pour être employées à la construction d'une chapelle en 
l'honneur de la Vierge. On y fonda un obit pour leur père e 
leur mère. 

Une difficulté s'était élevée entre Ives de Lessines, d^une 
part, et l'abbaye de S'-Ghislain et les curés de Blicquy, d'Huis- 

Lejeune, aux Annales du Cercle archéologique de Mons, t. VU, pp. 67 à 
95 ; 2« Notice historique sur la Vierge miraculeuse de Cambron et -sur la 
chavelle érigée en son honneur à Estinnes-au-Mont, idem. Ecaussine^. 
i872. 

Une confrérie a été érigée canoniquemenl en celte chapelle par Mgr. 
Labis, évéque de Tournai, le 10 avril de la même année. 

1. De la famille de ce prélat descendent les seigneurs de Bois-de- 
Lessines. 



DE l'abbaye. gK 

signies et d*Onnegnies, d'autre part, à l'occasion de certaines 
dîmes de la ferme de la Rosière, et d'un bois appartenant à 
l'abbaye de Cambron. Ce conflit fut vidé le 20 octobre 1329, 
par Dom Jacques de Nivelles, prieur de S^-Ghislain, et D. 
Jean de Mons, cellérier de Cambron, choisis pour arbitres. 
L'abbaye de S^-Ghislain fut déclarée avoir droit, à titre de pa- 
tronat, à la dîme sur onze journaux de bois de la Rosière ; 
de ce chef,]e monastère de Cambron dut lui payer, ainsi qu'au 
curé de Blicquy, six sols blancs. Les oflrandes faites à la cha- 
pelle de la Rosière furent attribuées aux mêmes décimateurs; 
il fut aussi décidé qu'aussi longtemps que l'abbaye de Cam- 
bron tiendrait par elle-même et sans fraude, la rente de la 
Rosière, elle serait exempte de payer les dîmes de laines, d'a- 
gneaux et d'autres animaux, selon les privilèges accordés par 
le saint-siége. Cette dîme ne devait pas non plus se payer par 
d'autres fermiers de la Rosière, relativement à ceux de ces 
animaux nourris pour Cambron. 

Ives de Lessines donna le plan delà chapelledeN.-D. de Cam- 
bron et en fit jeter les fondements. Grâce aux offrandes abon- 
dantes qu'on y déposait, ce sanctuaire fut bientôt achevé. On 
y célébrait la messe en expiation du sacrilège de 1322. 

Cet oratoire tenait à la chapelle de la S*«-Trinité assignée 
alors aux séculiers. La nef de l'église servait de chœur aux 
frères convers. L'église n'avait pas encore d'entrée vers la 
grande cour. 

En 1326, l'abbaye de Cambron reçut l'autorisation de faire 
célébrer l'oiBce divin à haute voix, mais à portes fermées, en 
temps d'interdiction générale du pays* . 

L'abbé Ives mourut lé 9 mars 1329, à peine deux ans après 
son élection. 

Jean de Mons. — Cet abbé, né à Mons, avait occupé plu- 

1. Cartui. de Cambron, !« partie, p. 77. 



86 PROSPÉRITÉ 

Sieurs charges honorables dans la maison conventuelle lors- 
qu'il fut élu à la prélature, en 1329, par les suffrages una- 
nimes des religieux. 

Sa haute prudence et sa piété lui valurent Testime de Jeanne 
de ValoisS qu*il aida beaucoup de ses conseils. 

A Taide des offrandes de cette princesse, épouse de Guil- 
laume I^^ comte de Hainaut, de la dame de Sars et d'autres 
personnes pieuses, Jean de Mons put achever la chapelle de 
Notre-Dame. La comtesse de Hainaut y vint souvent honorer 
l'image miraculeuse.Indépendamment d'autres donations,elle 
affecta des rentes hypothéquées sur des biens situés à Ath, à 
l'entretien d'un luminaire devant brûler jour et nuit en face 
de la sainte image. Elle fit aussi poser des verrières à la cha- 
pelle de la S^"-Trinité, aux lavoirs des religieux et au cloître. 
Le jour de S*-Pierre entrant en août 1334,1e comte de Hainaut 
prononça au profit du monastère, l'amortissement des rentes 
que son épouse avait données pour y fonder une lampe perpé- 
tuelle en la chapelle de la Vierge, c'est-à-dire 41 sols blancs et 
9 chapons, à prendre sur divers héritages en la ville d'Ath*. 

L'abbé Jean de Mons, pour reconnaître ces bienfaits, s'em- 
pressa, au décès de Guillaume I«, en 1337, de se joindre à 
l'évêque de Cambrai pour conduire le deuil; et peu de temps 
après, la comtesse de Hainaut s'étant retirée à Fontenelles 

i. Sœur du roi de France Philippe de Valois. 

2. Archives de TÉtat à Mons, nouvel inventaire delà trésorerie des char- 
tes des comtes de Hainaut, f> i23, an 1534; original sur parchemin scellé 
des sceaux du comte de Hainaut et de Tahbé de Gambron. Le sceau de 
Tabbé est de forme ovale en cire brune ; il représente Tabbé en pied ci 
en chasuble, portant une crosse dans la main droite et un livre dans la 
main gauche, avec cette légende: [sig] illum abbatis de Gambcro [ne]. 
Cet abbé est qualifié de frère Jehans dans Tacte. — L. Devillers, Monu- 
ments pour servir à ^histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de 
Luxembourg, t. III, pp. 378-380. 



DB l'abbate. 87 

(près deValenciennes) pour s*y faire religieuse, avec plusieurs 
demoiselles nobles, ce fut Tabbé de Cambron, délégué par 
l'abbé de Clairvaux, qui reçut ses vœux, et lui donna le voile 
sous lequel elle devait finir ses jours. Avant de mourir, elle 
fonda encore une messe à perpétuité au bénéfice des pères 
confesseurs de l'abbaye de Cambron. 

Cest sous le gouvernement de l'abbéJean de Mons,enl331, 
qu'on fut obligé, dans nos provinces, de retirer aux frères 
convers la régie des censés, fermes etautres biens des abbayes. 
Ils exagéraient l'importance des services qu'ils rendaient en 
augmentant le produit de ces propriétés ; ils ne respectaient 
plus les religieux prêtres, et ils étaienten outre fort dissolus. 
On les soumit à la réclusion comme les prêtres, et ce fut 
parmi ces derniers que l'on choisit les procureurs qui les 
remplacèrent dans la direction des métairies, 

A la même époque, les frères convers travaillèrent beau- 
coup à agrandir les fermes, nommées alors courts (en latin 
curtis à nemoribus decurtatiSy dit Le Waitte. La ferme de la 
Court située près de la route deMons à Enghien, date de cette 
période : son sol, alors boisé, fut défriché par . les frères et 
livré à la culture. 

On rapporte que, dans le même temps (1334), la récolte 
manqua, et que le comte Guillaume de Hainaut prêta à Tab- 
baye cent muids de blé. Cela peut faire apprécier le nom- 
bre de personnes auxquelles le monastère donnait la nour 
riture. 

Les religieux de Cambron élevaient du bétail, non-seule- 
ment pour le manger, mais aussi pour le vendre. C'est ce que 
prouve la pièce suivante : « Scachent tous ke nous Poucars 
de Reving, priestres, avons prit a le court de le Cauchie (la 
Chaussée) de l'abbeit de Cambron XXXVIII moutons. Le mou- 
ton prisiêt pour juste prix, pour les provanches d'Escaudures' 

\ Escaudœuvres, château voisin de Cambrai, que les Français assié- 



88 PROSPÉRITÉ 

VIII S. torn. Donné a le Court de la dite cauchie le no- 
viesme jour de may l'an HCCC et XL (i). » 

Il y avait dans les fermes (appelées alors granges) de la com- 
munauté 169 vaches, 86 veaux, 636 porcs et 4343 brebis. 

On comptait à la basse-court de Cambron 57 juments 
ce trayantes » et 3 « pouUres » de trois ans, de deux ans et 
d*un an, le cheval du maître d*hôtel à Técurie d*En-Haut, 
S « ronchins » au courtil aux chevaux, 1 cheval pour le cor- 
bizier, 1 pour le cellérier, 1 pour le plaideur ou pour le 
boursier, 1 pour les pécheurs, 4 pour l'abbé, 3 poulains de 
trois ans et un de deux ans; à Lombisœul 31, à Haurut 32, à 
la Rosière 27, à La Court à la Chaussée, le même nombre ; 
139 vaches et des porcs en proportion. 

Marc Noël fixe à Tannée du décès de l'abbé Jean de Mons 
(1339), un recensement des animaux de basse-court d'après 
lequel on trouvait à la Rosière, 26 chevaux, à Bermeries, 8, 
à Sars, 11, à Lampernesse, 16 ; et à La Court de la Chaussée, 
169 vachcs,16cc^or8,» 86veaux,4243 moulons et brebis et 636 
porcs. 

Cette prospérité de l'abbaye lui permit de contribuer pour 
600 livres à la dot de Philippine de Hainaut, qui épousa 
Edouard roi d'Angleterre. On trouve que ce monastère était 
imposé, à cette époque, au taux de 700 florins (â). 

geaientetqu'il fallait approvisionner afin quil ne dûl pas se rendre par 
famine. 

1. 1254. Jeu Eustasses, sires del Ruez, fach conissancca tous chiaus kl 
ces letres vcront, que li maisons de le Cauchie ki est deCamberon esta 
moi a warderetadrecier, car elle fu eslablie et donnée de mes ancisseurs, 
si pri et requier a tous chiaus ki ces letres veront, qu'il ne mesprengnent 
ni ne mesfachent envers le devant dite maison. Ces letres furent données 
le deluns devant le jour de mai, lan del Incarnation Jhesu Crist mil CC c 
Llïll. Cart, de Cambron, i« part., p. i29. 

2. Taxarum ecciesiarum etmonasteriorum regni Franciœ, Ms. du XIV« 



DE l'abbate. 89 

L'abbé Jean de Mons, après avoir gouverné le monastère 
pendant dix ans, y mourut la veille de Noël 1339. 

Bauduin de Resignies.— Cet dihhé appartenait à une famille 
noble. II avait une sœur nommée Marie qui fut l'épouse de 
Jean, seigneur de Bassieu (Baisieux, près de Quiévrain), pour 
qui il avait fondé, ainsi que pour les siens, un anniversaire à 
Tabbaye. II fut élu le jour de la Purification de la Vierge 4340 
pir la communauté, sous la présidence de Tabbé de Fusni, 
délégué par celui de Clairvaux. Il n'accepta la crosse qu'avec 
répugnance, car il voyait avec peine les malheurs qui frap- 
paient le pays ; d'ailleurs, il condamnait les grandes richesses 
qui mettaient son monastère en opposition avec les principes 
de la règle de Citeaux.A cause des guerres et de l'interdit dont 
le Hainaut fut l'objet, et par suite aussi de l'absence de l'évê- 
quc de Cambrai, qui était alors à Paris, sa bénédiction fut 
retardée jusqu'en 1341: on dut même, en désespoir de cause, 
recourir pour cette cérémonie à un prélat étranger, le car- 
dinal de Naples. 

Pendant les guerres entre la France et l'Angleterre, et les 
troubles de l'époque de Louis de Bavière, le Hainaut avait été 
frappé d'interdit parce que le comte Guillaume avait commu- 
niqué avec le susdit prince, qui était excommunié; mais le 
pape permit à l'abbaye de Cambron de continuer la célébra- 
tion des offices divins. 

Cet abbé fit preuve de fermeté dans une circonstance où 
l'intérêt moral du monastère était engagé. Le pape Benoit XII 
lui avait proposé, en 1341, d'admettre dans la maison, un 
clerc nommé Brongniart, dont la vie était peu édifiante. Ne 
voulant pas recevoir un sujet dont la conduite aurait pu nuire 
^ la considération de la communauté, l'abbé s'abstint de ré- 

siècle, cité dans les Bulletins de la commission royale d'histoire, 3« série, 
tlll, pp. 119-159: « Marie de Camberonne ord. cistcr.,. Vil FI. » 



90 PROSPÉRITÉ 

pondre; mais le pape, considérant ce silence comme un refus, 
s'adressa à l'official de Cambrai pour obtenir l'entrée dfe Bron- 
gniart à l'abbaye. Dans l'intervalle, ce dernier mourut, et 
l'abbé eut à se féliciter d'avoir prouvé qu'il voulait préserver 
ses religieux du contact d'un homme dangereux. 

Malgré son caractère ferme, cet abb6 parvînt i se co ncilier 
l'estime de ses souverains. £n effet, à l'inspiration de Jeanne 
de Valois, lecomte Guillaume, son fils, fonda, par acte donné 
à Valenciennes en 1342, une chapellenie au monastère de 
Cambron, en l'honneur de Notre-Dame,et il y aâecta des biens 
situés à Everbecq consistant en cens, terres, aulnois, prairies, 
cinq muids de blé et la mouture dans le moulin de Payche- 
gien, près de la ferme de Papeghien (Papegnies). Le cens fut 
payé à l'abbaye, le blé fut livré dans le grenier, mais les cha- 
noines de Valenciennes jouirent du revenu de ces biens à titre 
de l'autel de N.-D. de Cambron. 

En 1343, cet abbé fut choisi par Wauthier d'Enghîen et 
Isabeau de Braine, sa *femme, et plus tard parSohier, fils 
de Wauthier d'Enghien, pour être un de leurs exécuteurs 
testamentaires. En outre, Marie de Rethel, épouse de Wau- 
tier d'Enghien, décédée en 1357, déposa son testament au 
monastère de Cambron. 

Sous l'administration de Bauduin de Resignies, on travail- 
lait dans le scriptorium du monastère. On nommait ainsi les 
cellules ou ateliers où Ton copiait les manuscrits. On 
transcrivit alors les œuvres des saints pères Basile, Grégoire, 
Âmbroise, Augustin, Anselme, Bernard et autres, ainsi que 
les livres dont on se servait à l'église. 

A la demande de l'abbé, en 1347,1e pape Clément VI permit 
aux moines de Cambron d'entendre les confessions des pèle- 
rins de Notre-Dame, et de relever l'excommunication dont un 
grand nombre de personnes avaient été frappées à cette époque, 



DE L*ABBATE. 91 

pour avoir communiqué avec Louis de Bavière. Ce privilège 
(lut accroître Finfluence des religieux, ainsi que le nombre de 
leurs pénitents et les richesses du monastère. Parmi les con- 
fesseurs distingués de ce temps, on cite Joannes Caterainus 
et Balduinjis Parsingus^ et d'autres qui avaient étudié à Paris 
TÉcriture sainte et la théologie. 

Dès 1348, Tabbé Bauduin avait voulu se démettre de ses 
fonctions, mais il ne put s*en décharger qu*en 13S3. 

Du temps de Le Waitle, on voyait encore à Cambron un 
calice en argent doré que Bauduin avait fait fabriquer pour la 
célébration de la messe quotidienne ; son nom y était gravé. 

Il habita une chambre contiguë à la chapellede Notre-Dame. 
Il avait fait pratiquer dans le mur une ouverture qui lui per- 
mettait de voir l'autel. Par humilité il se chargea de soigner 
la lampe, et de faire d'autres ouvrages manuels qu'un jeune 
religieux aurait à peine voulu entreprendre. Il mourut le 10 
septembre 1359. 

Jean cVEnghien. — D'après Marc Noël, cet abbé était frère 
ou parent de l'infortuné Wautier d'Enghien qui fut décapité 
au Quesnoi, en 1366, par l'ordre du duc Albert de Bavière. 
Avant son élection en 1353, il avait été boursier à Stapeldyck. 

Pendant la guerre qui suivit cette sanglante exécution, l'ab- 
baye courut de grands dangers à l'approche des troupes qui 
venaient pour aider le duc Albert. 

C'est à l'an 1359 que remonte le droit qu'avait la ville de 
Nivelles, d'obtenir de Cambron l'usage d'un tombereau avec 
les valets nécessaires lorsqu'elle faisait une exécution de jus- 
tice. 

Sous cet abbé, en 1359, on fit venir de France un vigneron 
pour planter et cultiver le vignoble du monastère et ceux du 
voisinage. On manque de détails sur son administration ; on 
dit simplement qu'il régit, pendant environ onze années, la 



92 PROSPÉRITÉ 

maison avec économie, et qu'il rechercha l'amitié des grands. 
On ne connaît pas le lieu de sa mort ; mais on suppose que 
craignant la haine ou la colère d'Albert de Bavière, et cé- 
dant aux tristes conséquences de sa parenté avec le seigneur 
d'Enghien, il résigna ses fonctions et se retira à Clairvaux,où 
il serait mort le 17 mai 1364. Selon le Fasciculus ordinis Os- 
tercietisis, H mourut le 17 mai 1360. 

Jean Esculin (ou Esquelin). — Cet abbé» élu en 1364, était 
très charitable et très hospitalier. II administra le monastère 
dix à onze ans. On n*a conservé de détails que sur sa mort tra- 
gique. 

Un manuscrit rapporte qu'un fils ducomtede Hainaut était 
venu à Cambron pendant la Semaine-Sainte 1375, accompa- 
gné de gens entièrement à sa di scrétion, et capables de toute 
entreprise. Il y avait séjourné trois ou quatre jours lorsque, 
plein de ressentiment contre l'abbé, il saisit Toccasion d'ac- 
complir ses desseins criminels. Le prélat se trouvant seul, 
vers sept heures du matin, aux écuries de la porte d'En-Haut, 
le seigneur et ses complices lui coupèrent la gorge et lui 
portèrent plusieurs autres coups. Ils abandonnèrent ensuite 
leur victime et prirent la fuite. Le corps ayant été retrouvé, on 
le porta à l'église, où les plaies saignèrent avec abondance 
Les assistants considérèrent ce fait comme un prodige et un 
signe de la colère divine. 

On ajoute que le principal auteur de ce meurtre assista 
aux funérailles dans la crainte que son absence ne fît planer 
des soupçons sur lui. Quelque temps après il vint, dit-on, 
faire amende honorable au monastère et implorer son pardon; 
mais la justice divine ne se contenta point de son repentir: 
il périt en mer, en allant à la guerre de Frise, en 1396. Cet 
événement est rapporté par Jacques Meyer (Annales de Flan- 
dre) et par Thomas de Cantimpret (libro 1^ Apum, cap. XVI). 



DE L ABBATE. 93 

On ne sait pas positivement qui était ce jeune seigneur, car 
Guillaume III n*eut pas d'enfant, et son frère, Albert de Ba- 
vière, n'eut qu'un seul fils, Guillaume IV ; peut-être était-ce 
un fils illégitime de l'un d'eux, comme semble l'indiquer l'ex- 
pression latine : nothus degener? 

La cause de ce meurtre n^est pas mieux connue. On a dit 
que l'abbé aurait refusé à son meurtrier un cheval d'Espagne; 
mais il est peu probable que l'abbé aurait voulu refuser un 
cheval au fils de son souverain; d'ailleurs, ce prince aurait-il 
tué l'abbé pour un motif aussi futile? Ce qui serait le plus ad- 
missible, c'est que cet abbé fut assassiné pour s'être montré 
trop fidèle partisan des seigneurs d'Enghien. 

André du Pape. — Avant son élection, cet abbé se nommait 
André de Bruxelles ; on en a conclu qu'il était né en cette 
ville. 

Il ne parvint que difficilement à la dignité abbatiale, à cause 
de dissensions entre les religieux de son monastère. 
Il n'avait obtenu qu'une médiocre majorité des suffrages ; il 
se rendit plusieurs fois à Avignon, où résidait l'anti-pape 
Pierre de Laon. Enfin, le comte de Flandre et !c duc de Bour- 
gogne le recommandèrent au pape Grégoire IX, résidant alors 
à Avignon, qui le confirma dans sa dignité. II. fut béni dans 
cette ville par l'évêque du diocèse. 

On lui donna le surnom de a du Pape », à cause des dé- 
marches qu'il dut faire près du souverain-pontife pour obte- 
nir sa confirmation. Marc Noël rapporte que les voyages qu'il 
fit à Avignon, son séjour dans cette localité et la cérémonie 
de sa bénédiction entraînèrent une dépense de 2000 livres. Il 
avait payé aux officiers de Sa Sainteté 800 francs; au cardinal 
deCiteaux, 100 francs; pour sa bénédiction, 115 francs ; en- 
fin, à d'autres officiers, 127 francs. Il rentra à Cambron le 16 
juin 1376. 



94 PROSPÉRITÉ 

Il termina plusieurs ouvrages que ses prédécesseurs, i 
cause des troubles, n'avaient pu achever. On lui attribue plu- 
sieurs travaux dont il sera fait mention ci-après, en traitant de 
réglise et des autres édifices du monastère. 

Uabbé du Pape fit reconstruire à neuf toutes les chambres 
du dortoir, et y employa du bois de Danemark. Il porta le 
nombre de ces chambres à septante, nombre égal à celui des 
religieux de cette époque. 

De son temps, Tabbaye de Cambron obtint de Wautier de 
Castellin, seigneur de Lendeilles (Landelies), le droit perpé- 
tuel d'extraire du territoire de cette localité, les ardoises né- 
cessaires pour couvrir tous les édifices de Tabbaye, partout où 
ils étaient situés et sans payer aucun frais. En outre, l'ab- 
baye reçut de Jean de Barbanson, abbé d*Âlne, sous la date 
du 12 juin 1377, le droit d'extraire des ardoises de la carrière 
de Fumaing ; c'était un droit ancien dont la jouissance en 
commun avec l'abbaye d'Âlne avait été interrompue. 

Les chroniqueurs de Cambron, tout en rappelant les tra- 
vaux qu'ils attribuent à André, et en le présentant comme dis- 
tingué par sa dignité, par sa science et par son aménité, 
lui reprochent de n'avoir, pendant les dix-huit années de sa 
prélature, reçu les vœux que de 22 moines profès et de 15 
convers, tandis que, dans les trois ans qui suivirent sa mort, 
on admit 17 profès et 3 convers. Il mourut le 23 août 1396 ; 
Marc Noël dit le 23 août 1394. 

Jean de Lobbes. — Né à Lobbes d'une famille de cultivateurs, 
il ne quitta son village que pour entrer à Cambron. Son mé- 
rite personnel lui avait valu les fonctions de boursier 
et de prieur avant de le faire élire à la dignité abbatiale, en 
1395. 

Pendant les vingt années qu'il gouverna la maison, celle- 
ci fut troublée par les difficultés politiques qui surgirent en 



DE L*ABBATE. 95 

Hainaut sous le duc Albert, le comte Guillaume lY et Jacque- 
line de Bavière. 

Englebert d'Enghien, quatrième fils de Wautier IV et époux 
de Marie de Lalaing, appela à son château d'Ittre, Tabbé de 
Cambron et Ht son testament en sa présence, le 14 janvier 
1401 (1402 nouveau style). Il choisit sa sépulture en l'abbaye, 
et il y fonda une messe quotidienne, à laquelle il affecta une 
rente de cent sols de Hainaut sur la menue dime de Faucuez 
(Fauquez ?), et une autre de trois marcs d*argent,monnaie de 
Valenciennes, sur la dîme de Samme ; il y ajouta, pour le 
prêtre qui célébrerait Toffice divin Je vendredi, un autre 
marc, un lot de vin (mesure de Mons) et un pain blanc de 
huit à la rasière (mesure de Cambron)*. Il fonda en outre 
une messe anniversaire pour son âme, avec vigiles et com- 
mendas, au moyen d'une rente annuelle de cent sous de Hai- 
naut, à prendre sur les dîmes de Faucuez. 

L'abbé Jean, désirant achever la chapelle de N.-D. de 
Cambron et y attirer les offrandes des pèlerins, obtint 
de Henri, episcopus Rossensis, suffragant de Cambrai, des 
indulgences qui furent approuvées par l'évcque du diocèse, 
Jean de Gavre, le 16 octobre 1412; mais les guerres du règne 
de Jacqueline de Bavière empêchèrent Tabbé de réaliser ses 
projets. 

Il résigna ses fonctions en 1415, et mourut environ cinq 

i. Englebert d'Enghien, fils du fondateur, négligea d'acquitter ces 
charges, et, par jugement échevinal d'Ittre du 7 janvier 1446 (1447 nouv. 
st.), les dîmes de Samme et de Faucuez devinrent la propriété de Cam- 
bron. En 1787,ladîmede Samme produisait au monastère 1757 florins, et 
celle de Faucuez, avec une autre petite, 5^ florins ; Tabbaye -contribuait 
à rémunérer le curé d'Ittre. 

La messe fondée par Englebert d'Enghien se disait chaque jour, près 
de son tombeau, à Tautel de S»-Jean et de Si*-Madcloino. 

Voir (Jarl. de Cambron^ 1« part., pp. 216 et 217, et 2« part, p. 657. 



96 PROSPÉRITÉ. 

ans après, le 13 des calendes de mai (19 avril) 1420, d'autres 
disent le 13 mai, laissant la réputation d*un religieux d*une 
sainteté éminente. 

Nicaise Ninem ( ou Minem), — Cet abbé naquit au village 
de La Hamaide (Hainaut). II avait été prieur h Stapeldyck, et 
lorsqu'il fut élu abbé en 1415, il occupait la charge de prieur 
à Cambron. 

Doué de beaucoup d'esprit et d'activité, il se fit aimer de 
tous. 

Le 7 juillet 1415, il assista à la bénédiction de l'église de 
SWulien à Ath par Jean de Lens, évéquede Cambrai. 

Quelques années après, pendant que la peste ravageait la 
France et les Pays-Bas, il institua à Cambron, dans la cha- 
pelle de Notre-Dame, la confrérie de S*-Éloi dont il sera 
parlé plus loin. 

L'abbé Ninem fut délégué par l'abbé de Citeaux, avec 
Gobert, abbé d'Aine, pour visiter le lieu où Tabbesse de 
Nivelles se proposait de fonder le monastère de Nizelles, à 
Ophajn. 

En 1434, Ninem s'opposa avec ses collègues de S^-Ghislain 
et de S*-Denis-en-Broqueroie, à une seconde taille du concile 
deBâle sur les bénéfices ecclésiastiques de l'ordre de S^Benoit 
dans les Pays-Bas. Leur procuration,datée du â2 septembre, 
désigne, entre autres prêtres et profès pour traiter cette 
affaire, D. Jean Hoton depuis abbé de Cambron, D. Jean 
Cambier dit de Braine et Nicolas Dassonleville curé de S^ 
Martin à Huissignies. 

Il fut condamné par le pape à une amende de seize salus 
(monnaie du temps qui représentait trente florins au siècle 
dernier), pour avoir négligé d'accomplir le pèlerinage qu'il 
devait faire à Rome aux tombeaux des apdtres. Cette somme 
fut payée en huit ans entre les mains du doyen de Halle. 

Assistant en 1448 au chapitre général de Citeaux, il y sol- 



DE L*ABBAYE. 96^^^^ 

licila que Cambron fût compris au nombre des sept monas- 
tères privilégiés en vertu de la bulle du pape Alexandre VI. 
Il mourut le dernier jjour d'avril 1449, et fut enterré au 
chapitre. 



96^^^ PROSPÉRITÉ 

Jean Hoton (ou Boston)^ né à Mons, d*un e honorable famille * , 
avait rempli les charges les plus élevées du monastère lors- 
qu'il fut élu abbé en 1449. Son élection eut lieu en présence 
de Wautier d'Assche, abbé de Villers, de Thomas, abbé d'Aine, 
et de Tabbéd'Hasnon, délégués par Philippe-Ie-Bon, duc de 
Bourgogne et comte de Hainaut. L'intervention de ces prélats 
et de l'autorité civile, constatée alors pour la première fois 
dans l'élection d'un abbé, indique que la règle de Citeaux 
avait été modifiée sous ce rapport. Le nouvel abbé fit confir- 
mer sa nomination par le pape Nicolas, et se fit bénir par le 
sufiragant de Cambrai, le siège étant vacant, le 11 août 1449. 

A son avènement, l'église du monastère réclamait des tra- 
vaux pour des sommes considérables. Malheureusement 
les revenus de la maison avaient beaucoup diminué, d'une 
part à la suite des guerres du règne de Jacqueline de Bavière 
en Hainaut, et des ravages commis aux environs de Gram- 
mont par les Gantois révoltés contre Louis de Maele et les ducs 
de Bourgogne, et, d'autre part, du chef des pertes essuyées 
par l'abbaye dans ses propriétés de Hulst. Dans l'état de gène 
oix se trouvait la communauté, l'abbé pria Philippe-le-Bon 
de solliciter du pape Pie II, des indulgences pour ceux qui 
visiteraient la chapelle de Notre-Dame, et qui contribue- 
raient par des dons aux réparations du monastère et à l'entre- 
tien des religieux. Le pape lui octroya une bulle datée des nones 
(7) de mars 1450 ; elle accordait une indulgenge plénière à 
quiconque étant absous en confession, viendrait dans l'église 
de Cambron, le troisième dimanche après Pâques (celui où 
Ton chante Jubilate)^ depuis les premières jusqu'aux secondes 
vêpres, et y ferait une offrande à l'église. Des confesseurs à 
désigner par l'abbé, soit parmi ceux du monastère, soit parmi 

1. Celte famille figure dans le manuscrit intitulé: Généalogies bour- 
geoises, de la bibliothèque publique de Mons- 

Le Cercle archéologique de cette ville possède un portrait peint en 16ô«, 
par Hoston, de Mons. 



DE L*ABBATE. 97 

d'autres prêtres, même du clergé séculier, avaient le pouvoir 
d'absoudre ce jour-là les cas réservés au pape et de relever 
des vœux, sauf ceux des pèlerinages à Rome, au tombeau 
des apôtres, en Terre-Sainte, à SWacques de Compostelle, 
des vœux de chasteté perpétuelle et de religion. Cet acte or- 
donnait que les offrandes fussent déposées dans une caisse 
à trois clefs, dont l'une était remise à l'abbé, la seconde, aux 
religieux et la dernière, au receveur apostolique député dans 
ces provinces. Il défendait, sous peine d'excommunication, 
à tout autre de recevoir ces offrandes et .de les appliquer 
à un autre usage ; le coupable ne pouvait être absous que 
par la cour de Rome, ou à l'article de la mort sous la condi- 
tion néanmoins que lui, ou ses héritiers, restitueraient les 
sommes détournées de leur destination. Le tiers de ces dons 
était réservé pour la guerre contre les Turcs. 

On remarque qu'à cette époque, plusieurs religieux de 
Cambron avaient fait leur théologie aux universités de Paris 
et de Louvain. 

L'abbé Hoton avait obtenu du pape la dispense de se rendre 
à Rome tous les huit ans. 

En 1459, il assista à Binche à la translation solennelle de 
reliques de saint Ursmer. 

Il mourut le 10 juin 1464, après quinze ans de fonctions 
abbatiales. 

Guillaume Dieu,-- L'élection de Tabbé Hoton montrait déjà 
l'immixtion du pouvoir civil dans la nomination des abbés ; 
celle de Guillaume Dieu en offre un autre exemple. L'abbé de 
Citeaux et M. d*Âubie furent chargés de recueillir les suf- 
frages ; les opérations eurent lieu le 7 juin 1464. 

Le Waitte, tout en déclarant que les moines n'étaient point 
divisés dans leur choix, rapporte que des intrigues se produi- 
sirent en faveur d'un religieux de l'abbaye de Los qui espé- 

• 



98 PROSPÉRITÉ 

rait se faire ëlir«), grâce à un seigneur de la cour, le sire de 
Croy. 

L'ambition et la cupidité avaient déjà pénétré dans Tordre 
de Citeaux, et Tintérét de la religion n'était plus le seul guide 
des religieux. On était loin de ces jours où Fastré voulait se 
soustraire par la fuite à la dignité abbatiale, où Baudouin de 
Resignies n'acceptait la crosse qu'en tremblant et où d'autres 
abbés, malgré les instances de leur communauté* se dé- 
mettaient de leur charge pour mieux se préparer à la mort. 
Lors de l'élection de Guillaume Dieu, le siège de Cambrai 
était vacant, et le cardinal évéque de Tournai était à Rome; le 
nouvel abbé fut donc obligé d'aller à Rheims, se faire bénir 
par l'archevêque de ce siège, vers les calendes de novembre 
de cette année. Cette élection coûta 6292 livres, savoir : 1300 
ducats pour la confirmation par le pape, SOOducatsqui furent 
employés à calmer le sire de Croy, qui avait échoué en soute- 
nant la candidature du moine de Los, et le reste pour les 
frais de route des commissaires. 

L'année de l'élection, on plaça les orgues de la chapelle de 
N.-D. de Cambron. En 1465, on renouvela le cartulaire des 
dîmes que l'abbaye de Cambron possédait à Brages, à Bo- 
gaerden et à Pepinghen, et on le déposa dans les archives 
.de l'hôpital S'-Jean à Bruxelles. 

En 1471, l'abbaye acheta d'un propriétaire sans enfant, le 
fief « avec la maison, tour et héritage de Gaviamez », lieu de 
naissance du bienheureux Fastré ^ 

Le château subsista jusqu'au seizième siècle. On n'en voyait 
plus que les ruines du temps de l'abbé Farinart (1614-1633) . 
Celui-ci avait eu l'intention de construire une chapelle com- 
mémorative sur le lieu où avait existé ce château, mais il ne 
réalisa pas son projet. L'abbé Le Waitte (1662-1677) vit en- 
core à son arrivée à Cambron des débris du donjon qui 

i. Manuscrit attribué à Marc Noël. 



DE L*ABBATE. 99 

furent ensuite dispersés par les travaux agricoles, et il regret- 
tait qu'aucun souvenir n*eût conservé Tindication du berceau 
du premier abbé de son monastère. 

Vers 1471, Tabbé Guillaume Dieu fut délégué par le cha- 
pitre général de Citeaux à Tabbayede Fomïe (FumiaeumJ pour 
déterminer les religieux à payer une pension à leur abbé dé- 
missionnaire, Jean de Prêts. Celui-ci, moine et professeur de 
théologie à Cambron, bachelier de Tuniversité de Paris et 
docteur de la Sorbonne, personnage aussi vertueux que sa- 
vant, avait été élu abbé de Foinie, vers 1450, par les religieux 
qui n'avaient pu s'entendre pour choisir l'un d'entre eux 
à cette dignité. Mais Jean de Prêts ayant voulu les con- 
traindre à mener une vie plus conforme à la règle, ne put 
résister à leur hostilité, et il abandonna ses fonctions en 1469, 
Il rentra à Cambron, où il mourut le 31 mai 1483. On 
l'inhuma dans la chapelle de S^-Simon et SWude. 

Vers la même année 1471, Gossart, le berger de 
l'abbaye, étant malade, avait quitté la maison et était allé 
mourir à Cambron-S*- Vincent; on leva, dans ce village, son 
manteau à titre de droit de morte main ou de meilleur cattel 
qui frappait les étrangers. 

Le 2 janvier 1473, l'abbé Guillaume assista, avec plusieurs 
autres prélats, à Valenciennes, aux funérailles d'Isabelle de 
Portugal, douairière de Bourgogne. En 1476^ il prit part à 
l'assemblée qui fut tenue à Mons pour traiter les affaires de 
la guerre de cette époque. 

Le Waitte fixe à l'année 1477 un incendie qui consuma le 
dortoir, une partie du réfectoire et une chambre de l'abbé, 
et qui détruisit les écrits relatifs aux premiers abbés du 
monastère. On a placé ce sinistre sous l'année 1466. La date 
reste toutefois douteuse, car l'abbé Guillaume Dieu, qui rap- 
porte cet événement à la nuit de la S^-Michel, a négligé d'en 

ndiquer l'année, omission qu'on rencontre souvent dans ses 



t.-* 'LJ' K.^ J j- , -i> 



100 PROSPÉRITÉ 

lettres. Quoi qu'il en soit, cet incendie fut allumé par un 
soldat sans doute en état d'ivresse ; Tabbé eut à peine le 
temps de s'échapper par la fuite. 

En 1480, cet abbé fut délégué par le cardinal de Cluny, 
évéque de Tournai, pour assister à Télection de Guillaume 
Van Wiemeersch, à la dignité d*abbé de Baudeloo, en rem- 
placement de Liévin de Hooghe. 

L'ordre de Citeaux devait alors se défendre contre des 
persécutions et maintenir ses privilèges. Il s'imposait à cet 
effet de grands sacrifices, et notamment des contributions 
particulières. Le chapitre général chargea l'abbé Guillaume 
Dieu de percevoir celles-ci. Ce prélat, pour accomplir sa 
mission, dut faire de nombreuses démarches à l'extérieur; 
malheureusement, pendant ses absences, la discipline de la 
maison eut beaucoup à souffrir. Il avait d'abord envoyé cent 
ducats à l'abbé de Clairvaux; et en 1480, il rendit un compte 
des collectes qu'il avait faites. L'abbaye de Cambron y figure 
pour vingt-six écus d'or : c'est la cotisation la plus élevée. 
Il déclare ne s'être pas rendu au Refuge de N.-D. à Âth, 
parce que les religieuses, qui avaient été pillées par des sol- 
dats, pourvoyaient à peine à leurs premiers besoins. 

Dans une lettre adressée en 1480 à l'abbé de Citeaux, 
l'abbé Dieu rappelle qu'il a avancé 500 livres pour aider 
l'église de Citeaux, et se plaint d'être obligé de s'adresser à 
tous ses débiteurs; malgré cela, l'abbaye de Cambron fit 
placer alors des cloches dans l'église de Lombise. On les 
baptisa en 1483; Marc Noël dit en 1488. 

L'abbé de Cambron prenait part à des cérémonies reli- 
gieuses, comme à des réunions politiques. C'est ainsi que le 
15 janvier 1491, il signa, avec Tévêque de Cambrai, l'acte de 
dédicace d'une chapelle à Tabbaye de S^Ghislain, et assista à 
la translation du corps du saint patron, et à celle des reliques 
de S^-Léocadie. C'est ainsi encore qu'au mois de novenîbre 



DE LABBATE. 101 

de la même année, il fit à Cambron, avec les abbës de 
S^-Ghislain et de Yîcogne, une réclamation contre les 
demandes exorbitantes que Maximilien, roi des Romains, 
adressait au clergé. En février 1494, Guillaume Dieu inter- 
vint à la bénédiction de Tabbé de S^-Martin à Tournai. 

Sous sa direction, l'abbaye de Cambron produisit un cer- 
tain nombre de religieux intelligents et capables de diriger 
des maisons conventuelles. Tel était un moine nommé Cor- 
neille. L'évéque de Cambrai, Henri de Berghes, dans une 
lettre datée d*Ânvers, le 18 juin 1491, demande en ces termes, 
à Guillaume Dieu de lui proposer Corneille pour diriger 
Fabbaye de Ghislenghien : « Nous avons compris qu'étant 
austère pour lui, il le sera pour les autres el ne les flattera 
pas. Un tel homme nous est utile et même nécessaire à Ghis- 
lenghien, et il nous sera très agréable. » Ce directeur répon- 
dit aux espérances qu'il avait fait concevoir. 

L'abbé Dieu jouissait d'un grand crédit près des seigneurs, 
et se trouvait en correspondance avec eux ; il était honoré de 
l'amitié de Charles-le-Téméraire, de Tarchiduc Haximilien, 
des évéques de Tournai et de Cambrai et d'un grand nombre 
d'abbés. Il n'en était du reste pas moins modeste. Il était 
aussi fort charitable : après l'incendie du monastère, ayant à 
peine de quoi abriter ses religieux, il accorda, à la demande 
de l'évéque de Cambrai, l'hospitalité aux moines de S*-André, 
chassés de leur maison par la guerre; à un religieux du 
monastère du Val-Dieu, ainsi qu'à un vieillard alors âgé de 
septante-deux ans, Pierre Neys, qui avait été au service du 
prédécesseur de l'évéque de Cambrai, Henri de Berghes. 

Après avoir régi le monastère pendant trente-six ans, l'abbé 
Guillaume Dieu succomba à une apoplexie, le 13 novembre 
1501. 

C'est du temps de cet [^abbé que naquit, vers 1478, à Cam- 
bron, c'est-à-dire dans le territoire de la Mairie, Jacques 



lOS PROSPÉRITÉ 

Hasson AliLatomus, Cet enfanfde Gambron parait avoir fait 
au moins une partie de ses études à Paris, où il fut mattre- 
ès*arts et professeur de philosophie. Il demeurait au collège 
de Montaigu lorsque Jean Standonck, principal et restaura- 
teur de cette maison, remmena à Louvain pour lui confier la 
direction de celle qui portait son nom et qu'il venait de fon- 
der, vers 1S05, en faveur des pauvres étudiants. Latomus fut 
admis au conseil de Tuniversité de Louvain, comme membre 
de la faculté des arts, le 29 novembre 1810. Il était précep- 
teur de Robert de Croy, depuis évéque de Cambrai, et de son 
frère Charles, abbé commendataire d*Âfflighem et ensuite 
évéque de Tournai ; ses deux élèves supportèrent tous les 
frais de sa promotion au grade de docteur en théologie, le 14 
août 1S19. En 1535, il fut nommé professeur ordinaire en 
théologie^ et pourvu d'une prébende de S^-Pierre, du premier 
rang, attachée à son professorat. lien obtint une autre dans la 
cathédrale de Cambrai, où il se trouvait vers le commence- 
ment d'août 1526. Depuis 1535 jusqu'à sa mort, il reçut tous 
les honneurs académiques, car il fut professeur, inquisiteur 
et recteur en 1537. 

Latomus était haï des protestants, et la vivacité de leurs at- 
taques semble indiquer qu'ils le redoutaient. 

Il ne manquait ni de talent, ni d'érudition ; malheureuse- 
ment il était peu tolérant. Elevé, comme on l'a vu, au collège 
de Montaigu, que le Brabançon Standonck venait de régéné- 
rer, il puisa sans doute, dans les leçons de ce maître rigide, 
des principes trop sévères ; l'humanité en a déploré les con- 
séquences rigoureuses dans le rôle qu*il accepta dans les 
scènes de l'inquisition. Nous pensons que Latomus ne joua 
pas ce rôle sans hésiter. Il était trop consciencieux pour n'avoir 
pas erré de bonne foi, et nous sommes convaincu que celui 
qui osa s'attaquer à Erasme et à Luther, aurait répudié le rôle 
qu'il a joué comme inquisiteur s'il l'avait compris. 



DE l'abbate. 103 

Malgré son erreur, et bien qu'il ne fût pas un homme de 
génie, Latomus fut assez distingué pour que Cambron se 
souvienne de Tavoir vu naître. En effet, il fut assez redou- 
table aux Luthériens pour que ceux-ci se laissassent aller à 
débiter une foule d'absurdités et de fables contre lui. Cor- 
neille Loos parle d'ailleurs de lui en ces termes : « Yir prœ- 
cellenti et divino ingenio : ut quod natura subtraxerat (erat 
enim pusillus corporis staturâ) accumulatè ingenio redditum 
censeri poterat; praeter profundum rei Theologiœ eruditum 
Grœcè et Hebraïcè doctus. 

Tous ses ouvrages furent recueillis et donnés in-folio au 
public en 1550. 

Latomus mourut à Louvain le 29 mai 1544, et fut enterré 
derrière le mattre-autel de la collégiale de S^-Pierre. Voici 
l'épitaphe qu'on lisait sur sa tombe : 

Venerabilis Vir D. et M. 
Jacobus Latomus 
Hujus Ecclesiae S. Pétri canonicus, 
Ârtium et S. Th. Professor Clarissimus, 
Qui hœreses, contra Catholicam Fidem 
Suo tempore grassantes, 
Doctrine et libris edictis profligavit : 
Yir sanè multœ eruditionis, 
Pietatis ac modestiae. 
Hic sepultus est. 
Obîit anno Dom. M. D. XLIV. 
Maii XXIX. 
R. I. S. P. 
Nous terminons ici la seconde période de prospérité de 
l'abbaye de Cambron. Cette maison religieuse compte trois 
siècles et demi d'existence ; elle a déjà été gouvernée par 
vingt-quatre abbés. Elle est arrivée, pensons-nous, au comble 
du progrès matériel et moral : ses richesses sont considéra- 



104 PROSPÉRITÉ 

bles ; son influence religieuse est très-grande et la place qa*elle 
va occuper dans le régime politique du Hainaut, sera des plus 
distinguées. 

Nous avons vu qu'en 1476 son abbé prit part à. une assem- 
blée qui fut tenue à Mons pour traiter des affaires de la 
guerre. Cette assemblée fut sans doute une réunion des 
Etats : clergé, noblesse et bonnes villes, qui répartissaient 
entre eux les aides qu'ils devaient au souverain. L'entrée du 
clergé aux Etats fut le résultat de Tascendant moral que les 
abbés des monastères exerçaient par leurs lumières et leur 
caractère sacré ; mais en même temps , les princes les 
convoquaient aux assemblées, à titre de propriétaires fon- 
ciers, pour contribuer aux subsides qui étaient consentis par 
tous les sujets du pays en raison de leurs ressources. Comme 
les abbayes figuraient parmi les plus riches propriétaires, 
elles furent continuellement appelées aux réunions des con- 
tribuables; elles acquirent ainsi une position permanente aux 
assemblées publiques. C'est de cette manière que les abbés 
de Cambron firent partie des Etats du Hainaut. 

I III. Extension de la prospérité de l'abbaye sous la direction 
des abbés mitres. 

De même qu'une famille honorable obtient des titres de 
noblesse en récompense des vertus de ses membres, ou des 
services qu'elle a rendus à l'Etat, de même Tabbaye de Cam- 
bron vit ses abbés recevoir la mitre, comme un témoignage 
de la haute position à laquelle elle s'était élevée. Jean Willem 
fut le premier abbé mitre de ce monastère. 

Jean Willem (ou de Willaume). — Né à Hulst, en Flandre, 
il se décida pour la vie religieuse envoyant les moines cister- 
ciens du prieuré de Stapeldyck. Il fit sa profession à l'abbaye 
de Cambron; mais quelque temps après, il fut nommé prieur 
à Stapeldyck. En 1801, il devint abbé de son monastère par 



DE l'abbate. 108 

Tappui de Tarchiduc Maximilien, depuis empereur d'Allema- 
gne; il fut bénit en 1802 par Fabbé de S^GhisIain. 

En 1806, il fit construire au millieu du grand étang, une 
maison dite la Plaisance^ contenant au rez-de-chaussée, une 
salle, une chambre, une bibliothèque, etc., comme il sera dé- 
taillé au chapitre V. 

La bibliothèque était bien gamie,et Jean paraissait amateur 
de livres, mais Le Waitte doute qu'il les ait lus ; celui-ci croit 
plutôt que cette bibliothèque était un objet de parade, et une 
salle de récréation digne d'un seigneur. Cet édifice fut démoli 
en 1876, par l'ordre de l'abbé Ostelart, pour des motifs sérieux. 

En 1812, vers le mois d'octobre, l'archiduc Maximilien, 
revenant d'Italie et retournant à Cologne, s'arrêta à Cambron. 
[ly visita l'image de N.-D., et logea une nuit dans la maison 
de plaisance dont nous venons de parler. Il laissa un sou- 
venir de son pèlerinage: c'était un tableau représentant l'his- 
toire du sacrilège de 1322. Cette peinture datée de 1814, et 
reproduisant les traits de l'empereur et de l'abbé au premier 
plan, portait l'inscription suivante : 

Jehan Wiltermi abbé vingt-cinquiesme. 
Rechupt Auguste en honorable extéme. 

C'est probablement pour jeter plus de considération sur 
le sanctuaire de Cambron, et peut-être aussi pour récompen- 
ser l'abbé de l'hospitalité qu'il lui avait accordée, que l'ar- 
chiduc fit octroyer la mitre aux prélats de ce monastère. Le 
pape Jules II leur accorda cette faveur par une bulle datée de 
Rome le 6 octobre 1812. Vers la fin de la dite année, l'abbé 
deS^-Ghislain, qui avait béni, en 1802, Jean Willem comme 
abbé de Cambron, vint lui placer la mitre sur la tête. 

Parmi les privilèges attachés à la mitre se trouvaient ceux 
de donner la bénédiction en l'absence des prélats de l'église, 
de conférer les ordres mineurs, de réconcilier les églises, sauf 



106 PROSPÉRITÉ 

celles qui étaient souillées par un homicide, ou qui avaient 
été bénites par un évéque. 

A propos de ces faveurs spéciales, on lit dans un manus- 
crit dont Tauteur parait être un moine de l'abbaye, cette ré- 
flexion aussi piquante quMnattendue de sa part : ce On ne fait 
paç mal, je crois, de mettre la mitre quand on Ta ; mais il j 
a, je crois, de la vanité de la mettre quand on ne Ta pas... Je 
ne suis plus surpris si les moines qui ont été après lui, sont 
devenus plus saints, puisqu'ils ont reçu plus de bénédictions.» 

L'abbé Willem figura souvent et honorablement dans les 
affaires politiques ; il en retira des avantages pour sa com- 
munauté. Si l'on observe les réticences ou les insinuations 
. des historiens de la maison, la vie de ce prélat fut plus mon- 
daine et dissipée que conforme à la règle monastique. Ils rap- 
portent que Jean Willem, voyant ses cheveux blanchir, son- 
gea, non sans raison, au salut de son âme, déposa la crosse 
en 1813, et se retira dans une cellule, regrettant d'avoir vécu 
dans la dissipation. Il mourut accidentellement deux ans 
après, le 23 avril ISIS, ayant été atteint par une pierre tombée 
de la muraille de son jardin de plaisance. Les chroniqueurs 
du monastère insinuent que sa mort fut un juste châtiment. 
Le Waitte dit à ce sujet : 

« Roma dédit mitram, fœda ruina necem. » 

Quoique abbé démissionnaire, Willem fut enterré au cha- 
pitre. 

Alard du Bois. — Alard naquit à Erbisœul, près de Lens. 
Il avait été prieur pendant plusieurs années lorsqu'il remplaça 
Jean Willem en 1S13. Il fut nommé par l'archiduc Maximi- 
lien, ou par son petit-fils Charles-Quint. L'intervention du 
pouvoir civil, que nous avons déjà signalée dans la nomi- 
nation des abbés, fut confirmée par le pape Léon X, dans un 
acte publié dans le Codex brabanticus de Verloo sous ce titre : 



DE L*ABBATE. 107 

Bulla de non eligendo Abbates aut praelatos^ niside licentiâ 
principis concessa ad instantiam Caroli F, 2 idûs junii 1515 *. 
Des motifs graves avaient sans doute fait déroger à la règle 
de Citeaux, qui confiait aux moines Tëlection de leurs abbés. 

Cest de son temps que naquit sur le territoire de la Mairie 
de Cambron, Jacques Masson, Jacobus Latomus II, entre les 
années 1510 et 1515. Il parait avoir fait ses études à Louvain, 
où son oncle, Jacobus Latomus T, était chanoine. Il obtint, par 
voie de résignation, un bénéfice de la fondation d'Arnold Zel- 
laer dans l'église de S*-Rombaut, aujourd'hui métropole de 
Malines; mais il eut des difScultés à essuyer de la part du 
chapitre. Le 30 avril 1653, il fut pourvu d'un canonicat du 
premier rang dans la collégiale de S^-Pierre de Louvain, et il 
le conserva jusqu'à la fin de sa vie. 

Il était d'une politesse exquise et d'une humeur agréable. 
Selon Swertius et Valerius Andréas, il conserva sa gaieté 
jusque dans son extrême vieillesse. M. Le Couvet rapporte 
cependant, d'après le dire de Latomus lui-même, que celui-ci 
eut dans sa jeunesse des contrariétés intimes qui décidèrent 
de sa vocation poétique; il aurait cherché des consolations 
dans la poésie religieuse. 

Nous ne suivrons pas dans les détails Tanalyse que M. Le 
Couvet a faite des productions de Latomus dans Les petits 
poètes latins du Hainaut*. 



1. Le pape Sixle-Quint, par une bulle du 21 janvier i586, confirma à 
Philippe II, roi d'Espagne, le droit de nommer aux dignités abbatiales, et 
à la régie des monastères par des prieurs et des prévôts ; et Clément 
VIII, par une autre du 24 janvier 1600, confirma le même droil aux archi- 
ducs Albert et Isabelle. Archives du royaume. Evêché de Toumaij cahier 
in-fol.,n« 1638. 

2. Messager des scietices historiques, Gand. 1858. 



108 PROSPÉRITÉ 

Nous ne ferons que citer, d'après lui, l'opinioD de quelques 
auteurs à cet égard. 

Beaucoup d*écrivains, dit Paquot, se sont appliqués à 
mettre des psaumes en vers latins, français» allemands, fla- 
mands et très-peu y ont réussi. La plupart n'entendaient pas 
assez le sens littéral de ces odes sacrées, qui, assurément, 
demandent une étude fort profonde. 0*autres n'ont pu 
atteindre au sublime de David, qui est un dangereux rival 
pour les poètes même les plus élégants. Latomus est infini- 
ment au-dessous de son original. Le même écrivain cite en- 
suite la paraphrase du De profanais de Latomus, et il ajoute: 
c( Voilà des vers, voyons de la poésie » : et il donne ensuite 
pour modèle la traduction infiniment supérieure de l'évéque 
d'Avranches, P. Dan. Huet. 

Latomus, cependant, a trouvé des admirateurs parmi nos 
bibliograghes. Swertius le nomme un poète élégant et facile, 
et trouve sa traduction heureuse. Valerius Andréas trouve 
aussi ses vers heureux et faciles, et Foppens a reproduit ce 
jugement. 

Brasseur, dans ses Sydera^ p. 158, dit de Latomus en co- 
piant son épitaphe : 

Temporis ille sui flacllis, doctusque pocta, 
Gontulit in faciles plurima sacra modes. 

Mirœus dit à son tour à propos de ces imitations des 
psaumes : ce Dans cette partie, les Belges ne sont pas restés 
inférieurs aux autres nations : je ne parle ni de Pierre Nan- 
nius, ni de N. Beauvalet,ni de Jean Boch. Jacques Latomus 
a rendu en vers heureux les pseaumes, les lamentations et les 
cantiques, et s'est ainsi montré un digne parent et héritier de 
son oncle». 

Paquot vient faire ombre au tableau : « Quoi qu'en dise Le 
Mire et Valerius Andréas, il n'a été qu'un versificateur fort 



DE L*ABBAYE. 109 

médiocre» . Paquot, dit M. Le Couvet, a trouvé le mot : La- 
tomus est un versificateur, et rien de plus. 

Quoi qu*il en soit de toutes ces opinions contradictoires sur 
le compte de Latomus, connu personnellement de Le Mire, 
nous n'avons pas cru pouvoir lui refuser la place qu'il mérite 
dans noire publication. Il mourut à Louvain le !29 juillet 1596. 
Il y fut en terré dans régli se de S^-Pierre, auprès de son oncle, 
et Ton plaça sous leur représentation ces vers attribués à 
Foppens : 

Lector in hac geminos miraris imagine vultus, 
Miraris Latomum, cumque minore senem. 
Hic primus Fidei subjecit terga ruenli 
Convellens fraudes, dire Luihere tuas. 
Aller ab ingénie sludiorum laeia secutus, 
Conlulit in faciles plurima sacra modes. 

Vers 1814, l'abbé du Bois obtint du pape divers privilèges 
en matière de casuistique, tels que le pouvoir de relever des 
suspensions, des interdits et des excommunications, des cen- 
sures, sentences et peines ecclésiastiques, des vœux parjurés, 
des voies de fait contre les ecclésiastiques, des jeûnes, des 
heures canoniques, des cas réservés à l'article de la mort 
(excepté ceux contenus dans la bulle Cœnœ Domini) et autres 
cas non réservés au S^-Siége. Il pouvait aussi changer les 
vœux de pèlerinages aux tombeaux des apôtres Pierre et 
Paul, et de S*-iacques de Compostelle; les vœux de religion 
et de chasteté étaient toutefois exceptés. Enfin il obtint le 
droit d'avoir un autel portatif, sur lequel il pouvait célébrer 
le service divin dans les lieux qui lui conviendraient, même 
interdits par l'ordinaire, du matin au soir, en présence des 
familiers et des domestiques de l'abbaye. 

A cette époque, on était loin de ces temps où, par une 
juste réciprocité, les souverains favorisaient le développe- 
ment des richesses des monastères, et où les abbayes étaient 
toutes dévouées aux princes. En 1823,1e 6 février, et en 1826, 



110 PROSPÉRITÉ 

l'abbé de Cambron assista à des assemblées du clergé où. l'on 
contesta les demandes de subsides formulées par le gouver- 
nement. En cette dernière année, Charles-Quint, usant de 
représailles, prescrivit à Marguerite d'Autriche, gouvernante 
des Pays-Bas, de s'enquérir si les fondations des abbayes 
étaient maintenues selon les dispositions des testateurs, et, le 
20 février 1528, il posa des restrictions sévères à la capacité des 
monastères pour acquérir par succession; il leur défendit 
d'imposer de nouvelles dîmes; enfin, il soumit aux charges 
publiques les communautés qui faisaient le commerce et qui 
prenaient des biens à ferme. 

L'abbé Âlard du Bois gouverna le monastère pendant dix- 
neuf ans, avec autant de bonté que de prudence. Il transféra 
au troisième dimanche après Pâques, la procession solen- 
nelle de la Vierge, qui se faisait antérieurement au jour anni- 
versaire du combat de Jean le Flamand contre le juif. Il fut 
parrain de quatre cloches dans l'église de Lens, en 1S37. 

Il résigna enfin ses fonctions le 2 février 1834 (1535, n.s. ). 
Accablé par Tâge, il se livra dès lors exclusivement au service 
de Dieu. Il édifia ses frères par une vie pieuse qu'il mena 
jusqu'au dernier jour. Il mourut, selon les uns, le 20 octobre 
1535, et selon les autres, le 15 juin 1538. 

Jean Florebercq [ou de Florbecq). — Il naquit à Ath, de 
parents honorables et fortunés. Son frère Jean-Baptiste fonda, 
de son patrimoine, la maison des Jésuites en la même ville. 
Jean était bachelier en théologie , et remplissait les fonctions 
de confesseur au couvent de Fontenelle. L'abbé du Bois, son 
prédécesseur, reconnaissant ses capacités et la régularité de 
sa vie, le proposa pour le remplacer dans la dignité abbatiale. 
L'élection de Tabbé Jean fut ratifiée par Charles-Quint. Cette 
ratification confirme encore les progrès de l'ingérence du 
pouvoir séculier dans les affaires religieuses. Il acheta pour 
l'abbaye une crosse en argent doré, que Ton dut vendre en 



DE L*ABBATE. 111 

é 

1681 avec des statuettes des apôtres , plusieurs calices et 
d'aatres argenteries, pour faire des réparations aux biens 
situés en Flandre. Il mourut d*hydropisie , le 22 juin 1543. 

Du temps de Tabbé Florebercq, florissaità Cambron un reli- 
gieux distingué, André Enobarb.Tout à la fois latiniste, hellé- 
niste, orateur, poète, théologien et juriste, il fût devenu abbé 
s'il n'eût été atteint de surdité. Le Waitte cite les titrée de 
trente sermons qu'il composa. Il fut aussi Tauteur d'une tra- 
gédie en vers latins sur le miracle de N.-D. de Cambron, 
pièce qui fut représentée devant Tarchiduc Maximilien d'Au- 
triche, et qui avait pour titre: Judœi Tragedia, auctore Andréa 
jEnobarbo^ Partario et Pâtre Seniore damûs Camberonensis. 
Le Waitte en possédait encore l'autographe. Ce moine était 
une des belles intelligences de son époque. Il fut en correspon- 
dance avec Erasme. Son abbé Tavait chargé de la direction 
des novices du monastère. 

Quentin du Bellay. — Il naquit à Melin , près d*Ath , de 
parents peu fortunés. Il avait rempli plusieurs fonctions dans 
le monastère, notamment celles d'économe, et probablement 
celles de prieur. Il fut élu abbé le 6 août 1S43 ; cette élection 
fut dirigée par Tabbé de Vicogne et M. de S'-Mjurice, dési- 
gnés par l'empereur, et par un autre commissaire envoyé par 
Tabbé de Clairvaux. Il fut bénit le 2 octobre suivant, à peine 
âgé de vingt-neuf ans. 

II signala sa prélature par d'importantes constructions. 

Ce jeune abbé, qui avait montré beaucoup d'activité et de 
prudence, fut enlevé par la mort, après cinq ans et trois mois 
de prélature, le 29 décembre 1548; Marc Noël indique son 
trépas au 20, sans doute par erreur de copie. 

Jean Dentelin, — Jean-Antoine Dentelin, Dertelin ou Den- 
thelin, était né à Cambron; il était fils d'Antoine, qui mourut 
en 1541 , après avoir été pendant quarante ans cuisinier du 
monastère. Jean avait été économe de la maison, et il était 



lis PROSPÉRITÉ 

âgé de cinquante-deux ans lorsqu*il fut élu abbé, le 28 jan- 
vier 1S49. Son élection eut lieu sous la direction de deux 
députés de Tempereur: M. Gérard et Tabbé de Liessies, Louis 
de Biois, distingué par sa naissance, ses vertus et ses œuvres. 
Il n'était en fonctions que depuis un an et onze mois lors- 
qu'il succomba à une phthysie, le 7 mars 1551. 

L'aménité de son caractère inspirait le respect. On con- 
serva la mémoire de son administration intègre, et son sou- 
venir était si cher à ses successeurs que ceux-ci continuèrent 
à ses arrière-neveux, jusqu'au XVIIl^ siècle, la location des 
fermes d'Haurut et du Quesne ( du Quesnoy ), que l'abbaye 
possédait à Ronquières. 

Gédéon de Fossez (ou des Fossés, ou plutôt Van der Gracht), 
-*I1 était né à Gand de l'ancienne et noble famille Van der 
Gracht , qui existe encore. Il était entré dans l'ordre de» 
Ermites de S'-Augustin dans sa ville natale, y avait été lec- 
teur (professeur) de théologie, et avait été nommé cinq fois 
prieur. L'introduction au cartulaire de Cambron dit qu'il était 
d'abord entré dans l'ordre des Carmes. Il avait refusé la coad- 
jutorerie de l'abbaye d'Oudenbourg près de Bruges; mais il 
était devenu plus tard suffragaot du siège épiscopal de Liège, 
sous le titre d'évéque in-partibus de Castorie (ville de Bulgarie 
occupée par les Turcs). Il occupa ces fonctions sous le car- 
dinal évéque Erard de la Marck, sous Corneille de Bergh et 
sous le prince Georges d'Autriche. En 1541, le 31 août, 
l'évéque de Bergh, dont il était le vicaire-général, l'avait en 
outre nommé chanoine de S^-Jean-en-risIe. Un peu plus tard, 
Gédeon Van (\er Gracht avait été choisi pour être le confes- 
seur de Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas. Il était 
à la cour de Bruxelles en 1551, lorsque la reine Marie envoya 
à Cambron, Louis de Blois, abbé de Liessies, en qualité de 



DE L*ABBATE. , liS 

commissaire pour rélection à la dignité d*abbé vacante par 
la mort de Jean Dentelin. 

L'abbë de Blois, voyant que les moines de Cambron ne 
pouvaient fixer leur choix, proposa à la gouvernante de 
nommer le chanoine Van der Gracht. Cette princesse suivit 
ce conseil, et lui annonça elle-même sa nomination. Il lui 
répondit : « Où Sa Majesté m'envoie-t-elle ? Au sépulcre des 
abbés ! » En effet , les trois derniers abbés de Cambron 
n'avaient eu qu'une courte prélature. 

Arrivé au monastère en 1S81 comme abbé commendataire, 
il ne fut (as bien accueilli de tous les religieux: il était 
étranger à Tordre, et on craignait qu'il n'en rétablît la règle 
dans toute sa rigueur. Cette règle y était relâchée par suite 
de la succession de plusieurs abbés en peu de temps. II dut 
donc réformer des abus, et ramener les religieux à l'obser- 
vance des anciens statuts; mais il dissipa bientôt la répulsion 
que les moines avaient éprouvée à son égard : ses avantages 
extérieurs, ceux de son esprit, l'aménité de son caractère et 
la douceur de ses mœurs prévenaient en sa faveur. 

Il ne gouverna l'abbaye que pendant trois ans; néanmoins 
il améliora considérablement l'état de la maison; il paya 
beaucoup de dettes, fit bâtir le quartier de l'abbé et celui 
des étrangers, acheta de beaux meubles pour le monastère, 
et offrit plusieurs châsses d'argentà la chapelle de Notre-Dame. 
Le 21 juin i5S4, il fut parrain de Marie, troisième fille du 
baron de Trasegnies et de Marie de Palante-Culemberg. Cette 
marque de considération et d'amitié, était justifiée par la 
sainteté de sa vie et par son profond savoir. Il emporta 
d'unanimes regrets. 

Comme il en avait eu le pressentiment en quittant Bruxelles, 
abbé Van der Gracht mourut bientôt (le 15 octobre 1S54). 

Eu égard à ses fonctions de suffragant et à son titre d'é- 
véque de Castorie , qui ne lui rapportait rien, Gédéon fut 

•1 



114 PROSPftRiTt 

autorisé par le pape à faire un testament, et il fit quelques 
legs à sa sœur, qui était plus noble que riche. 

Jean Beghin. — Né à Tournai, il fut élu abbé à Page de 
vingt-neuf ans. La reine Marie de Hongrie désirait remplacer 
Van der Gracht par le religieux le plus méritant, et ramener 
ainsi à Cambron la concorde et la discipline, car l'abbé 
défunt n'était point parvenu à rétablir la règle dans sa rigueur 
primitive. La sollicitude de la reine était donc justifiée i 
l'égard du monastère. Elle chargea en conséquence Tabbé 
Louis de Blois, de présider à Télection de celui de Cambron. 
Jean Beghin fut élu à la fin de 1554, ou au commencement 
de 1555. Sa nomination, faite par la gouvernante, fut confi^ 
mée par un mandement de Charles-Quint, en date du iî 
octobre 1555. Cet acte fut un des derniers de ce souverain. 
Ce prince voulait ainsi reconnaître les devoirs pieux que Jean 
Beghin avait rendus à la famille impériale en assistant, le 15 
et le 16 septembre précédent, à Bruxelles, aux obsèques de 
Jeanne-ia-Folle, veuve de Pbilippe-le-Beau, et comme soui- 
diacre à une messe chantée à Notre-Dame par Tabbé de Cres- 
pin pour la défunte, en présence du roi d'Angleterre. 

Immédiatement après son élection, il écrivit à l'abbé Louis 
de Blois qu'il était résolu à ramener la discipline parmi ses 
religieux. Il était animé d'excellentes intentions, mais il était 
fort jeune et il manquait d'expérience; il se distinguait plutôt 
par sa dévotion et son amour pour la régularité cénobitique, 
que par sa fermeté et son aptitude aux affaires. Il tombadonc 
dans des contradictions et des erreurs, et il eut la faiblesse 
d'abandonner à ses parents la direction du temporel de Tab- 
baye. Il laissa dévaster les bois, au point qu'on donna pro- 
verbialement le nom de Tailles Beghin à des parties de bois 
où il n'y avait ni chênes ni hêtres en futaie, etoùii ne restait 
que des coupes sans valeur. 



DE L'àBBATB. 116 

L'abbaye de Cambron envoya un député au synode tenu à 
Cambrai en 1588. 

Eo 1560, les confrères des Estinnesreprésentèrent à l'abbaye 
de Cambron, une tragédie sur la légende miraculeuse de 
Notre-Dame. Une foule de spectateurs y assistèrent : on y 
distinguait plusieurs seigneurs et des membres de la pre- 
mière noblesse du Hainaut. Cette pièce était écrite en vers 
français. Le Waitte les trouve peu élégants et de nature à 
faire sourire les poètes de son temps. Touten montrant quel- 
que bienveillance pour Tauteur, il juge cependant ce drame 
relativement aux progrès faits par la langue française dans 
la seconde moitié du XVI^ siècle. 

L'abbé Jean Beghin s'était rendu à Hulst pour affaires, 
lorsqu'il fut atteint en voyage d'une fièvre qui l'obligea de 
rentrer à Gand,au refuge de l'abbaye; malgré les soins qui lui 
furent prodigués, il y mourut le 3 septembre 1861. Maître 
Adrien, lecteur en théologie à Cambron, prononça son orai- 
son funèbre, et composa des vers pour sa tombe. 

Guillaume Dekourt. — Il était né à Âtb, de Nicolas Moreau 
et de sa femme, Jeanne Berlant, qui occupaient la ferme de 
la Court. Le vulgaire substitua au nom de Moreau, celui de 
la ferme que cette famille habitait parce que quand le jeune 
Guillaume et ses frères arrivaient tardivement à l'école d'Âth, 
ce qui avait souvent lieu à cause de l'éloignement de leur 
demeure, les écoliers s'écriaient : « Voilà encore ceux d'el 
court ! » C'est ainsi que Guillaume Moreau fut appelé Del- 
court. 

Fils d'un cultivateur, Guillaume avait une aptitude spé- 
ciale pour la direction des travaux agricoles. Aussi à peine 
prêtre fut-il choisi par l'abbé Jean Beghin pour être 
trésorier de l'abbaye. Il remplissait cette charge lorsque cet 
abbé mourut. 

La gouvernante Marguerite de Parme délégua Louis de 



116 PROSPÉRITÉ 

Blois et Martin Cuperus, abbé de Grëpin, évéque in-partibus 
de Calcédoine, pour diriger Télection du successeur de Beghio. 
Cette cérémonie eut lieu le 7 septembre 1561. Cuperus célé- 
bra la messe et donna la bénédiction. Les commissaires 
recueillirent ensuite les suffrages. Les voix s'étant portées 
sur Guillaume Delcourt, le nouvel abbé reçut bientôt sa no- 
mination de la duchesse de Parme, et sa confirmation de 
l'abbé de Clairvaux. 

Le jeune prélat, à peine âgé de trente ans, ami de la dis- 
cipline comme son prédécesseur, se distinguait par son acti- 
vité et son habileté pour les affaires. Il était aussi doué d'une 
grande fermeté ; voici un trait qui en donne la mesure. 
Revenant un jour de Hons, arrivé à Lens,il entendit la cloche 
quiappelait les religieux à la conférence spirituelle. D*après le 
règlement, on devait continuer à sonner jusqu'à ce que le 
prieur entrât au chapitre. L*abbé s^approchaitdu monastère, 
et la cloche se faisait toujours entendre. Enfin il y arrive, va 
se revêtir de ses habits religieux et entre au chapitre ; il fait 
alors arrêter la sonnerie. Le prieur, étonné de ce que le son- 
neur s'arrêtait avant son arrivée, se rendit à la hâte au local, 
et, à sa grande surprise, il y vit Tabbé. Celui-ci ne lui dit pas 
alors un seul mot ; mais le lendemain matin au chapitre, il 
lui demanda pourquoi il avait fait sonner aussi longtempset 
où il était resté pendant une heure et demie. Celui-ci répon- 
dit qu'il se trouvait avec des étrangers, et qu'il leur avait offert 
du vin. L'abbé le rt^primanda sévèrement et le destitua. 

A son avènement à la dignité abbatiale,Guillaume Delcourt 
avait trouvé les finances dans un triste état ; mais, grâce à une 
bonne gestion, il y rétablit l'ordre et il fut bientôt à même de 
couvrir des dépenses importantes. En 1567, il fit construire 
deux chambres pour les étrangers. Bientôt après il fit exécu- 
ter divers objets d'art dont on verra plus loin le détail. 
L'abbé Delcourt s'était trop opposé aux novateurs pour ne 



DE L*ABBATE. 117 

pas craindre leurs persécutions, lorsqu'en 1S72 ils s'empa- 
rèrent de Mons sous Louis de Nassau. Aussi, afin de ne pas 
rester exposé à leurs attaques, se retira-t-il au refuse d'Ath, 
avec les moines les plus anciens. Ils y transportèrent leurs 
effets précieux, et ils y demeurèrent jusqu'à la reprise de Mons 
par le duc d'Albe au mois de septembre. 

Malgré les désastres de la guerre civile de l'époque, cet 
abbé se proposait, outre les constructions qu'il fit effectuer, 
de faire rebâtir le dortoir, construire un nouveau cloître en 
pierres de taille, ainsi qu'une bibliothèque ; mais la mort 
anéantit ses projets. En septembre 1573, au moment où il 
faisait reprendre le travail des stalles, il fut atteintde la goutte 
et d'autres infirmités ; il succomba le 23 octobre, à l'âge de 
quarante-trois ans. L'abbaye perdit en lui un prélat des plus 
accomplis : c'était une des capacités de l'Etat du clergé. Il 
aimait les livres et les savants, et se plaisait surtout à l'étude 
des œuvres de saint Bernard. Le Waittepossédaitunexemplaire 
de cet ouvrage qui portait le nom de De le courte avec la 
souscripiion: De court en court.Ceiie indication est antérieure 
à sa préiature, car depuis son élection il avait adopté pour 
armoiries deux étoiles à la partie supérieure de l'écu et une 
fleur en-dessous, avec cette devise: « La vie de l'homme est 
courte. » Homo sicut fanum dies eju$, (David.) 

Delcourt fut un homme aussi vertueux qu'intelligent. 
On le place à juste titre au premier rang des abbés de Cam- 
bron. 

Robert d'Ostelart. — Cet abbé, né à Ath, était fils de Robert 
d'Ostelart et de Waudru d'Aix, appartenant eux-mêmes à des 
familles honorables et fortunées. Ses parents habitaient la 
seigneurie des Grands-Sarts, située à une demi-lieue d'Ath; 
mais ils furent contraints de la quitter pour se soustraire aux 
pillages des rebelles qui ravageaient alors les campagnes et 
ils rentrèrent en ville. Le jeune Robert, Talnë de leurs treize 



118 ^AOSPÉRITÉ 

enfants, fit ses études au collège de cette localité, et les ayant 
terminées, il fut admis à l'abbaye de Cambron. Dès qu*i! fat 
prétre.il reçut de l'abbé Delcourt la direction des finances. D 
montra dans sa gestion beaucoup d'intelligence et de fermeté. 
En 1872, lorsque son abbé s'était retiré à Âth, et que les ar 
chives du monastère étaient exposées à la destruction, il par- 
vint à les expédier de Cambron sur cette ville. 

Robert d'Ostelart fut élu abbé à l'âge de vingt-sept ans', en 
1873 ; il fut confirmé dans la dignité abbatiale parle ducd'Albe, 
et il reçut l$i bénédiction de la main de Louis de Berlaimont, 
archevêque de Cambrai. Il refusa les fonctions de suffragant 
du diocèse, que l'archevêque lui offrit plusieurs fois; mais il 
dut accepter la charge de vicaire-général de son ordre en Bel- 
gique, que lui imposa Nicolas Boucherat, abbé deCfteaux. Des 
religieux l'auraient même propose pour être général de 
l'ordre. 

En 1 874, l'abbé fit exécuter la galerie du quartier abbatial 
depuis la tour jusqu'au pont de fer ; enfin, en mai 1588, il fit 
poser un candélabre en pierre à la chapelle de Notre-Dame. 

En 1881, l'abbaye de Cambron fut exposée à un péril im- 
minent. Le 29 mars, mercredi de Pâques, vers huit heures du 
matin, dix ou douze soldats appartenant aux garnisons re- 
belles de Bruxelles et de Ninove, se présentèrent à la porte 
de l'abbaye, comme étant des militaires de la garnison amie 
d'Âlost, et y demandèrent des rafraîchissements. C'était Pa- 
vant-garde d'une troupe de cinq à six cents gueux, cavaliers 
et fantassins, qui venaient pour piller l'abbaye, et qui se 
tenaient cachés dans le terrain accidenté des environs. 

Cette avant-garde cherchait à s'emparer d'une porte afin 



I. G^est le chiffi*e que préfère la Gallla Ghistiana, mais lemamuciit 
de Cambron porta trente-cUiq ans. 



DB L'ABBATE. 119 

d'introduire la troupe dans Tenclos. Hais quatre militaires 
préposés à la garde de la maison, soupQonnantces étrangers, 
les interrogèrent adroitement. Ils reconnurent bientôt avoir 
aflfkire à des ennemis, et les invitèrent à se retirer. La bande 
alla alors retrouver le reste de la troupe. Tout-à-coup les 
Gueux sortirent de leur embuscade, et s'élancèrent, en plu- 
sieurs troupes, pour livrer l'assaut à l'abbaye: les uns ten- 
tèrent d'incendier la porte à'En-haut^ à l'aide de paille et de 
bourrée, d'autres attaquèrent la porte d'En-bas, d'autres en- 
tretenaient un feu nourri d'arquebuses ; d'autres enfin avaient 
pénétré dans l'enceinte par les jardins et les digues des 
étangs. Les défenseurs de l'abbaye n'étaient qu*au nombre 
de dix à vingt hommes, soldats et paysans, et ils ne possé- 
daient que quelques livres de poudre ; ils ne pouvaient donc 
repousser une attaque vigoureuse. Quant à l'abbé et à ses re- 
ligieux, craignant pour leur vie, ou au moins pour leur li- 
berté, ils s'étaient retirés sur le faite de l'église. Là le prélat, 
n'espérant son salut d'aucun secours humain, supplia ardem- 
ment la Vierge, protectrice de sa communauté, de le délivrer. 
A peine avait-il achevé sa prière, que l'attaque, qui durait 
depuis trois heures, cessa tout-à-coup. On vit alors s'a- 
vancer six chevau-légers de l'armée royale qui arri- 
vaient de Lens, où ils étaient logés. L'aspect de ces soldats 
mit en fuite ceux qui brûlaient la porte d'En-haut. Ce secours 
si soudain et si imprévu fut considéré comme une interven- 
tion céleste due à l'intercession deN.-D.de Cambron.Du reste, 
un chef de ces assaillants, rentré ensuite dans le parti du roi, 
déclara plus tard qu'étant sur la muraille pour y exciter 
r ardeur de ses soldats, il vit une troupe de cavaliers vêtus 
de blanc qui, à travers les jardins, se précipitaient sur les 
envahisseurs : il les avait pris pour des anges que Dieu en- 
voyait à la défense de l'abbaye. 
L'abbé d'Ostelart chanta un TeDeum pour remercier le 



IfO PROSPÉRITÉ 

ciel de sa protection, et il institua la procession dite des 
Gueux« le mercredi de Pâques, en souvenir de cette déli- 
vrance. Il voulut aussi qu'on célébrât à table cet heureux évé- 
nement, et il créa une rente de seize florins pour payer 
le vin que Ton consommerait à cet anniversaire. 

Philippe Brasseur, qui a publié un poème sur cette atta- 
que des Gueux, nous apprend que les rebelles, avant d'ar- 
river au monastère, s'étaient emparés du curé du village 
pendant quMI célébrait la messe^et Pavaient garotté. Après ra- 
voir grossièrement injurié, ils l'avaient jeté dans une prison, 
en le menaçant de l'expédier au ciel avant la fin du jour, 
avec un grand nombre de ses paroissiens et de ses amis. 

Cet auteur ajoute qu'un villageois, ^u'il nomme Baucanu$^ 
arrêta la fuite des habitants des environs, qui se sauvaient 
déjà dans les bois, avec leurs femmes et leurs enfants et ce 
qu'ils avaient de plus précieux. Ranimant leur courage par 
sa parole et son exemple, il les ramena à se défendre les 
armes à la main,et,se mettant à leur tète, il acheva la déroute 
des Gueux. Ceux-ci, en se retirant, incendièrent les toits de 
chaume qu'ils trouvaient sur leur passage, et ayant allumé 
un grand feu, ils y traînèrent par les vêtements, à défaut de 
cordes, les victimes de la lutte tombées entre leurs mains, et 
ils les y jetèrent péle-méle avec leurs habits et leurs armes. 

La date de ce mémorable événement est consignée dans le 
chronogramme suivant : 

Qyartâantè aprius et vfce àpaschate qvartâj 
caubrona insiuens stemitvr hcsreticys. 

Il parait qu'à cette occasion, le roi d'Espagne, Philippe II, 
écrivit à Tabbé d'ûstelart, une lettre par laquelle il lui témoi- 
gnait la satisfaction qu'il éprouvait de sa fidélité inébranlable 
à la cause royale. 

Le Waitte écrit que le fait lui a été afiirmé de la manière la 
plus formelle par Mare Noël et Bernard Farinart, qui avaient 



DE L'ABBATE. Ifl 

lu la traduction de la lettre espagnole, déposée dans les ar- 
chives du trésorier de l'abbaye. 

Le document citéci-dessousin-extenso donneune complète 
authenticité à ce qui vient d'être rapporté ; il dépeint bien 
fidèlement la situation des religieux de Cambron à cette époque 
des troubles du XVI^ siècle, obligés qu'ils étaient de soudoyer 
des soldats, de fortifier leur maison, d'acheter poudre et 
autres munitions de guerre, etc., etc^ 
Acte hypothécaire passé par-devant trois hommes de fief du 

comté de Hainaut, par Don Robert, abbé de Cambron, le 8 

juillet 1591, en faveur de la fondation Denis Bureau, en son 

vivant curé de Gages. 

ccAtous ceuxqui ces présentes lettres voiront ou oïront,Robert 
par la permission divinne humble abbé de l'église et abbaîe 
de Notre-Dame de Cambron, et tout le couvent du même lieu 
de l'ordre de Cisteau ou diocèse de Cambrai, salut en notre 
Seigneur et connoissance de vérité : comme ainsi soit que, 
pour subvenir à nos propres et singulières affaires tant à 
i'entretènement et alimentation de nous, notre couvent et fa- 
mille, aussi au fournissement des tailles et subsides excessifs, 
à raison des guerres intestines présentement régnantes, et 
la totalle perte, ruine et destruction des biens et revenus 
des biens (sic) de notre ditte église, estans situez tant es paîs 
de Flandre et Brabant, comme en ce présent pals et comté de 
Hainau, mêmement pour satisfaire au paiement et solde de 
quattre-vint soldats qu'avons pris et retenu à notre charge, 
passé demi an et plus, en notre ditte maison et abbaîe, pour 
la garde et conservation d'icelle,ensemblele peu de biens qui 
nous restoit pour vivre étant il lecq, que I'entretènement de 
leurs vivres et nouritures, affin d'empêcher l'insolence et 

i. Archives communales d'Ath. Recueil des fondations, etc., etc. fol. 
167. Communiqué par rarchiviste, M. Emm. Fourdin. 



Iff PROSPÉRITÉ 

invasion des ennemis de notre foi et religion catholique et 
romaine, qui déjà d'icelle maison et abbale s'estoient voulu 
emparer, pour du tout la désoler, ruiner et gâter, lesquels 
touttesfois, par l'aide de notre bon Dieu et assistence de plu- 
sieurs nos bons féaus et amis, tant domesticqs qu'autres paî- 
sans y réfugiez, avoient esté repoussez ; dont craignant un 
autr^ et inopiné retour desdis ennemis, et pour plus grande 
" assurance de nous et de notre ditte maison et famille, nous 
avoit esté loisible et nécessair de remparer et fortifier notre 
ditte maison en plusieurs endroits d*icelles,tantde ramparts, 
tranchis, saillies, barbes à jeannes*, ouiire \es provisions et 
poudres et autres munitions de guerre à ce nécessaires, et 
pour le maintènement de notre ditte maison, comme pour le 
bien et salut du pais circonvoisin : Quoi faisant,avons exposé 
et exposons encor journellement grandissimes frais et des- 
pens, etc. etc.etc. » 

Lorsqu'à la suite des guerres civiles de Tépoque, le grain 
se vendait dix florins la rasière, les moines de Cambron ne 
diminuaient pas leurs aumônes ; mais pour subvenir à leurs 
dépenses, ils furent obligés, en 1588, d'emprunter à intérêt 
un capital de 50,000 florins. L'abbé de Clairvaux les autorisa 
à contractercetemprunt;ceIui-ci fut hypothéqué sur la ferme de 
Bermeries. Néanmoins l'abbé s'appliqua à faire des économies, 
et il affecta l'excédant des recettes à des remboursements par- 
tiels. En juillet 1589, il dut suspendre ces remboursements 
pour fournir 160 livres employées à l'achat du terrain du 
séminaire de Douai, et 650 florins qu'il envoya au dollége du 
Roi à Louvain, où l'on manquait d'aliments. 

En reconnaissance de ce dernier service, Guillaume Estius, 
préfet et professeur de théologie, accorda à l'abbaye de Cani" 

1. On veut sans doute dire barbacanes^ nom donné aux meurtrières, 
en espagnol barbacana. 



DB L*ABBATB. fSS 

bron le droit de disposer, pendant deux cents ans, de deux 
chambres pour deux religieux qui iraient étudier la théologie 
au collège du Roi. 

Tout en continuant à éteindre les dettes de la communauté, 
d*0stelart avantagea le collège d'Ath. Il y fit agrandir la cha- 
pelle et construire deux salles. La plus grande de celles-ci, 
dite de S^-Bernard, était affectée au logement des élèves ; 
l'autre servait de classe. Il offrit en outre à Tèglise de 
SWulien en la même ville, des reliques renfermées dans des 
châsses d'argent. 

Il jouissait de beaucoup de considération auprès des per- 
sonnages importants de l'époque. Le conseiller Christophe 
d'Assonleville fut son hôte au refuge de Mons.Le ducde Parme 
l'envoya présider aux élections d'abbés qui eurent lieu à 
S<-Ghislain,à Vicogne (mai 1591),à S^-Pierrede Gand (lS92)et 
à Marquette (mai 1596). Le comte Philippe de Lalaing et 
Charles de Croy, duc d'Aerschot, grands-baillis de Hainaut, 
ainsi que le duc de Parme, l'honorèrent de leur amitié, et lui 
donnaient le titre de Père. En 1S98, il baptisa, au château de 
la Hamaide, le fils du comte d'Egmont, qui reçut les noms de 
Charles-Chrétien. Le 14 octobre de la même année, il assista 
à Douai aux épreuves académiques de Jean Farinart, qui fut 
son successeur; le 29 du même mois, il alla à Mons aux 
obsèques célébrées pour Philippe II, roi d'Espagne. 

Devenu vieux et souffrant de la goutte, il se démit de sa 
charge de vicaire-général de l'ordre de Citeaux. Ur-eût désiré 
prendre pour coadjuteur Jean Farinart^tmitefois la demande 
qu'il adressa à cet effet à l'archiduc, échoua devant l'opposi- 
tion de quelques religieux. Il devait se faire transporter dans 
un siège à la messe et aux oflBces ; mais à dater du 12 avril 
1611, il fut autorisé par l'archevêque à faire célébrer la messe 
devant son lit, sur un autel portatif. 



If4 PROSPÉRITÉ 

Il venait de célébrer son jubilé de profession lorsqu'il sentit 
sa fin approcher. Il appela ses religieux autour de lui, les 
exhorta à la concorde et à la régularité cénobitique, et leur 
recommanda de lui choisir un digne successeur. Il leur donna 
sa bénédiction et les fit prier pour lui. Il mourut à l'âge de 
près de quatre-vingts ans, le 1*'' décembre 1613. 

Il emporta de vifs regrets justifiés par une prélature de 
quarante ans et huit mois. 

Il y a des lettres d'octroi, sur parchemin avec sceau, de 
Charles, duc de Croy et d'Aerschot, prince de Porcean et de 
Chimay, grand-bailli de Hainaut, permettant aux pasteur, 
échevins et communauté de Cambron-Casteau, de lever une 
somme d'argent en constitution de rentes, pour la reconstruc- 
tion de leur église, qui avait souffert de grands dégâts, lors de 
la tempête du lendemain de Pâques 1606. Ces lettres sont 
du 12 juin 16... (1) 

C'est sous son administration qu'Égide Stoquart devint 
religieux de Cambron. C'était le fils d'un habitant notabltsde 
Middelbourg, qui avait quitté cette ville lorsqu'elle fut prise 
par les Calvinistes. Il pratiquait avec succès la médecine lors 
qu'il fit un pèlerinage à Cambron; étant à l'abbaye, il sentit 
naître en lui une vocation pour la vie monastique. Il fit sa 
profession et, devenu religieux, il continua à exercer son art 
en faveur des pauvres. Il avait donné des preuves d'un talent 
poétique. II fut directeur à l'abbaye de la Cambre, où il 
mourut après quarante années de fonctions. 

C'est aussi du temps de l'abbé d'Ostelart qu'arriva à Cam- 
bron le fougueux moine Feuillant (de l'étroite observance de 
S^-Bernard), Bernard de Hontgaillard, qui avait dû quitter 
la France. Cette maison lui avait été désignée par le cardinal 
Robert Bellarmin, ancien professeur de Louvain, qui avait 

(1). Section judiciaire du dépôt des archives de l'Etat, à Mons. 



DE L*ABBAYB. 128 

apprécié combien la règle de Citeaux y était observée à cette 
époque. Montgaillard, devenu cistersien avec Tautorisation 
du pape, s'établit dans une cellule que Tabbé lui avait fait 
construire. Il prêchait souvent dans la chapelle de la Vierge, 
et il y attirait un auditoire distingué. Un bourgeois d'Anvers, 
enthousiasmé de son éloquence, proposa aux magistrats de 
cette ville de le demander pour donner les prochaines confé- 
rences du earéme. Un échevin fut envoyé à Cambron, et dé- 
termina Bernard à se rendre à leur désir. L'orateur fit preuve 
à Anvers de tant d'érudition et de talent, qu'à la suite de 
ses sermons il fut appelé à la cour de Bruxelles. Ensuite Ber- 
nard devint successivement abbé de Nizelles et d'Orval. Il 
prononça l'oraison funèbre de l'archiduc Albert avec cette 
épigraphe : ce Le soleil éclipsé. » (i) 

Un autre religieux de Cambron, Jean d'Assignies, qui de- 
vint abbé de Nizelles, brillait aussi à cette époque. Il est 
auteur de divers ouvrages ascétiques. 



(i> Le portrait gravé de Bernard de Montgaillard se trouve dans la 
Bibliotheca Belgica de Fopptsns^i\Ti9\ que dans Les saintes montagnes est 
collines cTOrval et de CLairvaux. Luxembourg, Hubert Reuland, 1629. 
On voit dans celle dernière publication, véritable panégyrique, que le roi 
de France Henri 111 assistait à ses sermons, et le visitait dans sa cellule; 
les reines lui envoyaient leurs médecins dans ses maladies. G*est sur le 
désir exprimé par le roi, qu'il fut donné pour supérieur à la maison que 
Tordre possédait à Paris. L'éloquence de Bernard le mit en si haule fa- 
veur que le prince de Parme, les comtes de Fucntes et de Mansfeld et 
surtout Parchiduc Albert, le retinrent à la cour de Bruxelles. Ce prince 
Tadmit dans ses conseils. Voici Tépitaphe que ce célèbre Feuillant compo- 
sa pour lui-môme : 

D. M. 

Viri Magni, Probi, Boni, 
Chari Patres, Filii, Fralres, 
Accedentes, Discedcntes, Asceadentes, Descendentes, 



^96 Pl(OSP£ElTje 

Jean Farinart. — II naquit à Chièvre» (i) et fit ses études au 
collège d'Ath. Il y eut pour condisciples Jean d'Assîgnies et 
Pierre Colins, seigneur d'Eelfeid, auteur de rbistoire des 
seigneurs d'Enghien. Il fitsa profession religieuse à Cambron. 
le 2 juillet 1577, et il ne tarda pas à attirer sur lui l'attention 
de l'abbé par ses capacités et sa conduite. 

Ayant été envoyé comme prêtre directeur au couvent des 
Prés à Douai, il suivit les cours supérieurs de théologie à 
Tiiniversité sous le savant professeur Estius; mais comme les 
finances de Fabbaye de Cambron étaient trop obérées pour 
payer les frais de sa promotion au doctorat. Tabbesse des 
Prés, M"« de la Tramerie, en couvrit la dépense. Toutefois 
F arinart ne resta plus longtemps à Douai, car l'abbesseétant 

Videte, Legile, Audite, Exaudile, 

Hic jacei Vister Bemardus 

Cui Vos dilecii, Qui Vobis dilectus. 

Miser et Miserabilis, 
Misericordiam Domini ei Vestram 
Ezpetens, Exoptans, Expectans. 
Eia, Heu, Eia, 
Estote Miséricordes. 
Memores estote judicii mei, 
Sicenim erit et Vestrum, 
Heri mihi, et Vobis Hodie, 
Haec Gharissimi, Haec Perpendite 
Et Mihi Misero 
Preces Peodite. 
Abite, Sancii Estote 
Et Valete. 
Ezpecto Donec veniat immutatio mes. 
Fraier Bemardus de Mootgaillard, hujos 
Ecdesi» Abbas XXXiX. Vivendo Moriens 
Et Moriendo Vivens 
Sibi posuit. 
(1) Llntroduction au Gartulaire de Cambron dit k AUi; selon ia GalUa 
eh ristiana et Foppens, il serait né à Gbiévres. 



DE L*;jlBBATB. \%^ 

morte, il soutint la candidature de H^' de Croy, fille du comte 
du Rœulx, trésorière du couvent, qui voulait remplacer la 
défunte. Sa concurrente. M*"* Dauroult, l'emporta sur elle 
grâce à Tappui de Christophe D*AssonIeviIle, très puissant 
près de Tarchiduc Albert. La position de Farinart n'était plus 
tenable; la nouvelle abbesse et D'Assonleville le firent ren- 
voyer à Cambron. 

Jean Farinart, docteur et lauréat en théologie, reçut au 
monastère l'accueil le plus flatteur; il fut nommé prieur et 
professeur de théologie en 1592. Il écrivit un traité De statu 
tribusque religionis votiSy ouvrage solide qui pouvait servir 
à tout Tordre de Citeaux. En 1896, il fut chargé de la direc- 
tion du prieuré dit Coronœ marianœ^ près de Heusden, au 
diocèse de Bois-Ie-Duc. 

On a YU que Tabbé d*Ostelart devenu vieux, avait demandé 
que Farinart lui fût donné comme coadjuteur vers 1610,mais 
cette demande avait échoué. Néanmoins l'archiduc Albert 
ayant alors fait venir ce religieux à la cour, l'avait rassuré sur 
les suites de cet échec, et lui avait promis en particulier la 
mitre de Cambron. 

Le compétiteur de Farinart, informé que ce dernier avait 
eu un entretien avec l'archiduc, pria l'abbé de lui demander 
si quelqu'assurance lui avait été donnée. Farinart répo ndit 
adroitement : « Son Altesse m'a recommandé le secret ; mais 
comme mon obéissance est plus grande envers Dieu et t^nvers 
vous, qui êtes son vicaire, qu'envers le prince, si vous l'or- 
donnez, je vous livrerai le secret qu'il m'a confié. Mais mon 
père, ne craignez-vous pas la colère du prince lorsqu'il ap- 
prendra ce que vous m'aurez ordonné ? » L'abbé ne le pressa 
pas davantage. 

Le 6 janvier 1614, Jean Farinart fut élu à l'unanimité abbé 
de Cambron; le 9 février, il fut bénit par Michel d'Esne, 
évéque de Tournai, et eut pour parrains, Vincent Longue- 



y 



128 PROSPÉRITÉ 

Espée, abbé de Los, et Guillaume de Castille, abbé de Baude- 
loo. II reçut bientôt après de Tarchiduc sa nomination, ainsi 
que sa confirmation par Denys TArgentier, abbé de Citeaux, 
en date de Paris, collège de S*-Bernard, le 19 mars suivant. 

A peine était-il élevé à la prélature que Tabbesse des Prés 
vint à Cambron ; il la reçut avec tant de courtoisie que celle- 
ci ne put retenir ses larmes. « Je me souviens, lui dit-elle de 
l'injure que je vous ai faite, en vous faisant chasser du cou- 
vent des Prés. » L*abbé se vengea noblement de cet affront en 
lui répondant : « Séchez vos larmes, Madame, je vous dois 
ce que je suis ; à plusieurs titres, je me trouve robligé de 
votre maison. » 

Il était spécialement estimé de Tarchiduc Albert : étant 
tombé dangereusement malade, il fut trailé par le médecin 
André Trévigi, que Tarchiduc lui envoya. Ce praticien triom- 
pha du mal, secondé du reste par le courage de son ma- 
lade. 

11 assista le 16 mai 1616, à Harimont, à la prestation des 
serments échangés entre Tarchiduc et les États de Hainaut. 
Au mois de juin suivant, il fut nommé vicaire-général de 
l'ordre de Citeaux pour la Belgique et le pays de Liège. 

En 1618, un triste événement vint très péniblement affec- 
ter le monastère. Lors de la prise de Hulst par Tarchiduc 
Albert, un des officiers de la garnison de cette place, appar- 
tenant à la noblesse et originaire de Bauffe, que Le Waitte 
nomme San-Genesius (S^-Genois), crut pouvoir réclamer 
rhospitalité au refuge de Stapeidyck ; on s'excusa de ne pou- 
voir le loger. Ce militaire irascible se retira en se promet- 
tant de se venger plus tard. Traversant quelque temps après 
le Hainaut, avec sa troupe, pour se rendre dans une nouvelle 
garnison, il reçut la visite du bailli de Cambron, appelé Staf, 
que Tabbé envoyait à sa rencontre pour le prier d^épargner 
les personnes et les propriétés appartenant au monastère. 



DE l'abbate. 129 

Hais cédant à sa rancune, il répondit : « Pourquoi Tabbé 
ce veut-il que je garde ses fermes ? A-t-il oublié qu*on m'a 
« refusé l'hospitalilé à Hulst? Espère-t-il échapper à ma co- 
« 1ère? » Il s'avança vers l'abbaye, et voulut y pénétrer avec 
ses soldats. Étant à la porte, il provoqua le bailli ; mais 
celui-ci voulaftt l'épargner, rompait toujours en s'écartant. 
Pendant cette lutte, les moines, pour empêcher les soldats 
d'entrer dans l'enclos, fermèrent la seconde porte. Le bailli, 
ne pouvant plus reculer, cria à son adversaire : a Arrêté ! ou 
tu m'obliges à te percer! L'autre répond : Perce-moi, si tu 
peux ! » Et il tombe aussitôt. On le transporta dans la loge 
du portier, où il put encore se confesser ; en expirant il 
s'écria : « Compatriotes, je pardonne ma mort à celui qui m'a 
frappé. » Le bailli se réfugia dans la cabane du menuisier, 
où il fut poursuivi par les soldats furieux; mais l'abbé de Los 
et le seigneur de Giberchies vinrent s'interposer, et promirent 
aux soldats qu'il serait emprisonné et mis en jugement. — 
L'affaire fut instruite, et on constata que l'officier avait violé 
les immunités ecclésiastiques. On exécuta, en conséquence, 
sur le cadavre la peine de la fourche ; quant au bailli, comme 
il avait agi en légitime défense, il fut acquitté et réintégré 
dans son emploi. L'abbé célébra des funérailles pour le dé- 
funt, et le fit inhumer à Bauffe. Le monastère fit élever son 
jeune fils et contribua à sa dot pour entrer en religion. 

La même année, trois voleurs, profitant d'un jour de fête 
où les ornements les plus précieux étaient exposés dans la 
chapelle, autour de la statue de Notre-Dame, escaladèrent 
nuitamment le mur de l'enclos, et pénétrèrent par une 
fenêtre dans la chapelle. Ils en enlevèrent les chandeliers, la 
lampe d'argent et d'autres objets, et les jetèrent au-dessus du 
mur à des femmes de mauvaise vie qui allaient les cacher. 

8 



130 PROSPfiiUTÉ 

Ce vol fut d'autant plus facilement accompli que Tun des 
coupables, neveu, paratt-il, d'un religieux, avait autrefois 
été sacristain du monastère. Celui-ci fut arrêté et condamné 
comme sacrilège : il fut pendu près de Cambron ; les deux 
autres, découverts à Châtelet, furent mis à la question et 
exécutés par la corde. Une des femmes complices se fit au 
ventre une blessure mortelle en traversant une haie dans sa 
fuite. A la demande de l'abbé, l'argent retrouvé sur les cou- 
pables fut partagé entre les gens de justice et la maison des 
jésuites de Namur. 

A la même époque,rabbé Farinart parvint, malgré les intri- 
gues des courtisans,à faire nommer par l'archiduc aux fonctions 
d'abbé delà Rosière, en Bourgogne, un religieux de Cambron, 
nommé Bauduin Horeau, originaire du Hainaut. II avait fait 
son noviciat avec l'abbé et Jean d'Assignies, et il s*était acquis 
Testime et l'affection de Farinart par les qualités de l'esprit et 
de l'âme. Il était bachelier en théologie de l'université de 
Douai, et avait obtenu la charge de secrétaire de l'abbé de 
Citeaux. L'abbaye de la Rosière avait eu à souffrir du gouver- 
nement d'un abbé commandataire, et la règle y était négligée. 
Pour la rétablir, Bauduin Moreau s'était assuré l'aide de plu- 
sieurs religieux de Cambron, entre autres, de Maximilien 
Gilleman, prieur, Charles Haudion, chapelain, et Adrien 
Raguet, directeur du temporel. Ils étaient en route pour la 
Bourgogne, lorsque l'abbé de Citeaux envoya Horeau à Rome 
comme procureur de Tordre. Ses compagnons rentrèrent à 
l'abbaye, et Moreau arriva à Rome vers la fin de décembre 
1621. Il fut prématurément enlevé par la fièvre avant d'avoir 
accompli sa mission. Il a laissé en manuscrit une Historia 
eisterciensis à laquelle les lecteurs attribuent quelque mérite; 
il a publié Régula S. Benedicti ad XXX Mss. codicum censu- 
ram fidemque revocatam, cum aliis ejusdem sancti opusculis, 



DE L'ABBATB. 131 

vUâ et histariâ ; quitus prœfixU prologum satis prolixum. Duaci, 
1614, et ColoniflB 1620, in-12. 

Il établit une bibliothèque plus commode et y At déposer 
plusieurs beaux ouvrages. 

Dans le même temps, Tabbé Farinart fit nommer Jean 
d'Assignies à la prélature de Nizelles. II y parvint facilement 
parce que ce monastère était situé en Brabant, et que le 
prince ne pouvait y nommer qu'un moine sans enfreindre la 
règle. 

D*Assignies fut nommé au mois d'octobre 1618, et fut bénit 
à Cambron par Tabbé Farinart. Il reçut des félicitations en 
vers par ses confrères Moreau et Le Waitte. Il avait été sous- 
prieur de Cambron. Le nouvel abbé rétablit la discipline à 
Nizelles ; il fit achever les bâtiments et rebâtir Téglise de ce 
monastère, que Farinart alla consacrer le 4 septembre 1622. 
Après vingt années de prélature, il prit pour coadjuteur un 
moine de Cambron, Grégoire Lattefeur. Enfin il mourut 
presqu'octogénaire le 22 mai 1642. 

Jean d'Assignies publia les ouvrages dont les titres suivent: 
« Miroir de discipline, ensemble les vingt pas de bons reli- 
ai gieux et vingt-cinq mémoriaux de saint Bonavènture, car- 
(c dinal, etc. — Directoire ou instruction régulière pour dé- 
(( votement, reveremment et attentivement s'acquitter de 
« l'office divin tant de nuit que de jour, etc. — Les vies et 
« faits remarquables de plusieurs saints et vertueux moines, 
ce moniales et frères convers du sacré ordre de Citeaux. — 
« Guide des prélats et personnes qui ont charge d'âmes 
(c sous le titre des six ailes du séraphin, par saint Bonaven- 
« ture, docteur séraphiquc. Avec un traité de la propriété 
« monastique, par le dernier théologien, Thierry de Muns- 
« ter. » 
Nous ajouterons ici que Jean d'Assignies appartenait à une 



132 PROSPÉRITÉ 

famille de FArtois qui prit son nom du château d'Assignies 
près d*Aire, et qui était connue au treizième siècle. Son 
aïeule maternelle, Périne de l'Esclatière, décédée le 2 février 
1608, fut inhumée à Cambron. Son père, Pierre d'Assignies, 
fut créé chevalier par Charles-Quint devant St-Quentin; 
il devint sergent-major au régiment de Bugnicourt, et gou- 
verneur du château de Valenciennes et de celui de Mau- 
beuge. 

Outre Moreau et d'Assignies, l'abbaye de Cambron ren- 
fermait encore alors d'autres hommes distingués, notamment 
De Maulde, Du Bois et Coene, Bobert de Maulde, poète, ora- 
teur et théologien, fut trésorier à Cambron et plus tard coad- 
juteur à Cberscamp, où il rétablit la discipline et ramena 
Tordre dans les finances. Il y mourut le 3 mai 164S. Jean Du 
Bois, religieux prudent et instruit, fut sous-prieur du temps 
de d'Ostelart et prieur sous Farinart. II souffrit longtemps 
d'un calcul et se guérit aux eaux de Spa. Il mourut d'apo- 
plexie, le 16 décembre 16SI8, et fut inhumé devant l'autel de 
la S'^-Trinité, où il célébrait ordinairement la messe. II fut 
remplacé par Martin Du Bus, né en 1S75 à Auxi (entre Douai 
et Orchies); bachelier en théologie, sévère observateur delà 
règle monastique, mort à Cambron le 20 février 1647 et en- 
terré dans l'église. Jean Coene fut nommé prieur par l'abbé 
Farinart : il se distinguait par son caractère doux et prudent, 
etparsonaptitudepourradministration.Philipped'Espiennes, 
qui fut en même temps nommé économe, se faisait remar- 
quer par sa régularité et son bon cœur. On rapporte qu*il fit 
tuer les chiens du monastère, parce que Tun d'eux avait 
mordu un enfant pauvre : ces chiens étaient cependant em- 
ployés à chasser les animaux aquatiques qui détruisaient le 
poisson, et à prendre le gibier qu'on servait à la table des 
étrangers. 



DE L*ABBATE. 133 

Il eut deux sœurs au couvent des filles de Notre-Dame à 
Mons ; sa mère s*y retira et y fit de grandes donations. 

Cet abbé avait été choisi comme définiteur au chapitre de 
Citeaux. De retour à Clairvaux, il ofirit à Tautel de S*-Ber- 
nard un calice de grand prix qu'il avait emporté pour dire 
la messe. 

Il mourut d*une douloureuse maladie, le 1«' août 1644. 

Cet abbé était lié d*amitié avec le père Daems, prieur des 
Chartreux d*Hérines, chez qui il était accueilli en revenant de 
Bruxelles. Le 24 mai 1628, il leur donna un chêne pour res- 
taurer la chapelle de la Vierge de leur couvent, et plus tard il 
ofi'rit à celle-ci un vitrail peint. 

On a conservé quelques traits caractéristiques qui mettent 
en relief la bonhomie, la mansuétude et Fimpassibilité de ce 
prélat. Au chapitre de Citeaux, un abbé lui reprocha qu'en 
qualité de progénéral de Tordre , il n'empêchait pas les 
religieuses de circuler dans les rues de Liège; il se borna à 
cette réponse : ce Moi, vieillard, chargé en outre d'une dépu- 
tation aux Etats deHainaut,puis-je réprimer un désordre que 
le prince-évêque et le légat, avec tout leur pouvoir, ne peu- 
vent prévenir? Un jour les Etats de Hainaut délibéraient sur 
des subsides réclamés pour entreprendre les sièges de Bois- 
le-Duc et de Bréda , alors occupés par les hérétiques , 
Tabbé de Cambron émit Tavis qu^il serait inutile de recou- 
rir à la force, car les hérétiques connaissant le dècalogue, 
devaient rendre, disait-il, le bien d'autrui. Ses collègues 
se mirent à rire de sa naïveté: mais sans se déconcerter, il 
leur recommanda le calme et la douceur : « Quand vous 
voulez retirer un tison du feu, leur répliqua-t-il, le saisissez- 
vous par le côté qui brûle ? Ne touchons donc pas les ques- 
tions par leur côté brûlant ». 

11 mettait un grand sang-froid jusque dans les affaires par- 



i34 PftOSPtRITft 

ticulières : un jour qu'il dtnait pendant Toctave de Notre- 
Dame avec beaucoup d'étrangers, on vint lui annoncer que 
le feu consumait une étable renfermant plusieurs vaches, et 
que la ferme voisine était misnacée ; il demanda sans s'émou- 
voir si Ton avait les mains cuites, et si l'on manquait de 
seaux pour puiser l'eau à la rivière. 

Un autre jour, un imposteur vint lui dire qu'un soldat avait 
mis le feu à la ferme de la Rosière, et qu'elle était en flammes. 
« Je n'en crois rien, répondit-il, cependant qu'on aille voir; 
mais en attendant qu'on donne à manger à celui qui sait si 
bien mentir. » 

Malgré son insouciance; il n'était pas peu jaloux de con- 
server ses dignités. C'est ainsi que pour maintenir le pays de 
Liège dans son progénéralat, il se ménagea l'appui des abbés 
de Vaucelles, des Dunes et d'autres monastères en les réu- 
nissant à Cambron à l'occasion de son jubilé sacerdotal ; il 
parvint ainsi à empêcher que Fabbé de Citeaux et les primats 
de l'ordre, n'accueillissent la demande de Tabbé d*AlQe 
tendant à lui enlever cette province. 

L'abbé Farinart cédant aux conseils de ses amis, demanda 
à Tarchiduchesse Isabelle l'autorisation de faire élire un 
coadjuteur. L'élection eut lieu en présence de l'abbé des 
Dunes, Bernard Campmans, du conseiller intime Fanius et 
de Guillaume de Hons. Le prieur Jean Coene réunit la plu- 
ralité des suffrages. Il eut trois concurrents : les deux pre- 
miers étaient des hommes de mérite; mais on eut le regret 
de constater un scandale : le troisième, qui était d'une valeur 
insuflSsante, avait tenté d'acheter des voix à prix d'or. Ses 
lettres furent interceptées et le coupable fut condamné à la 
réclusion. Il subit sa peine à l'abbaye et se repentit sincère- 
ment de sa faute. Le Waitte qui, en qualité d*écouome, lui 
portait la nourriture, constata souvent qu'il versait d'abon- 
dantes larmes. 



DB l'abbate. 135 

A TannoDce de rinvestissement de Condé par les Français, 
l'abbé s*était retiré à Bruxelles dans une maison achetée 
quelques années auparavant. Il s'y fit traiter par trois méde- 
cins, entre autres par celui du duc de Lorraine. Sentant ap- 
procher son dernier moment, il réclama les secours de la 
religion et fit ses adieux à ses religieux ; il expira le 3 juin 
1633S en disant: Nunc dimittis. Domine, servum tujim. Jean 
Courvoisier et le président Roose, adoucirent ses derniers 
instants par des soins touchants. 

L^archevéque de Cambrai Van der Burch disait de lui qu'il 
avait remarqué quelque chose de surhumain dans Tabbé de 
Cambron. Farinart se distinguait surtout par sa mansuétude, 
et une suavité de mœurs qui lui gagnaitles cœurs. On attribue 
à cet abbé un ouvrage intitulé : De l'état et des trois vœux de 
religion. Deux religieux allemands d'Hysterbac, vinrent en 
copier l'original à Cambron du temps de Le Waitte. Le titre 
latin de cet ouvrage est : De statu religiose. Cet abbé publia 
un autre opuscule : De Institutione noviciorum. 

Jean Coene. — Il était né à Tournai, de parents distingués 
mais ayant essuyé des revers de fortune. Il eut un frère qui, 
successivement Augustin et Franciscain, fut un prédica- 
teur de mérite et en faveur près de l'archiduchesse Isabelle ; 
une sœur, religieuse au Val-des-Vierges à Audenarde, éco- 
nome de son couvent, et enfin abbesse de Doriselle à Gand, 
et un autre frère négociant à Anvers. 

Avant d'entrer en religion, il avait étudié la médecine. Il 
fit sa profession monastique en 1S77. Il entretint néanmoins 
ses connaissances médicales par la lecture d'ouvrages de 
mérite dont il dota la bibliothèque ; de sorte que, sous ce 



i. Marc N061 dit qa*il mounit en 1635. 



136 PROSPÉRITÉ 

rapport, il fut estimé par des praticiens célèbres, notamment 
par André Trevigi. Sa qualité de médecin établit d'excellentes 
relations entre lui et le président Roose et d'autres grands 
personnages, et favorisa son élévation à la prélature. 

A Tâge de trente ans, il fut ordonné prêtre et fut envoyé 
comme confesseur des religieuses à l'abbaye des Prés, alors 
dirigée par Madame de Tramerie. En octobre 1597, il fut reçu 
docteur en théologie. 

Jean Coene avait rempli les charges de maitre d'hôtel et de 
prieur à Cambron, lorsqu'il fut élu coadjuleur de l'abbé. Le 
gouvernement général des Pays-Bas et l'abbé de Clairvaux le 
confirmèrent dans ces dernières fonctions; de sorte qu'à la 
mort de Farinart, il ne restait qu'à lui donner la bénédiction. 
L'archevêque Van der Burch accomplit cette cérémonie, et le 
discours d'installation fut prononcé par l'ami du nouvel abbé, 
le père Jean-Jacques Courvoisier, bourguignon, de Tordre 
de S'-François-de-Paule, prédicateur de la cour. Comme 
à cette époque, à cause de la guerre entre la France et l'Es- 
pagne, il était défendu sous peine de mort de correspondre, 
même pour le spirituel, avec les pays soumis à la France, 
les communications avec Clairvaux étaient interrompues; 
Jean Coene demanda donc à Tinternonce apostolique, Richard 
Stravius, la confirmation de son titre d'abbé. Dans sa réponse, 
datée de Bruxelles, le 3 mai 1638, l'internonce confirma à 
l'abbé de Cambron la direction de plusieurs couvents de 
femmes, savoir de N.-D.-du- Verger, de Fontenelles, du Re- 
fuge de la Vierge près d'Ath, dans le diocèse de Cambrai ; 
de la Cambre, dans celui de Malines ; de Flines, dans celui 
d'Arras; de Baudeloo, de Nouveau^Bois et de Beaupré, dans 
celui de Gand; enfin de'Nizelles et d'Argenton, dans celui de 
Namur. A ce titre l'abbé avait le droit de visiter ces institu- 
tions, d'y redresser les irrégularités, d'examiner les comptes 
et même de destituer les abbesses. 



DE l'abbaye. 137 

Un peu plus tard, la guerre se prolongeant, Tinternonce, 
autorisé par le pape, nomnnia l'abbé Coene progénéral de 
Tordre de Citeaux en Belgique. C'est en cette qualité que 
celui-ci fit la visite de l'abbaye des Dunes; il y rencontra une 
opposition soulevée par un religieux espagnol nommé Jean 
Caramuel, soutenu par l'abbé Campman. L'autorité civile 
dut intervenir, etl'éditdu gouvernement y fut notifié par 
Le Waitte. En 1641, l'abbé y retourna pour présider à l'élec- 
tion d*un abbé en remplacement de Campman. Jean Cara- 
muel, qui espéraitêtre élu, échoua. A la même époque, l'in- 
discipline régnait à l'abbaye de Cherscamp. Les moines, en 
désaccord avec leur abbé, s'étaient retirés chez leurs parents, 
ou au moins n'obéissaient plus à la règle. Plusieurs de ces 
religieux furent arrêtés et menés à Cambron pour y faire pé- 
nitence; deux autres, Venantius et Jean Loysel, y vinrent 
spontanément. C'est alors que Robert de Maulde fut envoyé 
à Cherscamp comme coadjuteur. 

Le 17 juillet 1639, l'abbé Coene assista, avec les abbés de 
S'-Ghislain, de Liessies et de Maroilles, à la bénédiction 
de Tabbé de Crespin, Mathias Le Mosnier, qui fut donnée 
par l'archevêque Van der Burch. 

A la recommandation de son ami Courvoisier, il fit preuve 
de générosité envers les Minimes de Bruxelles, d'Anderlecht, 
de Grammont et de Mons, envers les Capucins et d'autres 
congrégations religieuses. Il remit notamment quatre mille 
florins au père Balthazar Avila, général des Minimes, pour 
l'aider à faire un voyage à Rome; celui-ci, à son retour, fit 
cadeau à l'abbaye de Cambron, des reliques de S* Antonin 
et de S* Maximin. 

L'abbé ayant enfin reçu de Clairvaux et de Citeaux, des 
lettres qui lui conféraient la vicairie générale de l'ordre, en 
remplacement de Jean Farinart, s'appliqua à maintenir la 



i88 PROSPÉRITÉ 

discipline dans sa juridiction. En février 164B, il constata 
qu*à l*abbaye d*Afflighem, on négligeait Toffice divin, et qoe 
les moines n'y étaient plus en nombre; il enjoignit à Tabbé 
commendataire qui gouvernait la maison, de mettre fin à ce 
relâchement, et d'y conserver le nombre de religieux prescrit. 
Un induite pontifical Tavait autorisé, étant abbé, à exercer 
la médecine, sauf la brûlure et la section ; il eut bientôt Tocca- 
sion d'être utile au président Roose, son protecteur. Celui- 
ci, accompagnant le prince-cardinal Ferdinand à Bavai, y 
tomba malade d'une fièvre qui lui donnait le délire. Dans ud 
moment lucide, il exprima la conviction que si Tabbé de 
Gambron connaissait l'état où il se trouvait, il serait bientôt 
près de lui. L'abbé, qui était à Mons, se rendit aussitôt près 
du malade et le ramena à Gambron, où il eut le bonheur de le 
guérir en peu de temps. Le président en conserva une grande 
reconnaissance et une vive affection pour l'abbé. Gomme il 
souffrait souvent d'obstructions, il venait consulter Jean 
Coene, qui lui procurait des médicaments et de l'eau de Spa. 
Il avait pour l'abbé autant de délicatesse que d'estime : un 
jour l'abbé lui envoya une pièce de vin ; il lui en renvoya deux. 
L'abbé lui fit cadeau de médailles en or, en argent et en 
bronze à l'eflSgie des empereurs romains Jules, Octave, 
Tibère, Gaïus, Néron, Vitellius et Otton, pièces qu'on avait 
trouvées dans le banlieue d'Ath ; mais le président s'obstina 
à lui faire remettre une pistole. En juillet 1649, Roose vint à 
Gambron, sous le prétexte d'y prendre de l'eau de Spa, mais 
en réalité pour visiter son ami qui était malade, et il s'y était 
fait accompagner du médecin De Lau, qui constata que Tabbé 
était atteint de phthisie. Malheureusement l'abbé ne suivit pas 
leurs avis , et continua un traitement qui ne lui convenait 
pas. 
G'est alors que le président conseilla à l'abbé Coene de se 



DE l'abbatb. 139 

choisir un coadjuteur, afin d'écarter le retour du scandale 
qui avait signalé l'élection du coadjuteur de Farinart; et 
Tabbé sentant sa fin approcher, fit écrire par le père Cour- 
voisier, un acte testamentaire qui désignait Antoine Le Waitte 
comme le plus digne de lui succéder. 

L'abbé Jean Coene décéda au refuge de Cambron à Bru- 
xelles, le 14 octobre 1649. 

Indépendamment des moines susmentionnés qui firent hon- 
neur à Tabbaye de Cambron, dans la première moitié du dix- 
septième siècle, on cite encore François Crulay, directeur des 
religieuses de N.-D.-du-Verger. Il rétablit la réputation de 
cette communauté, que Del Rio, son prédécesseur, avait 
compromise. Ce prêtre , plus crédule qu'éclairé, avait livré 
à la justice séculière une religieuse soupçonnée de magie. 
Crulay accomplit sa mission avec prudence et honneur. Il 
s'était tellement attaché à ce monastère qu'ayant été nommé 
directeur au couvent de Flines, il renonça à cette position 
pour rester à celui du Verger; toutefois il fut nommé prieur 
à Cambron. Bientôt atteint d*une maladie grave, il mourut 
le 3 avril 1636 , à Mons, où il se faisait traiter. Il eut pour 
successeur dans ces dernières fonctions, Jacques Mercier, 
son égal en âge, en vertu et en mérite. Il était plus âgé que 
l'abbé Coene, mais celui-ci le choisit pour plaire aux anciens 
religieux. 

Jacques Séjournet, — Né à Ligne (Hainaut), il était fils du 
bailli de cette localité. 11 descendait d'une famille de bour- 
geois aisés d'Ath. Ses aïeux avaient donné le terrain occupé 
par l'église de SWulien, et ils avaient laissé une dotation 
pour la cène et le lavement des pieds de douze pauvres le 
Jeudi-Saint. 

On a supprimé sa biographie dans l'histoire de l'abbaye 
par Le Waitte , soit parce qu'elle était trop flatteuse, soit 



140 PROSPÉRITÉ 

parce qu'elle contenait des détails peu honorables pour Tabbé 
et pour le monastère. Quoi qu*il en soit, on trouve dans le 
manuscrit de Marc Noël que Séjournet, étant jeune religieui, 
fut envoyé à Mons par Tabbé Farinart, pour y faire sa théo- 
logie morale; nommé ensuite chapelain à Tabbaye de La 
Cambre, il en revint pour être ma!tre-d*hdtel à Cambron. D 
fut nommé abbé en décembre 1649, par Tarchiduc Léopold. 
gouverneur des Pays-Bas, et bénit au monastère d'Épinlieu 
par Tabbé d'Aine *. 

Il administra la maison pendant douze années. Il se pro- 
posait d'apporter des améliorations au monastère et à 
l'église; mais en étant empêché par les calamités publiques 
de l'époque, il dut se borner à faire refondre les cloches des 
deux sanctuaires de l'abbaye et placer deux jeux d'orgues. 
Il était député aux États à Mons, lorsqu'il mourut au refuge 
de cette ville, le 10 mars 1662. 

C'était un homme d'un extérieur noble et gracieux et d'un 
caractère affable. On ne sortait de chez lui que le cœur satis- 
fait, vil imita les vertus de ses ancêtres, et en particulier leur 
dévotion envers le S*-Sacrement de l'autel. 

i. La communication de la pièce suivante, singulier spécimen d*Qn 

genre de littérature assez en vogue à Tépoque dont il s'agit, est due ï la 

bienveillance de M. Léopold Devillers , digne président du Cercle : 

Applaudissement 

Sur l'addresse de TAllesse sérénissime 

de 

L*archiduc Léqpolde 

En Theureux choix 

de 

D. Jacques Sejournet, 

Pour la prelature 

de 

Cambron. 

Par I. L. 1. G. 



DE L*ABBATE. 141 

Antoine le Waitte. -r II naquit à Braine- le -Comte, le 
jour de la S*-Michel 1600, de Lucas Le Waitte (ou Philippe 
d'après M. Le Glay) et de Jeanne Laurent. Ses ancêtres avaient 
possédé la seigneurie de Recques, et son père était membre 
du conseil de Hainaut. Son oncle maternel , Jean Le Bour- 
guignon, chanoine de Condé, dernier mâle de cette famille> 
lui laissa par son testament le nom et les armes de Le Bour- 
guignon ; en 1619, par lettres patentes datées de Marimont, 
le 2S août, il fut autorisé à profiter de ces dispositions. 
Antoine eut deux frères : Tun, Jean fut chef du conseil du roi 
àMons; Tautre, Arnould, d'abord sous-prieur à l'abbaye de 
Villers, mourut confesseur des religieuses de l'Olive. 

Antoine Le Waitte avait presqu'achevé sa philosophie à 
Louvain, lorsqu'il entra comme novice à Cambron au mois de 
juin 1619, le lendemain de la fête de S^-Jean-Baptiste ; il y 
prit l'habit le jour de S*-Théodore, au mois de novembre 
suivant, et prononça ses vœux la veille de la S^-£dmond de 
Tannée 1630. Il avait commencé ses études théologiques sous 
Martin Dubus; en 1622, il fut envoyé à Douai pour les con- 
tinuer sous les docteurs Linons, Colvenare, Sylvius et 
Gaspar Nemius. Après avoir soutenu ses thèses publiques 



La vertu ne repose où le vice réside 
Et le vice ne peut où la vertu préside : 
Examine qui veut, sa candeur ne permet 
Qu*on la puisse trouver que dens un Seiour-net. 
C'est là que Ta trouvé ce Prince Léopolde, 
Un autre ne l'eût pas fait tant heureusement. 
Mais comme famillier, et premier de sa solde, 
Il sçail qu*un Seiour-net esloit, son Elément. 
A Mons en Haynnau, 
De l'Imprimerie de Iean Havard, rue de Nimy, au Mont de Parnasse. 
M. DC.L. 



142 PROSPÉRITÉ 

de Dec homine Christo et de Deiparâ Virgine, il obtint le grade 
de bachelier en théologie le 9 mai 162S. Il fut ensuite or- 
donné prêtre par François Van der Burch, et chanta ses pré- 
misses le dimanche dans Toctave du S^-Sacrement. 

Il cultiva les belles lettres, dont il avait pris le goût à Tuni- 
versité; et deux ans après son retour à I abbuye, à l'âge de 
vingt-cinq ans, il eut la direction de la bibliothèque. Ce dépôt 
ne contenait que des bibles, des interprêtes et des sermo- 
naires. Le local était restreint et mal disposé. Le Waitte 
composa alors un écrit en latin intitulé Prosopopeia, qu'il 
présenta à Tabbé Farinart : il y faisait parler la bibliothèque, 
qui se plaignait de Tétat de dénûment et de délabrement dans 
lequel on la laissait *. L'abbé, séduit par l'éloquence de 



1. Voici le titre de cet opuscule : Bibliolhecie Camberonensis preces 
et lacrimae ad révérend issimuin Joannem Farinartium S. Th. Doctorem, 
Abbatem Camberonensem, Ordinis Cislerciensis per Belgium et Eburo- 
nes Progeneralem. 

Dans le Voyage littéraire des bénédictins Martène et Durant, on lit 
ceci : « L'on voit dans Téglise, qui est très belle, plusieurs tombeaux des 
seigneurs d'Enghien et de Ligne. La bibliothèque est remplie d*nn graod 
nombre de manuscrits ; la plupart sont des pères de l'église, comme de 
St. Cyprien, de St. Grégoire, Pape, de St. Anselme et de St. Bernard. » 

Nous extrayons ce qui suit de la biographie montoise d'Ad. Mathieu : 

« En 1794, il existait encore à celle bibliothèque un manuscrit in-folio 
sur parchemin caractères du XI11« siècle, de la Flandria geiurom 
que Foppens attribue à Baudouin d'Avesnes. Le Montois Georges Galopio, 
religieux bénédictin de Saint-Ghislain et professeur de théologie à celte 
abbaye, en fil une édition publiée à Mons chez Waudret en 1643. » 

Les livres et les manuscrits de l'abbaye de Gambron furent réunis à 
ceux des autres corporations religieuses du département de Jemappes, 
et des anciens Etals du Hainaui ; ils formèrent le noyau de la bibliothèque 
communale de Hons, ouverte le avril 1802. 



DE l'abbate. 143 

cette production, céda aux instances de l'auteur; il fit res- 
taurer ]e bâtiment, et enrichît d'ouvrages classiques les an- 
ciennes collections. Le jeune bibliothécaire y fit entrer les 
œuvres de Platon, de Plutarque, de Cicéron et de Sénèque. 
Il aimait tellement ces écrivains qu'il les citait même dans 
des discours religieux qu'il prononçait devant la commu- 
nauté. L'abbé Farinart, qui ne goûtait pas autant ces auteurs 
payens, le réprimandait souvent sur ces prédilections peu 
monachales, et sur son penchant pour Erasme, philosophe 
un peu suspect. 

En 1638, Le Waitte fut nommé directeur des religieuses de 
l'abbaye de Beaupré, près de Grammont; il y resta quatorze 
mois. Il fut ensuite rappelé à Cambron, et nommé prieur le 
jour de S'-Marc 1639, avec la charge d'enseigner la théologie. 
Il eut pour chapelain le moine Philippe Malapert. 

L'abbé Coene avait désigné Le Waitte pour lui succéder, 
le 13 octobre 1649. Celui-ci obtint même le plus grand nom- 
bre des suArages de ses confrères; néanmoins, malgré l'appui 
de Jacques Courvoisier, son élection ne fut point confirmée 



On trouve dans les bulletins de la commission royale d'histoire, t. 2, 
3« sie. 1860. 

« M. Van Bruyssel, auteur d*un rapport sur la bibliothèque de sire 
Thomas Philipps, à Middelhill, dit que cette bibliothèque s'est formée en 
partie des collections autrefois si célèbres conservées dans les abbayes 
de Saint-Martin, d'Aine, de Beaupré, de Bonne-Espérance, de Cambron, 
de Saint-Ghislain, de Tongerloo. » 

En ce qui concerne Cambron, nous avons rencontré à Puniversité de 
Gand et dans les mains de particuliers, des livres et des manuscrits qui 
prouvent qu'un certain nombre d'ouvrages de la bibliothèque n'ont pas 
été déposés k Mons, mais donnés ou vendus par les détenteurs de 
l'époque de la suppression : c'est ce qui explique d'ailleurs les acquisi- 
tions précieuses faites par sir Thomas Philipps. 



144 PROSPÉRITÉ 

par Tarchiduc Léopold. Ce fut Séjournet qui remporta. Les 
courtisans comptaient sur For de Tabbaye, et Le Waîlte 
n'était pas homme à céder à leurs désirs. C'est alors que 
]*abbaye fut chargée d'une pension de trois cents florins an 
profit de dame Alexandrine de Croy. 

Le Waitte obtint alors par compensation la charge d*abbë 
de Moulins, au diocèse de Namur, qu'il remplit pendant onze 
ans jusqu'à la mort de Jean Séjournet i. II fut souvent député 
aux États de Namur, et il y acquj| la réputation d'nn prélat 
de grand mérite. Enfin l'abbé Séjournet étant mort en 1662, 
Le Waitte lui succéda sans opposition. Sa prélature fut diffi- 
cile au spirituel comme au temporel ; mais doué d'un carac- 
tère ferme et calme, il triompha des difficultés et trouva encore 
le temps de se livrer à l'étude. C'était un religieux et un abbé 
selon l'esprit de son illustre maître S* Bernard : c'est-à-dire se 
renfermant dans les devoirs de son ministère, qu'il remplis- 
sait d'ailleurs avec distinction; il ne se reposait de ses fonc- 
tions abbatiales que par la culture des lettres, et par la com- 
position de livres utiles. Il est l'auteur des ouvrages suivants: 
1° D. Thomas Salomoni par et suprâ. Oratio habita die ipsius 
sacra, non-mart, 1666. — 2® D. Thomae Aquinatis princi- 
patus theologicus ad ritum priscum scriptus. — 3° Bernar- 
dus priscorum patrum ultimus, sanctissimus et sapientissi- 
mus doctor laudatus et DD. Samuelis et Davidiscompara- 
tione illustratus. — 4<* Historiae Camberonensis pars prior, sive 
Diva Camberonensis ajudaeo perfido quinquiès icla et cruen- 
tata. — 8® Historiae Camberonensis pars altéra, sive Cam- 
beronae cœnobium ejusque abbates, etc. — II composa, lors 
de l'inauguration de l'abbé Coene, une harangue latine, qui 
fut imprimée d'abord in-4® et ensuite in-8«. Il avait écrit un 
ouvrage considérable intitulé: Vallis lacrymarum, qui ne fut ^ 

i. Galliot, Eut. de Namur, t. 4, p. 238. 



DE l'abbate. 14B 

probablement pas publié. M. Le Glay apprécie ainsi le mérite 
le cet auteur: « La latinité de Le Waitte est élégante et 
|>ure; son style a quelque chose de bref et de nerveux qui 
lui donne une physionomie toute spéciale. Peut-être même, à 
force de vouloir être original, tombe-t-il dans Taffectation. 
Souvent, pour dégager sa phrase de tout entourage parasite, 
il récourte, la mutile; ici supprime un verbe, là un pronom; 
souvent aussi une incidence, une parenthèse inopinée lui 
tombe comme des nues au milieu de son récit, et il faut dire 
que parfois ce n*est pas sans causer au lecteur une surprise 
agréable. En un mot, c*est un latin qui se laisse lire, même 
après celui des Juste-Lipse et des Erasme ^ Le Waitte, 
comme son ami le baron de Vuorden, aimait à composer des 
inscriptions. L'histoire de Cambron en contient un certain 
nombre qu*il a consacrées à la mémoire des abbés les plus 
illustres de cette maison. Tout bien considéré, il me semble 
que ce personnage méritait d*être tiré de Toubli, et je regrette 
de n*avoir pas mieux réussi à le faire connaître. » 

Parmi les actes de la bonne gestion de Le Waitte, on cite 
la vente de Thôtel de la rue de Cambron à Ath, et Tachât de 
la maison dite les Vieux-Jésuites , dont il fit emmurer le 
jardin. 



1. LMotroduction au cartulairc de Cambron s*expriiQe ainsi en parlant 
de Le Waitte : a L'abbé Antoine Le Waitte, XXXV1I« prélat de Cambron, 
écrivit lui môme lliistoire de son monastère, d*un style latin peu châtié, 
mais avecassez desuite et decandeur.il a presque tout emprunté au petit 
manuscrit que nous avons déjà cité, et que nous aurions imprimé si nous 
n'avions appris que M. le comte* de Nédonchei est sur le point de le pu- 
blier : souvent, d'ailleurs, il ferait double emploi avec le tableau des abbés 
de Cambron que nous avons à présenter ici. » 

Le petit manuscrit de Cambron, dont il s'agit, se trouve aux archives 
de Tarchevéché deMalines. 





146 PROSPÉRITÉ 

Vers cette époque» les environs de Gambron eurent beau- 
coup à souffrir du passage des armées qui se disputaient dos 
provinces. Ainsi le 28 août 1665, le maréchal de TureDoe 
vient lui-même avec 30 escadrons et 2500 hommes de pied, 
exécuter un fourrage du côté de Chièvres. 

Le 3 septembre, le marquis de Gœuvres lieutenant-génénl 
dans Tarmée de La Ferté , vient au fourrage du côté de 
Chièvres. L'armée de Turenne avait fourni 8 escadrons com- 
mandés par un colonel. On y perdit quelques fourrageurs. 
Le 7, le marquis d^Uxelles alla au fourrage du côté d*Ath 
avec 20 escadrons de Tarmée de La Ferté et 10 de celle de 
Turenne, commandés par Joyeuse-Granpré, mattre-de-camp. 
Le 8, les Français revinrent au fourrage du côté d*Âtb, 
parce qu'il était fort bon, et que leurs ennemis étaient habi- 
tués à ne les y voir aller que de deux jours l'un. L'armée de 
Turenne donna pour cette opération IS escadrons de cava- 
lerie légère, 4 de gendarmes et S bataillons; celle de La Ferté 
donna 16 escadrons de cavalerie légère et 4 escadrons de 
gendarmes. Le duc dTorck commandait les troupes de 
Turenne, et Grandpré, celles de La Ferté; ces troupes avaient 
été précédées, la nuit du 7 au 8, par 700 chevaux envoyés eo 
embuscade du côté où Ton voulait aller fourrager. 

Les Français étaient alors aux environs de S^-Ghislain, tan- 
dis que leurs ennemis occupaient les environs d'Ath ; la pro- 
ximité de ceux-ci rendait ces opérations assez dangereuses 
pour les Français. 

Le 19 septembre, les Français décampèrent d*Autrage à la 
sourdine, et pendant que Turenne alla camper à Leuze, La 
Ferté vint à Ath au milieu de tous les quartiers ennemis. 
Ge dernier y était venu dans le but de consommer le fourrage 
que les ennemis y gardaient pour faire le siège de Gondé. 

Le 13 mai 1674, Tarmée du Grand Gondé vint occuper le 
camp dit de Lens, dont la droite s'appuyait à Jurbise, la 
gauche entre Montignies et Masnuy-S^-Pierre. 



DE L*AB1MTB. 147 

En juin, cette même armée vint s'établir dans le camp de 
Brugelette. elle y appuya sa droite et sa gauche à Lens; elle 
avait le ruisseau derrière elle, et son quartier-général à 
Brugelette, sans doute dans le château des comtes de Mas- 
taing. La droite entre le village de Brugelette et les reli- 
gieuses, la gauche en arrière de Lens, entre ce bourg et la 
censé du Parc. 

La véritable position de l'armée française relativement à 
celle des alliés eût été dans le sens contraire, c'est-à-dire la 
droite à Lens et la gauche à Brugelette, le Hunel coulant 
devant le front. Les alliés, en effet , se trouvaient vers Bru- 
xelles. Mais le prince dans la situation oti il se trouvait, tout 
en étant tourné vers les places du Hainaut, conservait l'avan- 
tage de pouvoir immédiatement porter son front sur le ruis- 
seau et les hauteurs qui le bordent. D'ailleurs un de ses 
flancs était couvert parce même ruisseau. Pour arriver sur 
Vautre flanc peu éloigné d'Ath, il fallait passer le ruisseau 
entre cette ville et Tarmée. Ce dernier flanc était encore cou- 
vert à peu de distance par le ruisseau de Cbièvres, tandis que 
le front Tétait par le bois de Lens et le ruisseau de Nœuf- 
Haisons. Le but de Condé était de consommer les fourrages 
en avant d'Ath vers Bruxelles, en profitant de l'inaction de ses 
adversaires. Il ménageait en même temps à son armée des 
subsistances abondantes sur ses derrières. 

Condé resta au camp de Brugelette du 29 juin au 13 juillet; 
il le quitta pour aller aux Estinnes-Basses. 

En septembre, les alliés ayant l'air de menacer Ath, le 
prince y envoya le marquis de Ranes avec ordre d y rester si 
les ennemis Tassiégeaient. Cet officier acheva de dévaster les 
environs d'Ath, déjà ravagés par le séjour et le passage des 
armées. Il enleva les fourrages à plusieurs lieues à la ronde, 
et brûla tous ceux qu'il ne put enlever. Condé, dit la Gazette 



lis PROSPÉRITÉ 

de France en forme d*éloge, fit môme brûler la petite ville de 
Lessines, celle de Chièvres et les autres quartiers les plus 
commodes. Nous croyons plutôt pour Thonneur de ce grand 
général, que ce malheur a pu arriver par Tindisciplinedes 
troupes, dans le désordre de Tenlèvement des fourrages et 
de l'incendie de ceux qu'on était forcé de laisser; nous ne 
croyons pas Condé coupable de cet ordre cruel. 

En 1677, Tarmée espagnole, composée de troupes bollan- 
daises et impériales, parcourut la province et y sema la 
terreur. Un certain nombre de religieux de Cambron, et 
notamment Tabbé, le prieur et le sous-prieur abandonnèrent 
leur maison et se retirèrent à Âlh. Pendant ce temps, des 
bandes de soldats pillards envahirent Cambron, emportèrent 
les subsistances qui s*y trouvaient ; ils dépouillèrent même 
des religieux de leurs vêtements. Les censiers de l'abbaye et 
d'autres cultivateurs s'y réfugièrent avec leurs bestiaux; mais 
les soldats revinrent trois fois au pillage, et emmenèrent avec 
eux tous les animaux de ferme. Ils avaient pillé les pailles 
avec tant de fureur qu'ils en avaient rempli la rivière à l'en- 
droit nommé la Carrière^ de sorte qu'on pouvait en traverser 
le lit à pied sec. A la suite de ce désastre, l'abbaye contracta 
des dettes; et, comme elle ne pouvait les acquitter en emprun- 
tant de l'argent à intérêt, elle se procura des fonds en abat- 
tant des arbres dans ses bois. Ce fut vers la fin de septembre 
que l'abbaye fut ravagée pour la troisième fois. Lorsqu'on 
vint annoncer au refuge d'Ath la nouvelle de ce dernier pil- 
lage, le jour deS*-Michel, Le Wailte se trouvait dans le jar- 
din; y étant resté assez tard, il fut saisi d'un rcfroidissenieni 
qui détermina une fièvre catharale. Il succomba à cette ma- 
ladie le 4 octobre de la même année, entouré du prieur, du 
sous-prieur et d'un bon nombre dé religieux qui s'étaient 
réfugiés à Ath, à l'approche de l'armée espagnole composée 
de troupes hollandaises et impériales. 



DE l'abbate. 149 

Antoine Le Waitte fut le trente-septième abbé de Cambron, 
et Tabbaye existait alors depuis cinq cent vingt-neuf ans. 

Nous avons étudié la formation de la prospérité de ce mo- 
nastère. Nous l'avons vu grandir dans la pratique des vertus 
de ses fondateurs et de Thumilité chrétienne. Nous avons vu 
les donations des seigneurs, et Tobole du peuple former une 
dotation que le travail des moines accrut jusqu'à une richesse 
immense. La réputation de Cambron s'étendait au loin dans 
le pays et il y était devenu, pour ainsi dire, la maison-mère 
de plusieurs couvents tant d'hommes que de femmes. On lui 
devait ainsi ceux du Verger, de Fontenelle, près de Valen- 
ciennes, du refuge de Ste-Marie près d'Ath, et d'Espinlieu 
près de Mons, tous au diocèse de Cambrai ; de la Cambre et 
de Beaupré au diocèse de Malines, et de Baudeloo et du 
Nouveau-Bois au diocèse de Gand. 

Nous savons combien l'indépendance de l'ordre de Citeaux, 
a contribué à affranchir l'église de diverses usurpations qui 
auraient entravé la mission sociale qu'elle était appelée à 
remplir. Dorénavant l'église étant affranchie de cette tutelle, 
les ordres religieux ne lui seront plus indispensables. Le 
rôle des monastères semble fini; leur décadence s'annonce; 
mais de même qu'un homme d'une constitution robuste ré- 
siste longtemps aux maladies et à la vieillesse, de même l'ab- 
baye de Cambron subsista jusqu'à ce qu'une révolution sociale 
vint changer la face du monde. 



iBO DÊCADENGB BT SUPPRESSION 

CHAPITRE IV. 

DÉCADENCE ET SUPPRESSION DE L'ABBAYE. 

§ 1. —Décadence pendant les guerres contre la France. 

Nos provinces, déjà affaiblies par la décadence de Tindustrie 
et du commerce, triste résultat des troubles politiques et reli- 
gieux du seizième siècle, furent ruinées par les guerres de 
Louis XIV dans les Pays-Bas. Par le traité d'Aix-la-Chapelle 
(2 mai 1668), la France conserva ses conquêtes, notamment 
Ath et sa châtellenie, jusqu'à la paix de Nimègue (10 août 
1678); c'est pendant celte période que la prélature de Cam- 
bron devintvacante par le décès de l'abbé Le Waitte. Le roi 
Louis XIV, souverain de fait du pays où se trouvait l'abbaye 
de Cambron, nomma de concert avec l'abbé de Baudeloo, vi- 
caire-général de l'ordre, quatre administrateurs pour régir la 
maison ; c'étaient les quatre anciens : le prieur, le boursier, 
le chapelain et le maître d'hôtel (Thomas Farinart, Pierre 
Delecourt, Placide Ricart et Théodore Le Waitte). 

A la fin de mars 1678, les religieux de Cambron étaient 
allés résidera Ath,cetteville,alors occupée par les Françaisjeur 
offrait un asile plus sûr que l'abbaye, située à la campagne 
et exposée à de grands dangers. Sur leur prière, le roi de 
France envoya comme commissaires pour faire procédera 
l'élection d'un nouvel abbé, l'intendant de Lille, M. Lepelle- 
tier, le gouverneur d'Ath, le comte de Nancré, et Taverne 
abbé de Los. 

Un grave incident signala cette opération. Un moine avait eu 
recours à l'intrigue et à des offres d'argent pour obtenir la 
crosse, et ses manœuvres avaient été découvertes. M. l'inten- 
dant ouvrit la séance par un discours aux religieux; il leur 



dbl'abbate. 151 

rappela les qualités de Tabbé défunt et surtout sa probité ; 
puis, justement indigné, il fit coroparaitre publiquement le 
coupable et il lui reprocha sa conduite indigne et sa simonie. 
Il ordonna ensuite de le conduire dans les prisons de la ville 
où il le retint pendant Télection qui dura trois jours. Il Fau- 
raitmême fait transférer dans une prison plus étroite et plus 
rigoureuse, si la communauté n'eût intercédé en sa faveur. 
L'abbé de Los s*étant engagé à lui faire subir chez lui une 
détention de deux mois, Tintendant consentit enfin à' s*en 
dessaisir. 

Les électiçns se firent alors régulièrement. Le premier 
candidat élu fut Antoine Fierlans, confesseur au Nouveau- 
Bois à Gand, antérieurement prieur à Cambron ; le second 
fut François Libert, confesseur à Flines, et le troisième, Am- 
broise Roose, confesseur à La Cambre. Libert, soutenu par 
le cardinal de Bouillon, l'emporta sur ses compétiteurs. Il 
fut nommé abbé le 10 mai«1678, par lettres patentes octroyées 
par le roi de France au quartier-général de Wetteren, pendant 
ie siège de Gand. Ces lettres furent délivrées gratuitement et 
sans chargede pensions sur les revenus du monastère. 

François Libert. — Il naquit à Mons. Il avait fait sa philo- 
sophie à Tuniversité de Louvain lorsqu'il entra à l'abbaye de 
Cambron. Son mérite personnel lui valut d'abord les fonc- 
tions de maître d'hôtel du monastère ; ensuite il fut nommé 
directeur des couvents d'Epinlieu, de Fontenelles, de Beau- 
pré etde Flines. Ses qualités le désignaient comme le suc- 
cesseur de Le Waitte. 

Il fut installé dans son abbaye au commencement de juin 
1678 parle doyen, curé de Melin, par le comte de Nancré et 
le comte de la Tudière, délégués à cet effet par le roi: Les 
Suisses qui occupaient Tabbaye pendant le blocus de Mons, 
se portèrent tambour battant jusqu'à N.-D.-à-la-Roquette à la 



1B2 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

rencontre de l'abbé. Celui-ci les remercia, mais il déclan 
qu'il lui eût été plus agréable d'être reçu par des religieux, 
leur chapelet à la main et la croix en tête, que par une 
garnison qui avait dépouillé le monastère, et enlevé jusqu'à 
la subsistance des moines. 

Il fut bénit le 11 juillet suivant à l'abbaye de Beaaprez par 
le vicaire général Vaenkens, abbé de Baudeloo, assisté de 
l'abbé de St-Adrien-lez-Grammont et de Placide Ricart 
père confesseur à Beauprez. 

La paix qui dura de 1678 à 1683, permit à François Libert 
de rétablir l'ordre dans la maison, et d'acquitter les dettes 
contractées pendant les guerres précédentes. Ces dettes résul- 
taient tant des dégâts occasionnés à la censé de la Court à la 
Chaussée, et à d'autres fermes de l'abbaye, que du défaut de 
paiement occasionné par la cherté des grains, d'une rente de 
vingt-quatre muids paires due au chapitre de Soignies, et 
évaluées à 4,200 florins. La rente en question avait été con- 
fisquée par les Français, et l'intendant avait ordonné d'en 
continuer le service. Pour obéir à cet ordre, et pour ac- 
quitter d'autres dettes pressantes, entre autres un rembour- 
sement de 12,000 florins à M. du Sart, on avait emprunté an 
capital de 3,600 florins aux sieurs De Robaux et De Ronc- 
quière. Après la retraite des Français, le chapitre de Soigniez, 
sans tenir compte des paiements exigés par l'intendant, récla- 
ma de l'abbaye les arrérages échus; celle-ci les refusa en se 
basant sur les articles 23 et 24 du traité de Nimègue, qui por- 
tait que les paiements faits aux confiscataires étaient valables; 
l'afi^aire ayant été déférée à la justice, la cour de Hons con- 
damna l'abbaye à payer, sauf son recours contre ceux qui 
avaient reçu. Cette dernière assigna en effet un des confisca- 
taires qui résidait sur les terres d'Espagne, celui-ci fut con- 
damné à restituer 2,400 florins qu'il avait encaissés, avec les 
frais du procès précédent. 



DE l'abbate. 1B3 

L*abbë François Libert parvint, par sa bonne administra- 
tion, à payer le reste des dettes, à rembourser diverses rentes 
à Bruxelles, à Tournai, à Monset à Ath, et à couvrir les 
grandes dépenses exigées par la restauration du monastère. 

Sa longue prélature fut soumise à de rudes épreuves , 
mais il en triompha par sa constance ; d*un autre côté, par 
son humilité, il acquit Testime de grands personnages, no- 
tamment de S. A. E. de Éavière, qui protégea Tabbaye et la 
préserva de grandes pertes. 

En 1679, il fit boiser dix sept à dix-huit bonniers tenant 
à la briqueterie et au plantis de la Provision. La même 
année, à la fête de Ste-CIaire, la foudre tomba sur le clo- 
cher, et en brisa deux pans sans y laisser une seule ardoise. 

En 1680, Tabbaye fit une dépense de 6,300 florins pour le 
rediguagedes poldres inondés dans les environs de Hulst. 
Ce sacrifice fut inutile, car le i®' janvier 1681 une inonda- 
tion causée par un ouragan, envahit ces terrains et occa- 
sionna pour Tavenir un dommage annuel de plus de 1,800 
florins. 

En mai 1683, au chapitre général de Citeaux, Tabbé de 
Cambron fut choisi comme définiteur sous Tabbé de Ponti- 
gnies, et ensuite comme vicaire général dans les Pays-Bas 
espagnols. Il est à remarquer que par suite du traité de Ni- 
raègue, le pays où les abbayes de Flines, de Fontenelles et 
du Verger étaient situées, fut incorporé à la France; par 
suite l'abbé cessa d'avoir juridiction sur elles. 

Le 2 juillet de la même année, on reçut avec les cérémo- 
nies ordinaires, au grand portail, le marquis de Grana, gou- 
verneur des Pays-jBas espagnols, accompagné du marquis de 
Bedmar et de M. d'Agurto. Pendant son séjour, le gouver- 
neur chargea un religieux de Cambron d'aller à Mons pour 
rétablir la paix entre M^^ de Hère et les dames ainées du 



iS4 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

chapitre de Ste-Waudru. À la même époque, on acbeta 
des Jésuites, pour le prix de six cent cinquante florins, une 
maison contigue au refuge d*Ath ; elle servit de comptoir 
au receveur de la Rosière. Deux ans plus tard, on rebâtit le 
quartier de devant de ce refuge. 

La guerre s*étant rallumée vers la même époque, une ar- 
mée de quarante mille hommes commandée parle maréchal 
d*Humières, vint en septembre 1683 camper à Lessines. Les 
troupes ravagèrent les fermes, et exigèrent de Tabbaye de 
Cambron des sommes considérables pour contributions, sau- 
vegardes et représailles. La communauté fut dispersée: 
quatre religieux partirent pour Citeaux, deux pour Clair- 
vaux, un pour Foigny, un pour Froidmont et deux pour 
Buzay. Elle avait néanmoins soldé ses impositions assez tôt 
pour échapper aux exécutions forcées. Pendant Thiver de 
1683-8i, les Français brûlèrent plusieurs villages, et les 
fermiers qui ne s*étaient pas libérés des réquisitions dont ils 
étaient frappés, virent leurs maisons détruites par l'incendie 
ou la démolition. La saison fut si rigoureuse que le froment 
avait péri. Au printemps suivant, les armées françaises cam- 
pées à Boussu et à Lessines, coupèrent les « marsages » ; 
un autre corps détaché de Lessines et dirigé sur Brugelette, 
sous la conduite du marquis de Boufflers, ravagea toutes les 
propriétés de Cambron situées dans les environs, ainsi que 
celles de Ronquières, d*Ecaussines, de Samme et de Bornival. 

Ces calamités n'exerçaient qu'une influence passagère sur 
Tabbaye : Tannée suivante, les revenus réparaient déjà les 
désastres. 

En 1685, on rebâtit la grange de la ferme de Châtîlloo; 
un incendie ayant causé des ravages au couvent de Bellinghe, 
Tabbaye de Cambron envoya quelques chênes pour les 
réparer. 



BE L*ABBATB. tS5 

La même année, Tabbé assista à l'élection de celai de 
BodeloOy en qualité de commissaire, et il le bénit ensuite à 
Fabbaye de Roose, près d'Alost. 

En 1688, fut conclu un accord entre Tabbaye de Cambron 
et le chapitre de Soignies, au sujet de la rente de vingt-quatre 
muids pairs, et d'une autre de trois muids pairs, nommés 
(c Les avantages d*Ecaussines », hypothéqués sur la dime de 
Neuvilles. D*une part, Fabbaye céda les dîmes de Lens, 
d'Ouiilies et de Rosteleux, deux gerbes à prendre sur le 
terroir d*Ecaussines, la hauteur et la seigneurie de Cambron- 
S^-Vincent qu'elle possédait par indivis avec le chapitre, des 
rentes seigneuriales et foncières et un terrage au même lieu. 
D'autre part, le chapitre abandonna à l'abbaye diverses rentes, 
la hauteur et la seigneurie qu'il possédait sur les quarante- 
deux bonniers depuis le Pont-Marsy (ou Marsille), jusqu'à la 
Fosse-au-Colroit, dite Terre des quatre gerbes, et sur le 
Plantis. La pèche resta commune entre les parties dans la 
rivière de Cambron-Casteau, avec défense pour l'une et pour 
Fautre de la mettre en ferme; la hauteur de ce cours d'eau 
resta au chapitre. Cette transaction qui prévenait des procès, 
fut approuvée par Fabbé de Clairvaux, qui visita l'abbaye de 
Cambron au mois de novembre suivant. 

Le 8 août de la même année, la chapelle de N.-D. du 
Cerisier fut incendiée par la foudre. On ne put sauver que 
Fimage de la sainte Vierge, qui fut transportée à Cambron. 
La niche fut très endommagée. Les guerres qui survinrent, 
empêchèrent la reconstruction de cet oratoire. 

La guerre s'étant rallumée entre la France et les alliés, le 
prince de Waldeck, qui, à la tête de ceux-ci, avait battu 
Farniée française à Walcourt (25 août 1689), vint camper à 
Fabbaye de Cambron et y séjourna pendant dix-sept jours. 
Ses troupes consommèrent une quantité considérable de 



156 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

récoltes et de provisions, et, cette année, Tabbaye paya envi- 
ron sept mille florins de contributions. 

Vers la fin de décembre, le prince de Vaudemont, général 
de la cavalerie espagnole, plaça quatre à cinq mille hommes 
à Ath ; il en détacha le régiment de cavalerie de Du Puis qu'il 
envoya à Tabbaye de Cambron ; et, pour rester maître de la 
rivière, il fit occuper militairement les châteaux de Brage- 
lette, d*Attre et de Grandsart. La communauté dut traiter à 
grands frais le colonel, le major, les capitaines et les autres 
officiers, nourrir leurs soldats, à demi-morts de faim et déro- 
bant tout ce qui leur tombait sous la main, et leur fournir le 
bois de chauffage, le luminaire et les autres objets de consom- 
mation. Elle livra aussi les palissades, et les matériaux néces- 
saires aux travaux de fortifications que ces troupes exécutèrent 
pendant leur séjour. L'abbaye faillit être détruite par un incen- 
die que les soldats allumèrent aux greniers des écuries des 
chevaux de selle et à la grande salle, d'où on avait retiré )e5 
a surbattues » de froment, qui, exposées à la pluie, furent 
gâtées. Cette garnison ne quitta le monastère que le troisième 
dimanche après Pâques 1690, dédicace de N.-D. de Cambron; 
elle se retira vers Ath devant l'armée française qui menaçai 
de bombarder l'abbaye si les Espagnols y étaient restés. 

Victorieuse à Fleurus sous le maréchal de Luxembourg, 
le 1^' juillet 1690, l'armée française, vint bientôt camper à 
Blicquy. Le roi de France, irrité de ce que l'abbaye avait reçu 
ses ennemis, ordonna au maréchal de s'avancer vers Cambron 
avec dix à douze mille hommes et dix-huit pièces de canon. 
Celui-ci y entra le jour de la S*-Louis, et fit abattre, par six 
mille Suisses, près de trois mille pieds des murailles de l'en- 
clos,dans la direction de Lens et de BaufFe. Il enjoignit aussi 
de démolir la Haute-Porte et la Basse, ainsi qu'un pigeonnier 
d'une grandeur et d'une hauteur extraordinaires. Ces portes. 



DE l'abbatb. 15T 

semblables à des entrées de villes, avaient été construites 
par Tabbé Séjourriet en même temps que le corps de logis et 
la remise de carosses contigue, nommés le quartier du bailli. 
Enfin, il exigea delà communauté de pratiquer quatre ouver- 
tures de cent pieds de France, dans la partie de Tenceinte 
qui est en face du bois et de Gages. Comme garantie de ces 
démolitions, il en exigea, vu Fabsence de l'abbé réfugié à Ath, 
rengagement signé par le prieur et les principaux officiers et 
religieux. Il emmena avec lui deux religieux comme otages, 
et il les retint pendant trois mois à la citadelle de Lille. Les 
frais de l'escorte et de.rentretien de ces derniers s'élevèrent 
à trois cents florins. 

Les soldats français exécutèrent les ordres de leur général. 
Ils creusèrent des mines aux quatre angles de la voûte de la 
Basse-Porte, et y versèrent quatre tonneaux de poudre; et 
pour le cas où ces mines n'auraient pas éclaté, ils transpor- 
tèrent sur le grenier de cette porte, de la paille et des fagots 
afin de h brûler. La destruction était ainsi assurée: le feu 
fut misa la toiture, ils firent ensuite jouer les mines. L'ex- 
plosion fut si violente que les débris furent lancés sur l'église 
et le dortoir. Les religieux supplièrent alors le duc de Luxem- 
bourg d'épargner le grand pigeonnier, où l'on avait déjà 
porté de la poudre; en le faisant sauter, on aurait infaillible- 
ment détruit les verrières et les voûtes de l'église conven- 
tuelle et de la chapelle de N.-D. Ce n'est qu'à grand'peine 
qu'il y consentit et accepta l'engagement suivant : « Les sous- 
signés, prieur, proviseur et principaux religieux de l'abbaye 
de Gambron, s'obligent et promettent de faire démolir et 
abattre, dans trois semaines à compter de cejourd'hui, la 
porte de ladite abbaye, appelée d'en bas, jusques au fonde- 
ment et tous les édifices qui sont au-dessus; feront trois 
ouvertures dans la muraille de communication de ladite porte 



188 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

à celle d'en-baut et qui sert de clôture à Tabbaye de ce côté. 
Lesdites ouvertures seront de cent pas de large chacune, en 
sorte que non-seulement les gens de pied, mais les chariots 
y puissent passer, promettant aussi de démolir, ainsi qa'il 
est dit ci-dessus, ladite porte d*en-haut , et celle appelée 
Gotte, en sorte que non-seulement lesdites portes, mais toos 
les édifices qui sont au-dessus et à côté, demeurent entière- 
ment démolis ; feront une ouverture de cent pas à la muraille 
qui enferme le jardin du Quesnoy; démoliront encore la 
petite muraille servant de réduit, qui va au moulin sur la 
chaussée entre les deux étangs, comme aussi les vieilles écu- 
ries découvertes qui flanquent lesdits étangs; et pour sûreté el 
jusqu'à Taccomplissement entier de ce que ci-dessus, Dom 
Claude DeBraine et Dom Barthélémy Meurisse,religieux de la- 
dite abbaye, seront conduits par les ordres de M. de Luxem- 
bourg dans le lieu qui leur sera désigné et y demeureront en 
ôtages,promettant encore de faire lever les barrières qui sonl 
au pont deLens,sans qu'elles puissent être rétablies ni en cet 
endroit ni ailleurs. — Fait à Cambron-rAbbaye, le 25 août 
1690*. » 

1. On lit ce qui suit dans les Campagnes de Flandre par le cbe^Uer 
de Beaurain : 

ce Le 23 août 1690, le maréchal de Luxembourg envoya à Cambron le 
duc du Maine à la tête de 3000 cavaliers, 6 pièces de canon et beaucoup 
d'infanterie Celui-ci plaça sa cavalerie sur les hauteurs qui étaient devant 
Tabbaye du côté des ennemis, et les dragons le long de la lisière du bois, 
afin de couvrir les 2300 hommes qui démolissaient Tenceinte de cette 
abbaye. On fît des fourneaux aux portes et Ton fit sauter celle de Bruxelles. 
La porte d'Ath fut épargnée de crainte d'endommager Téglise, mais deux 
moines furent emmenés en ôlages comme garantie de sa démolilion. Le 
môme jour on marcha à Brugeletle avec six pièces de canon ; à la vue 
des troupes, les paysans qui s*étaient réfugiés dans le château, payèrent 
les contributions exigées. » 



M l'abbaye. 1S9 

Le 21 septembre suivant, vers cinq heures du matin, douze 
cents chevaux environ de Tarmée du duc de Luxembourg 
campée à Lessines, arrivèrent pour fourrager la maison et en 
enlever les grains. Ils y restèrent jusqu'à six heures du soir, 
et ils y commirent des dégâts de toutes espèces : dégradations 
aux bâtiments, destruction de meubles, et enlèvement de 
seize chevaux, poulains et vaches, ces pertes ne dispensèrent 
pas Fabbaye de payer une contribution de sept mille florins, 
comme Tannée précédente, bien que ses fermiers ne lui eus- 
sent payé pour ces deux années, qu'un demi fermage, tant 
ils avaient subi de dommages par les ravages des armées de 
la France et des alliés. 

Le monastère éprouva de nouvelles pertes dès Tannée sui- 
vante : le 5 janvier 1691, le fermier delà Rosière ayant été tué 
par accident, les religieux furent obligés de cultiver les terres 
de cette censé ; ils y envoyèrent six de leurs meilleurs che- 
vaux ; mais l'écurie fut incendiée et ces chevaux y périrent. 
Le feu s'arrêta à la chapelle, et les bâtiments situés au-delà 
furent préservés. La même année, les alliés vinrent camper à 
Cambron . 

Le 7 juillet de la même année, les Français vinrent camper 
près de Soignies ; ils y revinrent le 6 septembre. Le 10 juillet 
1692, ils occupèrent encore cette position: la droite vers Naast, 
le centre en arrière de Soignies, et la gauche vers le Clipot 
près du ruisseau de Neuville. Ils vinrentencore s'établir dans 
cette plaine le 20 août 1693, mais alors leur réserve formait 
un crochet en arrière de leur gauche, de Chaussée N.-D. à la 
ferme de Sars, près de Thoricourt. 

Au mois de mars suivant, Louis XIV, qui assiégeait la place 
de Hons, avait ordonné de brûler tous les fourrages à cinq 
lieues à la ronde. Plusieurs escadrons de cavalerie commandés 
par H. de Pracontal, vinrent à Cambron exécuter cet ordre : 



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160 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 



ils anéantirent ceux de Tabbaye et de ses fermiers. Cinq oa 
six jours après, ils vinrent faire une nouvellevisite, et détrui- 
sirent le reste des fourrages qu'ils découvrirent dans renclos, 
et notamment dans la cour du Quesnoy. 

Louis XIV, étant ensuite entré à Mons, y établit comme 
gouverneur le comte de Vertillac. Celui-ci y choisit pour de- 
J meure, Thôlel de Cambron, rue de Nimy. Cette habitatioD 

X n'avait point été endommagée par le bombardement ; néao- 

I moins, il y exécuta des travaux qui coûtèrent plus de quarante 

I mille florins. Il bouleversa tout de fond en comble : il sup- 

j prima le quartier qui se trouvait à front de la rue ; il y éta- 

I blit une avant-cour et il fit rebâtir le reste à sa convenance. 

I II obligea Tabbaye à lui fournir les matériaux nécessaires. 

Ces dépenses mirent la communauté dans une gêne extrême, 
I- * et c'est en vain qu'elle réclama de l'intendant un loyer pour 

cet hôtel. 
Le roi ayant aussi pris possession de la châtellenie d'Ath, 
I ] exigea le serment de fidélité des seigneurs, des baillis et des 

mayeurs de ce territoire. L'abbé de Cambron prêta ce ser- 
ment devant Tintendant et le gouverneur de Mons. Par suite, 
J 1 il dut payer à Mons et à Ath ses xx^* et les autres charges or- 

* dinaires; toutefois l'abbaye fut exemptée par M. de Boufllers 

l du paiement de deux mille écus, qu'il avait d'abord réclamé 

I en faveur de l'abbaye d'Echternach^ ravagée par les troupes 

l espagnoles. 

i En juin 1691, M. de Rupentel, campé à Montigniesavec 

. [ un corps de 6000 hommes, vint fourrager les récoltes de l'ab- 

«1 f baye sur le Cambercheau, de sorte que cette année la com- 

; munauté dut acheter son grain : la rasière de froment coù- 

li l tait 16 livres; celle de seigle, 12 à 13 livres; celle debou- 

•^ I quette, 11 livres. 

\f ^ Le 18 octobre suivant, après le combat de Leuze, M.de 



L 



« DE l'abbaye. 161 

Waldeck vint loger à Cambron, et transféra le lendemain 
son camp de Brugeletteà Ath. Il fitalors enlever tous les four- 
rages et les grains qui restaient. 

En février 1692, les religieux de Cambron convinrent avec 
ceux de Bonne-Espérance, de faire célébrer à la mort de cha- 
cun de leurs confrères, un service solennel avec diacre et 
sous-diacre, précédé des commendaces entières avec son- 
nerie de trois cloches, et onze messes pour le défunt. 
On devait ajouter ce jour-là un plat à Tordinaire de la com- 
munauté. On s^engagea aussi Renvoyer de Cambron, deux 
religieux à la dédicace deN.-D. de Bonne-Espérance, le 25 
mars, et, de Bonne-Espérance deux religieux à la procession 
de Cambron, le troisième dimanche après Pâques. 

Bien que le théâtre de la guerre se fût un peu éloigné, Tab- 
baye de Cambron ne fut pas épargnée. En mai 1692, pendant 
le siège de Namur, elle fut requise d'envoyer à l'armée fran- 
çaise des provisions considérables, et de livrer les attelages 
qui devaient les transporter. Louis XIV avait passé le 20 de ce 
mois, une grande revue de son armée prèsdeMons, et y avait 
fait rassembler six mille chariots des environs. Plusieurs 
chevaux furent perdus, les autres revinrent dans un triste 
état. L'abbaye invoqua les exemptions que les chartes du 
Hainaut accordaient aux membres des États ; Tintendant mé- 
connut d'abord ces privilèges, mais il dut finir par révoquer 
ses réquisitions illégales. 

Après la reddition de Namur, au mois de juillet, l'armée 
française vint camper à Soignies. Cinq à six cents hommes, 
tant d'infanterie que de cavalerie, sous les ordres d'un lieute* 
nant-colonel, en furent détachés pour tenir garnison à l'ab- 
baye de Cambron. Ils fortifièrent celle-ci en plantant des palis- 
sades dans les jardins, et dans les avenues par où une attaque 
était à craindre. La maison pourvut, durant un mois, à l'en- 

iO 



162 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

trelien d*une quarantaine de personnes : la table était conti- 
nuellement couverte pour ceux qui allaient en faction ou qui 
en revenaient, et pour les officiers de Soignies qui venaient 
visiter le poste de Cambron. La maison alloua sixëcuspar 
jour aux militaires pour le vin qu'elle ne pouvait leur procu- 
rer; elle paya six autres écus par jour à une sauvegarde 
que le maréchal de Luxembourglui avait accordée. Le chef de 
Tarmée française avait l'intention d'établir à Cambron, Ifô 
fours nécessaires à son approvisionnement 'pendant qu'il 
s'avancerait vers Hal. Peu de temps après, il envoya le duc 
de Choiseul à Chièvres avec 20 escadrons de dragons et 16 de 
cavalerie, pour se porter au besoin vers le pont d'Espierres ; 
le camp du duc avait la gauche à Chièvres, le front vers Ath. 
Pendant le séjour des troupes, les bois de l'abbaye furent dé- 
vastés: les soldats y coupèrent du bois pour le chauffage et la 
cuisine, et le firent transporter par les chariots du monastère. 
Un peu plus tard, après la victoire de Steenkerke (4 août 
1692), une armée française de vingt mille hommes, com- 
mandée par le maréchal de Boufflers, vint camper depuis le 
Cambercheau jusqu'au bois d'Hérimez et y séjourna douze 
jours. Boufilers s'établit à l'abbaye avec plusieurs lieutenants- 
généraux, et ses troupes consommèrent le peu de vivres que 
la garnison avait laissés. Elles détruisirent en outre les récol- 
tes au milieu desquelles elles campèrent; elles épuisèrent les 
étangs par des pêches trop fréquentes, sauf te Grand-Elang 
et celui de la Forge qu'on avait empoisonnés; elles ravagèrent 
aussi la raspe ; les bois du Plantis et de la Briqueteiie furent 
coupés au pied, ainsi que les « estapleaux » des grands bois 
voisins. M. de Boufilers quitta l'abbaye le jour de l'Assomp- 
tion; il avait prescrit de brûler les fourrages restés dans le 
camp, mais il retira cet ordre sur la réclamation des religieux, 
qui n'avaient que ces provisions pour nourrir le bétail pen- 
dant l'hiver. 



k^ 



DE l'abbatb. 163 

Vers la fin de Tannée 1692, les 'religieux n'ayant plus de 
ressources pour subsister à Cambron, durent se disperser 
dans divers monastères. Deux se rendirent à Anchin, deux à 
Marchiennes, deux à Ciairmaret, deux à Los, deux à Vaucel- 
les, deux à S^-Bernard, deux à Fontaine-Daniel et deux à 
Buzay. 

On fit alors des économies sur la manière de vivre, et sur 
les dépenses pour la réception des étrangers ; on réduisit 
aussi le nombre des domestiques. Il fallait nécessairement 
réunir des fonds, car certaines dettes contractées antérieure- 
ment étaient devenues exigibles, et il était indispensable de 
les acquitter. 

En juin 1693, l'abbaye fut encore ravagée. L'armée du maré- 
chal de Boufflers venait de Leuze et se dirigeait sur S*-Denis, où 
Louis XIV concentrait ses troupes pour marcher sur Louvain. 
Elle campa au-dessus du Pont-de-LenSy au milieu des terres 
de l'abbaye. Les soldats entrèrent dans l'enclos par les ouver- 
tures des murailles, coupèrent les estapleaux de la carrière, 
détruisirent les houblonnières et péchèrent dans les étangs ; 
les fermiers ne furent pas moins maltraités et perdirent leurs 
grains. ^ 

Le 22 août 1694, le prince d'Orange, qui était campé à Soi- 
gnies, s'avança jusqu'à Cambron, et il en partit fie 23 pour 
Leuze. 

De Tillv, le général des impériaux, fut enlevé du château 
d'Arbre au milieu de sa garde. Ce coup de main fut exécuté 
le 28 septembre 1694, par un détachement de la garnison 
française de Mons sous les ordres de M. de Montigny. 

M. de Tilly paya de la perte de sa liberté la négligence de 
ses gardes ; il avait d'ailleurs lui-même commis la faute de 
s'établir trop loin de son camp, qui était placé un peu en 
avant et sur la gauche du château vers Ath, le front vers 
Bruxelles. 



164 DÉCADENCE ET SUPPRESSION- 

Le 11 septembre 1698, les Français, sous le maréchal de Vil- 
leroi, vinrent d'Obourg et de S^-Denis camper dans la plaine 
de Cambron. Leur armée y séjourna jusqu'au 25, jour de sa 
rentrée dans les quartiers d'hiver. 

Le 28 août 1696, le prince d'Orange vint camper à Soignies 
avec l'électeur de Bavière, tandis que celui de Cologne cam- 
pait à Neuville. Le lendemain, ils vinrent s'établir à Cambron ; 
leur aile droite s'étendait vers Atb, ayant devant elle la Den- 
dre, sur laquelle ils jetèrent plusieurs ponts. Le prince de 
Vaudemont y arriva le 31, pour prendre part à une confé- 
rence avec le prince d'Orange et les électeurs ; il s'en retourna 
ensuite à son armée. Le maréchal de Boufflers se trouvait 
avec l'armée française aux environs de Tournai. Le 23, l'é- 
lecteur de Bavière fit partir les gros équipages de son armée 
vers Grammont, et il se dirigea lui-même le lendemain sur 
cette ville. Le prince avait quitté l'armée la veille pour se 
rendre au Loo. 

Les armées s'étant éloignées, on put exploiter les fermes,et 
les revenus se relevèrent. 

L'abbé employa les premières ressources disponibles à l'em- 
bellissement de l'église. D'un autre côté, il' fit meubler les 
chambres de l'abbaye, qui étaient dépourvues de tapisseries, 
de tableaux, de lits et même de sièges; il restaura le refuge 
d'Ath, qui menaçait ruine; il fit partager le refuge de Hons en 
deux quartiers distincts, et il donna à chacun une écurie 
et un jardin ; il en fit démolir la grande écurie qui pouvait 
contenir soixante chevaux: on se souvenait que le gouverneur 
français avait occupé le refuge pendant neuf ans, et y avait 
fait une dépense de neuf mille florins, laquelle fut avancée 
par les échevinsde Mons, et remboursée ensuite à ceux-ci par 
l'abbaye. On voulait éviter qu'à l'avenir ce refuge fût encore 
transformé en un hôtel de grand seigneuri ou changé en ca- 



DE L*ABBATE. 165 

serne de cavalerie. Enfin, cet abbé avantagea le monastère en 
résiliant des contrats onéreux qu'on avait imprudemment 
souscrits dans des moments de détresse. 

Nonobstant ces dépenses, Tabbaye continua ses abondantes 
aumônes : elle donnait parfois du pain et de l'argent à trois, 
à quatre cents pauvres à la fois. A cette époque, elle se char- 
gea de Tentretien de quelques vieilles veuves. 

Pendant que l'abbé Libert s'appliquait ainsi à réparer 
les désastres de la guerre et à remettre en vigueur les 
bonnes traditions, la paix de la communauté fut gravement 
troublée par les intrigues de quelques moines turbulents. En 
1703, ceux-ci étant parvenus à attirer un certain nombre de 
religieux dans leur parti, formulèrent une plainte contre 
Tabbé au conseil souverain de Hainaut. Cette pièce, signée 
par douze moines, accusait le prélat de mauvaise gestion, et 
d'infractions tant à la bulle du pape Alexandre VII, qu'aux 
règlements des supérieurs majeurs, et demandait qu'il fût 
privé de l'administration temporelle du monastère. Les plai- 
gnants étaient : Claude de Braine, F. Lambion, Thomas 
Scoriot, Modeste de Ghorain, Joseph Fontaine, Robert La 
Ruelle, Martin Fierlans, B. Deblocq, A. Delamotte, Norbert 
Martin, Basile de Bavay et Hilarion de Herevilde. 

Le conseil, en présence de cette requête, députa un conseil- 
ler commissaire pour rechercher les griefs articulés contre 
l'abbé. Cette enquête dura dix jours et engendra pour la mai- 
son des frais qui s'élevèrent à neuf cents livres. Mais à son 
tour, l'abbé, fort de son innocence et suivant l'affaire avec 
calme, présenta une requête à Sa Majesté en son conseil royal 
à Bruxelles, et chargea en même temps un de ses religieux 
de porter une plainte aux ministres. Le roi évoqua l'affaire, 
et un arrêt rendu à Bruxelles le 22 mai 1703, annula toute 
immixtion du conseil de Hainaut dans cette cause, et ordonna 



166 DÉCADENCE ET SUPPRESSIOM 

que Tavocat des religieux plaignants serait privé de tout sa- 
laire. Le gouvernement chargea l'abbé de Villers de visiter le 
monastère ; cet abbé reçut également des pouvoirs des auto- 
rités de Tordre, et il arriva à Cambron le 28 juillet suivant. 11 
procéda à l'audition des religieux ; il condamna ensuite les 
mécontents à demander pardon à genoux à leur abbé, et il 
leur infligea pour pénitence, dix jours d'exercices spirituels. 
D. Martin Fierlans, prêtre et profès, fut en outre condamné 
à manger deux fois sur la sellette, et à être privé des voies 
actives et passives. Il fut ensuite envoyé à Clairvaux, et il y 
resta depuis décembre 1703 jusque vers 1706. Il fut alors ré- 
tabli dans ses droits de religieux par l'abbé de Citeaux. 

On jugea nécessaire de donner à l'abbé François Libeit 
entière satisfaction devant tous ses religieux. Le gouverne- 
ment lui délivra la déclaration suivante : « Sa Majesté, ayant 
vu le compte exhibé par l'abbé de Cambron, en exécution du 
décret du 31 mai dernier, a, par avis de son conseil et à la 
délibération de son commandant général de ces pays, tenu, 
comme elle tient par cette, ledit abbé déchargé, ordonnant à 
tous ceux qu'il appartient de se régler selon ce. — Fait à 
Bruxelles, le 24 septembre 1703. » Était signé : le marquis 
de Bedmar et V. Joseph de Arze. 

François Libert termina peu de temps après sa longue et 
pénible prélature. Pendant les vingt-huit années de son gou- 
vernement, de bien graves événements s'étaient succédé. Le 
déficit s'était introduit dans les finances de l'abbaye, et, 
comme présage de plus grands malheurs, l'esprit d'insubor- 
dination contre l'abbé s'était manifesté parmi les religieux. 
Cet esprit de désordre attestait une décadence dans la vie 
cénobitique des moines de Cambron ; la pente était dange- 
reuse et la communauté y glissa rapidement pendant le 
XVIII« siècle. 



DE L*ABBATE. 167 

L'abbé mourut au refuge de Mons, le 20 janvier 1706. 

Nicolas Noël. — Il était né à Caipbrai en 16S6. Après avoir 
été confesseur à Epinlieu, il devint prieur à Tabbaye de Cam- 
bron. Il s'était concilié dans ses fonctions restime et Taffec- 
tion de ses confrères ; aussi à la mort de François Libert, 
ceux-ci le choisirent-ils comme premier candidat pour la 
prélature. Les élections furent faites sous la direction de trois 
commissaires : le président du conseil de Hainaut, Tabbé de 
Baudeloo, et le secrétaire du conseil privé. De Heems. Élu 
en mars 1706, Nicolas fut confirmé dans ses fonctions par 
rÉlecteur de Bavière, gouverneur des Pays-Bas. 

L'abbé Noël, par amour pour la paix et la concorde, et 
pour reconnaître le témoignage de sympathie qu'il avait 
reçu, laissa à la communauté le choix du prieur ; celle-ci 
désigna Jacques Moutiaux. 

Le 13 octobre 1706, l'armée alliée qui s'empara d'Ath sous 
le comte d'Overkerke, s'avança forte de 22 à 25,000 hommes 
dans la plaine de Cambron, où elle se rencontra avec celle 
de Mariborough. Ces deux armées avaient la droite à Chièvres, 
la gauche à Lens et le ruisseau derrière elles. Le quartier 
général de Mariborough était à Cambron, celui de d'Overkerke 
à Brugelette. Au commencement du siège d'Ath, l'armée de 
Mariborough était établie à Leuze et à Blicquy; le 26 sep- 
tembre, elle s'était rapprochée de Cambron par sa droite, la 
gauche étant venue remplacer celle-ci à Grandmetz, pour 
mieux couvrir le siège contre les Français réunis aux envi- 
rons de Condé, derrière le Hogneau. Jusqu'au 2S que Mari- 
borough fit la revue de ses troupes, il y eut des courses et 
prises de prisonniers et de chevaux de part et d'autre. A 
réitrée de la nuit du 25 au 26, le généralissime allié renvoya 
ses bagages et son artillerie sur ses derrières; le lendemain 
à la pointe du jour, il décampa vers Bassilly et Ghislenghien, 



468 DÉGADENGB ET SUPPRESSION 

d*où il partit pour Bruxelles, après avoir remis le comnian- 
dément à d'Overkerke. Celui-ci disloqua Farmée le 6 no- 
vembre et partit vers le Rhin. 

Pour donner une juste idée de ce que Cambron et ses en- 
virons eurent à souffrir du séjour de ces armées, on peut in- 
voquer le témoignage d*une requête adressée au roi de 
France, par le grand prieur et les religieux de S<-Amand. 
Ils remontrent entre autres dommages : « Les pillages des 
maraudeurs de Farmée de Votre Majesté campée à Cambron, 
etc. » Ils ajoutent : « Les différents campements et fourrage- 
ments des armées ennemies et de celles même de Votre Majes- 
té, et les plus excessives arrivées au temps de la moisson, 
ont causé plus de 30,000 livres de perte^ » 

La correspondance de Marlborough cite une lettre qu'il 
adressait au grand pensionnaire de Hollande en date du 14 
octobre 1706, de Cambron, où il séjournait depuis le 13; et 
une aux autres pensionnaires, datée du camp le 23. 

Le trésorier général Hop écrivait de Bruxelles à Marlbo- 
rough, le 26 juillet 1706. « . . . . Madame la duchesse 
d'Âremberg fait£bien ses compliments à Votre Altesse. Elle 
se plaint de ce que FÉIecteur de Bavière fait maltraiter ses 
maisons et censés dans le Hainaut, avec distinction et plus 
que les autres. C'est pourquoi elle prie Votre Altesse d'avoir 
la bonté d'écrire un petit mot de lettre à S. A. E. par un 
trompette, et de le prier de ne vouloir rien faire d'extraordi- 
naire à l'égard de ses terres et maisons, afin que l'on ne soit 
pas obligé d'en user de même à Fégard de ceux de ce pays 
qui se trouvent chezMes ennemis. » 

Le 13 août 1707, après une affaire d'arrière-garde assez 
meurtrière contre les troupes de Marlborough, près de Fab- 
baye de FOlive, les Français sous le duc de Vendôme vinrent 

1. Mémoires sur les archives de S^-Amand en Pevèle. Le Glay, 195A, 



DE l'abbate. 169 

camper à S*-Denis, puis le 14 à Chièvres. Ils s'étendaient 
sur trois lignes : la droite contre un étang entre Lens et 
Jurbise, la gauche vers Ath. Le même jour les alliés dé- 
campèrent d'Arquennes. Une partie de leur armée arriva le 
soir dans la plaine de Montignies-Iez-Lens, mais le reste 
n'arriva que lelendemain à midi, et leur artillerie etleur bagage 
arrivèrent encore plus tard. La petite ri vière de Cambron était 
entre les deux armées. L'électeur (chef des Français) en avait 
assuré tous les passages par de petits retranchements. Les 
gardes se voyaient de part et d'autre et n'étaient éloignées 
que d'un demi-quart de lieue. Aussi l'électeur trouva-t-il à 
propos de faire reculer son camp d'environ quatre cents pas, 
afin d'avoir devant lui un plus beau terrain pour marcher 
aux ennemis en cas de besoin. La droite de ceux-ci était à Lou- 
vignies et Chaussée-N.-D., leur gauche débordait Soignies, 
qui était derrière leur camp. La droite française s'appuyait au 
bois d'Epînlieu,etsecouvraitparle ruisseau qui coule d'Erbaut 
à Lens; la ligne se repliait ensuite sur Bauffe, qu'elle laissait 
derrière elle, en se dirigeant par l'arbre de Chièvres sur 
Tongre-S*-Martin et Tongre-N.-D., où était la gauche. Cette 
dernière était couverte par le ruisseau qui vient de Belœil se 
jeter dans celui de Cambron, près du village d'Attre. Le 18, 
Tarmée française avait 113 bataillons en première ligne et 
191 escadrons en seconde ligne. 

L'électeur porta deux régiments d'infanterie et deux de 
dragons à l'abbaye de Cambron, un à Brugelette, deux à 
Arbre, un à Horival (Hérimez), un à la Tourette et deux à 
Bauife, de manière que tous les environs du camp étaient 
occupés. 

Les deux armées restèrent dans cette position jusqu'au 
22 ; le 23, l'électeur donna ordre à ses gros équipages de par- 
tir, à la pointe du jour pour Bauffe, sur la fausse nouvelle 



170 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

que l'ennemi avait décampé le soir pour se porter vers Les- 
sines. Marlborough, comme on l'apprit après, avait tout 
simplement commandé ce jour-là 2000 hommes d'infanterie 
pour réparer les chemins du côté d'Ath. Il avait donné le 
commandement de ce détachement au brigadier d'Ivoy, qui, 
avec Spootwood, lieutenant-quartier-maître-général des An- 
glais, fut fait prisonnier par un parti de l'armée des deui 
couronnes. 

Le 31, les Français se portèrent sur Antoing, et les alliés 
vinrent camper la droite à Ath et la gauche à Gages, à 
Cambron-S*- Vincent et à Soignies. 

Les alliés trouvèrent à Cambron beaucoup de bière et de 
vin abandonnés par les Français, qui s*étaient retirés quoi- 
qu'ayant fortifié les avenues. 

Marlborough prit son quartier général à Ath et d'Overkerke, 
le sien à Arbres, la droite de leur armée fut portée à Isières, 
et la gauche à Gondregnies. Ils en décampèrent le 3 sep- 
tembre pour se porter vers Grammont. 

En 1708, le duc de Bourgogne occupa la plaine en arrière 
de Soignies, la droite à Naast et la gauche à Neuvilles. Le 
31 mai, il alla avec le duc de Berry et le roi d'Angleterre 
(connu sous le nom de chevalier de S^-George), exécuter un 
grand fourrage à Cambron. 

Le 6 août de la même année, un grand convoi d'artillerie 
destiné au siège de Lille, partit d'Anderlecht sous la con- 
duite du prince de Hesse. Il se composait de 70 pièces de 
24 livres, de plusieurs de 16 et de 12, de 60 mortiers 
et de 8000 chariots de munitions. Le prince Eugène alla 
camper ce jour-là à Soignies pour le recevoir avec les troupes 
qu'il avait rassemblées à cet effet à Ath. Le lendemain, le 
prince Eugène conduisit ce convoi^ par les chemins de Lou- 
vignies et de Cambron et arriva le soir à Ath. Le 9 à la pointe 



PB L*ABBATE* 171 

du jour, tout ce convoi passa la Dendre sur quatre ponts, et 
se dirigea sur Lille par Celles entre les deux colonnes de 
Tarniée d'Eugène, forte de SO bataillons et 100 escadrons. 

En 1710, vers le 12 mai, les troupes alliées venant du 
Brabant, passèrent par Cambron sous M. de Cadogan, 
pour se porter vers le point de concentration choisi aux 
environs de Tournai. 

Le 22 octobre 1711, lors de la dislocation de Tarmée de 
Marlborough, un détachement de 16 bataillons et 25 esca- 
drons passa par Cambron venant des environs de Condé et 
de Hortagne. 

Nicolas Noël était un homme pacifique, cherchant plutôt à se 
faire aimer qu*à se faire craindre. Sa santé était chancelante 
et elle ne s'améliora guère pendant les huit années de sa 
prélature. 

Il fut député aux États de Hainaut jusqu'à son décès. Il 
mourut, le 22 avril 1714, àt^'âge de cinquante-huit ans. 

Ignace de SteenhauU. — Né à Bruxelles d'une des sept fa- 
milles patriciennes, il était fils du baron de SteenhauU, dont 
la seigneurie était située à VoUezeele, entre Enghien et Ni- 
nove. Il entra à Cambron sous l'abbé Libert. On le choisit 
bientôt pour être lecteur en théologie et professeur d'Écriture 
sainte à l'abbaye ; après dix années d'exercice de ces 
fonctions, il devint sous-prieur, et ensuite directeur aux 
abbayes d'Épinlieu et de Beaupré. 

Après la mort de Nicolas Noël , l'abbé de Baudeloo , Jean 
Vaickgrawe, le président du conseil de Hainaut, comte de 
Heylissem, et le secrétaire d'État, chevalier de Hcems, diri- 
gèrent les élections. Ignace de SteenhauU fut présenté en 
première ligne à cause de son savoir et de sa prudence. Ce 
choix fut ratifié par l'empereur Charles VI, le 18 octobre 
1716, et par l'abbé de Clairvaux, le 3 mars 1717. Il fut ins- 



1 78 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

tallé au mois de février 1717 par Tabbé de S^-Feuillen; enfin 
révéque de Gand, Yandernoot, assisté des abbés d'Eenam et 
de Baudeloo , lui donna la bénédiction à Tabbaye de Non- 
nenbossch. 

II fit planter plus de trente mille arbres autour de la mai- 
son et dans la carrière. D'après ses ordres, on redigua, en 
1721, quatre-vingt-sept mesures de terrain dans le poldre de 
Kieldrecht, près de Hulst, ce qui coûta onze cent cinquante 
pistoles. 

Vers cette époque, les religieux de Cambron réclamèrent, 
par requête, contre le décret du 23 janvier 1703, qui défen- 
dait à tous les religieux et ecclésiastiques de tanner et de 
corroyer des cuirs dans leurs cloîtres et monastères. Les 
moines de Cambron prétendaient posséder ce droit de temps 
immémorial. L'avis du conseil de Hainaut en date du 13 
septembre 1724 n'admit pas cette prétention. Il se basait sur 
ce que cela n'avait été toléré dans le principe que pour les 
cuirs nécessaires à leur usage, et non pour ceux du com- 
merce. Cette requête avait été provoquée par la saisie de 61 
cuirs d'empeignes et de 900 livres de cuir de semelles 
achetés à Cambron par un marchand de Beaumont, qui les 
avait maladroitement fait passer par Hons. 

C'est cet abbé qui fit lever les cartes figuratives des biens du 
monastère, par l'arpenteur Guillaume Couvreur. Il fit renou- 
veler les portraits de ses prédécesseurs, et il les réunit dans 
la même salle. 

Peu de temps après son élévation à la dignité abbatiale, 
Ignace de Steenhault fut nommé vicaire général de son ordre. 
Il s'appliqua à faire régner la concorde dans les commu- 
nautés soumises à sa juridiction. On appréciait tellement sa 
sagacité et sa prudence, que des étrangers venaient le prier 



DE l'abbaye. 173 

de régler leurs différends dans des affaires difficiles ; la gou- 
vernante des Pays-Bas s'était adressée à lui déjà en 1712; 
plus lard la cour et Tarchevéque de Cambrai le nommèrent 
président synodal. Dans l'intérieur de l'abbaye', il se fit re- 
marquer par sa sobriété, son humilité et son zèle pour Tob- 
servance de la règle. Il admit trente-huit religieux à la pro- 
fession. 

Il fit reconstruire le refuge d*Ath et presque toutes les 
fermes de Tabbaye. Il ordonna également les travaux néces- 
saires aux digues des biens de l'abbaye en Hollande, pour 
lesquels il emprunta douze cents pistoles ; mais cette dépense 
fut un placement de fonds productif : les propriétés ainsi 
améliorées produisirent une augmentation de fermage de 
plus de cent livres de gros. 

A dater de 1737,' il fut député aux États de Hainaut ; il fit 
preuve, dans cette position, d'une grande aptitude pour les 
affaires publiques. 

Après dix-huit années de prélature, il mourut au refuge 
d'Ath à rage de soixante-huit ans, le 19 août 1735. Il suc- 
comba à une hydropisie. Son administration avait été tran- 
quille et surtout réparatrice. 

Jacques François. — Il était né à Soignies. Il fut le seul 
moine de Cambron qui eût été admis à confesser les séculiers 
par les évéques de Cambrai, de Liège et de Tournai. Il con- 
fessa en dernier lieu à Courtrai, et fut directeur du couvent 
des religieuses de Groeninghe. 

Le remplacement de l'abbé de Steenhault fut opéré de la 
manière habituelle le 10 octobre 1735 ; comme nous n'avons 
pas encore fait connaître le cérémonial de ces élections, nous 
allons reproduire la relation qui a été conservée de celle-ci. 

Les commissaires chargés des opérations furent le comte 
de Coloma, chef présideQt du conseil privé, Tabbé de Bau- 



174 UÉCADENCE ET SUPPRESSION 

deloo, M. de Marbaix, président du conseil de Hainaut , et le 
secrétaire du conseil privé. Après la messe du S*-Esprît, la 
conimunauté se réunit dans la salle du chapitre ; le secré- 
taire y donna lecture des délégations des commissaires nom- 
més à cette fm. L*abbé commissaire prononça une exhoru- 
tion, et prévint les religieux qu'on allait recueillir les voix. 

On commença par la voix du prieur, et on continua en 
suivant le rang d'ancienneté des moines en religion. Cin- 
quante-neuf religieux prirent part au vote. Ils prêtèrent tous 
le serment de choisir le plus digne selon le mouvement de 
leur conscience, sans partialité, ni passion, ni considération 
humaine; de n*agir que pour la plus grande gloire de Dieu 
et le bien du monastère ; de désigner à cet effet les trois 
d'entre les religieux qui seraient les plus capables d'adminis- 
trer le spirituel et le temporel de la maison. On relata en 
tête du vote de chacun , le lieu de sa naissance , Tâge, le 
temps de prêtrise et de religion, les charges qu'il avait rem- 
plies. On s'informa auprès de quelques uns de ceux qui 
paraissaient les mieux renseignés s'il n'y avait eu ni brigue 
ni faction, et l'on mentionna leurs réponses. Chaque votant 
en donnant ses trois suffrages, indiqua les raisons qui les 
déterminaient. Le secrétaire les transcrivit et le votant signa. 
Lorsque le vote fut terminé le prieur et le proviseur remirent 
aux commissaires la copie des lettres patentes de Tabbé 
défunt et l'état des biens de la maison signé par eux. Les 
commissaires mirent ensuite sous cachet le besogné de Té- 
lection, les avis motivés, la copie des lettres patentes et Véiai 
des biens. Le premier commissaire devait enfin remettre le 
paquet entre les mains du gouverneur général, en lui fai- 
sant un rapport verbal sur l'ensemble. 

Jacques François ne fut que le troisième dans l'ordre des 
candidats présentés ; les commissaires proposèrent, dans leur 



DE L*ABBAYE. 175 

rapport du 29 octobre, d*abord Nicolas Péon , d'Avesnes, 
prieur; ensuite Thomas Scoriot, de Fleurus, profond théo- 
logien et prudent confesseur ; enfin Jacques François. C'est 
ce dernier qui fut nommé abbé par lettres patentes de Charles 
VI, datées du 16 novembre de la même année. Toutes ces 
lettres sont rédigées d'après une même formule. Nous don- 
nerons une fois pour toutes, le texte de celles qui nomment 
cet abbé : « Charles, par la grâce de Dieu , Empereur des 
Romains, toujours auguste, etc., etc. Vénérables nos chers 
et bien amés les Prieur, Religieux et couvent de Tabbaye de 
Notre-Dame de Cambron, ordre de Citeaux, en notre pays 
et comté d'Hainault , salut et dilection. Comme à nous 
comme comte d*Hainault, appartient d'avoir soigneux égard 
que les Prélatures, abbaïes, priorés et autres premières di- 
gnités, étant en notre dit pays et comté, soient pourvus de 
gens catholiques, doctes et de bonne vie et conversation pour 
les entretenir en bonne et chrestienne religion et que par 
induite apostolique, droit de patronage, régale et autrement 
nous compète et avons droit de nommer auxd<^" prélatures 
et dignités quand elles vaquent, des personnes suffisantes, 
idoines et à nous agréables, et que ladite abbaie étant présen- 
tement vacante par le trépas de votre dernier abbé Dom 
Ignace de Steenhault, nous avons fait informer de l'idoinité 
et capacité des Religieux d'icelle entre lesquels nous a été 
présenté Dom Jacques François, sçavoir vous faisons que 
pour le bon rapport qu'on nous a fait dudit Dom Jacques 
François, et de ses sens, expérience, bonne et religieuse vie 
et conversation, nous l'avons, à la délibération de notre très 
chère et très aimée sœur Marie-Élisabeth , par la grâce de 
Dieu, Princesse Royale de Hongrie et de Bohême et des deux 
Siciles, Archiduchesse d'Autriche, gouvernante générale de 
nos pais bas , nommé et nommons par ces présentes â lad^ 



176 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

abbaîede Cambron, vous consentant et requérant que, pro- 
cédant à l'élection de votre nouvel et futur abbé , vous éli- 
siez et acceptiez à icelle dignité ledit Dom Jacques François, 
comme personne à ce capable et à nous agréable, auquel 
nous consentons et permettons de pouvoir sur ce obtenir de 
notre saint Père le Pape, de TÉvéque diocésain ou autres 
supérieurs Ecclésiastiques , toutes bulles apostoliques et 
provisions de confirmation qu'il appartiendra, et en vertu 
d'icelles prendre la réelle et actuelle possession de lad* 
abbaïe de Cambron, ensemble des droits fruits, profits et 
Émoluments y appartenans pour doresnavant la tenir, régir 
et administrer tant au spirituel qu'au temporel, en ce gardées 
et observées les solennités en tel cas requises et accoutumées. 
Si donnons en mandement à nos très chers et féaux les Chef 
Président et gens de nos privé et grand conseils , chancelier 
et gens de notre conseil ordonné en Brabant et à tous autres 
nos justiciers, officiers et sujets, qui ce regardera, qu'en ce 
que dit est, ils l'assistent si besoin en a, et en outre fassent, 
soufi^rent et laissent ledit Dom Jacques François de cette 
notre présente nomination, accord et consentement pleine- 
ment et paisiblement jouir et user, cessans tous contredits 
au contraire, car ainsi nous plait-il. Donné en notre ville de 
Bruxelles, le seizième jour du mois de novembre Tan de grâce 
mil sept-cent-trente-cinq et de nos Règnes, sçavoir de l'Em- 
pire Romain, le 24% d'Espagne, le 3^*, d'Hongrie et de 
Bohême aussi le 24'^. ( Paraphé) Colo^' (et signé) par l'Empe- 
reur et Roi, C. Barde »*. 

À la nomination de l'abbé François, le temporel de la 
maison fut grevé de diverses pensions s'élevant à douze cent 
cinquante livres. Le nouveau prélat s'efibrça de réaliser des 
économies II réduisit notamment les dépenses de la table en 

1. Archives générales du royaume. — Conseil privé, n* 1491. 



DE L*ABBATE. 177 

supprimant les trois rations hebdomadaires de vin que son 
prédécesseur avait accordées aux religieux,, et en les rempla- 
çant par une portion qui fut ajoutée à leur ordinaire. 

En 1737, Tabbaye acheta à Mons deux maisons, rue de 
Nimy, pour servir de refuge * ; elle ne sollicita point d'octroi 
à cette fin ; ce ne fut qu'en 1749 que cette omission fut cons- 
tatée, et que l'avocat fiscal du Hainaut fut chargé de faire 
régulariser cette ailaire. 

Sous son administration,dix religieux firent leur profession 
régulière. 

Les efforts de l'abbé pour diminuer les charges du monas- 
tère, lui suscitèrent de grands embarras. Les religieux 
savaient que les revenus étaient très considérables , et ils 
voulaient vivre dans l'abondance. La richesse avait amené le 
relâchement dans la règle ; l'éclat des vertus des moines, qui 
avait été si vif et si pur dans la pauvreté, s'était peu à peu 
terni dans l'opulence. Les religieux s'occupaient trop des 
biens de la terre, et appréciant mal leur rôle économique 
ils avaient trop perdu de vue leur mission spirituelle; ils 
finirent par se considérer comme de grands seigneurs. L'es- 
prit dMnsubordination déjà constaté en 1703 spus l'abbé 
François Libert, avait fait des progrès menaçants. En 1744, 
la mésintelligence fut si grande, que dix-huit religieux sur 
vingt-cinq qui se trouvaient alors à Cambron, portèrent une 
plainte contre leur prélat à l'abbé de Baudeloo , vicaire- 
général de l'ordre, et le prièrent de se rendre au monastère 
pour entendre leurs réclamations. Le vicaire-général y vint 
en effet faire une visite régulière, et on lui fit connaître que 
le prieur D. Nicolas Péon, né en France, n'avait pas encore 

l. Actuellement THospice des aveugles. G*était pour remplacer Tancien 
refuge que Tabbé de Steenhault avait vendu aux Etats en 1717, et qui se 
trouvait sur remplacement actuel du palais de justice. 

11 



1 



iT8 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

rendu un seul compte depuis vingt-deux ans qu'il occupait la 
charge de Irësorior, et que ccUait en vain que Tabbéeth 
communaulë avaient voulu Ty contraindre; tout ce que Tabbè 
put faire, ce fut de partager la recette générale entre trois 
religieux; Fastré ftousselle , aussi né français comme le 
prieur» eut la recelte des bois, et Prosper Le Blus, parent de 
Tabbé, profôs dv sept à huit ans seulement, devint receveur 
des biens du Brabant- Wallon ; enfin Léopold d'Esclaibes, 
autre français, fut placé au comptoir pour Farrangement et 
la garde dus arcliivus. Avant l'arrivée du vicaire-général, le 
prieur Péon el Lt^opold d'Kscl^ibes abandonnèrent le parti 
des réclamanls i^t se rallièrent à Tabbé : l'un cherchait à faire 
disparaître les griefs dont il i-tait coupable, l'autre crai- 
gnait de perdre son emploi. Quoi qu'il en soit, l'abbé de 
Eaudelûo destitua ïe prieur et le sous-prieur comme étant les 
chefs des plai|;rianls,el invita FabbédeCambron à nommer un 
nouveau prieur- Celui-ci recourant à des prétextes, ne fit pas 
celte nomination. Prosper Le Blus fut institué sous-prieur el 
conserva sa recette. De c* tle manière, trois français et un 
parent de Tabbé se partageaient la gestion spirituelle et tem- 
porelle du monastère. Cet état de choses accusaii la négli- 
gence, Tin capacité et la faiblesse. 

Après dix ans de prélature , et après avoir été pendant trois 
ans député aux Etats de Hainaut, Tabbé François mourut le 
H septembre 1743, au refuge de Mons, où il s'était retiré 
pendant que le pays était couvert des troupes françaises qui 
avaient pris Tournai. Il était tombé malade le7du même mois. 

L'abbaye allait de nouveau , comme après la mort de 
Le Waitle, tomber en la possession des Français. Ils avaient 
gagné la bataille de Fonlency, le H mai, et la ville d'Ath 
allait tomber entre leurs mains le 8 octobre 1745. 

On lit dans les Eecherches historiques sur Baudour, par 
M. le curé Petit : 



DE l'abbaye. 179 

« En 1744 et 1748, la communauté de Baudour dut four- 
nir pour le service de S. M. la reine de Hongrie, tant par or- 
donnances des seigneurs les députés des États de Hainaut 
que par autres commandements des sujets de S. M. ou de ses 
alliés, en rations, fagots, chariots, pionniers, guides à pied 
et à cheval, pour les camps de Cambron, Irchonwelz et Les- 
sines, pour 10,786 livres 8 sols et pour l'armée de France 
10,590 livres, faisant donc en tout 21,376 livres 8 sols. » 

Le 2 mai 1748, l'armée alliée partant des environs de Bru- 
xelles pour aller livrer la bataille de Fontenoy, s'avança par 
Soignies, où elle s'arrêta deux jours, par Cambron où elle 
séjourna un jour, et par la Catoire, où elle s'arrêta aussi un 
jour*. 

Après la prise d'Âth, qui eut lieu le 8 octobre 1748, les 
troupes françaises campèrent aux environs. 

Le SB janvier 1746, Cambron et Soignies virent encore le 
passage des troupes et de l'artillerie destinées au siège de 
Bruxelles. 

§ 11. — Décadence morale de fabbaye au milieu 
du diX'huUième siècle. 

Léapold d'Esclaibes. — Fils du comte d'Esclaibes d'Hulst, 
oflScier au service de France, D.Léopold était né àCourtrai en 
1699*. Après avoir été receveur des menues rentes de l'ab- 
baye, il fut élu abbé le 29 septembre 1748, et nommé par 
lettres du roi Louis XV, datées de Versailles, le 12 décembre 
suivant. Il était alors âgé de quarante-six ans et profès de 
vingt-six. Il montra toujours la plus grande bonté pour ses 
religieux, et il s'attacha à leur procurer le plus de bien-être 

1. Campagne des Pays-Bas en 1745. L. Heeren. 

2. La seigneurie de celte ville appartenait à son père ; sa famille 
habite aujourd'hui le département du Nord. 



180 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

possible. Il joignait à une grande douceur de caractère, une 
politesse sans égale ; il recevait très généreusement les pa- 
rents de ses confrères et les autres étrangers qui venaient à 
i Tabbaye. Sous sa régie, cette maison avait acquis tant de ré- 

li putation que, pendant les vingt-six ans de sa prélature, trente 

^ religieux environ furent admis à la profession. 

•i Malgré ses qualités, Tabbé vit bientôt s*élever contre lui 

I un parti de mécontents. Il avait été élu et nommé pendant 

i^ l'occupation française ; aussitôt que le Ilainaut rentra sons 

j la domination autrichienne, même pendant les préliminaires 

; du traité d'Aix-la-Chapelle, il fut vigoureusement attaque. 

I Le 25 juillet 1749, une requête fut adressée au gouvern^ 

' ment par des mécontents qui se disaient : « la plus saine ei 

la plus grande partie des religieux de Cambron ». Ils expo- 
saient qu'au décès de l'abbé Jacques François, le 11 sep- 
tembre 1745, chacun attendait l'arrivée des commissaires 
nommés par le gouvernement pour procéder à l'élection d'un 
nouvel abbé, le 24 du même mois. Les religieux internes et 
externes avaient été convoqués à cet e£fet; mais le 22, vers 
huit heures du soir, un officier français, le marquis de Hou- 
chy, vint à l'abbaye avec un détachement très considérable 
d'infanterie et de cavalerie ; il était conduit par le moine 
Léopold d'Esclaibes, parent du général comte de Clermont- 
Gallerande. H. de Houchy défendit aux religieux de procé- 
der à l'élection, « à peine d'être brûlé et saccagé » , ce qu'il 
répéta deux fois en présence d'un grand nombre de religieux. 
Le 23, vers trois heures après midi, il se représenta à l'abbaye 
avec un fort détachement, et fit sommation, au nom du roi 
de France et du général de Clermont, de lui livrer les com- 
missaires envoyés au nom de l'empereur; mais ceux-ci n'y 
étaient pas arrivés, car sur un avis qui avait été donné à 
Bruxelles], le gouvernement avait ajourné l'élection au 28. 
Le 24 septembre, sept religieux se séparant de leurs con- 



DE l'abbaye. 181 

frères, favorisèrent l'élection qui fut ordonnée par l'autorité 
française. Un des commissaires du roi de France, M. de Ha- 
chault, intendant d'Ath, déclara aux religieux réunis au 
chapitre que le roi leur permettait de faire une élection, 
pourvu qu'ils choisissent des personnes agréables à la France, 
et qui en servissent les intérêts. C'était circonscrire leur choix 
dans les sept religieux du parti du roi. 

Les religieux les plus actifs de ce parti étaient Nicolas 
Péon, prieur, Prosper Le Blus, sous-prieur, Guillaume Noël, 
maître d'hôtel , et Léopold d*Esclaibes. Les plaignants les 
nomment faux frères. 

La requête qui nous occupe articulait diverses accusations 
contre le prieur et le sous-prieur, et dénonçait plusieurs abus 
commis'parl'abbédepuisson entrée en fonctions. Des plaintes 
de ce genre ont souvent un caractère exagéré; des faits indif- 
férents s'y changent en délits; on prête aux accusés des in- 
tentions qu'ils n'ont ja\nais eues. 

Quoi qu'il en soit, les plaignants exposaient qu'après les 
funérailles de l'abbé François, le prieur, de son autorité pri- 
vée et contre le consentement de la communauté, avait en- 
voyé à Bruxelles, le sous-prieur, qui s'y était fait passer pour 
proviseur de rabbaye;tandis qu'en pareil cas,ondevailassem- 
bler tous les religieux pour en députer deux près du gouver- 
nement, afin de demander la nomination des commis- 
saires chargés de diriger les élections. 

Les réclamants accusaient le prieur de s'être rendu à Hons, 
le jour de l'inhumation de l'abbé, et d'y avoir emprunté sans 
autorisation, un capital de vingt-cinq mille florins, tandis que 
le frère de l'abbé défunt emportait une cassette de douze à 
treize mille florins, qui servirent à faire des dépenses pour 
seconder les vues des trois membres actifs du parti français. 
Ceux-ci, après avoir éludé les ordres du gouvernement autri- 
chien, choyèrent les généraux de Tannée royale, offrirent 



I 



182 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

plusieurs repas à H. de Clermont et à ses officiers avec une 
profusion incroyable, et présentèrent continuellement à ces 
militaires du thé, du vin et des liqueurs. Enfin le prieur leur 
remit avant leur départ de quoi payer très largement leur 
voyage. Celui-ci avait envoyé fréquemment, Léopold d'Es- 
claibes et Prosper Le Blus au camp français devant Tournay, 
et le premier en était revenu trois heures avant Tarrivée du 
détachement français. Le prieur était allé le lendemain, 34 
septembre, à Ath, remettre cent écus à l'intendant de 
Hachault. 

La plainte ajoutait que Tabbé d*Esclaibes avait déclaré, le 
jourdeTarrivée de sa nomination,que trois généraux français 
s'étaient employés pour lui : il en avait fait Taveu à la com- 
munauté, qu'il avait réunie au petit réfectoire pour lui offrir 
du vin. Peu de jours après, Prosper Le Blus fut envoyé à 
Clairvaux pour y obtenir les lettres de confirmation. Le 
nouvel abbé avait célébré son installation et sa bénédiction 
par des dépenses tellement considérables, qu'on n'en avait 
^. jamais vues de pareilles dans le monastère. Depuis lors on 

l menait grand train à l'abbaye; des carrosses y arrivaient 

[^ sans cesse, et ce n'était que fêtes sur fêtes. L'abbé, qui souf* 

frait de temps à autre d'oppressions de poitrine, ne paraissait 
plus à l'office. L'abbaye était devenue une véritable cour. De 
nombreux parents de l'abbé venaient y passer des quinzaines 
de jours ; ses neveux, les fils du comte de S*^-Aldegonde, 
dont l'un était capitaine de cavalerie et l'autre lieutenant 
au service de France, y trouvaient des chevaux pour leur 
usage ; et, la campagne finie, ils y renvoyaient leurs équipa- 
ges, leurs chevaux et leurs mulets. 

Les mécontents, s'attaquant en particulier à l'abbé, lui 
reprochaient d'avoir prescrit aux monastères de femmes pla- 
cés sous sa direction, de prier pour le roi de France ; d'avoir 
accepté de payer des pensions s'élevant à près de neuf mille 
livres. Ils contestaient ses capacités, vu qu'il n'avait jamais 



DE L*ABBAYE. 183 

été directeur d'âmes, et qu*il faisait composer par d*autres 
les exhortations qu'il prononçait. Quant au prieur, ils mé- 
connaissaient aussi ses capacités; ils lui reprochaient sa 
mauvaise gestion. Ils croyaient qu'il ne valait plus la peine de 
le forcer à présenter ses comptes, car, disaient-ils, il ne 
vivrait plus longtemps puisqu'il souffrait d'une jambe depuis 
trois années, et qu'il gardait la chambre depuis ce temps. 

La requête unissait par d'autres récriminations qui mon- 
trent combien le temporel de l'abbaye était en désordre, et 
combien aussi les plaignants étaient passionnés. 

Du reste, une dénonciation aussi formelle et aussi explicite 
ne pouvait être dédaignée par le gouvernement des Pays-Bas. 
Aussi l'abbé des Dunes fut-il requis de convoquer tous les 
religieux, même ceux qui étaient absents, pour se réunir à 
Cambron le 18 septembre 1749 ; l'abbé d'Esclaibes reçut 
Tordre de quitter le monastère, d'arriver à Bruxelles dès le 
13, d'informer le président chef du conseil, de sa présence 
en cette ville, et d'y rester jusqu'à décision ultérieure. 

Le conseiller Pycke, membre du conseil privé, fut nommé 
commissaire tant pour vérifier les faits dénoncés relativement 
à l'élection de 1745, que pour redresser les irrégularités qui 
s'étaient introduites dans l'administration de l'abbaye. L'abbé 
deVillerslui fut adjoint, et l'abbé de Baudeloo, vicaire-gé- 
néral de l'ordre, se transporta aussi à Cambron. 

Au jour fixé (18 septembre) les commissaires réunirent au 
chapitre tous les religieux, à l'exception de l'abbé qui était 
suspendu de ses fonctions et se trouvait à Bruxelles* Ils les 
interrogèrent successivement et en particulier, sous la foi du 
serment^ au sujet de l'irrégularité de l'élection de 1745. L'ins- 
truction de l'affaire fut dirigée dans le sens suivant : éta- 
blir que le sous-prieur Prosper Le Blus, avait coopéré à dé- 
férer au roi de France la nomination, de l'abbé ; qu'à cet 
effet, il s'était rendu seul à Bruxelles, où il s'était fait nommer 



184 UÉGAUENCB ET SUPPRESSION 

commissaire pour Télection ; que celle-ci avait été fixée au 14 
septembre 1745; qu*il avait promis de rentrer à Cam- 
bron le 13, mais qu'en réalité il n'y arriva que le 16; et quà 
son retour il se contenta d'annoncer qu'on aurait une élec- 
tion c( au premier jour ». Il fallait ensuite prouver la conni- 
vence du prieur. Étant français et briguant la prélature, il 
devait préférer que l'élection fût dirigée par les autorités 
françaises plutôt que par le gouvernement des Pays-Bas. 
Comme l'élection, d'abord fixée au 14, fut ajournée au 29, par 
suite des mouvements de l'armée royale, pendant lesquels 
les routes avaient été interceptées et plusieurs religieux 
résidant hors de l'abbaye, empêchés d'y rentrer, le prieur 
avait envoyé le 28, de bon matin, Léopold d'Esclaibes au 
camp français pour y donner l'information de cet ajourne- 
ment; le soir même, un détachement arriva au monastère. 
Trois officiers français entrèrent alors dans la chambre où le 
prieur soupait avec treize religieux externes qui venaient 
d'arriver; celui-ci se leva et embrassa un de ces militaires en 
le nommant : M. de Houchy ! Ces officiers s'adressant alors 
aux religieux, leur dirent : Eh bien, Messieurs, c'est donc 
<c vous autres qui venez ici choisir un abbé de la part de la 
ce reine (Harie-Thérèse) ; et nous venons vous dire de la part 
a de H. de Clermont que si vous procédez à cette élection, 
a notre roi a encore de la poudre, des mortiers et des mineurs 
« pour faire sauter cette belle abbaye. » D'ailleurs, le prieur 
envoya D. Guillaume Noël, maître d'hôtel, près de l'intendant 
de Seichelles à Gand, pour faire nommer des commissaires 
français chargés de diriger l'élection, et près de l'intendant 
de Hachault à Ath, dans le même but. Il chargea D. Charles 
Bernard de se rendre à Valenciennes à l'efiet d'agir près de 
rintendant,ainsi que D.Léopold d'Esclaibes d'aller à Tournay 
chez la sœur de celui-ci, chez qui il devait voir l'abbé de Vau- 
celles. Enfin le prieur, Guillaume Noël et Charles Bernard se 



OB l'abbaye. 185 

rendirent à Ath, près de rintendant de Machault, pour ob- 
tenir la nomination des commissaires. Ceux-ci furent M. de 
Machault lui-même et Tabbé de Vaucelles. 

Quant au second objet de la plainte des mécontents , Tirré- 
gularité dans la gestion de l'abbaye, le conseiller Pycke avait 
reçu pour instructions du gouvernement de déclarer aux re- 
ligieux que Sa Majesté, informée des abus pratiqués dans l'ad- 
ministration temporelle, l'avait chargé de prendre les mesures 
les plus eflScaces pour y remédier ; que la volonté du souve- 
rain était de faire rendre les comptes des ecclésiastiques ou 
des laïcs chargés des différentes recettes ou administrations, 
dans un délai fixé, dans la forme ordinaire et devant ceux 
qu'il appartiendrait; et qu'il en fût immédiatement en- 
voyé au conseil d'État, une copie signée par ceux qui y se- 
raient intervenus. Tous les receveurs devaient à l'avenir 
rendre leurs comptes annuellement; l'abbé ne pouvait plus 
faire aucune recette; s'il avait besoin d'argent, il devait en 
demander au boursier sur quittance et à la charge d'en 
rendre compte ; les fonctions de prieur et de boursier ne 
pouvaient plus être exercées par la même personne; le prieur 
et le sous-prieur, appelés continuellement à la tête de la com- 
munauté, ne pouvaient plus être receveurs ; le marteau des 
bois devait être gardé par le prieur; lorsqu'on devait en faire 
usage, il le remettait au maître des bois^ qui ne s'en servait 
qu'accompagné d'un religieux nommé par les anciens du 
monastère; enfin on devait suivre exactement l'art. 22 du 
bref d'Alexandre VII, daté du 19 avril 1668, sur la réforma- 
tion de l'ordre de Citeaux. 

La longue enquête qui fut alors faiteà Cambron, vérifia 
certains faits, en expliqua certains autres, et donna divers 
détails sur les circonstances de l'époque. Un religieux rap- 
porta notamment que les parents et les amis de Léopold 
d'Esclaibes se servirent de l'intermédiaire de la comtesse de 



186 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

Cerney, dame d*atour de la reine de France, pour prier la 
princesse Henriette, fille du roi, de demander à son père de 
lui accorder pour bouquet la nomination de D. d'EscIaibes 
à laprélaturedeCambron. Le sous-prieur Prosper Le Blus 
fut aussi entendu . Il avoua avoir écrit lui-même les lettres de 
convocation, mais c'était,disait-il,pour gagner du temps; il re- 
connut avoir conseillé au gouvernement de Bruxelles de retar- 
der réiection fixée au 14 septembre 17lS,parce que plusieurs 
moines n'avaient pu se mettre en route à cause de la marche 
des armées, et que d*autres n'avaient même pas répondu à 
leurs invitations. D. Ferdinand deReume de Soignies, déclara 
avoir été mis un jour en pénitence pour avoir omis dans h 
collecte Pro rege, la période ut possit superare hostes ; ce qui 
prouve que d*Esclaibes était français de coeur, et que Vesprii 
départi se trahissait jusque dans la célébration de l'office divin. 
A la suite de cette procédure, le conseiller Pj^cke rédigea 
à Cambron, le 18 septembre 1749, un rapport sur samission. 
II y exprima l'avis que l'élection de 1745 avait été régulière 
en elle-même; que les religieux avaient voté avec entière li- 
berté, et que le tout s'était passé de la manière accoutumée, 
sauf que les commissaires n'avaient point fait motiver les 
votes. Le premier élu avait été le prieur, Nicolas Péon. 
d'Avesnes, le second, Ernest Husmans, et le troisième Léo- 
pold d'Esclaibes. Il n'avait pu constater le nombre des voii 
qu'ils avaient réunies, parce que cinq ou six religieux étaient 
morts depuis l'élection. Selon lui la requête adressée au gou- 
vernement était l'œuvre de quelques mécontents, et les autres 
réclamants n^avaient fait que la signer, car l'abbé paraissait 
agréable à la communauté; il était d'ailleurs bienfaisant, 
d'une humeur douce et pacifique, et il gouvernait avec beau- 
coup de modération. M. Pycke faisait au surplus observer 
quMl ne s'était pas écouléentre la mort de l'abbé François et 
l'arrivée de l'armée ennemie à Cambron, un délai suffisâ/it 



DE L*ABBATE. 187 

pour que Ton pût convoquer et réunir pour l'élection les reli- 
gieux absents. Le prieur avait à la vérité retardé l'opération 
le plus possible par ses intrigues, se voyant à la veille de re- 
cevoir les Français, ses compatriotes : il avait espéré exercer 
plus d'influence sur leur gouvernement pour arriver à la pré- 
lalure. 

Passant ensuite à la régie du temporel, le conseiller Pycke 
constata qu'il régnait un grand désordre dans l'administration, 
et spécialement que le prieur était resté pendant vingt-cinq 
ans sans rendre ses comptes; queD. Pierre,receveur des biens 
d'Ath, était en défaut de présenter les siens depuis plusieurs 
années;que l'abbé d'Esclaibes.contrairement aux statuts, était 
receveur des biens d'Hulst,de ceux des environs de Tournay, 
du produit de la vente des grains, des pots de vin, des baux 
et des dots des religieux profès ; qu'enfin il détenait le mar- 
teau des bois. Ces irrégularités pouvaient donner lieu h de 
grands abus. 

Il proposa, eu égard à l'âge et aux infirmités du prieur, de 
le décharger de ses doubles fonctions ; de confier la charge 
de prieur à un religieux, et celle de boursier à un autre, et 
de donner un successeur au sous-prieur Prosper Le BIus, 
qui cumulait les fonctions de procureur judiciaire, de rece- 
veur des biens du Brabantet de curé de la Basse-Court. Ces 
deux titulaires qui devaient toujours être à la tête de la com- 
munauté, ne pouvaient être détournés de leurs attributions 
par des i>féoccupations étrangères.Il ajouta avoir contrôlé au- 
tant que possible parles registres, les états des hiens et des 
charges de l'abbaye; mais il n'avait pu opérer qu'imparfaite- 
ment à défaut de reddition de comptes par le boursier, et 
des états des biens du département de Monsdont les registres 
étaient en cette ville, aussi à cause du désordre adminis- 
tratif qui régnait et de l'absence dô l'abbé, qui était à Bru- 
xelles. D'après un décret du conseil privé de 1704, les fonds 



i88 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

de la maison devaient être déposés dans une caisse à trois 
clefs, dont Tune pour l'abbé, l'autre pour le boursier et la 
dernière pour l'ancien du monastère; mais cette prescriptioD 
n'était pas observée. 

D'après les faits rappelés dans la requête des plaignants, 
et d'après le rapport du conseiller Pycke» il était évident que 
de grandes réformes étaient nécessaires. Le prieur, qui au- 
rait voulu faire annuler l'élection de 1745 pour devenir lui- 
même abbé, fut le premier frappé. Le 26 novembre i749. 
l'abbé de Baudeloo, vicaire-général de Tordre, déchargea 
leprieurde ses fonctions et lui enjoignit de rendre compte de 
sa gestion. Les autres receveurs ecclésiastiques et laïcs reçurent 
de semblables injonctions. Il recommanda«de ne plus nom- 
mer à ces emplois de religieux étrangers au pays, comme 
cela avait eu lieu antérieurement. Quant à l'abbé, son éleclion 
fut reconnue régulière et canonique, et il fut confirmé par le 
gouvernement le IS avril 17S0. Toutefois on lui interdit de 
faire la recette d*aucune partie des biens de la maison. 

L'intervention de l'autorité civile fit cesser les intrigues des 
adversaires de l'abbé. L'ordre fut rétabli dans la gestion du 
temporel, et le reste de l'existence de l'abbé fut tranquille. 
En 1752, unédit défendit d'admettre des Français ou des 
étrangers parmi les fonctionnaires de l'abbaye. 

Léopold d'Esclaibes, qui,sous l'impératrice-reine avait été 
conseiller d'Etat et député aux États de Hainaut pendant trois 
ans, mourut le 7 juillet 1771, après vingt-cinq ans de préla- 
ture. 

Nous n'avons vu jusqu'ici l'orgueil et l'intrigue de cer- 
tains moines à l'œuvre que dans l'intérieur de l'abbaye; mais 
vers la même époque, le caractère envieux et vindicatif de l'un 
d^eux va se trahir à l'extérieur. 

Des religieux de Cambron étaient placés comme directeurs 
dans des monastères de femmes de l'ordre de Citeaux. L'un 



DE l'abbate. 189 

d'eux, D. Laurent Canone, avait été envoyé en cette qualité au 
couvent de Bonnevoie, près dé Luxembourg. La princesse 
des Deux-Ponts s'était retirée dans cette maison à la fin d'oc- 
tobre 1761. Dans le principe la communauté et la dame pa- 
rurent très satisfaites; le directeur avait toute la confiance 
de la princesse ; il s'était mis en correspondance avec Tabbé 
Grinsart, aumônier du prince des Deux-Ponts, et celui-ci 
lui communiquait les intentions du prince à Tégard de la 
Dobledame. Cependant, au mois de juillet 1762, la princesse 
rencontra dans le couvent D. Benoit Hanen, bénédictin de 
l'abbaye de Munster, qui venait y dire la messe en l'absence 
du directeur. Elle trouva beaucoup de charme dans sa con- 
versation, et elle finit par le choisir pour confesseur et cha- 
pelain. D. Laurent Canonese voyant supplanté, donna cours 
à son dépit contre la princesse ; il dénonça D. Benoit du 
chef des visites trop fréquentes et trop longues qu'il faisait à 
celle-ci ; et, en même temps , il lui interdit d'entrer dans la 
clôture du couvent, et dans l'appartement de la princesse. 
Le bénédictin se plaignit alors àcette dernière de ce que le di- 
recteur nuisait à la réputation de l'un et de l'autre. On s'é- 
crivit de part et d'autre des lettres fort dures ; Canone, re- 
prochant à D.Benoit les indiscrétions les plus indigues envers 
la princesse, pria l'abbé de Munster de lui défendre de se 
rendre encore à Bonnevoie. L'abbé prononça en effet cette 
défense, qui subsista pendant deux ou trois mois; ensuite , 
comme la princesse des Deux-Ponts ne choisissait pas d'au- 
tre confesseur, le directeur ne fit plus d'opposition à la 
rentrée de D. Benoit, mais à la condition que celui-ci ne 
dirait la messe, et ne confesserait la princesse que dans l'é- 
glise, et qu'il n'y introduirait plus d'autres prêtres. D.Benoit 
ne profita pas d'abord de cette concession, et ce ne fut qu'au 
mois de juillet 1763 qu'il revint au couvent. Son retour 
inattendu fit tant d'impression sur Laurent Canone qu'il en 



190 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

devintmalade.Néanmoins le bénédictin disait la messe, con- 
fessait la princesse à l'église et la voyait au parloir, mais il 
n'entrait plus dans son appartement. Cela suffisait pour ra- 
nimer la haine du directeur contre le confesseur et la péni- 
tente : il proféra devant plusieurs personnes des propos 
atrocement injurieux pour la princesse ; et celle-ci en ayant 
eu connaissance, s'en plaignit à Tabbé de Citeaux et au gou- 
vernement général des Pays-Bas. Cet abbé rappela D. Canone 
et le remplaça par Tabbé de Vernainvillers, qu'il chargea de 
faire une information à ce sujet. Celui-ci réunit divers cer- 
tificats qu'on lui remit, tandis que D. Canone rassemblait 
aussi des pièces en sa faveur; il alla les remettre à l'abbé de 
Citeaux. Quant au gouverneur général des Pays-Bas, il char- 
gea le conseiller Gerdens de vérifier l'exactitude des faits 
dénoncés. Le conseiller, dans un rapport daté de Luxem- 
bourg, le 29 septembre 1763, fut d'avis que toute cette bru- 
yante affaire n'était qu'une querelle de moines qu'il était 
prudent d'étouffer. D. Canone soutint qu'il n'avait agi que 
pour se conformer aux instructions qu'il recevait de l'abbé 
Grinsart ; mais le rapporteur pensa que le directeur s'était 
abandonné à sa haine, et à son animosité contre le religieux 
de Munster, et qu'il n'avait pas toujours été guidé par l'es- 
prit de religion et de charité; qu'au contraire, il avait voulu 
l'emporter, sans observer les ménagements dus à la princesse, 
qui ne se soumettait pas à ses exigences. Du reste, il était 
signalé comme un brouillon dans son abbaye ; en outre, en 
1781, il s'était trouvé mêlé à des querelles qui avaient éclaté 
à Clairefontaine, où il avait été envoyé comme commissaire; 
enfin il avait pris part à des troubles qui avaient attristé l'ab- 
baye d'Orval. Il s'était rendu maître du temporel à Bonne- 
voie; il était dépensier et il y avait fait des dettes assez 
considérables. Le rapporteur émettait l'avis que la princesse 
choisit un autre confesseur que D. Benoit; celui-ci n'avait 



\ 



DE l'ABBATE. 191 

ni assez de mérite, ni assez de prudence pour cet office, et 
il manquait surtout de discrétion. Il concluait à ce qu'il fût 
ordonné à Tabbé de Cambron de rappeler D. Canone au 
monastère, en lui défendant d'écrire encore sur cette affaire, 
et même d^en parler, et à ce que le supérieur des bernardins 
des Pays-Bas fût invité à envoyer un autre directeur à Bon- 
ne voie*. 

Ces conclusions furent sans doute admises, mais le carac- 
tère difficile de D. Canone ne se modifia pas, car on trouve 
dans un protocole du conseil privé du 11 avril 1774, que ce 
même religieux porta contre Tabbé de Cambron une plainte 
au conseil de IIainaut,prétendant que le prélat dérodait les bois 
de la Rosière sans les avis requis, et réclamant que ce défri- 
chement fût interdit. Mais le conseil le connaissait comme un 
homme dangereux et turbulent qui, pour ses intrigues et ses 
manœuvres, avait dû être confiné dans son monastère ; sa 
démarche fut vaine. 

On a souvent dit que pour entrer en religion, il fallait un 
caractère énergique; mais à en juger par D. Canone, par I). 
Prosper Le BIus et d'autres de cette catégorie, il faut recon- 
naître que l'énergie ne suffit pas pour faire de bons religieux. 
Leur vanité et leur turbulence ne laissaient guère de repos à 
la communauté. Heureusement l'effet de ces troubles ne 
se faisait pas sentir au loin ; on doit se féliciter que ces hom- 
mes soient restés dans le cloître; dans la société poli- 
tique, ils auraient été des agitateurs et des séditieux. Nous 
verrons plus loin D. Prosper Leblus diriger contre le suc- 
cesseur de Léopold d'Esclaibes, une attaque plus méchante 
encore que celle de 1749, 

MalachieHocquart. — Il était Montois*. Il avait été confes- 

i. Archives du royaume. Conseil privé. Plaintes, etc. à charge de reli- 
gieux et de rch'gieuses, n° 1296. 

1 L'introduction au Gartulaire de Cambron dit quil naquit probable- 
ment à Ath. 



192 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

seur à l'abbaye de Ghislenghien. Il était âgé de cinquante-six 
ans et profès de trente-un, lorsqu'il fut élu abbé de Cambron. 

Par lettres de S. A. R. du 14 juillet 1771,1e conseiller privé 
de Kulberg et l'abbé de Viliers, Robert de Bavay» vicaire-gé- 
néral de Tordre, furent désignés en qualité de commissaires 
pour procédera l'élection qui eut lieu le 15. Les candidats 
furent choisis selon l'usage, mais la nomination de l'abbé 
par le gouvernement ne fut signée que le 16 janvier 1772. 

A cette époque le temporel de la maison était dans un triste 
état*. Le gouverneur-général des Pays-Bas s'en préoccupa et 
le 9 avril suivant il imposa à l'abbaye un règlement spécial. 
On lisait dans le préambule que le gouvernement, sur le 
compte qui lui avait été rendu de l'état du temporel de Tab- 
baye, avait porté ce décret « pour faire cesser les (unis qui se 
sont glissés dans V administration des biens de cette maison, et 
pour mettre ordre aux dépenses excessives qui s'y font sans 
nécessité^ et au grand préjudice de l'abbayem. — L'article l*' de 
ce décret ordonnait la formation d'un registre terrier des 
biens de l'abbaye avec des plans de chaque parcelle. L'article 
2 portait que tous les receveurs et administrateurs ren- 
draient leurs comptes tous les ans, dans les formes indiquées 
aux articles 3 et 4. D'après l'article 5, le religieux grenetier 
devait tenir un journal des recettes et des délivrances de 
grains dont il avait la régie. Un compte général devait ensuite 
être dressé (art. 6 et 7). Chaque année des conférences devaient 
être tenues sur les moyens de rétablir et d'améliorer les biens 
de la maison (art. 8 à 13). Les articles 14 et 15 défendaient 
Vadmodiation des biens situés dans les polders. L'article 16 
traçait les règles à suivre par le boursier pour procurer des 
fonds à l'abbé. Les articles 18 à 23 réglaient les coupes de 
bois. L'article 24 abolissait comme contraire à la discipline, 

1. Voyez Livre noir du Hainaut, V« cah. pp. 11 à 17. 



DE l'abbate. 193 

l'usage d'introduire au réfectoire les parents des religieux et 
les étrangers ; il ordonnait de les admettre au quartier des 
hôtes, en recommandant « que Tabbë et les officiers de la 
« maison mettent des bornes convenables à la liberté illimi- 
(c tée de recevoir des étrangers, liberté dont on a abusé 
c< dans cette maison, et qu'ils se dirigent à cet égard d*après 
(( les règles que dictent la prudence et le discernement, en 
(c combinant les principes d'une bonne économie et frugalité 
« religieuse, avec ce qu'exigent l'honnêteté et l'exercice d'une 
ix- hospitalité décente.» Enfin l'article 25 ajoutait: «Ordonnons 
« à fabbé de diminuer autant que possible le nombre excès- 
c( sif des domestiques qui se trouvent dans cette maison. 
(( Voulons que désormais on leur donne des gages fixes,, et 
c( défendons de leur accorder ou assigner de^ parties casuelles 
« quelconques, soit de tantièmes de ventes de bois ou autres. 
Le décret enjoignait de se conformer à ce règlement, « à 
« l'exécution duquel, était-il dit, sera surveillé par des com* 
« missaires que nous enverrons sur le lieu, lorsque nous le 
« trouverons convenir. » Il était signé : Charles de Lorraine 
et De Reul. 

Une dépêche de la même date, 9 avril 1772, transmit à 
l'abbé ce règlement, en lui recommandant de s'y conformer, 
et de le faire observer ponctuellement; elle se terminait 
ainsi : « Comme la direction des bois de l'abbaye est confiée 
à un religieux jubilaire, que ses infirmités empêchent d'y 
veiller avec l'exactitude nécessaire, c'est notre intention que 
vous lui donniez un adjoint capable de le seconder dans cette 
partie. A tant. Révérend Père en Dieu, cher et bien amé, 
Dieu vous ait en sa sainte garde ». Signé comme ci-dessus. 

Ces mesures^ qui étaient nécessitées par les circonstances, 
n'en étaient pas moins fort humiliantes pour toute la corn- 

12 



194 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

munauté. Du reste, le vicaire-général de Tordre, et le pouvoir 
civil savaient que les moines de Cambron n*étaient pas tou- 
jours pénétrés de Tesprit de religion , ni de celui de con- 
corde; aussi avaient-ils choisi pour abbé un homme ferme, 
pieux , bon administrateur et capable de rétablir dans la 
maison, l'ordre et la discipline qui se relâchaient chaque jour 
davantage. Hocquart était un cœur droit , scrupuleux 
observateur de ses devoirs, qui devait arrivera ce but. Les 
premières années de sa prélature furent très satisfaisantes; 
aussi après trois ans, crut-il pouvoir demander au gouver- 
nement de faire cesser la surveillance que le président du 
conseil souverain de Hainaut exerçait en vertu du règlement 
de 1772. Il fit valoir que ce contrôle n'était plus nécessaire, 
par suite du bon ordre introduit par lui dans la gestion du 
temporel ; que cette surveillance l'exposait à la critique et au 
mépris, le faisait considérer comme incapable d'administrer 
convenablement le monastère, et comme devant être mis en 
curatelle; il ajoutait que la discipline de l'abbaye en souffrait, 
en ce que certains religieux instigués par D. Laurent Canone, 
déjà connu du gouvernement par ses intrigues et ses écarts, 
saisissaient ce prétexte pour manquer à la subordination, et 
au respect dus à leur supérieur; la confiance seule du gou- 
vernement pouvait relever l'abbé dans l'estime du public et 
de ses religieux. Il offrait d^ailleurs de présenter au gouver- 
nement, toutes les données que celui-ci lui demanderait sur 
l'exacte administration du temporel de l'abbaye. 

Le gouvernement ayant pris connaissance de cette récla- 
mation, chargea M. de Mullendorf, président du conseil de 
Hainaut, de visiter la maison et de rendre un compte de la 
situation du temporel. Ce magistrat fit, en juin 1775, un rap- 
port très favorable à .l'abbé. « J'ai étudié, dit-il, l'abbé de 
CambroUi et je lui dois la justice d'assurer que je n'ai trouvé 



DR L ABBAYE. 195 

en lui que les meilleurs sentiments, ceux d'un vrai religieux, 
d'un économe, d'un homme éloigné du luxe et de l'osten- 
tation, et en général de toute dépense inutile et superflue, 
craignant toujours de faire mal tant il voulait faire bien, et 
qui, à force de soin, est parvenu à faire payer les dettes de la 
maison, et à rétablir l'état dérangé du temporel ; on doit tout 
attendre de son zèle et de ses s(»ins, ainsi que de l'activité de 
tous ceux qui sont préposés aux régies des biens ; tous tra- 
vaillent de concert à cet objet, et suivent avec la plus grande 
exactitude les règles données à cet effet. » 

Sur cet avis de M. de Mullendorf, qui était président de la 
commission de surveillance, Timpératrice Marie-Thérèse 
accueillit la requête de l'abbé et rapporta, le31 juillet 1778, la 
disposition du décret du 9 avril 1772 qui obligeait le prélat et 
les receveurs - régisseurs de Cambron de présenter leurs 
comptes au commissaire du gouvernement, sauf à déférer aux 
réquisitions de celui-ci quant au temporel lorsque les cir- 
constances l'exigeraient. En outre, l'abbé fut autorisé à pré- 
lever sur la recelte d'Ath, les fonds qui lui seraient nécessaires 
lorsque la caisse du boursier ne suffirait pas. 

L'abbé Malachie Hocquart continua, comme il avait com- 
mencé, à administrer le spirituel et le temporel avec une 
activité et un dévoûment au-dessus de tout éloge. A son 
avènement on venait de reconstruire l'église de Tboricourt, 
il s'agissait de rebâtir celles de Bauffe et de Lombise et, vers 
1779, la ferme de Lombisœul. 

Le turbulent D. Laurent Canone, ennemi personnel de 
l'abbé, venait de mourir; on espérait être délivré des diffi- 
cultés qu'il soulevait sans cesse dans la maison ; malheu- 
reusement D. Prosper Le Blus lui survivait. Celui-ci adressa, 
de concert avec deux de ses vieux partisans, le 13 mars 1780, 
une plainte au gouvernement contre son abbé. Celui-ci répon- 



196 DÊGADENGB ET SUPPRESSION 

dit aux outrages de Le Blus en demandant une enquête pour 
confondre son calomniateur. H. De Kulberg, membre du 
conseil privé, vint à Cambron procéder à cette enquête, du S9 
au 31 mai 1780; il adressa ensuite un rapport sur sa mission. 

Les plaignants articulaient divers griefs contre la gestion 
du temporel , en attaquant personnellement Tabbé et le 
prieur, ce Le prieur, disaient-ils, est un homme qui, par ses 
manières brutales, agite et trouble toute la communauté, et 
qui, au lieu de se trouver avec elle tant au clottre qu^au 
réfectoire pour y remplir ses devoirs, mange souvent au 
quartier et s*absente du cloître, tous les jours, pour se pro- 
mener et pour se mettre à la tête des ouvriers, et là contre- 
carrer le religieux préposé aux ouvrages, et se comporter en 
directeur général de tout ce qui n*est pas de son ressort; il 
est d'ailleurs assez souvent absent pour des voyages de plai- 
sir, et des promenades qu*il fait avec Tabbé ». — « Enfin, 
ajoutaient-ils, Tabbé a aussi de mauvaises façons envers les 
religieux qui sont ses confrères ; il les regarde avec mépris 
et agit despotiquement à leur égard , jusque-là que pour 
avoir les moyens de bâtir partout à son gré, et faire d'autres 
dépenses inutiles, il se propose de leur ôter la portimi 
d'une demi-pinte de vin, mesure deffainaut, qu'ils ont à midi 
ainsi qu'il Ta déclaré en pleine table. » 

Le conseiller De Kulberg s'exprima ainsi dans le rapport 
qu'il remit au gouvernement le 20 juin 1780 : « Le prieur est 
un de ces hommes tels qu'il convient qu'un abbé mette à la 
tête d'une communauté relâchée; ferme, inflexible dans tout 
ce qui tient à l'observance de la discipline, d'une vigilance 
à laquelle rien n'échappe, sévère sans acception de personne, 
régulier par principe, toujours le premier dans la pratique 
des devoirs religieux, il n'était pas possible que ce prieur, 
en qui Tabbé met toute sa confiance et sur qui il se repose 



DE l'abbate. 197 

ne se fit pas des ennemis et n'en eût pas de plus animés, 
que Prosper Le BIus, dont il ne cessait d'éclairer la conduite 
et de découvrir les démarches. — On voit dans le portrait 
qu'il en fait dans sa requête et dans sa déposition, tout le feu 
du ressentiment ; et il est le seul qui ait pensé à l'attaquer 
sur l'article de la régularité; tous les officiers religieux que 
j*ai entendus sur le compte du prieur, rendent aux mœurs 
et à la vie régulière et exemplaire de ce supérieur, la justice 
la plus étendue; et si quelques uns d'entre eux lui attribuent 
trop de vivacité et des manières quelquefois brusques, le 
principe dérive du zèle qui l'anime, auquel ils jugent qu'il 
pouvait donner quelquefois plus de modération. — Tout bien 
considéré, il faut pour ce poste, un homme de tête dans la 
position où a été, et où se trouve la maison de Cambron, et 
1 on ne pourrait y toucher à l'exercice de l'autorité des supé- 
rieurs, dirigée avec fermeté vers le rétablissement et le main- 
tien de la discipline , sans donner prise au penchant qui 
n'entraine que trop ces religieux vers le relâchement et Pin- 
subordination ». 

M. De Kulberg s'occupant ensuite de l'abbé, rappela les 
termes vrais et énergiques employés par le président De Hul- 
lendorf dans son rapport du mois de juin 1775, et que nous 
avons reproduits plus haut. II s'attacha ensuite à réfuter les 
mensonges et les calomnies que D. Prosper avait avancées 
pour nuire à son abbé. L'exposé qu'il présente, est une his- 
toire de l'abbaye à cette époque; en voici l'analyse. 

En 1772, le temporel était en désordre. L'abbé d'Esclaibes 
frappé d'apoplexie, et devenu incapable de toutes fonctions 
durant ses dernières années, avait fait succéder un état d'a- 
narchie à son indifférence pour les intérêts de la maison et 
à son goût pour la dépense. Les dettes étaient considérables : 
les marchands de vin et de draps réclamaient vingt-cinq mille 



i98 DtCADENGE ET SUPPRESSION 

florins. L'abbé Hocquart acquitta toutes ces dettes, et n'en 
contracta pas de nouvelles. Il allait entreprendre des ou- 
vrages considérables lorsque la foudre réduisit en cendres le 
clocher et la toiture, endommagea les voûtes de Téglise, et 
lui imposa ainsi de nouvelles et lourdes charges. 

Pendant cette période, Tabbé, sans recourir à aucun em- 
prunt, fit reconstruire en partie à neuf, et restaurer plusieurs 
églises et presbytères de campagne et plusieurs fermes de 
Tabbaye. 

Le conseiller rapporteur expliquait ensuite comment Tabbé 
avait été dénoncé au gouvernement par D. Prosper. Celui-ci 
avait été Thomme de confiance de Fabbé d*Esclaibes, et avait 
administré le temporel pendant que cet abbé était infirme; 
il avait de même cherché à dominer sous l'abbé Hocquart, 
mais les découvertes que ce dernier fit à charge de ce religieux, 
tinrent celui-ci en suspicion; d'ailleurs Tarchevéque de Cam- 
brai et quelques curés l'avertirent du dérèglement des mœurs 
de Le Blus, et de certaines liaisons scandaleuses dans le voi- 
sinage de l'abbaye. Le Blus, en sa qualité de boursier, occu- 
pait un appartement dans le quartier des hôtes ; il fut surpris 
plusieurs fois par le prieur et par le maître-d'hôtel sortant de 
l'enclos du monastère: il faisait emporter de l'abbaye des vic- 
tuailles, du linge et d'autres effets pour en gratifier une 
femme de Cambron-Casteau. Enfin l'abbé voyant que ses ad- 
monestations ne produisaient aucun résultat, lui retira sa 
charge de boursier. Le Blus dépouillé de ses fonctions, ne 
cacha pas son ressentiment et proféra, tant devant la com- 
munauté qu'au dehors, de mauvais propos contre son abbé. 
M. de Kulberg était convaincu que D. Prosper Le Blus était 
un indigne religieux qui avait cherché, par le mensonge, à 
se venger du prélat et à le discréditer dans l'esprit du gou- 
vernement ; il avait voulu le présenter comme un mauvais 



DE L*ABBATB. 199 

administrateur, un homme capricieux et faible, elle faire 
soumettre à une surveillance humiliante, et à une espèce de 
curatelle; il se flattait de récupérer ainsi avec le temps, la 
position qu*il avait perdue. 

Le conseiller certifiait de plus que Fabbé Hocquart était 
recommandable par son désintéressement et par son dévoue- 
ment absolu aux intérêts du monastère, auquel il sacrifiait 
son repos et sa tranquillité; aussi n'avait-il touché pour ses 
besoins depuis son élection jusqu'à Tenquéle dont il s*agit, . 
que cent florins qui lui avaient été remis par D. Prosper 
Le Blus. 

L'abbé avait été dénoncé par ce dernier, du chef d'avoir 
constitué sur l'abbaye, une rente au profit de sa sœur, Marie- 
Marguerite Hocquart. 

Le rapporteur constata que le prélat avait à Mons une sœur 
infirme, et n'ayant qu'un patrimoine de trois cents florins. 
Délicat jusqu'au scrupule, Hocquart ne venait pas en aide à 
cette sœur; mais étant parvenu à la députation des Etats du 
Hainaut, il avait fait des économies sur les appointements 
qu'il touchait de ce chef, et avait ainsi réuni cinq mille florins. 
11 eût pu les donner à sa sœur, qui les eût placés en rente 
viagère; mais ayant consulté le religieux Florent Pépin, 
boursier et antérieurement professeur de théologie, qui fut 
d'avis que l'abbé pouvait faire de ses épargnes une disposition 
élémosinaire, il donna à ses cinq mille florins la destination 
suivante. Il remit ce capital au comité d'administration au 
profit de l'abbaye sous la charge d'en payer un intérêt viager 
de six pour cent à cette sœur malheureuse; ôet intérêt de six 
pour cent était très faible, toute autre personne aurait accepté 
ce capital à huit ou neuf pour cent d'intérêt viager. Le comité . 
accepta cette donation avec la charge : la libéralité était avan- 
tageuse et la charge était équitable. La constitution de la 



200 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

pension fut signée par le comité et par Le Blus lui-même; 
néanmoins ce dernier osa accuser l'abbé d'avoir fait créer une 
rente par l'abbaye au profit de sa sœur. 

A la suite de ce rapport, un décret de l'impératrice Marie- 
Thérèse, en date du 10 juillet 1780, rendit justice à l'abbé de 
Cambron. Il reconnut que celui-ci avait observé le règlement 
de 1772 sur l'administration du temporel de la maison, et 
que sa gestion devait être approuvée. Mais en même temps il 
constata l'insubordination de Prosper Le Blus, et pour faire 
un sévère exemple de sa plainte calomnieuse, il ordonna de 
lui retirer sa commission de boursier; de l'exclure de toute 
intervention, soit comme ancien, soit autrement, dans les 
affaires de comptabilité; de le priver de son appartement hors 
de l'abbaye, et de le faire rentrer dans le cloître ; de lui re- 
prendre les papiers concernant le temporel, de laisser à 
Tabbé, pour faire rentrer ce religieux dans le devoir et dans 
la subordination, la faculté» soit de lui interdire toute sortie 
du monastère, et toute communication à l'extérieur pendant 
quelques années, soit de lui infliger quelque peine correc- 
tionnelle plus grave dans les formes usitées. Quant aux reli- 
gieux Ignace Yandenberg et Joseph Dubois, qui avaient signé 
la requête à l'instigation de Prosper Le Blus, ils étaient in- 
vités à reconnaître leur imprudence et leur légèreté, et à 
faire leur soumission pour se rendre digne d'indulgence. 

Ainsi se termina ce scandaleux conflit. Il parait que D. 
Prosper fut puni par l'abbé en exécution du décret du 10 
juillet 1780, et qu'il subit sa peine avec résignation. Néan- 
moins l'abbé avait été très sensible à ces tribulations ; sa santé 
fortement ébranlée n'y résista pas, et il ne tarda pas à 
succomber. 

La dernière particularité à signaler sous sa prélature, fut 
une dépêche du gouvernement, également du 10 juillet 1780i 



DE l'àbbatb. 201 

exprimant à l'abbé de Cambron le désir de le voir imiter 
Texemple d'autres monatères, en envoyant deux jeunes reli- 
gieux dans un collège de Louvain pour y étudier la théologie, 
afin de favoriser dans le monastère le goût de la science. 

Ces vues du gouvernement étaient louables ; car le meilleur 
remède au relâchement qui s'était introduit dans la maison, 
c'était d'y entretenir une pépinière de prêtres instruits, dont 
le bon exemple serait un stimulant pour les anciens moines 
comme pour les novices. 

A cette époque, les religieux de Cambron avaient une ré- 
putation assez mauvaise dans le peuple. L'impartialité nous 
a inspiré l'analyse du rapport ofiiciel du conseiller DeKulberg. 
Il y est fait mention de divers faits qui, malheureusement, 
attestent une vie déréglée; mais comme ces faits peuvent avoir 
été dénaturés ou exagérés, nous croyons prudent de les passer 
sous silence. D'un autre côté, D. Prosper a laissé dans la 
mémoire du peuple la réputation d'un homme doué d'une 
aptitude remarquable aux affaires : il fut le fac-totum de 
l'abbaye sous Léopold d'Ësclaibes ; il dirigea à lui seul onze 
procès soutenus en même temps par la communauté; parmi 
ceux-ci figurait la cause plaidée contre le seigneur de Thori- 
court et le prince de Ligne en 1743. 

On rapporte que vers ce temps, un religieux nommé 
D. Fastré (D. Fastré Rousselle ? ) maître des bois, s'était en- 
richi en gagnant à la loterie. A l'aide de ses bénéfices, il avait 
fait construire une sacristie et une bibliothèque. Il ne s'occu- 
pait plus de rien ; il avait au bas du grand escalier une 
habitation au-dessus de laquelle était le quartier de l'abbé 
(démoli sous le comte Dieudonné du Val de Beaulieu) ; il était 
dispensé d'assister aux oflices ; il avait même un domestique 
pour son service particulier. 

Les vieillards de Cambron-Casteau, et notamment un nom- 



202 DÉCADBNCE ET SUPPRESSION 

mé Nicolas Lory, qui mourut vers 1863 à Tftge de nonante- 
six ans^ ont conservé le souvenirde la joyeuse vie quecertains 
moines de Cambron menaient, tant à Tabbaye que dans les 
environs. Ceux qui avaient le goût de la boisson, pouvaient 
s'y livrerai leur aise. — Aussi les uns abrégèrent-ils leurs 
jours, et d'autres contractèrent-ils facilement la goutte. A table 
et dans la journée, les religieux avaient de la bière à discré- 
tion ; en outre chacun d'eux recevait deux bouteilles de vin 
par semaine pour traiter ses amis ; chacun disposait à cet 
effet de deux gobelets d'argent Souvent les moines allaient en 
compagnie manger des gauffres à Bauffe, à la ferme de Labri- 
que. Un jour, ils allèrent visiter le château d'Attre; le sei- 
gneur leuroffrit de vieux vins auxquels ils firent le plus grand 
honneur. 

On peut facilement se faire une idée exacte de l'influence 
pernicieuse d'un tel genre de vie sur l'avenir du monastère. 
Aussi la décadence y était-elle rapide. C'est au milieu de 
cette triste période que l'abbé Hocquart mourut le 7 octobre 
1781. 

Florent Pépin. — Il fut le quarante-quatrième et dernier 
abbé. Il était né à Mons, d'une famille honorable de magis- 
trature; le 2 mai 1727, il avait reçu au baptême les prénoms 
d'Albert-Florent-Joseph. Il avait d'abord été lecteur en théo- 
logie, et ensuite maître-des-bois et boursier. En 1772, il avait 
été choisi comme second candidat pour la dignité abbatiale. 
Le conseiller De Kulberg, dans son rapport de 1780, citait le 
boursier Pépin, comme un homme actif autant qu'intelligent. 

L'assemblée des religieux pour l'élection du successeur de 
l'abbé Hocquart, fut tenue le 30 novembre 1781, sous la 
direction du conseiller privé Sanchez de Aguilar, de l'abbé 
deBaudeloo, et à l'intervention du secrétaire du conseil 
privé, De Reul, fils. Le nombre des religieux profès était de 



DE L*ABBATB. 203 

Cinquante-huit, dont cinq nés en France et admis avant Tédit 
de 1752. Quarante-quatre moines prirent part au vote. Florent 
Pépin, le premier candidat, fut nommé par dépêche royale 
du 18 mars 1782. Il était alors âgé de cinquante-trois ans. 
Après cette nomination, le gouvernement augmenta de 1800 
florins les pensions imposées au temporel de Tabbaye; le 
chiffre de ces pensions s*éleva ainsi à 12,000 fl. par an.' 

A cette époque, les revenus de la maison montaient à 
99,030 fl. 9 s., et les dépenses, à 87,487 fl. 17 s. 3 deniers. 
L'excédant fut afiecté à l'amortissement de diverses dettes, 
ainsi qu'à la restauration, tant de l'église conventuelle incen- 
diée en 1772, que des églises et des presbytères des localités 
où Tabbaye percevait des dîmes, et qu'elle devait réparer 
conformément à l'édit de 1769. L'encaisse était de 6,000 
florins. L'examen fait alors par les commissaires, prouva 
que l'administration était bien dirigée, et que les règlements 
étaient littéralement observés. L'église, le dortoir» la biblio- 
thèque, le réfectoire et la basse-cour étaient en très bon état 
et formaient une belle et spacieuse abbaye ; toutefois le quar- 
tier abbatial, et ceux des hôtes, des officiers et des employés 
du monastère étaient dans un tel état de délabrement et de 
caducité, qu'une reconstruction était urgente. Un plan gé- 
néral des futurs bâtiments avait été dressé, conformément au 
décret du 10 juillet 1780; le devis en avait été flxé à 317,154 
fl., et l'abbé défunt avait pris les premières dispositions 
d'exécution quand la mort Tenleva. Indépendamment de ces 

1. On peut citer comme chef-d'œuvre de goût et de patience, sous le 
rapport typographique, le compliment imprimé par Henri Hoyois, deMoos, 
adressé à M. Bernard Pépin , lors de sa nomination comme supérieur de 
l'abbaye de Cambron en 1782. La composition et la forme, les vers, 
les anagrammes et l'acrosliche sont d'Hoyois, qui était un véritable 
artiste. 

Âo. Mathieu. Biographie Montoise, 



204 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

travaux, il fallait reconstruire les infirmeries de la maison 
et la ferme de Labrique, à Bauffe, restaurer celle de Seau- 
vemont ( du Châtillon ) continuer la reconstruction de celle 
de la Haie et de la censé Spinette du Sart; rebâtir le moulin 
de Neuvilles, restaurer les censés de la Haute et de Thori- 
court, ainsi que le moulin et la cure de ce village ; ce qui 
exigeait une dépense de 10,074 fl. La communauté solliciu 
en conséquence Tautorisation d'emprunter 3S0,000 fl. à 
3 1/2 p. c, à mesure que les dépenses Texigeraient. 

Les commissaires de l'élection firent connaître, dans leur 
rapport au gouvernement^ que les troubles qui, deux ans 
auparavant, s'étaient élevés dans cette abbaye, avaient entière- 
ment cessé ; qu'on y vivait en bonne intelligence, et que 
D. Prosper Le Blus, qui avait excité ces troubles, et s'était 
rendu si repréhensible par sa conduite, se comportait alors 
d'une manière telle que ses supérieurs et ses confrères s'in- 
téressaient pour qu'il récupérât les prérogatives attachées à 
son rang d'ancienneté. Aussi l'abbé fut-il autorisé à rendre 
à Le Blus les prérogatives dont il s'agit, à mitiger et à lever, 
à mesure qu'il s'en rendrait digne, les dispositions du décret 
du 10 juillet 1780 porté contre lui. 

Néanmoins, en succédant à l'abbé Hocquart, Florent Pépin 
n'avait encore qu'un bien triste héritage à recueillir. La com- 
munauté de Cambron était minée à l'intérieur par les trou- 
bles et les scandales qui l'avaient afiligée ; elle était désunie 
par les désordres et les dissensions qui avaient leur source 
dans l'insubordination , l'orgueil et Tenvie de certains moines. 

Bientôt cette abbaye sera exposée â des dangers extérieurs. 
Joseph II, empereur d'Allemagne, allait parvenir à la souve- 
raineté de nos provinces. Imbu d'idées et de tendances nova- 
trices, il ne tarda pas à vouloir faire disparaître une de ces 
institutions qui, selon lui, n'étaient plus de son époque, et 



DB l'abbaye. 205 

qui, ayant dévié de son but primitif, n'était plus qu'une sur- 
charge et un danger pour la société. 

§ III. — Première suppression de r Abbaye petidant la révolution 
des Patriotes, 1789. 

Nous renvoyons aux ouvrages relatifs à la révolution bra- 
bançonne, pour le détail des innovations administratives, 
judiciaires et religieuses que Joseph II introduisit dans nos 
provinces. Nous nous bornerons à rappeler que les évéques 
reçurent, le 28 novembre et le 5 décembre 1781, des dépêches 
par lesquelles les gouverneurs généraux des Pays-Bas les in- 
formaient que dorénavant les couvents seraient hors de la 
dépendance de leurs chefs ecclésiastiques étrangers, et qu'ils 
seraient soumis directement à la juridiction épiscopale. Ces 
instructions avaient pour effet, quant à l'abbaye de Cambron, 
de la détacher de la congrégation de Citeaux, de briser son 
affiliation avec Clairvaux, et d'en faire une communauté 
isolée. 

Le 17 mars 1783, un édit de Joseph II signifiait sa volonté 
de supprimer certains monastères qu'il déclarait inutiles, et 
d'en conserver les revenus c< à un usage plus utile et plus 
intéressant que celui qui en avait été fait jusqu'alors ». Il ne 
restait donc au gouvernement qu'à apprécier le degré d'utilité 
des maisons religieuses, et à prendre une ordonnance spé- 
ciale pour anéantir ceux qui rentraient dans la catégorie des 
couvents à faire disparaître. L'abbaye de Cambron fut alors 
classée parmi ces derniers; toutefois l'ordonnance de sup- 
pression ne fut pas mise à exécution ; il est probable que la 
gestion des biens et l'état de la communauté, n'exigeaient pas 
cette mesure rigoureuse. 

Hais cinq ans plus tard, les événements de la révolution 



206 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

brabançonne donnèrent au gouvernement Toccasion de 
frapper le monastère. L*abbé de Cambron était membre des 
États de Hainaut et la chambre du clergé dans laquelle il sié- 
geait, opposait une vigoureuse résistance à Tempereur; celui- 
ci prononça non-seulement la dissolution des Étals, mais 
encore la suppression de Tabbaye de Cambron. 

Les États de Hainaut, dans leur assemblée générale du 
mois de décembre 1787, n'avaient alloué au gouvernement 
le subside ordinaire de 1788, qu'en réclamant le redresse- 
ment des infractions i la constitution du pays, et un change- 
ment de système dans le gouvernement de nos provinces. Le 
gouvernement n'avait pas accepté cette réserve, et pour Tannée 
1789, il voulait une allocation pure et simple. Le 17 novem- 
bre 1788, les trois ordres des États, la noblesse, le clergé et 
le tiers-état se réunirent, et le comte d'Arberg, grand-bailli 
de Hainaut, les invita à accorder simplement et sans réserve, 
le subside de cinq cent mille florins demandé pour 1789. Ils 
entrèrent chacun dans leur salle, et (rois heures après, le 
clergé décida qu'il serait prématuré de s'occuper du subside 
de 1789 avant de savoir si celui de 1788 avait été accepté. La 
noblesse et le tiers-état furent aussi de cet avis. Les trois 
ordres entrèrent ensuite en séance, et une discussion s'en- 
gagea entre les députés et le grand-bailli. Aucune résolution 
ne put être prise, et la séance fut ajournée au lendemain. Le 
18, l'ordre du clergé, après une délibération préli- 
minaire, proposa aux États réunis, d'adresser une représen- 
tation au gouvernement, et de déclarer qu'ils attendraient 
une réponse avant de prendre une décision. Un très vif débat 
s'engagea; des opinions variées se produisirent, les esprits 
furent longtemps irrésolus. Enfin la proposition fut admise, 
et séance tenante, la députation des Etats commença son mé- 
moire;elle ne put le terminer qu'à quatre heures après minuit. 



DE l'abbaye. 207 

Les États y faisaient connaître qu'aussi longtemps que les 
nouveaux édits ne seraient pas rapportés, le subside de 1788 
resterait formulé comme il Tétait, et celui de 1789 serait 
tenu en suspens. Le comte d*Arberg enjoignit alors aux Etats 
de suspendre leurs séances ; les gouverneurs généraux leur 
ordonnèrent ensuite de se séparer immédiatement, et leur in- 
terdirent de s'assembler encore. 

Un message du 7 janvier 1789, envoyé par Joseph II au 
comte de TrauttmansdoriT , son ministre plénipotentiaire, 
ordonnait à celui-ci de traiter le Hainaut comme pays de con- 
quête, vis-à-vis duquel l'empereur était dégagé de toutes obli- 
gations. Les Etats furent convoqués pour le 23 janvier; mais 
ils ne s'émurent pas des menaces du souverain ; ils persis- 
tèrent dans leur refus de subside. Dès lors les mesures rigou- 
reuses ne se firent plus attendre. Deux commissaires impé- 
riaux, M. Ransonet, conseiller à la chambre des comptes, et 
M. Delevieilieuse, conseiller aulique, arrivèrent à Mons, le 30 
janvier, pour y exécuter les instructions du gouvernement. 
Ils réunirent les Éiats le même jour, et se rendirent à leur 
assemblée. Us remirent au pensionnaire une dépêche de l'em- 
pereur et une des gouverneurs- généraux aux termes des- 
quelles, les États étaient dissous, la constitution du comté 
abolie, et l'empereur entendait exercer en Hainaut l'autorité 
de conquérant. 

Le 3 et le 4 février 1789, les commissaires impériaux Ran- 
sonet et Delevieilieuse, avec le comte d'Haponcourt, colonel 
des dragons du régiment d'Arberg et gouverneur de la gar- 
nison de Mons, s'occupèrent des finances de la province. Le 
5, ils décidèrent la suppression des abbayes deCambron et du 
Val-des-Écoliers à Mons, dont les abbés avaient refusé le 
subside le 23 janvier précédent. De l'avis de d'Haponcourt, 
les monastères de S'-Ghislain et de S^-Denis avaient autant 



208 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

que les deux autres mérité d*étre supprimés ; mais on se con- 
tenta de les miner sourdement. On fit application à Tabbaye 
de Cambron de Tédit du 17 mars 1783, qui permettait la sup- 
pression des couvents inutiles, ainsi que de la dépêche des 
gouverneurs généraux des Pays-Bas du Y janvier 1789, dans 
laquelle ceux-ci notifiaient que « la manière indécente et in- 
jurieuse à son autorité (celle de Tempereur), tenue par les 
États à leur dernière assemblée générale, au sujet des sub- 
sides de Tannée courante, rengage à révoquer pour le Hai- 
naut, toutes les concessions qu'il avait eu la clémence de 4ui 
faire, et défend même de lui proposer des grâces quelconques 
pour des individus du Hainaut, et d'en proposer aucune; 
il suspend aussi toute nomination ultérieure aux abbayes de 
cette province; son gouvernement général fera, à l'aide du 
militaire, la recherche la plus exacte des personnes de toutes 
les classes et conditions qui, pendant les divers troubles, se 
sont rendues coupables par des faits, des paroles ou par 
écrit, pour les punir, selon qu'il le trouvera convenir aux 
circonstances ». 

Le 18 février, l'abbé de Cambron était à Mons avec celui 
de S^-Denis ; ils furent appelés devant M. Ransonet, qui leur 
signifia de retourner et de rester chacun dans son abbaye. 

Une dépêche royale du 21 février 1789 appliqua à Pabbaye 
de Cambron l'édit du 17 mars 1783, et des mesures furent 
immédiatement prises pour exécuter cette ordonnance. 

Le colonel d'Haponcourt se concerta avec les commissaires 
du gouvernement et les fiscaux. Ils envoyèrent à Cambron 
vingt-huit dragons, trois bas-officiers et deux officiers, tant 
pour maintenir l'ordre dans le village même, que pour gar- 
der les issues par où on pourrait soustraire des effets. 

Ce fut le dimanche gras, ou des carnavals (22 février 1789), 
à trois heures après midi, que les soldats autrichiens chargés 



DE L ABBAYE. 

de cette expédition, arrivèrent à l'abbaye. Outre les dragons 
il y avait cinquante fantassins. La moitié garda les issues ; le 
reste demeura avec les commissaires. Le maître des bois 
toutefois passa devant eux tellement chargé d*or, que le poids 
Tempêcha d'aller plus loin que le village de Cambron-Cas- 
leau. 

Voici le texte du rapport que le commandant Lebrun en- 
voya au colonel d'Haponcourt : « J'ai l'honneur de vous in- 
« former que nous avons jusqu'ici exécuté notre commission 
c( sans qu'il y ait aucune apparence de désordre : d'abord la 
ce communauté a été assemblée, à qui a été faite la lecture de 
« l'édit du 17 mars 1783 et de la commission, en conformité, 
« de M. le fiscal Gobart. L'abbé s'est trouvé trop affecté que 
« pour se rendre à l'assemblée ; le scellé a été mis sur les 
« portes des chambres, papiers ou argent, nous l'avons aussi 
(( mis sur les portes de la sacristie, tellement que nous 
« croyons avoir mis en sûreté ce qui est le plus précieux ; 
« j'ai fait garder les portes de l'abbaye et les endroits où nous 
c< croyions en être besoin. — De concert avec M. le fiscal, 
« j'ai saisi les emplacements pour loger ma troupe et les 
(c corps de garde; d'après quoi, j'espère que la commission 
« dont je suis honoré, s'exécutera sans le moindre inconvé- 
« nient. — De l'abbaye de Cambron , le SS février 1789, 
a ( Signé ) Lebrun, capitaine »• 

Le lendemain, 33 février, tout était tranquille à Cambron : 
on aurait pu faire revenir les dragons à Mons; toutefois on 
les conserva pendant qu'on dressait l'inventaire des biens de 
Tabbaye, mais particulièrement pour veiller à ce que les 
possessions et les bois du monastère ne fussent point (disent 
les rapports) pillés par les villageois des environs. Cinq ou 
six dragons à cheval se montraient continuellement pour 
intimider les pillards; et d'autres militaires gardaient les 

13 



210 DÉCADENCE BT'SUPPRESSION 

issues des bâtiments et les sept portes de Tabbaye. Nous 
ferons remarquer ici que certains paysans du voisinage, loin 
de porter secours aux moines, contribuaient à ruiner le mo- 
nastère : leur affection pour la communauté était sans doute 
beaucoup moins grande que leur ingratitude. 

Du 24 au 26 février, les dragons firent encore des patrouil- 
les dans les campagnes, pour empêcher les dommages aux- 
quels les possessions de l'abbaye étaient exposées. Le 37, 
le colonel d'Haponcourt, le fiscal et l'administrateur de Caro- 
bron, réunis à Mons, décidèrent qu'il suffirait de maintenir 
à l'abbaye trois dragons et un caporal, douze hommes d'in- 
fanterie et un caporal, sous le commandement du capitaine 
Lebrun. Ce personnel pouvait suffire à la garde intérieure et 
extérieure du monastère. Le reste des troupes rentra à Mons. 

Le 2 mars, après l'achèvement de l'inventaire, le capitaine 
des dragons Lebrun et ses soldats furent remplacés à Cambron 
par un lieutenant de Murray, un caporal et douze hommes. 
Ce détachement d'infanterie n'était utile que pour empêcher 
qu'on commît des vols dans la maison et qu'on détruisit les 
bois. Le 18 mars on avait apposé les scellés dans toute l'ab- 
baye. Les troupes n'y étaient plus utiles ; M. Kansonet requit 
de les faire rentrer à Mons. Au surplus, le numéraire en 
caisse ne se trouvait plus au monastère, car dès le commence- 
ment de l'inventaire (23 février), les commissaires Gobart, Bar- 
bier et de Konquière enlevèrent tous les fonds tant du ferme, 
que des mains de l'abbé etde tous les receveurs. Ces fonds s'éle- 
vaient à 35,611 florins 3 sols 10 deniers; ceux delarecetted'Ath 
montaient à 10,738 fl., 11 s. 1 d. et une lettre de change de 
D. Martin était de 3,000 fl.; total : 49,349 fl. 14 s. 11 d. Une 
somme de 7,698 fl. 16 s. trouvée dans la chambre de l'abbé, 
fut mise sous séquestre, bien que celui-ci eût déclaré 
qu'elle provenait de ses émoluments, tant comme maître des 
bois et boursier avant d'être abbé, que comme député aux 



DE L*ABBAYE. 211 

Etats pendant trois ans. Les commissaires lui laissèrent entre 
les mains 1633 fl. 6 s. 8 d. seulement. 

L'abbéetses moines ne restèrent pas inactifs, et ils firent tous 
leurs efibrts pour faire rapporter l'ordonnance de suppres- 
sion dont ils étaient victimes. Dès le 24 février, l'abbé écrivit 
une lettre à un personnage de la cour de Bruxelles (dont le 
nom n'est pas indiqué dans le livre noir du comté de Hainaut, 
qui la publie), personnage qui parait être M. Dotrenge, pour 
exprimer la consternation dans laquelle la communauté avait 
été jetée, et pour protester contre l'accusation calomnieusequi 
avait été portée contre lui, celle d'avoir été un des membres les 
plus opiniâtres à refuser les subsides pour les années 1788 et 
1789. Il ajoutait que pendant les troubles, sa conduite avait 
été prudente et réservée, et que ses efforts avaient tendu à 
faire accorder les subsides par la chambre du clergé. Ce per- 
sonnage (dont la signature a été supprimée dans le livre noir) 
lui répondit, le 27 du même mois, que la suppression 
de Tabbaye ne l'obligeait à aucune justification personnelle; 
que d'ailleurs le gouvernement ne pouvait suspendre aucune 
des opérations relatives à cette suppression; qu'enfin, toute 
démarche à Bruxelles serait inutile, surtout au moment où sa 
présence à Cambron était nécessaire; il lui conseillait de 
donner des preuves de sa soumission aux intentions de l'em- 
pereur en concourant, par les moyens qui étaient à sa dispo- 
sition, à procurer aux commissaires les indications et les 
facilités nécessaires à la prompte exécution de ces opérations. 
Le frère de l'abbé de Cambron, M. Â. Pépin, président du 
conseil de justice à Tournai, écrivit aussi le 28 février en fa- 
veur du monastère supprimé; il déclara que l'abbé avait em- 
ployé la dernière journée (celle du 23 janvier), depuis neuf 
heures du matin jusqu'à dix heures du soir, à rappeler au de- 
voir envers le souverain la chambre du clergé; qu'il n'avait 
quitté ses collègues que lorsqu'il y avait été forcé par l'état 



2i2 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

d'épuisement dans lequel il était tombé; que, rappelé à minait, 
Tabbé n'avait pu y retourner, et avait répondu que sa volonté 
était invariable. Le président Pépin ajoutait que sonfrèreavait 
toujours tenu la même conduite pendant les troubles, et deman- 
dait que Ton suspendit les ordres qui s'exécutaient à Gambron. 

Tous les religieux de l'abbaye, assemblés en chapitre, sup- 
plièrent Tempereur de laisser subsister la communauté, « se 
« soumettant de remplir toutes les charges et conditions qu'il 
(( plaira à Sa Majesté de leur ordonner a. Cette requête était 
signée par l'abbé Florent Pépin, le prieur Pierre de Ryckeet 
trente religieux. 

En même temps les curés, les vicaires, les mayeurs et les 
échevins des villages- voisins de Tabbaye s'adressèrent à S. M. 
pour obtenir le maintien de cette communauté. Tout en té- 
moignant leur reconnaissance envers les religieux de Cam- 
bron, pour les aumônes qu'ils distribuaient aux pauvres des 
communes environnantes, ils faisaient valoir les titres que 
cette maison pouvait invoquer à son profit du chef de la régu- 
larité, du bon ordre, de la discipline qui y régnaient, des 
bons exemples que les religieux donnaient au peuple, de la 
bonne administration de leurs biens, et surtout de leur cha- 
rité envers les ouvriers et les indigents, notamment de leur 
tolérance à laisser prendre du bois de chauffage dans leurs 
bois, et de leur générosité à porter des secours aux familles 
désolées par les maladies épidémiques. Cette supplique était 
signée du curé et du vicaire de Gages et Cambron-Casteau, 
des curés de Brugelette, de Cambron-S^- Vincent, de Lombise, 
de Thoricourt, de Fouleng, d'Horrues, de Chaussée-N.-D., de 
Neufvilles, de Montignies-lez-Lens, de Lens, de Gondregnies, de 
Silly, du vicaire de cette paroisse, et des mayeurs et des éche- 
vins de ces villages. 

L'abbé fit aussi parvenir à l'empereur, dans le but de main- 
tenir le monastère, des certificats relatifs à ses sentiments et 



DE l'abbate. 213 

à sa conduite, et ëmanaDt des membres de la chambre du 
clergé, les abbés de S^-Ghislain et de S^-Denis, le chanoine 
Demeuldre, de Soignies, le chanoine Largilliôre, de Leuze, 
des députés des États des deux autres ordres, du comte d*Auxi 
de Neufvilles, membre et député de la noblesse, du baron de 
Francqué, premier échevin de Mons, de Tancien échevin Du- 
mont, des membres du conseil de ville, Deroyer de Woldre 
et Marousé, du conseiller pensionnaire de ta ville, Deroyer, 
tous membres et députés du tiers état. 

Aucune des démarches qui furent faites à cette époque, ne 
produisit de résultat. Les religieux quittèrent l'abbaye de 
Cambron le 37 mai 1789, et se retirèrent en Hollande dans 
leurs vastes propriétés. 

Le gouvernement fit ensuite consommer la suppression de 
cette communauté en vendant, en deux séances, les meubles 
et le bétail. On trouve aux archives de TÉtat à Mons, l'aflSche 
de la vente qui a eu lieu, de par TEmpereur et Roi, en 
la cour de l'abbaye de Cambron, le lundi 17 août 1789 et les 
jours suivants, à huit heures du matin et à deux heures après- 
midi ; le mobilier et le vin de Bourgogne de la récolte de 1788 
y étaient détaillés ; on y annonçait pour le 24 la vente des 
voitures, des chevaux, des vaches, des volailles et des vins en 
cercles ; enfin, pour le 2S, celle des arbres et du bois à brûler. 
Les ornements d'église, les vases sacrés et d'autres argenteries 
furent expédiés à la monnaie à Bruxelles. 

A la criée du 17 août, un fripier de Mons nommé Vander- 
ghem, acheta six chaises garnies en damas pour 27 florins, 
six autres pour 23 fl., trois bergères pour 12 fl., trois autres 
pour 14 fl., un canapé pour 73 fl., un lit de chamoise 80 fl., 
un de damas 30 fl.; sept pièces de vin de Beaune furent adju- 
gées pour 880 fl. 

D'autres ventes avaient été faites antérieurement, et d'autres 
eurent lieu postérieurement à cette date. On vendit alors le 
mobilier de la ferme du Pont-de-Lens. 



214 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

Le sieur N... M.., de Mons, fut chargé de procéder à la plu- 
part de ces ventes. En voici le produit : le 19 juin 1789, on 
vendit des bestiaux pour la somme de 10,900 fl., ainsi que 
des vins et des provisions pour S,976 fl. 19 sols ; le 17 août 
et les jours suivants, les meubles et les effets rapportèrent 
7,44S fl. 17 s.; le S septembre, la vente de la paille et du fu- 
mier procura une recette de 692 fl. 19 s.; enfin, le 13 octobre, 
on vendit encore des meubles pour une somme de 2,46S fl. 
14 s. Le total s'élevait à 32,807 fl. 18 s. 

Le sieur Masquelier versait les fonds à la caisse provinciale 
de religion à Mons à mesure que les rentrées s'opéraient, et 
ces fonds étaient envoyés au trésor à Bruxelles. Voici un reça 
qui constate ce mode de recouvrement : « Les employés prin- 
cipaux à la caisse provinciale de Hons ont remis au trésor 
royal la somme de 19,000 fl. 2 patars 11 deniers, argent cou- 
rant, provenant de la vente d'une partie des effets de l'abbaye 
supprimée de Cambron, et déposée à ladite caisse par le sieur 
Nicolas Masquelier. Bruxelles, le 16 novembre 1789. » 

Quant aux immeubles de l'abbaye, comme il n'y avait 
aucune urgence de les aliéner, le gouvernement n'avait provi- 
soirement pris aucune décision. Au milieu de l'année 1789, 
il reçut des propositions d'achat assez singulières pour que 
nous les rapportions. 

La comtesse douairière d'Anteroche, née baronne de Re- 
ding, par lettre datée de Mons, le 28 juin de la môme année, 
demanda au gouvernement de lui vendre l'abbaye de Cam- 
bron. Elle se proposait de faire une coupe de bois, de défri- 
cher ensuite un terrain boisé pour le mettre en culture, de 
convertir l'abbaye en maison de campagne, et d'employer 
l'église comme chapelle. Elle faisait valoir, pour obtenir cette 
faveur, les antécédents de sa famille, qui avait toujours rendu 
des services à l'empire. Elle se prévalait de sa fidélité envers 
le gouvernement. Elle faisait remarquer que l'empereur, en 



DE L*ABBATB. S16 

lai cédant cette abbaye, prouverait aux révoltés qu'il récom- 
pensait ceux qui avaient usé de leur prépondérance pour en- 
gager les habitants de Mons et ceux des campagnes, à rester 
soumis à leur souverain ; et que cette vente étonnant le pu- 
blic, serait un coup d'éclat qui humilierait les rebelles. 

Le 4 juillet suivant, dans une autre lettre dont la baronne 
de Feret était co-signataire,cette solliciteuse renouvelait Toffre 
d'acheter l'abbaye; mais, ayant modifié ses vues en leur donnant 
un caractère d'utilité publique, elle proposait d'établir dans 
l'enclos un asile où six veuves d'officiers recevraient le loge- 
ment et la nourriture; elleaurait donné la préférence aux dames 
qui auraient été désignées par l'empereur ou le gouverneur 
généra], pourvu qu'elles parlassent le français, car elle necom- 
prenait pas l'allemand. Elle aurait augmenté le nombre de ces 
pensionnaires, si les bénéfices qu'elle espérait réaliser le lui 
avaient permis. Les dames ainsi reçues auraient remplacé; à 
l'égard du gouvernement, les personnes qui touchaient des 
pensions payées par la communauté, et connues sous le nom 
de paim îiMaie. Lors de la nomination de l'abbé Florent 
Pépin, ces pensions furent fixées à une somme totale de- 
12,000 florins par an. 

La pétitionnaire disait avoir déjà choisi les fermiers qu'elle 
devait placer dans la basse-cour de l'abbaye : c'étaient d'an* 
ciens locataires des propriétés de sa famille; connaissant leur 
aUachement au souverain, elle les avait envoyés dans les vil- \ 
lages voisins de la terre d'Athis (appartenant à son neveu, le 
baron de Reding), pour empêcher que ces villageois ne pris- 
sent part aux troubles. Ces fermiers avaient iréussi dans leur 
mission, et les Borins avaient répondu à ses désirs. Pour le 
cas ob le gouvernement ne lui vendrait pas l'abbaye, la ba- 
ronne recommandait ses fermiers pour obtenir la préférence. 
Revenant à ses projets, elle aurait fait construire des habita- 
tions sur le terrain de l'abbaye; l'église serait devenue unç 



216 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

paroisse; dans le délai de six ans, elle comptait y élever un 
beau village. Elle aurait fait des plantations sur les bords des 
grands chemins ; elle aurait introduit dans cette localité, l'édu- 
cation des abeilles ; elle devait faire cultiver comme en Cham- 
pagne, la navette, dont la fleur aurait servi à la nourriture 
des mouches, et dont la graine aurait produit de bonne huile; 
cette culture exigeait moins de travail que celle du colza. Elle 
aurait aussi fait élever des vers à soie : elle connaissait la ma- 
nière de les faire réussir comme en Languedoc, de les soigner 
dans leurs maladies, enfin de filer la soie destinée au com- 
merce. Elle aurait enfin créé des prairies artificielles, à l'aide 
de la luzerne, que Ton fauche trois fois par an. 

Ces projets, qui respiraient ce qu'on appelle le progrès, ne 
furent sans doute pas de suite approuvés par le gouverne- 
ment; quelque temps après, ils n'étaient plus réalisables. 
Pendant les mois d'août et de septembre 1789, l'agitation de- 
vint générale en Belgique, et la révolution organisa des 
moyens de défense. Un grand nombre de Belges, réunis dans 
les environs de Bréda, y formèrent une armée dans le courant 
d'octobre : le 27 du même mois, ils remportèrent la victoire 
de Turnhout sur les troupes autrichiennes. 

{ IV. — Rétablissement de l'abbaye par les autorités provinciales 
du Hainaut. 

La révolution des Patriotes fit de rapides progrès. Dans le 
courant de novembre 1789, l'armée brabançonne occupa la 
Flandre et le Brabant, et une colonne de Belges se dirigea sur 
Namur. D'Haponcourt, devenu général-major, reçut l'ordre 
de marcher au secours de cette place; il quitta Hons le 21 
du même mois. Le ministre de TrauttmansdorfT et le capi- 
taine-général d'Alton, abandonnèrent Bruxelles le 12 dé- 
cembre suivant. Le gouvernement autrichien s'était ainsi 



DE l'abbate. 217 

retiré, et, en l'absence de tout pouvoir, des commissions lo- 
cales s'établirent dans chaque ville. Le comité local de 
Mens, qui 8*était formé dès le 26 novembre, décida la réunion 
d*un comité général pour la province; le 10 décembre, les 
villes du Hainaut furent invitées à envoyer des députés à 
Mons le 15 du même mois. Le comité général des députés 
des villes s'assembla au jour fixé, et prit diverses mesures 
pour le rétablissement de Tordre; le lendemain 16, il convo- 
qua les États de Hainaut pour le 21, à VeSei de déclarer la 
liberté et l'indépendance du pays. Le 17, il rendit un appoin- 
lement sur requête autorisant les religieux de Cambron à 
rentrer dans leur abbaye. Quelques religieux exécutèrent, le 
jour même, cette ordonnance en reprenant possession de la 
maison. Ce jour là, l'abbé, le prieur, Pierre De Rycke, et dix- 
neuf religieux adressèrent aux États de Hainaut une requête, 
qui lui fut transmise par une le**re de l'abbé Florent Pépin 
datée du 21, et par laquelle ils sollicitaient leur rétablisse- 
ment. Le 21 décembre au soir, les moines rentrèrent à 
l'abbaye, après avoir soupe à la ferme de Labrique, à Bauife. 
Par des résolutions du 23 et du 26 du même mois, les États 
maintinrent les pétitionnaires dans leurs propriétés et dans 
leurs droits, et requirent les fermiers, locataires, censiers, 
vassaux, tenanciers et autres personnes indistinctement qui 
pouvaient être débitrices de l'abbaye, d'acquitter leurs rentes, 
rendages, fermages, prestations et toutes autres redevances. 
Us ordonnèrent de mettre en sûreté les papiers et les effets de 
l'abbaye, comme on l'avait fait à Ath. Us annulèrent, comme 
inconstitutionnel, tout ce qui avait été fait au préjudice de la 
maison depuis l'expulsion des religieux, et ils ordonnèrent 
la réintégration de tout ce qui, depuis lors, avait été vendu, 
ou transporté illicitement au dehors . Cette dernière partie de 
la résolution des États, répondait à un avis que les moines de 
Cambron avaient donné au comité général, savoir que les 



218 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

agents qui, depuis la suppression, s'étaient ingérés dans l'ad- 
ministration des biens de Tabbaye, avaient pris la fuite sans 
présenter de compte, et sans remettre les papiers dont ils 
s'étaient emparé. 

Les États de Hainaut avaient été puissamment secondés 
depuis 1787, dans leur résistance à Tempereur, par le clergé 
et parles maisons religieuses : on s'explique ainsi l'empres- 
sement qu'ils mirent à rétablir la plupart des monastères 
supprimés. 

La population était sans doute en grande jubilation en pré- 
sence des succès de la révolution. C'est ce qui aura excité la 
verve d'un poète du pays : on a conservé sa production lyri- 
que; elle fut imprimée à Mons par le typographe Monjot, en 
quatre pages in-4° sans date, ni lieu, ni nom d'imprimeur 
(Bibliothèque de M. Léop. Devillers). La voici : 

CHANSON 

sur le rétablissement de l'abbaye de Cambron. 

Sur l'air : Jt Cai planté Je l'ai vu naître, 

1. 
Quel jour heureux vient de paroître 
Aujourd'hui sur notre horison ! 
Jour désiré ! qui voit renaître 
La solitude dans Cambrou. (bis.) 

2. 
Après six siècles d'existence, 
On veut, Cambron, t'anéantir : 
C'est tes biens , c^est ton opulence 
Q'un despote veut envahir, (bis.) 

3. 
C'est par des ordres sanguinaires, 
Que tu vis, les larmes aux yeux. 
Sortir tes braves solitaires 
De ton séjour délicieux, (bis.) 



DE l'abbate. 219 

4. 
Par des scélérats outragée. 
Tu vis tes autels renversés : 
Tu vis encor toute éplorée. 
Tes murs, tes temples dévastés, (bis.) 

8. 
Pour mettre le comble à Tinjure, 
Cette troupe de forcenés 
D'une main perfide et parjure 
Profane tes vases sacrés, (bis,) 

6. 
Tes prières les plus touchantes 
Celles de tout le Pays-bas, 
Tes supplications instantes 
Ne purent fléchir ces ingrats, (bis.) 

7. 
En vain Ton voit couler (es larmes : 
Joseph jaloux de ton bonheur, 
Joseph à tes justes alarmes 
Pour jamais sut fermer son cœur, (bis.) 

8. 
Mais le Maître des destinées 
Comble nos vœux les plus ardents ; 
Il éloigne de nos contrées 
Et nos bourreaux et nos tyrans, (bis.) 

9. 
Chassés de notre domicile, 
Exposés à mille combats. 
Il nous rappelle en cet asile 
Pour y vivre jusqu'au trépas, (bis.) 

10. 
Par tes chants, tes cris d'allégresse, 
Cambron fais retentir les airs, 



S20 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

Et bénis la main vengeresse 

Du Dieu, qui vint briser tes fers, (bis.) 

H. 
Reconnois aussi le courage 
De nos généreux défenseurs, 
Leur conduite prudente et sage 
Vient terminer tous nos malheurs, (bis,) 

12. 
Oui, c*est vous, vaillans Patriotes, 
Guidés par la Religion, 
Qui chassez ces affreux despotes. 
Qui faites revivre Cambron. (bis.) 

FIN. 

Nous avons reproduit ces couplets , non pas pour leur 
mérite littéraire, mais comme échantillon du style de Tépo- 
que, et des sentiments que le clergé éprouvait alors pour 
Joseph II. L*auteur présumé de cette canzonetta anonyme est 
l'avocat Le Mayeur, qui s'était fait comme on sait, le Tyrtée 
ou le Chiabrera de la révolution. 

Malgré cette réintégration légale dans leurs biens, les religieux 
de Cambron n'avaient pas recouvré ce que les agents du gouver- 
nement leur avaient enlevé au milieu de l'année 1789. Aussi 
voit-on, par requête du 18 janvier 1790, Tabbé et les religieux 
réclamer devant les États, les titres et les papiers essentiels à 
la conservation de leurs propriétés ; Targenterie et les orne- 
ments envoyés à la monnaie à Bruxelles; les orgues qui avaient 
été transportées à Bruxelles, en l'église de SWacques-sur- 
Caudenberg; les autres meubles qui avaient été vendus; en- 
fin, le produit de la vente qui avait été emporté par le com- 
missaire Ransonet. Ils chargèrent en même temps D. Maur 
Mesnage de réclamer près du conseil de Brabant et de tous 
autres, la restitution des objets mentionnés dans les inven- 



DE l'abbaye. 221 

taires. Ce mandataire réclama en conséquence une valeur de 
10,302 fl. 2 s. en six lingots, provenant des argenteries 
fondues à la monnaie, et qui n'avaient pas encore été remis à 
la caisse de religion, plus une somme de 19,012 fl. 2 s. pour 
le prix de vente d'une partie de leurs effets et meubles. 

L'abbé et les religieux dénoncèrent ensuite aux États de 
Hainaut l'huissier R..., d'Ath, qui avait assigné, le 25 fé- 
vrier 1790, les fermiers Noël Cattier, de Cambron-Casteau, et 
Paillot, de Montignies-lez-Lens, en paiement d'objets achetés 
à une vente faite à Cambron par le sieur N... M..., alors fu- 
gitif. Fis faisaient connaître que ces deux acquéreurs avaient 
dénié à l'huissier le droit de les poursuivre à la requête de 
M..., vu que celui-ci avait disparu; mais R... leur avait 
opposé des quittances signées par M...., et des lettres 
écrites par la femme de ce dernier: ce qui équivalait à 
une procuration. Les États ordonnèrent à l'huissier R..., 
le 27 février 1790, de remettre immédiatement entre les mains 
du conseiller L.-J. Papin, les quittances du sieur M..., 
préposé à la vente des effets des religieux. L'huissier n'obtem- 
péra pas à cet ordre; loin de là, il menaça encore d'autres 
acheteurs de les contraindre s'ils ne payaient pas dans les 
huit jours, quoiqu'il sût bien que M... n'avait plus qua- 
lité pour opérer ces recettes. Cette affaire se termina enfin de- 
vant le conseil souverain de Hainaut : les religieux obtinrent 
gain de cause par une apostille du 1^' mars 1790, signée 
Maugis. 

Ils furent aussi obligés d intenter un procès à l'avocat De 
Ronquière, ci-devant greffier d'Ath ; leur requête est datée du 
12 juillet 1790 ; le 30 août, ils chargèrent l'avocat Pépin de 
le poursuivre. 

A cette époque, la révolution des Patriotes était déjà très 
compromise. Joseph II était mort et son successeur au trône 
impérial, son frère Léopold II, fit spontanément aux Belges 



222 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

des propositions d'arrangement. Les partis révolutionnaires 
se neutralisaient l'un l'autre, et Tarmée autrichienne rentrait 
en Belgique. La nation voulut porter un coup décisif. Les 
Etats de Hainaut firent une levée de volontaires, réunirent des 
fonds, amassèrent des approvisionnements, et contribuèrent 
puissamment à la formation d'un corps d'armée qui se réunit 
à Fleurus le 4 septembre 1790. L'abbaye de Cambron fit de 
grands sacrifices en faveur de la cause des Patriotes. Dans un 
état des frais et dépenses depuis la rentrée des religieux jus- 
qu'au 1** avril 1793, on trouve, sous la rubrique : « Débours 
« fournis aux États pour la patrie : — Payé trois trimestres 
c< de SO hommes à 10 pafars par jour, porte la somme de 
(( 6843 fi. 15 s.^ ; — fourni quatre canons de 30 louis 
(€ chacun, porte 1868 fi.; ... . — dons gratuits donnés aux 
« États, 78,411 fl. 18 s.; — fourni aux mêmes un capital à 
« intérêt de 18,286 fl. 13 s. 4 d. » 

Le compte de D. Maur Mesnage renseigne, d'un autre côté, 
que l'abbaye fit aux États de Hainaut un don gratuit de 
200,000 livres pour ijndemniser ceux qui avaient été lésés par 
la révolution, et que ce à la recette générale des États de Hai- 
cc naut, a été donné 60,000 livres à intérêt de 4 ^ p. 7« en six 
ce obligations de 10,000 livres chaque ». 

Ces énormes sacrifices n'empêchèrent pas la restauration 
autrichienne. L'armée patriote, entièrement battue et dé- 

i. Tableau de la souscription patriotique de la province de Hainaut, 
no 8965 du Catalogue de la Bibliolhèque publique de Mons. On y lit, p. 4 
c( M'* les Abbé et Religieux de Cambron, 50 hommes, un an ; » p. 7 
« M' Léonard Vandamme, fermier de Cambron-S»-Vincent, 981.; » p. 8 
a W Lefebvre, fermier de la Mairie de Cambron, 63 1.; » p. 9 : « H^* les 
(c Maïeur et Habitants de Cambron-rAbbaye, 295 I. 12 s.; » p. 48 : 
c( Carlier, curé de Cambron, 50 1.; » p. 20 : « M. L.... (Labrique), fermier 
c( à Cambron, 64 1. 6 d.; Dom Robert, receveur de Tabbaye de Cambron, 
c( à Ath, 12 1. 12 s.; » p. 46 : (c M^« la veuve Jacques-Philippe Degauquier, 
a de Cambron-S^Vincenl, 18 1. 18 s. » 



DE L*ABBAYE. 223 

sorganisée, fut réduite à se replier en septembre et octobre; 
elle se réduisait à un faible noyau lorsque, le 21 novembre, 
les États généraux choisirent pour souverain héréditaire, l'ar- 
chiduc Charles d'Autriche, troisième fils de l'empereur Léo- 
pold. Le 30 du même mois, un corps d'armée impérial entra 
sans résistance à Mons ; et, le 1<^' décembre, les Etats de Hai- 
naut reconnurent l'empereur pour leur souverain. 

Un calme absolu régna alors dans nos provinces, et l'on 
songea à cicatriser les blessures profondes que la révolution 
y avait faites. Pour nous borner à l'abbaye de Cambron, nous 
dirons qu'outre les dépenses prémentionnées, on a estimé à 
10>000 florins les pertes qu'elle avait subies du chef de la sup- 
pression ; et les achats de meubles de toute espèce qu'elle dut 
faire à la rentrée des religieux, s'élevèrent à 4S,000 florins, 
non compris ce qui fut payé par l'abbé. 

Au commencement de 1791, le gouvernement autrichien 
prit diverses mesures d'ordre et de régularisation. Entre 
autres, il donna une déclaration, en date du 21 mars, à 
Bruxelles, qui confirmait le rétablissement de l'abbaye de 
Cambron '. 

A peine l'abbaye était-elle reconstituée, que l'on constata 
que les ferments de trouble et de discorde n'en avaient 
point disparu. Un moine nommé Charles Lebrun, natif de 
Pommerœul, alors âgé de soixante-trois ans et qui avait été 
directeur de l'abbaye de Clairefontaine près d'Arlon, porta 
une plainte devant le conseil privé contre son abbé, qu'il ac- 
cusait d'avoir levé de fortes sommes d'argent pour recruter 
et payer des soldats patriotes, et de les avoir fait marcher 
contre les impériaux sous la direction de religieux; il de- 

1. Articles remis au général Ferrari dans les négociations tentées à 
Bruxelles par lui, 21 décembre 1789 : «8^. Les couvents supprimés reste- 
ce ront supprimés, k Texceplion des abbayes de Parc et de Cambron. La 
a caisse de religion sera administrée par les Ëiats ». 



m DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

mandait que radministration des biens fût retirée à Tabbé, 
qui s*était fait haïr par sa conduite; il déclarait qu*il quittait 
Tabbaye sans regret, et il offrait ses services pour la garnison 
ou rhôpital de Luxembourg, ou d'une autre place, moyen- 
nant une pension qui lui serait allouée. 

Le conseil privé, par décision du 22 juin 1791, éconduisit 
le pétitionnaire, qu'il regardait comme un religieux fatigué 
de son état, et qui prenait son recours au gouvernement pour 
se soustraire à un joug qu'il s'était lui-même imposé. « Tout 
« ce qu'il avança, litron dans le protocole, ne sont que des 
« allégations vagues, des reproches sans preuves contre son 
(c supérieur, qu'il taxe d'avoir donné dans le patriotisme pen- 
ce dant la révolution, tandis que l'on sait d'ailleurs que cet 
« abbé n'a pointété un de ceux qui se sont distingués pendant 
« ce temps ; et cela est même si vrai qu'il a su éviter adroite- 
ce ment de fournir dans les levées faites par les Etats de Hai- 
c< naut sur le clergé, et que d'ailleurs dans la dernière assem- 
ce blée de ces Etats, c'est lui qui a le plus contribué au sacri- 
« fice qu'a fait le clergé de Hainaut pour subvenir à la dette 
« publique. » 

L'abbaye de Cambron fut sans doute satisfaite du témoi- 
gnage de dévouement qu'elle recevait du conseil privé ; 
aussi trouve-t-on que, dans le courant de l'année 1792, elle 
livra à l'armée autrichienne 600 cordes de bois, à 10 livres 
chacune, soit 3,000 florins, et elle remit à l'empereur Fran- 
çois II un don gratuit de 60,000 livres pour les besoins de la 
guerre. 

Un peu plus tard la France déclarait la guerre à l'Autriche, 
et le général Dumouriez remportait la victoire de Jemappes, 
sur les troupes impériales (le 6 novembre 1792). Cet événe- 
ment répandit la terreur parmi les religieux de Cambron, et, 
pour les mettre à m^mede se retirer si l'armée française entrait 
àTabbaye, on fit, le 9 novembre, une distribution de 40 



DE L*A6BATE. 225 

couronnes impériales à chacun des 31 religieux qui y étaient 
présents. D.Haur Hesnage,receveur de la communauté, effec- 
tua de ce chef une dépense de 7,812 livres ; quelques jours 
après, il remit au prieur 20 couronnes de France, pour aller 
avec D. Charles, trouver le général Dumouriez à Hons, soit 
130 1. 13 s. ; et il déboursa 380 1. 6 s. pour payer soit des 
estafettes, soit des exprès envoyés au même général, à l'abbé 
et à d'autres personnes, soit des sauvegardes établies dans la 
maison pendant plusieurs semaines. 

Dumouriez, à peine entré à Mons, envoya à Tabbaye de 
Cambron le réquisitoire suivant : 

« Armée de Belgique. — Emprunt. — Les besoins de Tar- 
mée de la République françoise que je commande, exigeant 
un emprunt de numéraire ; — Je requiers les abbé et reli- 
gieux de Tabbaye de Cambron, chemin d*Ath, de verser en 
dedans quatre jours dans la caisse du payeur général de Tar- 
mée de Belgique, à la disposition du commissaire général de 
ladite armée, la somme de deux cent mille livres en argent 
courant de Brabant, lequel versement sera fait à raison de 
cinquante mille livres par jour, promettant, au nom de la 
République françoise d'effectuer la restitution de la somme 
susdite dans le temps et aux termes qui seront fixés de con- 
cert avec la trésorerie nationale.* — Au quartier général à 
Mons, le 9 novembre 1792, l'an 1*' de la République. — Le 
général d'armée, (signé) Dumouriez. » 

(c Aux abbé et religieux de l'abbaye de Cambron. » 

Celte pièce, qui existe en original aux archives du royaume, 
présente deux ratures importantes aux mots : « la somme 
de deux cent mille livres » on a effacé le mot deux; et au pas- 
sage : a en dedans les quatre jours y>, on a bâtonné le mot 
QUATRE. La communauté obtint sans doute des délais, ainsi 
qu'une réduction de moitié sur la taxe primitive. Les com- 
missaires de guerre de l'armée de Belgique donnèrent à 



336 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

D. Maur Mesnage, des reçus pour divers paiements partiels 
qu'il effectua, savoir : le 30 novembre 1793, 10,000 florins de 
Brabant; le 3 décembre, 5,000 ; le 14 du même mois, 3,000; 
le 33 dito, 7,000; le 3 janvier 1793, 3,000, et le il 
du dit mois, 13,000; ce qui faisait un total de 40,000 florins, 
ou 80,000 livres. D. Maur paya certainement encore 10,0000., 
car il porte en compte une dépense totale de 50,000 fl. 

Il paya aussi à la municipalité d*Ath, qui exigeait 16,0000., 
un à compte de 1606 fl. 10 s. 

Les commissaires français, militaires et civils, firent 
des levées de fonds, à Tabbé et aux receveurs de rabbaye,jus- 
qu*à concurrence de 18,080 fl. 

En outre, on nourrit à l'abbaye, pendant au moins deux 
mois et demi, 40 hommes, officiers et soldats, 13 à 15 che- 
vaux, et on livra 15 voitures de foin pour l'armée. 

Il fut aussi payé au citoyen Harcellin, receveur du trésor 
national, 63,996 1. 19 s. 3 d., pour quote-part de la contribu- 
tion de 350,000 1. imposée par le représentant Laurent; et 
aux commissaires Jacotot et Bar, le premier militaire et le 
second civil, en 1793, une autre somme de 15,157 1. 19 s. 
D. Maur rapporte de plus que les Français à leur sortie du 
pays en 1793, enlevèrent la croix, la bague et la montre en 
or de Tabbé, du linge et des vêtements, 15 couverts de table, 
13 cuillers à café, 3 chevaux et un mulet de basse-cour. 
Enfin, le prieur fut contraint de leur donner 30 louis. 

La pièce suivante constate la manière d*agir des commis- 
saires français à cette époque, pour faire disparaître la preuve 
des recettes qu*ils avaient efifectuées: « Je soussigné prieur de 
Tabbaye de Cambron, déclare et atteste que le 34 mars 1793, 
pendant les vêpres, le citoyen Couteau, commissaire, s^étant 
rendu en la chambre de D. Maur, receveur, exigeant immé- 
diatement la clé, il enleva les acquits que les commissaires 
Jacotot et Bar lui avaient donnés pour une somme de 



DE l'abbaie£. 227 

15,137 fl- 19 sols, qu'ils avaient touchés en différentes fois de 
D. Maur. — Fait à Cambron, le 19 mars 1794. (Signé) F. Ro- 
main Maleingreau, prieur. » Il est à présumer que ces comp- 
tables avaient détourné cette recette à leur profit. Dès que 
leurs quittances avaient disparu, ils pouvaient nier avoir reçu 
la somme. 

Nous avons un peu anticipé sur les dates , afin de ne pas scinder 
les renseignements financiers que nous possédons sur cette 
première période de l'invasion républicaine. Nous allons 
rétrograder au 21 novembre 1792, pour parler d'une tentative 
de coup d'État qui avait pour but d'élever le religieux 
D. Charles Lebrun à la dignité abbatiale. Un détachement de 
troupes commandé par le citoyen Lebrun, frère de ce reli- 
gieux, intervint sérieusement; néanmoins le projet échoua, 
et l'on 56 borna à nommer D. Charles administrateur pro- 
visoire. On trouve les détails de cette singulière expédition, 
dans le procès-verbal d'une enquête qui fut ordonnée à ce 
sujet par les Etats de Brabant, pièce qui repose aux archives 
du royaume. 

Le 21 novembre 1792, vers sept heures du soir, le citoyen 
Lebrun, membre adjoint du comité révolutionnaire belge- 
liégeois, arriva de Bruxelles au monastère de Cambron, et 
s'annonça en qualité de commissaire du général Dumouriez. 
Il se rendit immédiatement après à la chambre de son frère 
D. Charles, et eut avec lui une conférence de trois quarts 
d'heure environ. Après cet entretien, il fit connaître aux re- 
ligieux que le lendemain, il leur ferait part de sa commission. 
En effet, il les assembla, le 22, au petit réfectoire, et à la suite 
d'un court préambule, il leur proposa de choisir un nouvel 
al^. Les moines furent étonnés de cette étrange proposition, 
et ils demandèrent un délai pour faire rentrer tous leurs con- 
frères qui étaient absents,et qui devaient concourir à l'élection. 
Ce ne fut qu'avec peine qu'ils obtinrent un ajournement, ac* 



228 DÉCAURNCR ET SUPPRESSION 

cordé du reste sans aucune fixation de temps. Après cette dé- 
cision, Lebrun retourna à Mons. 

Le 23 novembre, vers dix heures du matin, les citoyens 
Lebrun et Senault, tous les deux commissaires de la ville de 
Mons, arrivèrent avec un détachement de sept dragons; a 
à deux heures et demie, ils réunirent au son de la cloche, 
les religieux au petit réfectoire. Ils leur donnèrent lecture 
des pouvoirs dont ils étaient porteurs, et déclarèrent qu'ils 
venaient établir un administrateur provisoire, ainsi qu*ils en 
avaient le droit. Sur cette singulière énonciation, plusieurs 
religieux firent remarquer qu'il était inutile de les réunir à 
cette fin, et qu*ils ne concevaient pas qu*après avoir proposé, 
Tavant-veille, de choisir un nouvel abbé, on se contentât 
en ce moment d'un administrateur provisoire.A cette observa- 
tion, le citoyen Lebrun répondit que l'élection était déjà faite 
à Bruxelles. Un grand silence régna ensuite, et plusieurs 
membres de l'assemblée se retirèrent. Alors les commissaires 
dressèrent un acte portant nomination de D. Charles Lebrun 
à la place d'administrateur provisoire de l'abbaye. Ils réuni- 
rent de nouveau les religieux, et leur donnèrent lecture de 
l'acte auquel ceux-ci n'avaient pris aucune part. Pendant la 
séance, le citoyen Lebrun avait introduit un capitaine dans 
l'assemblée et fait placer à l'entrée de la salle, deux dragons 
ayant le sabre nu à la main et deux pistolets à la ceinture, 
dans le but d'intimider les moines. 

Avant de lever la séance, le citoyen Senault avertit la com- 
munauté que, le lendemain, les commissaires recevraient les 
plaintes qu'on aurait à porter contre l'abbé. 

A la suite de cette opération arbitraire, les religieux lan- 
cèrent une protestation contre la nomination qui venait 
d'être faite. 

Voici, du reste, le texte de la pièce en vertu de laquelle 
Lebrun et Senault avaient procédé: 



DE l'abbaye. 229 

ce Le comité révolutionnaire des Belges et Liégeois réunis 
chargent {sic), d'après les ordres du général Dumouriez, le 
citoyen Lebrun, adjoint au dit comité, de faire procédera la 
nomination d*un abbé à Cambron, dont l'abbaye est vacante 
par la fuite du sieur Pépin. — Donné au comité séant à 
Bruxelles, le 21 novembre 1792. (Ont signé) Â. Balsa, prési- 
dent, J.-B. Degeneife, Hayoit, adjoints. » 

Les États de Brabant, ayant eu connaissance de la mission 
qui avait été confiée au sieur Lebrun, déléguèrent deux 
membres de l'administration provisoire delà ville libre d'Ath, 
Pierre-François Dubois et J. Ippersiel, pour procéder sur les 
lieux à une enquête. Ceux-ci, munis de leur commission, 
arrivèrent à Cambron le 24 novembre. Lebrun était absent, 
mais son collègue Senault y était resté. Les délégués repré- 
sentèrent à celui-ci que la nomination que lui et Lebrun 
avaient faite la veille, était illégale et attentatoire aux droits 
des religieux; qu'elle excédait les pouvoirs des administra- 
teurs de Hons, et qu'elle n'avait été autorisée que sur de 
fausses déclarations faites à Dumouriez sur la prétendue fuite 
de l'abbé Pépin. Ils firent connaître à Senault que, sans s'ar- 
rêter aux opérations du 23 novembre, ils allaient inviter les 
religieux à user de leur liberté et à ne faire que ce qui leur 
paraîtrait convenable. C'est en effet ce que firent les délégués 
d'Ath ; ils reçurent alors des religieux l'acte de protestation 
rédigé la veille contre la nomination de Charles Lebrun ; les 
moines nièrent avoir reconnu la nécessité d'un administra- 
teur provisoire et avoir chargé aucun de leurs confrères de 
demander l'intervention des administrateurs de Mons; ils 
ajoutèrent avoir déclaré que leur abbé était au refuge de Mons; 
et que Lebrun leur avait alors avoué qu'il le savait bien, 
mais quMl ne voulait point paraître le savoir. 

Les délégués dressèrent, le 25 novembre, procès-verbal de 
ces dires, et signèrent avec le sous-prieur F. Edmond en 
l'absence du prieur, F. G. Huart. 



S30 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

Le comité révolutionnaire qui avait envoyé le citoyen Le- 
brun à Cambron, ne tarda pas à être désavoué. La commu- 
nauté obtint l'arrêté suivant : « L'assemblée des Représentants 
de la ville libre de Brusselles aiant (sic) en rapport de Tordre 
donné par le comité révolutionnaire des Belges unis, le 21 
de ce mois, qui charge le citoyen Le Brun de faire procéder 
à la nomination d'un nouvel abbé de Cambron, à cause que 
l'abbé actuel est supposé en fuite, déclare qu'elle ne peut 
regarder cet ordre que comme une surprise faite au comité 
révolutionnaire, qui a bien voulu se charger de faire la ré- 
volution, et non de faire nommer aux places vacantes dans 
la Belgique, surtout qu'il existe déjà dans ces contrées des 
Représentants provisoires du peuple belge. — En consé- 
quence, l'Assemblée renvoie cette affaire aux administrateurs 
provisoires de la ville de Mons et les invite, sur les pièces 
originales à leur produire, de ne pas souffrir cette injustice. 
— Fait à Brusselles dans l'assemblée générale desdits repré- 
sentants, le 24 novembre 1792. (Ont signé) Sandelîn, vice- 
président; J. Michiels, secrétaire. » 

Le prieur de Cambron présenta cette pièce le 26 novembre, 
aux administrateurs provisoires d'Ath, qui la visèrent et 
l'envoyèrent aux administrateurs provisoires de Hons, pour 
faire connaître à ceux-ci combien la réquisition qu'ils avaient 
donnée aux citoyens Lebrun et Senault, était sans fonde- 
ment. 

Il nous reste à expliquer comment l'audacieuse tentative 
conçue au profit de D. Charles Lebrun, put recevoir un 
commencement d'exécution. Le 18 novembre, l'abbé Florent 
Pépin était avec D. Martin Dubois à S^-Nicolas, où il s'était 
rendu pour visiter dans les environs, les nouvelles digues 
des fermes de l'abbaye et les plantations de colzas ; il devait 
aller ensuite à Bruxelles et à Mons pour réunir des fonds, et 
pour régler les affaires de la maison. Le 16 novembre, i( 



j 



DE l'abbate. 231 

écrivait de Bruxelles à son prieur pour lui annoncer qu'il ar- 
riverait le lendemain samedi à Mons, afin d*y prendre des 
fonds à l'effet de satisfaire aux réquisitions, et pour le char- 
ger d'inviter D. Robert, D. Maur et D. Joachim de réunir 
tout le numéraire qu'ils pourraient, dans le but d'effectuer 
les paiements dont ils étaient requis, et d'envoyer à Mons 
D. Maur Mesnage, pour se concerter à cet effet avec D. Mar- 
tin et les autres receveurs de l'abbaye. L'abbé arrivait malade 
à Mons le 17 novembre; et pendant son indisposition, le 22, 
il écrivait de son refuge, au général Dumouriez, pour lui 
exprimer son étonnement au sujet de l'injonction du comité 
révolutionnaire de Bruxelles, du 21, faite en suite des ordres 
du général et remise le même jour à Cambron par le citoyen 
Lebrun, membre de ce comité, sous prétexte que la crosse 
était vacante par la fuite de l'abbé ; il espérait que les pièces 
qu'il produisait prouveraient au général les calomnies em- 
ployées pour surprendre sa religion, et ainsi obtenir Tordre 
qu'il avait délivré; il attendait donc la révocation des instruc- 
tions tendant à faire élire un nouvel abbé. A cette lettre, le 
prélat joignit un certificat des bourgmestre et échevins de la 
seigneurie de Beveren en S*-Nicolas, pays de Waes, visé par 
le commandant de la ville et la municipalité de Termonde, le 
15 et le 19 novembre 1792, ainsi qu'une déclaration du prieur, 
des receveurs, des religieux, de l'avocat greffier, du médecin, 
et du concierge du refuge à Mons, constatant que l'abbé y 
était resté malade depuis le 17 novembre, jour de son arrivée, 
jusqu'au 22. 

Aucune suite ne fut donnée à la nomination de l'adminis- 
trateur provisoire de l'abbaye. Comme nous l'avons vu, l'abbé 
Pépin et D. Maur restèrent à la tête de la maison, et firent 
les fonds nécessaires pour acquitter la contribution de 
guerre à laquelle Dumouriez l'avait imposée. Les mois de 
décembre 1792, de janvier et février 1793 se passèrent sous 
la domination française sans incidents remarquables. 



S3S DÉaDENGB ET SUPPRESSION 

Au mois de mars 1793, l'armée républicaine essuya des 
revers en Brabant, et les Autrichiens redevinrent maîtres de 
nos provinces. Hais quels que fussent les vainqueurs, Cam- ! 
bron avait toujours à compter avec eux; il était largement 1 
mis à contribution par les uns comme par les autres. II s'ini- | 
posa de grands sacrifices au profit du gouvernement impé- 
rial vers la fin de la même année. C'est ainsi qu'il effectua j 
dans la caisse du receveur- général des États de Hainaut, le '. 
6 novembre 1793, 30,000 livres; le 8 du môme mois, 20,000 
et le 21, 10,000. Il offrit pour les frais de la guerre, trois dons 
volontaires et patriotiques à la caisse provinciale des finances 
de l'empereur à Mons, savoir : le 17 janvier de l'an 1794, 
10,000 fl.argent de Brabant; le 22 février, une égale somme, 
et le 14avril,encore unesomme semblable. M.Borgnet, qui 
rapporte ce détail, dans son Histoire des Belges à la fin du 
XVIII^ siècle, fait observer que ce don de 30,000 florins sur- 
passait de 8,000, celui du chapitre de S^-Waudru à Mons. 

Avant de nous occuper de la seconde invasion française, 
nous rapporterons un dernier trait caractéristique d*un 
moine de Cambron. C'est une dénonciation contre l'abbé faite 
au gouvernement le 12 octobre 1793. 

Charles-Joseph Donné, en religion D. Lambert, s'adressa par 
requête à l'empereur en son conseil d'Etat, à l'effet d'obtenir 
le paiement de la pension qui lui avait été accordée lors de 
la suppression en 1789, et que l'abbé lui refusait. Le plaignant 
exposait qu'après la suppression du monastère, le 22 février 
1789, il s'était retiré à Marche-en-Famène, comme prêtre 
séculier, dans Tintention de ne plus rentrer dans une maison 
religieuse; mais que son abbaye ayant été rétablie, il fut 
invité en avril 1790, par l'abbé, à y revenir et à y reprendre 
la vie monastique. Il écrivit d'abord à l'abbé qu'il obéirait à 
cette injonction; mais ayant appris que ce dernier avait pris 
une part active à la révolution, il lui notifia le 10 août suivant, 



DE l'abbate. 233 

qu'il changeait de résolution à cause de son attachement à 
Tempereur, et parce qu'il considérait le rétablissement de 
Tabbaye comme illégal. Il déclarait ne pas avoir oublié ses 
vœux, mais il croyait en être dégagé par la puissance sociale; 
il ne s'attendait d'ailleurs, dans son monastère, qu'à des tri- 
bulations et à des malheurs ; il voulait se soustraire aux in- 
sultes et aux chagrins qui l'attendaient. 

Le réclamant développait ensuite longuement ses griefs 
contre Tabbé et ses confrères. En voici le résumé : 

Au commencement de 1788, l'abbé Pépin, prétextant la 
pénurie de religieux (dont le nombre était cependant de vingt- 
deux prêtres, deux sous-diacres et sept novices), l'avait rap- 
pelé de l'abbaye de Sifferdange, où il était directeur spirituel 
depuis dix ans, bien qu'aucune plainte n'eût été élevée contre 
lui, et que l'abbesse eût insisté pour le conserver. L'abbé 
l'avait mal reçu à son arrivée à Cambron, et il lui avait même 
refusé le remboursement de ses frais de voyage, cinq louis et 
demi, qui absorbaient son pécule. Il l'avait chargé de la di- 
reclioQ des novices; et, lors de la tenue du chapitre pour la 
réception de ceux-ci, il l'avait humilié en lui défendant, en 
présence de la communauté, d'exposer, comme d'usage, les 
bonnes ou les mauvaises dispositions des postulants. 

En outre, en 1787, un jour pendant le repas^ l'abbé, le 
prieur, divers religieux qui occupaient des fonctions à l'inté- 
rieur et certains curés des environs, avaient proféré des 
propos injurieux contre l'empereur. D. Lambert en manifesta 
son indignation; alors un des religieux menaça de le frapper 
s'il soutenait encore les réformes que le souverain voulait 
introduire. En 1788, le plaignant écrivit au ministre, comte 
de Trauttmansdorff, pour le prévenir qu'on enfreignait la 
défense d'enseigner la théologie à l'abbaye. Le conseiller 
fiscal du Hainaut fut chargé d'aller informer à cet égard ; 
mais celui-ci était beau-frère du receveur principal de Cam- 
bron et ami intime de l'abbé; il interrogea simplement le 



284 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

prélat, le receveur et le professeur, et il ne vit point les étu- 
diants. Le réclamant, ayant vu ce qui s'était passé, écrivit de 
nouveau au ministre; mais il ne tarda pas à s'apercevoir 
qu'on savait à l'abbaye qu'il était l'auteur de ces dénoncia- 
tions ; en effet, étant allé demander des vacances à l'abbé, il 
fut reçu par ce dernier d'une façon inconvenante; il se vit 
refuser par lui un cheval de la maison, lequel était accordé à 
tous ceux qui le demandaient; d'ailleurs, l'abbé affectait un 
mépris sensible à son égard. 

Le pétitionnaire ajoutait dans sa requête que, lors de la 
suppression de l'abbaye en 1789, l'abbé avait rédigé une ré- 
clamation ayant pour but de se disculper des accusations 
portées contre lui ; l'abbé la présenta le 29 février au récla- 
mant pour la lui faire signer, mais celui-ci refusa. Le prélat 
insista pour obtenir cette signature, promettant de réparer 
ses torts et le chagrin qu'il lui avait causé. L'opposant per- 
sista dans son refus ; dès lors, il fut regardé par ses confrères 
comme un apostat : on se séparait à son approche; il ne lui 
resta qu'à rentrer dans sa cellule, et à se plaindre au ministre, 
au conseiller Leclercq, au commissaire impérial Ransonnet 
à Mons; il ne reçut de consolations que de M. DeRonquier. 

D. Lambert rappelait encore dans sa supplique, que l'abbé 
Pépin avait chargé,dès le 22 février 1790, D. Gbislain Huart, 
maitre-des-labours, d'engager les fermiers à fournir de l'ar- 
gent et des hommes pour l'armée des Patriotes ; et que l'ab- 
baye ayant procuré trente-quatre hommes, tant volontaires 
que soldés, qu'elle avait enrôlés pour quatre années ; D. Gbis- 
lain avait marché à leur tête comme colonel et aumônier. 

Le conseil d'État, malgré les titres que D. Lambert invo- 
quait, ne trouva ni motifs suffisants pour le soustraire à ses 
obligations religieuses, ni possibilité de forcer l'abbaye à lui 
payer une pension (*). 

(1) Archives du Royaume. ^«Conseil d'£tat,cartoD,D<> 60 ; Conseil privé,QO 1461. 



DE L*ABBATE. 28S 

Des démarches officieuses près de Tabbé restèrent sans ré- 
sultat; Taffaire resta sans suite. On attendit soit une occasion 
de pourvoir ce religieux d'une position convenable, soit une 
demande de sécularisation de sa part. 

Cette plainte de Charles-Joseph Donné montre que les an- 
ciens exemples d'insubordination conservaient des imitateurs. 
Du reste, il n'est pas étonnant que la communauté fût profon- 
démentébranléeparlessecousses des cinq années précédentes. 
Les moines étaient comme les citoyens : tout était bouleversé ; 
on était lancé dans une révolution sociale qui allait faire dis- 
paraître toutes les autorités préexistantes. 

§ V. — Suppression de V abbaye par les autorités francises. 

A l'ouverture de la campagne de 1794, l'empereur Fran- 
çois II vint en Belgique commander l'armée, tant pour en- 
courager ses troupes par sa présence, que pour réchauffer la 
tiédeur des Belges pour son gouvernement. Hais l'Autriche 
n'était pas de force à résister à la république française, et 
les conseillers de Tempereur décidèrent l'abandon de nos 
provinces. L'armée impériale fut battue à Fleurus, le 36 juin 
1794; et les Autrichiens se retirèrent au-delà de la Meuse. 
La Belgique eut alors à subir des avanies de tous genres. 
Les représentants du peuple, qui furent investis de pouvoirs 
discrétionnaires, se mirent à pressurer le pays sous le pré- 
texte que la guerre était faite dans son intérêt, et qu'il devait 
en supporter les charges. Dès le mois de juillet, la tyrannie la 
plus insolante et la plus brutale pesa sur nos provinces; 
tous les cantons furent taxés à des sommes énormes exigibles 
en numéraire ; les biens des nobles, des prêtres, des com- 
munautés et des églises furent séquestrés et employés au 
profit de la république. 



236 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

Ces événements accélérèrent la ruine de l'abbaye de Garo- 
bron ; les énormes charges qui l'avaient minée depuis 1789, 
avaient épuisé toutes ses ressources et même son crédit. A la 
fin de juin 1794, les religieux craignaient de devoir aban- 
donner la maison. On distribua alors à chacun des 32 moines 
qui s^ trouvaient réunis, 120 couronnes, ce qui emporta un 
capital de 3,840 florins : 2,500 fl. furent fournis par D. Joa- 
chim Dion, receveur de Ronquières; 100 couronnes par 
D. Denis Adam, maître-des-bois ; et le surplus, consistant en 
340 couronnes (2,221 livres^ 6 sols 8 deniers), par D. Maur 
Mesnage. 

L'entretien du personnel de Tabbaye absorbait des sommes 
immenses , si Ton en juge par les dépenses suivantes : 
10,899 I., 14 s. y payées au sieur Joly, marchand devin à Soi- 
gnies; 37,697 1., 14 s. 8 d., au sieur Ferin, marchand devin 
à Rheims,pour livrances de vin en 1793 ; 1,942 1., 13 s. pour 
un foudre de vin de Moselle venant de Luxembourg, y com- 
pris les frais de voitures et les droits, etc. Chaque religieu!^ 
qui était receveur pour la maison, touchait une gratification 
de quinze pistoles. Ces chiffres sont extraits d*un compte 
arrêté entre D. Maur Mesnage et le sieur Dobignie, inspecteur 
du domaine national, pour la période de la S^-André 1791 
au 13 novembre 1794. 

Le 1®' juillet 1794, Tune des divisions de l'armée française 
de Sambre-et-Meuse entra à Mons, et le lendemain les repré- 
sentants du peuple y établirent des officiers municipaux. Les 
commissaires Gillet et Laurent imposèrent à la ville une con- 
tribution d'un million de livres en numéraire, payable par 
les riches d^ns les vingt-quatre heures. Le 10, Pichegru, 
commandant en chef de l'armée française, avait son quartier- 
général à Ghislenghien. La ville de Nivelles ne fut pas épar- 
gnée : le 14 octobre (23 vendémiaire an III), ses magistrats 
reçurent un réquisitoire qui taxait à trois millions de livres 



DE l'abbaye. !iS37 

en numéraire, les biens des nobles, des riches et des ecclé- 
siastiques de la ville et du Brabant- Wallon, et qui accordait 
Tautorisation de charger et de vendre publiquement les biens 
des maisons religieuses délaissées par des ecclésiastiques ab- 
sents qui seraient en défaut de fournir leurs taxes provisoires; 
de les y contraindre par voie d'exécution; enfin d'aliéner à 
concurrence des sommes taxées , les biens des maisons 
d'ordres religieux et militaires. Comme l'abbaye de Cambron 
était propriétaire de domaines considérables dans ce canton, 
elle devait contribuer à cette taxe. Elle reçut en conséquence 
Vinvitation suivante : 

« Le magistrat de la Ville et Quartier de Nivelles, en vertu 
de l'arrêté des Représentants du peuple, le 23 vendémiaire 3°"'' 
année Républicaine, qui charge ladite ville et le pays du 
Walon-Brabant de verser, dans huit jours, la somme de trois 
millions de livres en numéraire, dans la caisse de la Répu- 
blique française, ordonne à l'abbaye de Cambron, dans les 
environs d'Ath, de verser à vue, en la maison commune de 
la même ville, la somme de cinquante mille livres en numé- 
raire, ou en argenterie, à compte de celle qu'elle doit four- 
nir en satisfaction à ladite contribution, à peine que ses biens 
seront vendus pour fournir sa quote-part en la même 
contribution. — Fait au bureau de la commune de Nivelles, 
ce 30 vendémiaire, 3°^« année de la République Française une 
et indivisible. (Signé) J.-J. Mercier, président,!. Del Bruyère, 
magis*-secrét. » 
Cette pièce était accompagnée d'une lettre en ces termes : 
(c Liberté, Egalité, Fraternité.— Nivelles, le 30 vendémiaire, 
3°''' année Rép°«. — Le Magistrat de ladite Ville à l'abbaye de 
Cambron. — Citoyens ! — Nous vous enjoignons de faire 
verser votre contribution conformément au billet ci-joint, à 
peine de responsabilité. — Nous sommes fraternellement. 
(Signé) A.-J. Daras, mag^ — Aux citoyens religieux de 
l'abbaye de Cambron, dans les environs d'Ath, à Cambron. » 



338 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

A la réception de ces avis, l'abbé et les religieux capitulai- 
rement assemblés le S novembre 1794, autorisèrent D. Joa- 
chim Dion, receveur des biens et des revenus de Ronquières 
et des environs, à exposer en vente publique les biens d'Hen- 
nuyères, Rebecq, Ronquières et d'ailleurs, et à recevoir le 
prix pour payer cette quote-part. 11 fut procédé à cette vente 
le 13 du même mois, devant Hugues-Joseph Champagne, 
notaire de résidence en la principauté de Rebecq. 

Il est à présumer que l'abbaye aura également été taxée du 
chef de ses propriétés dans le canton d'Ath, ou dans la pré- 
vôté de Hons, car on trouve qu'elle paya au receveur Harcellin 
à Mons^ une somme de 63,996 livres 19 sols 6 deniers, et 
qu'elle compta une somme de 26,088 1. à Ath, pour 36,000 
aunes de toile. Quant à la taxe répartie par les magistrats de 
Nivelles, elle la solda à concurrence de 40,000 1. 

En outre, le 20 messidor an II (8 juillet 1794), elle fut 
frappée individuellement d*une contribution de 2S0,000 1. par 
le représentant du peuple Laurent. Dès le 22 fructidor suivant 
(8 septembre), elle paya un à compte de 2,100 1. Elle versa 
successivement à la trésorerie nationale, les sommes sui- 
vantes : le 21 nivôse an III (10 janvier 1795), 12,799 I. 2 s. 
6 d.; le 30 nivôse (19 janvier), 10,131 1.; le 8 pluviôse (27 jan- 
vier), 20,458 1. 5 s. 8 d.; et le 7 thermidor de la même année 
(25 juillet 1795), 2,1001. 

Dans l'intervalle, l'inspecteur du domaine national D'Obi- 
gnie se rendit à Cambron, et exigea de D. Maur Hesnage un 
compte de sa gestion depuis le 30 novembre 1791 jusqu'au 
13 novembre 1794. Cette comptabilité provoqua de la part de 
cet agent des demandes d'explications; et par mesure préven- 
tive, le citoyen Jasmin Lamotz, commissaire civil, fit transfé- 
rer D. Maur à la châtellenie de Hons; celui-ci y resta empri- 
sonné depuis le 23 brumaire jusqu'au 26 nivôse an III (13 
novembre 1794—15 janvier 1795).Huit religieux de Cambron 
furent]aussi incarcérés à cette époque. 



DE L*ABBAYE. 239 

La vérification des comptes démontra que D. Maur n'avait 
pas mal géré ; deux points seulement restaient à établir : le 
premier, c'était le paiement des domestiques à gages ; et le 
second, la quittance d'un à compte de 24,000 1. faisant partie 
de la contribution de 350,000 1. imposée par Laurent, repré- 
sentant du peuple. D. Maur répondit, quant aux gens de ser- 
vice, que l'usage était constant de n'exiger pas de reçus de 
leur part; d'ailleurs, ils ne savaient pas écrire, et l'absence de 
réclamation de leur part, prouvait évidemment que ces gages 
avaient été soldés. En ce qui concerne la quittance de 24,000 
I., la meilleure preuve que cette somme n'avait pas été dé- 
tournée par le comptable, c'est qu'aucune poursuite n'avait 
été exercée contre l'abbaye pour l'acquit du montant de cet 
à compte. Il faisait en outre connaître que, pendant sa déten- 
tion au château de MonsSon s'introduisit dans sa chambre à 
Cambron, et qu'on en enleva la plus grande partie des papiers 
et des notes relatives à sa recette, et notamment les six quit- 
tances justificatives du paiement des 100,000 1. de contribu- 
tion ; que ces six quittances furent présentées par les religieux 

1. État de ce qui est dû à François Leblanc, cepier du Ghâtel de Mons, 
à cause de la détention de Dom Maur de Hesnage, moine de Tabbaye de 
Cambron, depuis le 23 brumaire jusques au 19 nivôse, comme s*ensuit : 
Pour cinquante-sept jours de détention, à raison de trente sous 

par jour, porte 85 10 

Pour neuf boulcilles devin pour dire la messe, à raison de 

huit francs la bouteille 72 00 

Pour vingt sous de chandeille par jour . - 57 00 

Pour chandeille de la messe et pour pain d'autel 10 00 

Entrée et sortie 1 00 

Au vidangeur 6 00 

Ensemble 232 00 

Reçu la somme de dix couronnes de la raine pour le compte du dit État. 

Signé : Leblanc. 
Je dis 63 I. 



240 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

Ghislain Huart et Placide Collignon, au commissaire LamotZt 
el ensuite à Bruxelles aux représentants Lefebvre et Mesnard ; 
mais que, de ces six pièces, il ne lui en fut remis que cinq, 
la sixième de 24,000 1. étant égarée. Ce fait était constaté par 
la déclaration des citoyens Romain Maleingreau , prieur^ 
Ghislain Huart, maître-des-Iabours, Placide Collignon, mai- 
tre-des-bois de l'abbaye, et du citoyen Defacqz, commissaire 
nommé pour lever le scellé apposé sur le comptoir de la 
maison. 

Pendant l'arrestation de D. Maur, les fonctions de boursier 
furent remplies par D. Florent Declercq. Dès le lendemain de 
cette arrestation, D. Charles Lebrun tint un journal des dé- 
penses; ses notes s'étendent du 14 novembre au 7 décembre 
1794. Il nous apprend que D. Maur n'avait que très peu de 
fonds en sa possession : 31 couronnes de France, 57 cou- 
ronnes impériales et des assignats pour 378 livres ; ensemble : 
869 I. 2 s. 6 d. 

Nous avons dit que l'abbaye avait payé cinq à compte sur 
la contribution de 2SO,000 1. qui lui avait été imposée le 20 
messidor an II (8 juillet 1794), et que le dernier de ces paie- 
ments datait du 7 thermidor an -III (25 juillet 1795). Quatre 
jours après, le 11 thermidor (29 juillet), l'abbé, le prieur et 
D. Florent Declercq, secrétaire de l'abbaye de Cambron, s'a- 
dressèrent aux représentants Lefebvre et Maynart, envoyés 
par les armées du Nord et de Sambre-et-Meuse à pays con- 
quis, afin d'être autorisés à payer en assignats, le solde de 
compte envers la république s'élevant à la somme de 20,903 I. 
10 d. Leur requête était basée sur des faits connus; cepen- 
dant, eu égard aux détails qu'on y trouve, nous croyons de- 
voir l'analyser. Ils invoquaient les pertes immenses qu'ils 
avaient subies : ils levèrent un capital de 400,000 1. pour réta- 
blir leur maison, après que le gouvernement des Patriotes 
leur eût rendu leurs propriétés; en 1792, Dumouriez les re- 



DE L*ABBAYE. 241 

quit de verser à la caisse du payeur général de l'armée un 
autre capital de 200,000 I, lequel devait leur être restitué par 
la trésorerie générale; malgré leurs efforts, ils ne purent 
réunir que 100,000 1., en y comprenant même le prix de 
75 bonniers de terre qu'ils durent vendre pour la modique 
somme de 30,000 1.; ils cédèrent alors pour 200 à 300 1. des 
booniers de terrain qui se vendaient ordinairement 1800 flo- 
rins ; ils firent ces sacrifices par crainte d'être arrêtés, et 
sous l'empire de la terreur qui régnait en ce moment. S'oc- 
cupant ensuite de la contribution de 250,000 1. imposée à 
Tabbaye le 20 messidor an II, ils faisaient observer que celle^ 
ci ne devait être assise que sur la généralité de ses biens, et 
qu'ainsi les cotisations qui avaient été fixées par les autorités 
dans les endroits où les dits biens étaient situés, devaient en- 
trer en déduction de cette contribution primitive. C'est ainsi 
que l'abbaye avait payé au receveur Marcellin, une somme de 
62,996 1. 19 s. 6 d.; à Ath, pour 36,000 aunes de toile, une 
autre somme de 26.088 1., et à Nivelles, une somme de 
40,000 1.; ensemble : 129,084 1, 19 s. 10 d. Les pétitionnaires 
ne se prévalaient pas du paiement de contributions par- 
tielles, ni delà circonstance que le 25 messidor an II (13 juil- 
let 1794), un sieur Fonson, se disant muni de pouvoirs du 
représentant Laurent, s'était présenté au refuge d'Ath, et y 
avait niis en réquisition les chevaux et la voiture de l'abbé 
valant 200 louis, objets qui n'ont jamais été restitués. Ils rap- 
pelaient néanmoins que leurs fermiers, à qui on avait 
enlevé les grains au prix du maximum, leur avaient payé 
les fermages en assignats au pair. Ils réclamaient en con- 
séquence le bénéfice de l'arrêté des représentants du peuple 
qui permettait de payer les trois quarts des contributions en 
assignats au pair, et le quart restant en numéraire. 
Nous ignorons si cette réclamation fut accueillie. 
Vers la même époque, le gouvernement français requit 

W 



242 UKCADENCE ET SUPPRESSION 

rétablissement d*un état des biens de l'abbaye. Cette pièce fut 
rédigée le 28 thermidor an III (15 août 1795), et fut signée 
par Tahbé Florent Pépin et le prieur Romain Haleingreau. 
Un état nominatif des religieux accompagnait ce document. 
Comme c'est la dernière fois que nous trouvons les noms des 
moines de Cambron, nous croyons devoir les reproduire. 

Florent Pépin, abbé; Romain Maleingreau \ prieur; 
Jacques Lequien , Benoit Dupont, Robert Lanceau , Bernard 
Laporte, Alexandre Becquet *, François Le Duc, Charles 
Le Brun, Maur Mesnage, Pierre Deryck, Daniel Riche, Martin 
Dubois, Louis de Combrughe, Joachim Dion, Amand Tellier, 
Thomas Blanchart, Nicolas Berlemont, Edmond Perseau S 
Clément Leblanc, Bruno L'Ecolier, Henri Diric, Gérard Espi- 
tal, Etienne Charles, Ghislain Huart, Nivard Baleriaux, 
Antoine Bruyland, Adrien Glarie, Gérôme Jacobi, Philippe 
Bridoux *, Albérique Du Bois, Florent De Clercq, Jean-B. 
L'hoir, Grégoire Borez, Théodore Mazy, Haximilien Surin, 
Dominique Broës ^, Norbert Drianne, Augustin Dumoulin, 
Placide Colignon, Fastrede Douillet, Guillaume Havet *, Am- 
broise Bievenot, Léopold Wauquiez. 

1. Malengreau, Antoine- Joseph, ancien prieur de Cambron, mourai 
vicaire à Flobecq, le 13 janvier 1820. 

2. Était maltre-d'hôtel du quartier des tiôles en 179!, 4792, 1793 ei 
1794. 

3. Un des trois maîtres de chant. 11 était doué d*une voix magnifique 
et mangeait, dit-on, du pain de seigle pour la conserver. 

i. Bridoux, Daniel-Joseph, recteur à Masnuv-S^-Jean, décéda le 19 avril 
1807. 

5. Figure dans la nécrologie de la carlabelle du diocèse de Tournai, 
comme décédé le 28 novembre 1819. 

6. Havet, Pierre-Louis, ancien religieux de Cambron, décéda cbanoine 
honoraire à Tournai, le 10 septembre 1826. 

7. Waucquez, Alexandre-Joseph, ancien religieux de Cambron, fut en- 
suite reclcur à Bonsecours ; né le 18 Juin 1765,il mourut le 18 septembre 
i83S. 



DE L*ABBAYE. 243 

On faisait observer qu'Antoine Bruyland,Augustin Dumou- 
lin et Gérard Espital étaient placés dans différents prieurés; 
et que Charles Le Brun, qui était sorti de la maison en vertu 
d'un arrêté des commissaires de l'arrondissement du Hainaut, 
approuvé par les représentants du peuple le 15 prairial an 
III (3 juin 1795), était rentré dans la communauté avec le 
consentement de l'abbé, après avoir déclaré que la terreur 
seule qui régnait alors, l'avait entraîné à cette démarche pré- 
cipitée ^ Une note ajoutée à l'état nominatif indiquait que 
les trois moines absents étaient revenus à l'abbaye au mois 
de fructidor suivant (septembre 1795). 
Enfin l'état des biens était suivi de la déclaration suivante : 
« Le soussigné prieur de la communauté de Cambron, en 
vertu de l'arrêté du 26 prairial dernier, s'est adressé à la 
communauté dûment convoquée et lui a présenté l'état des 
biens ci-dessus spéciHés pour qu'en vertu dudit arrêté, elle 
ait à le signer ; elle lui a répondu que n'ayant aucune con- 
naissance des biens dont il s'agit, les receveurs seuls devant 
en connaître, elle ne voulait point s'engager à une responsa- 
bilité qui n'était point de son ressort. — (Signé) F. Romain 
Haleingreau, prieur, au nom de la communauté. » 

On aura sans doute remarqué que les prénoms de cette liste ne con- 
cordent pas avec ceux que donnent les notes qui sont extraites de la car- 
tabelle du diocèse de Tournai ; cela provient du peu de soin apporté à 
rétablissement de la liste, ou bien de ce que les religieux adoptaient de 
nouveaux prénoms en entrant en religion. 

i. Charles Le Brun ne resta probablement pas dans le monastère, car 
on trouve une quittance datée de Lens, le 13 avril 1796, par laquelle il a 
touché de 0. Florent DeClercq, receveur de Tabbaye de Cambron, rentier 
paiement de sa pension alimentaire de 1800 1., qui lui avait été accordée 
le 22 pluviôse an IV (11 février 1796) par Tadministration centrale et 
supérieure de la Belgique. Il rappelait aussi Tarrété des représentants 
du peuple du 15 prairial anJII (3 Juin 1795), qui lui avait d'abord alloué 
une pension. 



244 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

Quelques semaines plus tard, la Belgique fut définitive- 
ment réunie à la république française par la loi du 9 vendé- 
miaire an IV ( 1^^ octobre 1795). L'administration d'arrondis- 
sement du Hainaut fut dissoute le 23 novembre suivant, et 
l'administration centrale du département de Jemappes devint 
l'autorité de la province. 

L'abbaye de Cambron ne paraît pas avoir été inquiétée à 
cette époque; elle restait en jouissance de ses biens, car on 
voit que le 13 février 1796, elle paya au sieur Joly la somme 
de 3,777 1. 18 s., à compte sur les vins livrés par lui depuis 
le 15 avril 1793 jusqu'au 14 novembre 1794. L'abbé acheta 
encore le 6 avril 1796, une pièce de vin de Champagne au 
prix de 48 couronnes de France, et la fit expédier au refuge 
de Mons; il en paya le montant le 18 du même mois à J.-D.-P. 
Joly, père et fils, à Soignies. 

Vers le milieu de l'année 1796, les scellés étaient apposés 
sur les papiers du receveur de Cambron. Le procès-verbal 
qui suit en constate la levée. 

« Ce jourd'hui vingt messidor, 4« année Républicaine, 
nous soussignés commissaires dénommés par le C'^ Dobigny, 
inspecteur du domaine national, chargé de mettre à exécu- 
tion l'arrêté de l'administration centrale du département de 
Jemappes en date du S prairial dernier, nous sommes trans- 
portés chez le grand receveur de l'abbaye de Cambron, 
accompagnés de l'agent municipal de Castiau-Cambron, du 
prieur de l'abbaye, dudit receveur et du juge de paix da 
canton de Lens, lequel après avoir reconnu sain en entier, les 
scellés (sic) apposés parluy tant sur la portede la chambre que 
sur celle de la case n® 17, les a brisé; nous avons alors pro- 
cédé à l'enlèvement des registres et papiers relatifs à la reddi- 
tion de ses comptes pour être de suite remis au receveur des 
domaines nationaux Collet, conformément aux ordres du 
susdit inspecteur en dedans l'ordre suivant, etc.. Le susdit 



DE l'abbatb. 248 

receveur nous ayant déclaré que les pièces susmentionnées 
suffisaient pour la reddition de ses comptes, nous avons ren- 
fermé tous les autres en sa chambre sur laquelle ïe juge de 
paix a déposé son scellé; en avons signé le présent procès- 
verba]. (Etait signé) F. Romain Maleingreau, prieur, F.Florent 
Declercq, J.-J. Masquillier, juge de paix. Pour copie con- 
forme : Rubi et Defacqz. » 

c< Nous sommes ensuite passés chez Dom Ghislain, maître 
des labours, accompagnés du prieur, dudit maître des labours, 
de Tagent municipal de Cambron-Castiau et du juge de paix 
du canton de Lens, qui après avoir reconnu sains les scellés 
apposés sur une commode renfermant quatre registres, les a 
rompus; nous avons enlevé lesdits registres, dont- un des 
grains, un de la basse-court et deux de la chapelle, pour être 
remis au receveur du domaine national. En ayons signé 
coinjointement les jour, mois et an que dessus. (Était signé) 
J.-J. Masquillier, juge de paix, F. Gh. Huart, maître de 
labours, F. Romain Maleingreau, prieur, Antoine Manche, 
officier municipal. Pour copie conforme : Rubi, C®, 
Defaczq, c**. » 

Celle opération administrative eut lieu le 8 juillet 1796. 
if Environ deux mois après, fut promulguée la loi du 15 fruc- 
tidor an IV (l«f septembre 1796) qui supprima les ordres 
monastiques, et tous les établissements religieux dans les 
neuf départements réu nis. Il semble que cette loi ne fut pas 
appliquée avec trop d'empressement, car le séquestre ne fut 
mis sur les biens de Cambron que le 6 prairial an V (35 mai 
1797) ; le 14 messidor suivant (2 juillet), l'administration 
centrale du département de Jemappes enjoignit aux anciens 
receveurs de Tabbaye de Cambron de rendre leurs comptes, 
à l'effet d'obtenir une provision pour pouvoir vivre dans leur 
maison.!^ Les moyens d'existence leur étaient enlevés : le peu 
de numéraire qui leur restait fut retiré, et mis sous séquestre 



246 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

chez le citoyen Collet ; en outre, on avait vendu la récolte de 
vingt-un bonniers emblavés de toutes espèces de grains; en- 
fin,on avait affermé la basse-courtle 17 fructidor(3 septembre). 

Nous n'avons pas rencontré la date à laquelle les religieux 
quittèrent Tabbaye; nous présumons toutefois que ce fut dans 
l'été de 1797. 

La dernière pièce que nous ayons vue aux archives du 
royaume concernant l'abbaye de Cambron, est une requête 
de D. Maur Hesnage à l'administration centrale du départe- 
ment de Jemappes. II y exposait qu'il avait exécuté Tarrété 
de cette administration du 11 thermidor an Y (29 juillet 1797), 
ordonnant aux anciens receveurs de l'abbaye de Cambron de 
rendre leurs comptes, et qu*il avait présenté les siens au 
citoyen Dobignie, inspecteur des domaines nationaux; il en 
résultait qu'il lui était dû d'abord 760 1. 17 s 4 d., ensuite 
1260 1. que la maison avait à lui payer à titre d'honoraires, 
comme elle les avait toujours accordés aux receveurs, à raison 
de 18 pistoles par an , soit 2,020 1. 17 s. 4 d. ; il priait l'admi- 
nistration d'ordonner que le paiement lui en fût fait par le 
citoyen Collet, receveur des domaines nationaux. 

Un avis du directeur des domaines, une attestation du 
citoyen Charles Lebrun, et le compte rendu à Dobignie furent 
produits. II fut reconnu qu'il y avait lieu de mandater à son 
profit la somme de 760 1, 17 s. 4 d. ; et quant à ses honoraires, 
on différa toute décision jusqu'à ce que le pétitionnaire 
eût prouvé le titre auquel des honoraires devaient lui être 
accordés. 

On ne voit pas la suite qui fut donnée à l'affaire. 

L'abbaye de Cambron partagea bientôt le sort des autres 
monastères, toutes ses propriétés furent vendues comme 
biens nationaux^ 

1. Mons, le 26 brumaire an III. 

L^administration de la fabrique de la paroisse de S^-Waudru. 



DE l'abbaye. 247 

On ne sait pas bien ce que devint l'abbé Pépin après la 
ruine de son abbaye. Ce malheureux prélat joignait à des 
talents réels beaucoup de bonnes qualités, mais il n*était pas 
doué d'une âme assez fortement trempée pour des circons- 
tances aussi difficiles : il eut la faiblesse de se prêter à toutes 
les démarches qu'on lui demandait. et ilnemenadepuisqu'une 
vie chrétienne, mais obscure et attristée par de justes regrets. 
Il avait oublié la devise de. ses armoiries en quelque sorte 
fatidiques : 

Morere, ut vivas. 

On croit qu'il mourut en Hollande vers la fin du siècle. 

Sa faiblesse ne sauva point son monastère. Comme les 
autres couvents du pays, celui-ci fut vendu, et ses solides bâti- 
ments tombèrent sous le marteau des démolisseurs. Il ne resta 
debout que les murs d'enceinte, la basse-court, les superbes 
avenues de tilleuls et de hêtres qui, pendant dix siècles, 
avaient conduit le pauvre et le malheureux à la maison 

Monsieur le Préfet du département de Jemappes, 
Nous avons L'Espoir et peut ôlre sommes au moment d*obtenir Le Su- 
perbe orgue delà cidevant abbaïe de Gambron; mais les colonnes de 
Marbre qui lui servoient de support et qui soutenoient le jubé sont de- 
meurées dans cette maison avec le reste du mobilier de son Eglise. 

Nous désirerions replacer ce chef-d'œuvre unique en ce genre dans le 
fond du magnifique édifice qui honore la ville de Mons, el que vous 
Déterminiez, Monsieur le Préfet, le mode à suivre pour en avoir la 
propriété. 
Nous avons Thonneur de vous saluer avec respect. 

De Gages, Vigneron, d'Assonleville. 
Soit la présente Réclamation ainsi que copie du procès verbal d'adjudi- 
cation de la cidev^ abbaye de Gambron, communiquée au Directeur des 
domaines et de TEnrcgislrement pour avoir ses observations et avis. 
Fait à Mons, Le 28 brumaire an XIU. 

Par Empêchement du Préfet : 
Le Secrétaire-Général de la préfecture, 
Lavalée. 



248 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

hospitalière, un pan considérable de la muraille de i*église, 
des tombeaux mutilés et une haute tour, conservée sans 
doute pour indiquer de loin au voyageur les lieux où floris- 
sait autrefois Tabbaye de N.-D. de Cambron. 

C'est en 1797 au plus tard, que l'heure de la dispersion 
définitive sonna pour les moines de Cambron. Rentrés dans 
le monde, les uns reprirent la vie séculière, suppléant par 
le travail agricoleoula spéculation à l'insuffisante pension al- 
louée par le gouvernement qui s'était emparé des propriétés 
religieuses; d'autres, jetant sans pudeur le froc dont ils nV 
vaient jamais été dignes, persistèrent dans les égarements 
qui avaient affligé les derniers jours du monastère, et le reste 
de leur vie ne fut qu'un affreux scandale pour l'Église et pour 
le peuple. Mons se rappelle encore trois ou quatre de ces 
religieux apostats, entre autre C... et F.-, qui y vivaient en 
simples bourgeois. Us buvaient sec comme du temps qu ils 
étaient au couvent. Ils fréquentaient le café Lor sur la grand'- 
place et ils y déblatéraient avec un sans-gêne éhonté contre 
les vérités fondamentales du christianisme. Leur fin déplo- 
rable fut digne d'une telle vie : ils moururent en libres-pen- 
seurs. Ils laissèrent chacun par testament une pièce de drap 
dans laquelle devait se découper leur drap mortuaire : le 
reste était légué par portions égales aux porteurs de la bière. 
Certaines personnes pieuses firent les plus grands efforts 
pour décider C, à se confesser avant de mourir aucune 
de S'^'-Waudru. — « Je veux bien, répondit-il, recevoir le 
curé pour... conférer avec lui sur la confession*. » 

1. Le dernier survivant de ces moines renégats se peint lui-même avec 
la plus triste fidélité dans la pièce suivante, reproduite par VOrgane de 
Mons, le 17 mars 1868, no 77 : 

Testament fait en 1823, par M. Surin, ancien moine deTabbayede 
Cambron. Ce testament est déposé au rang dos minutes de M. Guillemin, 
notaire, qui en a dressé acte de dépôt le 4 avril 1835. 



DB L ABBAYB. 



249 



Mais, souvenir plus consolant, plusieurs anciens membres 
de ]a communauté prouvèrent une fidélité inaltérable à leur 
vocation; ils n*abandonnèrent qu*avec peine, en attendant 
des jours meilleurs, Thabit religieux, proscrit à cette époque 
de terreur ; obligés de se cacher pour échapper à la persé- 
cution, ils surent exposer courageusement leur vie pour aller 
distribuer au peuple les secours et les consolations spirituelles, 
et lorsque le calme succéda à la tourmente révolutionnaire, 
ils continuèrent à donner jusqu'à leur dernier soupir l'ex- 
emple de l'abnégation et de la vertu. 

c< Mons, le 24 novembre 1S25. 
« A Messieurs mes exécuteurs testamentaires. 
c< Messieurs et bons amis, 

« Je vous adresse spécialement la disposition codicillaire suivante, 
dans la persuasion que vous ne balancerez pas de faire exécuter. 

« Ennemi du faste pendant ma vie, je neveux pas être fastueux après 
ma mort. 

« Egalement ennemi de toutes superstitions, je repousse avec horreur 
les momeries sacerdotales, les cérémonies lugubres et ridicules que des 
jongleurs en surplis, à la honte de la raison humaine, pratiquent sur un 
peu de matière inanimée. 

« Désirant donc être inhumé avec la plus grande simplicité possible, 
je veux que ma dépouille mortelle soit de grand matin, à Touverture des 
portes de la ville, portée directement au lieu de ma dernière demeure, 
que je laisse à votre choix, par quatre hommes que vous choisirez parmi 
les plus pauvres et en même temps les plus honnêtes de la ville de Mons 
ou des environs. 

« Chacun d'eux recevra pour salaire et par motif de charité, cinquante 
francs avec dix pains blancs et dix livres de viande de bœuf, en tout deux 
cents francs, quarante pains et quarante livres de viande. 

« On leur donnera en outre à partager également entre eux quatre, le 
drap noir queroh achètera pour couvrir mon cercueil depuis ma maison 
jusqu'à Tendroit où vous me ferez inhumer. 

a Quand vous ferez la lecture de celte lettre, mes yeux ne verront plus, 
mes oreilles n'entendront plus, je serai sourd aux regrets que vous for- 
merez, je ne doute pas, de m'avoir perdu. 



250 DÉGADENGB ET SUPPRESSION 

Les pages que nous venons de parcourir ont fait con- 
naître rhuroble origine du monastère de Cambron, sa longue 
et grande prospérité, enfin sa ruine. Nous pouvons donc ap- 
précier aujourd'hui à sa juste valeur, le jugement téméraire 
de ceux qui font remonter jusqu'à l'institution de l'ordre de 
Citeaux, et à ses tendances qu'ils qualifient d'anti-sociales et 
d'anti-économiques, des erreurs, des fautes, des scandales 
qui ne furent que les funestes conséquences de l'oubli de la 
règle et du but imposé à tous ses membres. En effet, Cambron 
a prospéré et a rendu de grands services à la société et à 
rËglise aussi longtemps qu'il est resté fidèle à la règle de 
S^ Bernard, et aux inspirations sublimes de ce grand réfor- 
mateur; sa décadence ne date que du jour où il méconnut sa 
mission sociale et religieuse. Il faudrait être bien aveugle ou 
bien ingrat pour méconnaître les services immenses rendus 
par ces ardents et infatigables pionniers du défrichement et 
de la civilisation, car c'est leur labeur infatigable, leur aus- 
térité à toutes épreuves,et leur charité inépuisable qui domp- 
tant la nature et la barbarie, ont conquis pour nos pères le 
pain du corps et de l'âme, et répandu sur les populations 
voisines du monastère ces richesses dont ils s'étaient imposé 
le mépris pour eux-mêmes. 

« J^aurai quitté pour toujours le territoire des méchants, pour franchir 
les portes de réternité cl rentrer dans le sein de la nature noire mère 
commune à tous. 

c< Adieu mes bons et honorables amis. 

« Adieu, sans espoir de vous revoir jamais ! 

« Adieu enfin pour le temps sans bornes ! ! ! ! Semez des fleurs sMl vous 
est possible le reste de votre carrière... ne me plaignez pas, je suis heu- 
reux. » Est signé M. Surin, 

Enfant de la Nature. 

Adresse qui était sur la leUre : « A Messieurs les exécuteurs testaroen- 
laires nommés dans le testament de Maximilien Surin, et particulièremcnl 
k M. Philippe-François Galtier, philosophe aimable et vénérable ami, à 
Mons. » 



DE L*ABBATE. 2B1 

Aussi longtemps que les moines de Cambron se sont mon- 
trés fidèles à la règle qui leur imposait rhumilité, la pauvre- 
té, la prière, le travail, et surtout une charité active envers 
les malheureux dont ils avaient été établis les soutiens et les 
mandataires, on n'a jamais eu le droit de les accuser d*étre 
inutiles ou nuisibles à la société, ni même de ne plus être à 
la hauteur du progrès. Soulager la misère, inspirer le désin^ 
iéressement et savoir en donner Texemple, c'est une nécessité 
de tous les temps ; on ne peut donc soutenir que l'obligation 
rigoureuse d'être utile au prochain interdit le progrès aux 
Cisterciens; il est même évident que le progrès était un im- 
périeux devoir pour eux, car les infirmités sociales se modi- 
fiant avec les siècles, il faut constamment rechercher de nou- 
veaux moyens de les soulager. Si donc Cambron s'écroula 
après une longévité de plus de six siècles, ce n'est pas parle 
vice de son institution, c'est moins aussi par les coups du 
temps et des révolutions, que par les intrigues et les rivalités 
qui divisèrent la communauté. On pouvait en prophétiser la 
ruine du jour où l'austérité et la mortification cessant d'y 
protéger les cœurs, ceux-ci devinrent le jouet des passions 
mondaines. Par l'oubli de plus en plus profond des obliga- 
tions de la vie cénobitique, l'orgueil se substitua à l'humilité, 
Fégoïsme à l'abnégation, l'avarice à l'esprit de pauvreté, la 
haine à la charité* Lorsque l'insubordination et la révolte 
obligèrent les abbés à recourir à l'intervention de l'autorité 
séculière, Cambron avait perdu cette cohésion indispensable 
à tout corps militant.Quand se leva le grand jour des épreuves 
et de la lutte, Cambron succomba comme succombent tou- 
jours les corps indisciplinés, moins redoutables aux adver- 
saires qu'à la cause qu'ils doivent défendre. 

C'est pour mieux faire ressortir cette vérité, que nous avons 
soulevé un coin du voile qui dérobait aux yeux de notre géné- 
ration tant de turpitudes et de scandales. La ruine de Cam- 



252 DÉCADENCE ET SUPPRESSION 

bron n'est que la triste mais juste punition de ses fautes. S*il 
ne s'est pas relevé de sa chute, c'est qu'il était trop coupable, 
c'est qu'il était condamné par Dieu même comme le mauvais 
figuier de l'Évangile. Fidèle à sa mission il aurait pu renaître 
comme tant d'autres monastères qui florissent aujourd'hui à 
l'abri de nos larges libertés. Ceux-ci existeront aussi long- 
temps qu'ils seront utiles à la société, et à la religion qui en 
est la base fondamentale; ils seront indispensables aussi 
longtemps qu'il faudra des sources plus vives et plus pures 
pour retremper les âmes desséchées par l'aride scepticisme 
du siècle; aussi longtemps que des esprits désabusés recher- 
cheront la solitude pour y méditer en paix les vérités éter- 
nelles, que des cœurs trop cruellement éprouvés chercheront 
l'oubli dans la religion; aussi longtemps que de grands 
coupables devront s'efforcer de mériter le pardon par la 
prière, le travail et la mortification. Cambron dans ses beaux 
jours répondait à tous ces besoins, hélas! encore si 
grands dans la société actuelle,et la preuve de l'excellence de 
sa règle s'élève comme une pensée consolante du sein de ses 
ruines. On ne peut parcourir celles-ci sans y rencontrer le 
souvenir de ces bons moines, religieux par l'esprit et par 
le cœur, qui ne furent que les témoins affligés de tant d'éga- 
rements dont on les rendit solidaires. Quand arriva le jour 
fatal de l'expiation, arrachés du fond des cellules qu*ils ai- 
maient, et repoussés dans le monde par la violence, ils y 
restèrent toujours fidèles à leur vocation ; la sainteté de leur 
vie et leur charité inaltérable édifièrent longtemps les popu- 
lations au sein desquelles ils exerçaient les fonctions du 
saint ministère; ils prouvèrent jusqu'à leur dernier soupir 
que l'institution de Cambron fut l'œuvre de Dieu et que sa 
ruine fut celle des hommes. 



Tf 




l 



5^ .: 






DESCRIPTION DE L*ÉGLISE ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 253 

CHAPITRE V. 
DESCRIPTIONS DE L'ÉGLISE ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 

§ 1. — L'église conventuelle. 

L^église de Tabbaye de Cambron fut la construction la plus 
importante du monastère. Bien qu'on possède assez de détails 
sur cet édifice, on n*est guère fixé sur l'époque à laquelle les 
travaux furent exécutés. 

On lit dans un des manuscrits de Marc Noël ', au sujet de 
Tabbé Daniel de Gra m mont (1164-1196) : « .... et le premier 
« qu*il fit fut d'achever en partie l'église, qui avoit été beau- 
c€ coup avancée par Gérard (de Bourgogne, 1156-1164) ». 
On trouve au contraire dans l'autre manuscrit de cet auteur 
c( à propos du même abbé Daniel : «.... commence les bâti- 
« ments de l'église, fait le cloistre, chapitre, dormitoire... » 

Comme ces passages manquent de précision, les différences 
quMIs présentent sont sans doute plus apparentes que réelles. 
En effet, les premiers moines n'établirent d'abord qu'un petit 
oratoire, proportionné aux besoins de l'institution ; mais l«trs- 
que celle-ci eut pris une grande extension par l'afQuence des 

i . Il existe, à notre conn aissance, deux manuscrits d'une chronique 
inédile de cette abbaye, composée par Marc Noël, dans la première moi- 
tié du XVll' siècle, cette chronique a pour titre : « Fondation de Téglise 
« et abbaye de N.-D. de Cambron, ordre de Cistiau, Dcèse de Cambrai, 
tt etc., avec un abrégé des abbés et prélats, depuis le B. Fastré , pi^, jus- 
te ques et y compris M D. Antoine Le Waitte abbé dudit lieu, le temps 
(c qu*ils ont gouverné, leur mort, le lieu de leur sépulture, ce qu*ll y a 
« gravé sur leur tombe, les armoiries tant de leurs parents que du lieu 
ce de leur naissance. Ensemble les nos et armes des chevaliers et dames 
tt reposants tant en Téglise qu'au cloître dudit monastère, comme s'en- 
« suit. — Le tout recueilli par D. Marcq Noël, religieux audit Cambron.» 
— Ce travail est tout à la fois une histoire et un armoriai de Tabbaye. 



254 DESCRIPTION l)E l/ÉGLISE 

cénobites, ia chapelle aura été insuffisante, et on aura entre- 
pris la construction d'une église semblable à celles des autres 
abbayes. Comme d*usage, on aura d'abord mis la main à 
Toeuvre pour élever le chœur ; cette partie pouvait provisoire- 
ment suffire au culte. Dans la suite, on aura bâti le vaisseau 
de Téglise. Si notre supposition est vraie, le premier manus- 
crit aura voulu indiquer que Daniel acheva le chœur; et le 
second manuscrit aura voulu faire connaître que cet abbé 
entreprit la construction des nefs, partie qu'on pouvait plus 
particulièrement appeler « Téglise ». 

Quoi qu'il en soit, les travaux de cet édifice, commencés 
vers 1160, ne furent achevés que vers 1240'. Comme il 
s'écoula près d'un siècle entre la fondation du monastère et 
l'achèvement de l'église, l'abbé Le Waitte, dans son Bistoria 
Camberonensis^ compare, sous le rapport de la durée des 
travaux, le sanctuaire de son abbaye au temple de Salomon. 

Selon la règle de l'ordre de Citeaux, l'église fut dédiée à la 
S^- Vierge Marie. Elle fut consacrée le lendemain de la fête de 
S^-Luc (19 octobre) 1240, par Gui ou Guiard de Laon, évéque 
de Cambrai, ancien chanoine de l'église cathédrale de ce 
diocèse et docteur de l'université de Paris. La cérémonie eut 
lieu en présence d'un grand nombre de fidèles, des abbés et 
des seigneurs voisins. Les sires d'Enghien, de Gavre et de 
Ligne y assistèrent. 

Cette église était du style roman de l'époque de transition, 
avec des voûtes ogivales. Elle se composait de trois nefs et 
avait la forme d'une croix. Dans chacun des bras de celle-ci^ 
se trouvaient trois autels au-dessus desquels étaient placées 
les armoiries des plus illustres familles de la province. Cette 
église était un monument d'architecture très remarquable. 

Vers la fin des travaux de l'église, l'abbé Siger de Gand 

1. Vinchant'Ruleau, p. 233, disent que Tabbé Bauduin de la Porte 
(ou de Tournai) acheva Téglise en liitf. 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 255 

(l!221-1233) fit poser dans l'enclos, les fondations d'une cha- 
pelle qui devait perpétuer le souvenir de la comtesse Jeanne 
de Constantinople, bienfaitrice du monastère. A la même 
époque et dans le même but, on avait construit une église à 
Stapeldyck, en Zélande, au milieu des propriétés de l'abbaye; 
mais Tabbé Siger, dans la crainte que cette église ne fût dé- 
truite par les inondations (ce qui en effet arriva plus tard), 
voulut que la communauté de Cambron possédât dans son 
enceinte un monument plus durable. Cet édifice qu'on nomma 
Chapelle Comtesse^ fut achevé sous l'abbé Bauduin de la 
Porte (1233-1245) , et consacré en même temps que l'église 
conventuelle. Elle était contigue à l'infirmerie, bâtrment rem- 
placé depuis lors par le château actuel de Cambron ; jusqu'à 
répoque de la suppression on y célébrait chaque jour la messe 
fondée par la comtesse Jeanne pour le repos de son âme. 
Vers 1535, l'abbé Dubois se fit bâtir près de la chapelle 
Comtesse une cellule d'où il se rendait dans cet oratoire pour 
aller prier et entendre la messe.II y fit placer une verrière sur 
laquelle il était représenté agenouillé devant la S^^-Vierge. 

Nous présenterons maintenant l'ensemble des particu- 
larités qu'on trouve sur l'église conventuelle. 

Cette église subit divers changements qui en modifièrent 
l'ordonnance archîtectonique. 

On a attribue à l'abbé André du Pape (13761394) d'avoir 
fait réparer et recouvrir l'église et de l'avoir ornée, car avant 
lui elle n'avait d'autre ornement que l'autel, conformément à 
la sévérité de la règle de Citeaux quant aux temples et aux 
vêtements sacerdotaux; toutefois Le Waitte croit que c'est la 
chapelle de N.-D. qu'il fit orner, car la règle sur la simplicité 
du culte était encore rigoureusement observée ; et l'église 
conventuelle ne fut redevable de ses beaux ornements qu'à 
l'abbé Delecourt (1561-1572). 
L'abbé André du Pape fit encore construire, au jardin des 



256 DESCRIPTION DE l'ÉGLISE 

religieux, une pièce et plusieurs édifices qui tombèrent en 
ruine au XVII* siècle, il fît placer ses armoiries dans une 
grande verrière platée derrière le grand aulel. Il reçut plu- 
sieurs reliquaires précieux qui ornèrent la chapelle de N.-D. 

En 1441, sous Nicaise Ninem, on construisit près du por- 
tail, la chapelle de S*-Sébastien. On y employa des pierres 
de la carrière de l'abbaye et des carrières d'Ath. On fit aussi 
usage des matériaux de cette provenance à la même époque 
pour restaurer le dortoir. L'an 1446, il fit paver le chœur. 

Le même abbé donna au monastère des reliques de 
S^ Maurice et de S*- Sébastien. 

Nous avons vu qu'à l'avènement de l'abbé Hoton, l'église 
du monastère réclamait des travaux considérables, auxquels 
la maison se trouvait dans l'impossibilité de suflSre par suite 
des guerres de l'époque, et des pertes essuyées dans les en- 
virons de Hulst. Pour trouver les ressources nécessaires, cet 
abbé avait sollicité et obtenu du pape Pie II des indulgences 
qui augmentèrent considérablement les ofTrandes des pèlerins. 

L'abbé Jean Hoton (1449-1464) fit plafonner et badigeonner 
réglise;celle-ci ne possédait alors que deux petites cloches : il 
en fit fondre plusieurs grosses pour appeler les séculiers aux 
offices. Il fit aussi monter les premières orgues, dont l'usage 
venait d'être introduit dans léchant liturgique. C'est ce même 
abbé qui fit venir un moine de l'abbaye de S^-Feuillen pour 
diriger dans leurs travaux, les religieux de Cambron qui écri- 
vaient et notaient les livres du chœur en chant grégorien. 

L'abbé Willem acheta une mitre très riche provenant de 
l'abbaye des Dunes, ainsi que plusieurs objets d'art, et no- 
tamment la grande châsse d'argent contenant des reliques 
des onze mille vierges placées dans la chapelle de N.-D. 
L'an 1481 on fit confectionner trois ornements pour les 
morts. 

En 1837, l'abbé Allard du Bois fit placer de nouvelles 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 257 

orgues près du crucifix, du côté droit en entrant dans la 
nef. 

Sous la prélature de Jean de Florebecq (1538-1543), on 
acheta une magnifique crosse d'argent doré; mais en 1631, 
dans un moment de gène, on la vendit à un orfèvre nommé 
Quayselaire. On aliéna, en même temps, plusieurs calices et 
des statuettes en argent des apôtres qui dataient de l'époque 
de l'abbé Jean Willem (1501-1513). 

Quintin du Belloy (1543-1548) acheta en 1547, par Finter- 
médiaire de Jean Horanus, abbé de S'-Bernard, près d'Anvers, 
des ornements sacerdotaux vendus par les églises d'Angle- 
terre, à la suite du schisme d'Henri VIII. Ces ornements, 
d'une magnificence rare, étaient de drap d'or, et faisaient, 
dit-on, plier les prêtres sous le poids du métal et des pierre- 
ries. On s'en servait aux fêtes de Pâques, de la Pentecôte, etc. 
Voici le prix d'achat tel que le donne la copie du manuscrit 
de Marc Noël : 

« L'an 1547, pour chasuble, tunique? et chappe de drap 
d'or avec orfrois pleins de perles, venant d'Angleterre, VI 
C VI I. et pour 2 chapes de même drap IIIICLXXIIII 1. item, 
2 tuniques de même drap pour les acolytes avec orfroiz de 
toile d'argent, G et LXVIIIl. » 

D. Jean Dentelin laissa comme souvenir de sa prélature 
(1549), l'horloge et le carillon qui fut renversé par l'effroyable 
tempête du jour de Pâques 1606. Les annales du Hainaut 
font mention de cette calamité. 

Sous Tabbé Guillaume Delcourt, Téglise s'enrichit d'un 
admirable repositoire d'albâtre , véritable cbef-d'œuvre de 
sculpture, qui s'élevait depuis le sol jusqu'à la voûte. Il repo- 
sait, comme sur des colonnes, sur les épaules des quatre 
évangelistes, également en albâtre. La tente, décorée des sym- 
boles du pain et du vin, représentait à droite Abraham et 
Melchisédech prosternés, à gauche le prophète Élie. Sur la 



388 DESCRIPTION DE l'ÉGUSE 

porte et la partie antérieure, on voyait la manne tombant du 
ciel aux Hébreux dans le désert. Au sommet du tabernacle, 
était sculpté en albâtre le Christ faisant la Cène avec ses 
apôtres. Ce véritable chef-d'œuvre était supporté par les quatre 
docteurs de Téglise, également en albâtre. 

C'est de la même époque que dataient les admirables stalles 
du chœur. La construction en avait été momentanément 
abandonnée pendant l'occupation de Mons par Louis de Nas- 
sau. Après la reprise de la capitale du Hainaut, l'abbé Del- 
court, qui avait dû se réfugier â Âth, se hâta de revenir à 
Cambron pour presser l'achèvement de son œuvre; mais la 
mort vint bientôt le surprendre, et il n'eut pas la satisfaction 
de voir ces stalles achevées. Elles avaient été entreprises par 
l'habile sculpteur Nicolas Hemers et Walrand Scheppemann, 
pour la somme de 2000 livres de Hainaut. 

L'église devait encore à ce prélat, un grand chandelier de 
cuivre qui étendait ses branches d'une muraille à l'autre, et 
pesait environ 8000 livres. Les lourdes charges de la guerre 
obligèrent les religieux à vendre ce chef-d'œuvre de dinan- 
tcrie, en 1662. Ils en obtinrent 4230 livres de Hainaut qui 
servirent à liquider les dettes, que les charges de la guerre 
avaient portées alors jusqu'à 200,000 florins, et dont la liquida- 
tion exigea onzeams. Ce sacrifice si pénible fut consomméentre 
le décès de l'abbé Séjournetet l'élection de Le Waitle, son 
successeur. Ce chandelier faisait l'ornement du chœur, où il 
était placé devant le maître-autel, sur le degré du presbytère. 
Il çn supportait 24 petits, dont on allumait les cierges aux 
fêtes solennelles et au moment du Salve Regina, après les 
compiles du dimanche. Contre la tige ou colonne centrale, 
s'appuyait un ange, aussi de cuivre, dont les ailes déployées 
supportaient le livre de l'épître. Près du tabernacle, se trou- 
vait encore un grand pupitre de cuivre pour le chant de 
l'Évangile. Il s'en élevait de chaque côté des candélabres, 



ET DBS BATIMENTS GUUSTRAUX. 2S9 

dont on allumait les cierges en même temps que ceux du 
i^rand chandelier. 

L'abbé Farinart fit achever les stalles commencées par son 
prédécesseur. Il laissa, comme traces de son passage, plu- 
sieurs belles pièces d'argenterie, dans l'église et la chapelle 
de *N.-D. dont il va être fait mention. On remarquait, parmi 
celles-ci, les statues de la Vierge, des Apôtres et de plusieurs 
autres saints,et des candélabres d'une grandeur remarquable. 
II fit, en outre, placer dans l'église un tabernacle doré. On 
acheta aussi de son temps, des ornements d'une richesse 
inappréciable où l'or se mariait à l'argent, un baldaquin ma- 
gnifique et de précieux reliquaires dont il sera parlé en leur 
lieu. 

On lit dans un compte de 1S73 que d'Ostelart fit peindre 
« l'escole », et dorer en partie les « fourmes » ; qu'il paya à 
Nicolas Hemert pour « l'escrinerie des fourmes » cent-cin- 
quante livres, sans comprendre les « miséricordes »; que 
l'albâtre du grand autel et du repositoire coûtait six livres le 
pied, et que Walerand reçut pour la taille de l'albâtre du 
grand autel, deux-cent-trente livres', plus quarante-six-livres 
pour l'ouvrage d'un des côtés des miséricordes. Quanta a 
taille de l'autre côté, elle fut payée 45 livres,en mai 1606, à un 
sculpteur de Mons. 

L'abbé Séjournet fit refondre dans de plus grandes dimen- 
sions les cloches de l'église, et celles de la chapelle de N.-D. 
Il fit en même temps rehausser le crucifix, et monter les 
deux jeux d'orgues. Sa mort empêcha l'exécution de beaucoup 
d'autres embellissements qu'il avait projetés. 

Sous l'abbé Libert, on blanchit l'église ; on y plaça une 
magnifique table d'autel, les grandes orgues et les dalles de 
marbre noir et blanc depuis le jubé jusqu'au grand portail ; 
on en renouvela les vitraux. Pendant que s'exécutaient ces 
travaux, survint un violent orage, le jour de S^CIaire, 1679. 



260 DESCRIPTION DE l'ÉGLISE 

La foudre frappa le clocher et en endommagea deux faces 
sans 7 laisser une seule ardoise. Entrant ensuite dans l'église 
parla porte du chœur, elle parcourut les chapelles et la nef avec 
un bruit épouvantable. Les religieux, frappés d'une terreur pa- 
nique,allaientdéserterlesstalles,si,par son calme et sa fermeté, 
le prieur D. Henri Lemaire ne leur eût rendu assez de courage 
pour continuer l'office. Le fluide électrique s'échappa ensuite 
en laissant une odeur si infecte, que plusieurs des assistants 
en furent incommodés. Cet accident fut comme le triste pré- 
sage des calamités qui allaient s'abattre sur le monastère. En 
eflfet, dès 1680, on était déjà réduit à vendre de l'argenterie. 
Des pièces magnifiques, telles qu'une statue de la Vierge de 
2 Vj pieds de hauteur, six statues des Apôtres de plus de i V, 
pied, quatre chandeliers d'autel, deux chandeliers de table, 
un service de table , comprenant poivrier, sucrier, moutar- 
dier, vinaigrier, olivier avec assiette en pied, trois guéridons, 
deux grands plats avec leurs aiguières , une lourde crosse 
d'argent doré, deux réchauds, vingt calices et deux chande- 
liers d'acolytes, furent cédés pour 4800 florins. Cetlesomme, 
jointe à celle de 1800 florins empruntés à Anvers, servit à 
payer le rediguage des poldres inondés aux environs de 
Hulst. Ces épreuves avaient sans doute atteint leur terme eu 
1685, car, cette année-là, l'abbé faisait acheter à Bruxelles un 
grand ostensoir payé 1700 florins, y compris la main-d'œuvre. 

Il est à remarquer qu'une des copies de Marc-Noël dit « 

fit construire la table d'autel de la chapelle N.-D » C'est 

aussi de son temps qu'on fit faire le bel ostensoir, qu'on 
acheta des religieuses de l'abbaye d'Épinlieu plusieurs argen- 
teries et de beaux ornements d'église, une croix de procession 
en argent estimée à 300 florins, ainsi que les belles tapis- 
series de leur chapelle, savoir : deux tapisseries en huit piè- 
ces, et quatre devants d'autel, dont trois en toile d'or et un 
en velours bleu brodé. En 1686, époque de la construction 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 261 

des nouveaux cloîtres du côté de l'église, les quatre mauso- 
lées des seigneurs de Gavre qui se trouvaient dans les anciens, 
furent transportés au chapitre^ où ils restèrent jusqu'aux 
derniers jours de l'existence du monastère. 

La même année, fut entreprise une table d'autel dédiée à 
S** Marie-Madeleine et à S^ Pharaïlde. La menuiserie fut 
l'œuvre d'un frère convers du couvent, nommé Henri Thys, 
de Malines ; Jean Vandensteen se chargea d^une partie de la 
sculpture, moyennant une messe à perpétuité à son intention. 
Cette fondation était rachetable et transférable à un autre 
monastère. L'abbé Libert se chargea de remplir cette condi- 
tion sa vie durant. La sculpture coûta 4000 florins, y com- 
pris les deux côtés et le marbrage. Cette table fut achevée en 
1687 et consacrée par l'abbé. On avait déposé dans le sépul- 
cre du nouvel autel une boite de plomb contenant d^assez 
nombreuses reliques trouvées dans l'ancien et auxquelles 
on avait ajouté celles des deux saintes. 

En octobre 1688, Michel de Tramasure, chanoine des cha- 
pitres d'Anderlecht et de S'*-Waudru à Mons, fonda un obit 
pour son oncle D. Sébastien de Tramasure, prieur de Cam- 
bron, décédé le 3 mai 165S. A la rente de douze livres affectée 
à cette fondation, il ajouta le don fait à l'église d'un calice 
doré avec plat, ampoules et boite aux saintes huiles en ar- 
gent. 

Le 48 septembre 1692, entre 1 1/2 et 2 heures après-midi, 
un tremblement de terre se fit sentir dans toute TEurope 
a l'espace d'un pater et d'un ave », dit le manuscrit que nous 
suivons. L'abbaye n'en essuya d'autre dommage que la rupture 
d'une pierre formant le cordon de la voûte à droite du cruci- 
fix, et d'une autre au cordon de la rose du frontispice de 
l'église. A cette occasion, le couvent célébra une messe so- 
lennelle d'action de grâces à la chapelle de N.-D. De semblables 
actions de grâces furent célébrées dans toutes les églises de 
Mons. 



S62 DESCRIPTION DE L'ÉGLISE 

C'est en 1693, au milieu des calamités de la guerre, que 
fut entrepris un nouvel orgue. Le contrat stipulait de fortes 
garanties pour l'entrepreneur. Cet orgue fut l'œuvre de Ma- 
thieu Le Roy, la menuiserie, celle de Machaire Zeghe assisté 
d'un frère convers, et la sculpture, celle de Joseph Vanse- 
broeck. L'ancien orgue, cédé par le contrat au facteur Le 
Roy, fut revendu par lui aux Jésuites de Hons, mais l'ancien 
jubé fut placé au réfectoire. On employa à ce travail trois ou 
quatre menuisiers, autant de facteurs d*orgue et autant de 
sculpteurs. A la même époque, fut acheté un marche-pied qui 
couvrait une grande partie du presbytère. 

Le conseiller Roose, dont le frère, Ambroise, était moine à 
Cambron, avait légué mille florins au couvent. L'abbé les em- 
ploya à embellir l'église. C'est ainsi qu'il fit abattre les mise- 
ricordias (sic) du bas-chœur qui paraissait trop étroit; qu*ii 
fit transporter les tombes de ses ancêtres dans les chapelles 
de l'église, et graver leurs noms sur les pierres posées aux 
endroits où ces tombes se trouvaient antérieurement. Il fit en- 
fin paver le chœur, ainsi que l'église, de marbre noir et 
blanc. A cette époque fut brodé le plus bel ornement sacer- 
dotal, dû en grande partie au travail d'un religieux de la 
maison. 

Sous l'abbé Noël, furent élevés devant le chœur, deux au- 
tels dont les tableaux étaient du peintre Le Plat de Gand. 

En 1774, le S août, la foudre frappa le clocher. Le nonagé- 
naire de Cambron-Casteau^ Nicolas Lory, qui fut témoin ocu- 
laire de l'incendie, nous a raconté que le feu prit à la tour à 
minuit, et triompha de tous les efibrts faits pour l'éteindre. 
Le beau carillon, considéré comme une merveille, se faisait 
encore entendre à 8 heures 3/4 du matin ; il venait de sonner 
lui-même son glas funèbre ; quelques instants après, il n'était 
plus ; le métal des cloches en fusion communiqua le feu à la 
toiture de l'église. Celle-ci faillit être consumée entièrement, 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 263 

par suite même des efforts tentés pour la préserver. Les 
charpentiers voulant arrêter Tincendie sans attendre Tarrivée 
des pompiers d'Ath, crurent y parvenir en abattant à coups 
de hache le sommet de la flèche; mais ils donnèrent ainsi un 
libre passage à Tair, et activèrent les ravages des flammes. 
Moins d'une année après le sinistre, les voûtes endommagées 
et le toit réduit en cendres étaient complètement restaurés, 
grâce à l'activité et à la bonne administration de Tabbé. Déjà 
dès le 13 mars 1775, le comité administratif de Tabbayc pre- 
nait la résolution de construire la nouvelle tour; le 15 mai 
suivant, on en jetait les fondements, et le S juin 1778, selon le 
désir de la communauté, la fonte des nouvelles cloches fut 
décidée. 

En entreprenant la tour actuelle, on avait d*abord suivi le 
conseil peu judicieux delà construire en dehors de l'église, en 
un lieu donnant à peu près dans Tangle du transept. On 
avait déjà jeté sept à huit pieds de fondements, lorsqu'on 
reconnut que ce projet, qui avait déjà coûté des sommes 
énormes, aurait compromis l'existence de l'édifice qui était 
très ancien.Alors l'abbé consulta le major ingénieur Jamet et 
Tarchitecte Wincq. Ceux-ci présentèrent un nouveau projet 
qui fut adopté. On avait enfin reconnu que le frontispice de 
l'église était vieux et exigeait de fortes réparations, tandis 
que celle-ci, quoique très belle, était d'une longueur dis- 
proportionnée avec la largeur. L'architecte proposa de réunir 
le frontispice et la tour, dont on prit la base en dedans de la 
partie intérieure de la nef de l'église, qui fut ainsi mieux 
proportionnée. 

La tradition populaire attribue à D. Romain Haleingreau, 
de Flobecq, la conception du plan de cette tour. En effet, un 
rapport adressé au gouvernement par le conseiller d'État de 
Kulberg, sur la vérification de l'administration du monastère 
en 1780, renferme ce passage : « Le boursier Pépin est un 



264 DESCRIPTION DE l'ÉGLISE 

homme actif autant qu'intelligent, qui, avec le religieux Dom 
Romain, a dirigé les ouvrages que Tabbë a faits depuis son élec- 
tion, et ce D. Romain a des connaissances en architecture, d 

En 1780, la tour était pour ainsi dire achevée; il ne s'agis- 
sait plus que de la couvrir de sa charpente. Les cloches furent 
fondues et le carillon fut, paraît-il, placé l'année suivante. 
Ils furent l'œuvre d'un excellent fondeur de Bruges. On em- 
ploya à la fonte le métal des anciennes cloches détruites par 
l'incendie, et celui des cloches des jésuites de Bruxelles ache- 
tées par l'abbé. 

Il est à remarquer que tous ces ouvrages furent payés à 
mesure de leur exécution. 

Les travaux dont nous venons déparier, furent les derniers. 
Quelques années plus tard, la révolution des Patriotes écla- 
tait; nous avons rappelé au § III du chapitre IV, les particu- 
larités qui accompagnèrent la suppression momentanée du 
monastère. 

Ce qui précède peut donner une idée générale des richesses 
alors renfermées dans l'église conventuelle et la chapelle de 
N.-D. de Cambron, mais on ne lira pas avec moins d'intérêt 
les détails qui suivent. Ils sont extraits de l'inventaire dressé 
à Cambron, le 26 février 1789, en vertu de la suppression 
décrétée par Joseph II : 

8 calices avec patènes et cuillères, dont 2 pour les grand'- 
messes ;,2 remontrances, dont 1 garnie de pierreries; 1 S^«- 
Agathe avec couronne, 1 croix pour procession, 1 reliquaire 
en forme de S^ croix soutenue par un ange, 1 petit coffret 
renfermantdes reliques, 1 crosse abbatiale d'argent doré, 1 in- 
dex de bois garni en argent, i burettes avec leur plat ; 1 en- 
censoir avec la boîte, 1 plat d'argent destiné à recevoir les gants 
de l'abbé à Toffertoire, 1 christ orné de quelques pierreries, i 
bénitier et le goupillon, 2 bâtons de chantre (ceux-ci en 
bronze doré), 2 chandeliers d'acolyte, 1 christ d'argent 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 265 

avec pied en cuivre doré, 1 petit chandelier servant au maître 
des cérémonies. 

Tous ces objets furent mis sous scellés dans les armoires 
de la sacristie, à l'exception de 7 calices avec patènes et cuil- 
lères, dont 1 pour les grand*messes qui furent laissés entre 
les mains du trésorier de réglise,D. François Le Duc, qui en 
délivra reçu. 

Dans l'église : 
Au !«' autel en sortant de la sacristie, 1 reliquaire d'ar- 
gent parsemé de quelques pierreries; 
Au 3« autel, 
1 reliquaire d'ébène garni en argent; 

Au 4% 
1 reliquaire semblable à celui du 3^ ; 

Au 6% 
1 reliquaire semblable à celui du 1®' ; 

Sur l'autel au milieu de l'église : 
1 tabernacle de cuivre doré surmonté d'un christ, et orné 
de quelques attributs en argent. Ce tabernacle renfermait un 
ciboire et une boîte aux S*®'-Huiles d'argent doré. Celte 
dernière appartenait à la chapelle de N. D. de Cambron. 
Dans le chœur : 
1 lutrin de cuivre rouge orné de quelques attributs d'argent; 

Dans une chambre du dortoir: 
1 grand et 2 petits canons en argent, etl porte-missel garni 
de même métal. 

Ces objets furent expédiés à l'hôtel des Monnaies à Bru- 
xelles, pour y être fondus. Le dernier envoi, daté du 2 no- 
vembre 1789, fut fait par l'administrateur DeRonquières, à 
Ath ; le charretier Willamefut chargé de transporterie coffre. 
On trouve aux archives une pièce datée du 18 octobre, et 
signée par M. de Hullendorff, qui permet de retirer de la 
monnaie les vases sacrés de Cambron susceptibles d'être 



266 DESCRIPTION DB L*ÉGLISE 

distribués aux ëglises.etde les déposer en attendant au trésor 
royal. Cette pièce prescrit en outre de faire emballer inces- 
samment les argenteries encore déposées dans la chapelle de 
la Vierge, autorisant du reste le directeur de la chambre des 
comptes, à retenir un calice pour l'exonération des messes 
fondées dans la chapelle paroissiale. Ce dernier fonctionnaire 
était en outre chargé d'expédier, dans une caisse à part, les 
ornements du lutrin, dont le curé de Tongres offrait 3 cou- 
ronnes ronce. Celui-ci pouvait les faire prendre à ce prix à 
rhôtel de la Monnaie,où ils seraient déposés en attendant.Un 
calice avec patène et cuillère, estimé a 114 florins IS sois, 
fut remis à M. Drugman, administrateur de Thôpital 
S*-Pierre, pour celui des Brigittines. L'orfèvre Dudart, de 
Bruxelles» fut envoyé à Camhron pour emballer le tabernacle 
du maitre-autel avec le christ qui le surmontait. 

Une dépêche impériale, datée du 4 juillet 1789, céda à 
Téglise paroissiale et abbatiale de SWacques-sur-Caudenberg 
les objets suivants : 

i^ Un ornement d'abbé officiant pontificalement, consis- 
tant en : 

6 chapes de damas tissu cramoisi dont les orfrois étaient de 
velours cramoisi brodé en or, avec crépines et campanes d'or 
au dossier; 

2 dalmatiques et une chasuble de même étoffe et broderie; 

1 voile de calice, 1 bourse, 3 manipules, 2 étoles, 1 écharpe 
f 1 1 grémial de même étoffe. 

Cet ornement servait aux messes de la 1"^ classe en rouge. 

2^ 1 ornement semblable et aussi complet de moire d'ar- 
gent, même broderie, servant aux fêtes de la i^^ classe en 
blanc; 

3^ 4 pièces de drap d'argent brodées en or, avec franges et 
crépines, servant au dais ou baldaquin dans les administra- 
tions générales ; 



ET DES BATIMENTS CUUSTRAUX. 267 

4^ 1 porte-missel de cuivre doré avec garnitures en argent; 
8^ 3 canons travaillés dans le même genre; 
6^ 1 missel de velours cramoisi, garni en argent,avec 2 mé- 
daillons sur le couvercle; 

1"* 2 crosses de cuivre doré,surmontées d*un groupe d*anges 
artistement travaillé. Elles servaient aux chantres dans les 
offices de la l'* classe ; 

S"" Un orgue avec buffet et balustrade. Le jeu de cet orgue 
était complet et surpassait de beaucoup ceux des environs. 
9* 1 table de marbre servant de crédence. 
10** 2 bénitiers en cuivre ; 
11<> 10 burettes d*étain et 6 plats ; 

12o 4 robes rouges et autant de bonnets pour les acolytes; 
13<» 1 grand et 2 petits tapis vert et rouge pour les 3 autels 
aux grandes fêtes; 

14^ 1 missel romain, selon le concile de Trente, imprimé à 
Anvers ; 

Et entre autres linges sacrés très nombreux, 60 aubes, dont 
6 ornées de riches dentelles, et 7 ornées de dentelles de se- 
conde classe. 

Tous ces objets furent délivrés par DeRonquières à Tabbé 
et curé de Caudenberg, le 28 juillet 1789. 

Par appointement du comité général en date du 17 décem- 
bre 1789, les moines de Cambron rentrèrent dans leur mo- 
nastère, et déjà le 21 de ce mois, Tabbé s*adressait aux États 
du Hainaut pour les prier d'interposer leur autorité à Teffet 
de les maintenir, lui et ses religieux, dans leurs propriétés et 
possessions quelconques. En suite de cette requête, tout ce qui 
avait été fait depuis l'expulsion des religieux, fut reconnu in- 
constitutionnel et annulé, même les ventes d'objets faites à 
d'autres églises. Le couvent réclama en conséquence, son ar- 
genterie existant encore à la monnaie en janvier 1790, et con- 
sistant en six lin([ots évalués à 10,302 florins 2 sols. Les 



268 DESCBIPTION DB l'ÉGLISB 

orgues déjà montées à Caudenberg, ainsi que les argenteries 
cédées à cette paroisse, furent réexpédiées à Cambron par ba- 
teaux jusqu'à Ath. Mais Tabbaye dut payer à la fabrique de 
S*- Jacques, 2,000 florins pour les frais et l'argenterie évaluée 
à 1,495 florins 14 sous. 

Indépendamment des objets ci-dessus détaillés, Finventaire 
indique encore : 

2 mitres, gants et collets en drap d'argent brodé en or (i'* 
classe) ; 

8 chaises de velours cramoisi avec galon d'or ; 

1 mitre d'abbé en moire blanc brodé en argent, servant aux 
oflSces des morts, et 1 autre mitre brodée en or (2* classe) : 

2 grands chandeliers de cuivre pour les acolytes, 7 gros 
missels, 1 épistolaire, 1 missel romain et 6 missels des 
morts ; 

En entrant dans l'église : 

1®' autel à la romaine en bois de chêne sculpté, doré, sur- 
monté d'un christ, le tour de la table garni en cuivre jaune, 
et un reliquaire ; 

2* autel, en bois de chêne comme le précédent ; 

3«, comme le 2«, et un reliquaire ; 

4«, comme le 3« ; 

5<^, comme le ir ; 

6*, en tout semblable au 1^'; 
Chœur : 

42 stalles au-dessus desquelles se trouvaient 10 tableaux sur 
toile retraçant les principaux faits de la vie de S* Bernard, avec 
cadres dorés et sculptés. Au-dessus de la stalle de l'abbé, était 
le tableau représentant l'Assomption de la Vierge; il était lui- 
même surmonté d'un cadre orné de quelques attributs; 

39 livres liturgiques, 1 livre de leçons, 2 vieux bréviaires 
et 1 chandelier de fer ; 
1 maître-autel à la romaine en bois sculpté et doré, le tour 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 269 

de la table garni en cuivre, 2 adorateurs en bois, 6 grands 
chandeliers de cuivre, 1 tabernacle et 1 pupitre (déjà men- 
tionnés plus haut), 1 crédence avec table de marbre; 

3 tabourets couverts de panne et ciselés, 1 table de commu- 
nion et balustrade en bois de chêne, 6 grands et 10 petits prie- 
Dieu, 1 buffet d*orgue monté sur 4 colonnes de marbre, 1 dais, 
i confessionnaux, 12 figures de plâtre contre le mur; 
Au-dessus de rentrée de la sacristie : 
1 tableau sur toile représentant le Sauveur en croix, et, à 
côté, un autre tableau sur toile représentant TEnsevelissement 
deJ..C.; 

Vis-à-vis de la sacristie : 
1 trophée d*armes ou monument funéraire daté de Vannée 
U48 (?) de Walter (sic) de Ligne, en bois de chêne doré et 
sculpté, 1 tableau de la Descente de croix; 

Dans un petit cabinet à côté du jubé : 
Entre autres petits objets : 1 civière et 1 cadran de cuivre 
pour l'horloge à mettre au-dessus de Torgue ; 
Sur la tour : 
5 cloches de diverses grandeurs, 1 horloge avec tambour, 
et 1 carillon de 35 cloches. 

La vente de ces cloches fut fatale au citoyen Jasmin Lamotz, 
administrateur-général du département de Jemappes. Accusé 
à ce propos de malversation par un sieur Grenier de Bruge- 
lette, Lamotz, condamné, porta sa tête sur Téchafaud à Ya- 
lenciennes. 



r>C'^VRhA<'r<— 



270 UESGRIPTION DE L*ÉGLISE 

§ II. — Chapelle de Notre-Dame de Cambron. 

Cette chapelle était bâtie au lieu même où s'était manifesté 
le prodige qui lui avait donné naissance '. Le projet de la 
construire remonte à Tabbé Nicolas Del Hove *. Dans ce but, 
il avait déjà rassemblé quelques matériaux légers lorsqu'il 
mourut un an environ après le supplice du juif Guillaume. 
Ives de Lessines, son successeur, traça le plan du nouvel 
oratoire, et en dirigea lui-même Texécution ; mais en dépit de 
son zèle et de son activité, il mourut aussi au bout de deoi 
ans à peine, avec le regret de laisser Toeuvre inachevée. 
L*abbé Jean de Mons trouva les fondements jetés. Grâce au\ 
offrandes provoquées par les miracles opérés en ce lieu, Tédi- 
fice s'acheva plus promptement. L'image miraculeuse de 
N.-D. servait de table d'autel à cette chapelle. Dès que celle- 
ci fut terminée, l'évêque de Cambrai vint la consacrer en pré- 
sence d'un grand concours de fidèles. Parmi les assistants, 
on remarquait plusieurs seigneurs attirés, soit par la piété, 
soit par le désir de plaire à Jeanne de Valois, épouse deGuil- 
laume-le-Bon comte de Hainaut. 

La comtesse Jeanne avait en effet coopéré financièrement h 
l'achèvement de l'édifice. On peut se faire une idée de sa li- 
béralité par celle de Marguerite de Werchin, dame de Sart * 
l'une de ses dames d'honneur, mentionnée dans la pièce 
suivante : 

1. Nous renvoyons, pour les détails de ce sacrilège, au § II du cha- 
pitre m ci-dessus et aux historiens du Hainaut, qui n'ont point man- 
qué d'en conserver le souvenir, notamment à Vinchant. Annales, 132J 
et 1326. 

2. Nous avons rencontré plusieurs fois le nom de Tabbé sous celte 
forme. 

3. Fille de Nicolas, baron de Werchin, sénéchal de Hainaut , et de 
Jolende de Luxembourg dame de Roubaix. Portait d'azur biUelé d'argent 
au lion de même. Le Blond. Quartiers généalogiques. 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 371 

cr Ives Prieurs (1327) de Cambron de TOrdene de Cistials 
al receu de Madame dou Sart, cent et sissante livres pour 
convertir en commun de son Eglise, etc., obligeant le Cou- 
vent d'escrire au Mémento du Missel de la Capelle. » Cet 
argent était destiné à la couverture du toit. C'était une bien 
grande libéralité pour l'époque que 160 livres parisis. 

Quant à la comtesse, elle affecta une rente hypothéquée sur 
des biens situés à Ath, à Tentretien d*une lampe qui devait 
brûler perpétuellement devant l'image miraculeuse. Le comte 
ratifia cette donation, le 1'' août, jour de S^Pierre-ès-liens 
1334, en ces termes : 

« Guillaume Cuens de Haynneaux, de Hollande, de Zec- 
lande, et sire de Frise.etc., at avoué ladite donation faite par 
sa compagne Jehanne de Valois. A quoi frère Jehans dis 
Abbés de Cambron, le mesme jour et an, at promis maintenir 
ladite lampe ardente jour et nuit *. » 

Il était d'usage dans l'ordre de Citeaux de chanter chaque 
jour une messe dite conventuelle et d'en célébrer deux autres 
basses : Tune en l'honneur de la Vierge et appelée de Beaîd, 
Tautre pour les trépassés, particulièrement pour les bienfai- 
teurs et les familiers du couvent. Ces deux messes, dites pri- 
mitivement dans la grande église de Cambron, furent trans- 
férées à la chapelle de N.-D. aussitôt qu'elle fut consacrée ; 
mais dès lors la messe dito de Beatâ se chanta selon le dé- 
sir de la comtesse. A cette fin, on désigna hebdomadairement 
deux ou trois chantres pour le jubé de la chapelle. 

La chapelle achevée sous Jean de Mons navait ni la forme 
ni les dimensions des derniers temps ; elle était au contraire 

1. Cette renie s*éievait à quarante-un sous de blanc et neuf chapons; 
elle était hypothéquée sur diverses maisons d*Âth. 

Cart. de Cambron, ir« part., pp. 247 à 249. — Devillers, Monuments 
pour servir à Chistoire des provinces de Namur^ de Sainauty etc., t. III, 
pp. 378 à 380. 



272 DESCRIPTION DE l'ÉGLISE 

petite, et à peine assez spacieuse pour abriter Tautei sur le- 
quel on célébrait la messe. Elle tenait à la chapelle de la 
S^'-Trinité. Celle-ci servait d*église paroissiale aux séculiers de 
la Grande-Mairie de Cambron, pour lesquels il n*y avait pas 
encore alors d'entrée à Téglise donnant sur la Grande-Cour. 

Une des sœurs doives de Lessines, « Demiselle Maroyeï>y avait 
donné à Jacques de Montignies six bonniers de terre arables 
et de prairies ; mais Ives les avait rendus à ses autres sœurs. 
Celles-ci, à l'exhortation de Maroye, les donnèrent de nou- 
veau pour la fondation de la chapelle deN.-D., où fut fondé 
un obit pour les âmes de leurs père et mère. 

Par acte daté de Yalenciennes en 1342, le comte Guil- 
laume, fils de Jeanne de Valois, fonda à Cambron une cha- 
pellenie en Thonneur de N.-D. Il assigna à cette fondation 
tous ses rendages et biens situés à Éverbecque, consistant en 
cens, terres, àulnois, prairies et droits sur la propriété dite 
de Estinkerke, plus cinq muids de blé et la mouture sur le 
moulin de Paychegien près de la ferme de Papeghien ( Papi- 
gnies). Le cens rentra dans le trésor, le blé dans le grenier 
de l'abbaye, mais les chanoines de la cour de Yalenciennes 
jouirent du revenu à titre de l'autel de N.-D. de Cambron. 
On ne peut s'expliquer comment ils sont parvenus à se mettre 
en possession de ce bénéfice. 

A la requête de l'abbé Baudouin de Resignies, les religieux 
de Cambron obtinrent l'autorisation d'entendre les confes- 
sions des pèlerins de N.-D., même de les relever de l'excom- 
munication encourue alors par beaucoup de monde pour 
avoir communiqué avec le comte Louis de Bavière (1347). A 
cette époque de grande ferveur religieuse, un tel privilège 
devait exercer une influence considérable sur l'accroissement 
des richesses du monastère. Baudouin de Resignies était 
d'une ferveur extraordinaire envers N.-D., à tel point qu'il 
s'était fait construire une chambre à coucher contigue à la 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 273 

chapelle; il y avait fait percer une fenêtre, afin de voir Taulel 
à travers le mur. 

En 1385, un noble hennuyer,le cheval ierRaduIphe, assigna 
sur son fief de Glatiniez, une rente pour l'entretien d'une 
lampe à allumer tous les dimanches devant la sainte image. 
£ii 1417, fut fondée dans cette chapelle la confrérie de 
S^-£loi, à laquelle donna naissance la peste qui ravageait 
alors le Hainaut, et les contrées voisines. L'abbé Ninem rédi- 
gea le règlement de cette association. 

Cette institution fut approuvée par le pape, le 24 novembre. 
Beaucoup d'habitants du voisinage, même des nobles, se 
firent inscrire au nombre *des confrères. Chaque année se 
chantaient à la chapelle, deux messes solennelles auxquelles 
assistaient tous les religieux. L'abbé contemporain, Nicaise 
Nineni, avait ofi'ert à cette occasion un beau calice d'argent 
doré dont les dessins, relevés en bosse, le représentaient 
agenouillé. L'abbé André du Pape (1376-1398) embellit, dit- 
on, la chapelle. Mais il parait plus probable qu'il commença 
à la reconstruire sur un plan plus vaste, car on voit qu'elle 
n*était pas encore achevée sous l'abbé Jean de Lobbes, et 
qu'elle ne le fut que sous Jean Hoton, l'un de ses successeurs. 
Certains auteurs disent que c'est ce dernier qui reconstruisit 
la chapelle en pierres de taille, dans de plus grandes propor- 
tions. 

Quoi qu'il en soit, il est rapporté que Jean de Lobbes ayant 
trouvé la chapelle inachevée, sollicita des indulgences pour 
ranimer la ferveur des pèlerins, et pour puiser de nouvelles 
ressources dans leurs offrandes. Ces indulgences lui furent 
accordées le 16 octobre 1412, par Jean de Gavre, archevêque 
de Cambrai ; mais les guerres de Jacqueline de Bavière ne lui 
permirent pas de mener l'entreprise à bonne fin. C'est à Jean 

17 



274 DESCRIPTION DE L*ÉGLISE 

Hotonqu*était réservée cette satisfaction. Le nouvel édifice fut 
dotéen 1458 de 3 cloches pesant chacune de 17 à 1800 livres. 

En 1463, la chapelle de N.-D. fut rebâtie en pierres de 
taille, telle qu'elle subsista jusqu*à la suppression de l'abbaye; 
on éleva, à la même époque, deux autels sous le jubé de 
Téglise. 

C'est sous la prélature de l'abbé Hoton que mourut Jean 
de Ligne, fondateur du couvent des Récollets à Atb. Il 
avait fait placer dans la chapelle de N.-D. de Cambron des 
vitraux peints aux armes de la maison de Ligne; il y était 
représenté en costume de chevalier, agenouillé devant la 
Vierge et précédant S^ Jean-Baptiste, qui le présentait à la 
reine des cieux. Ce seigneur avait aussi fait offrande d'un 
cœur en argent portant cette inscription : « Aux grands par- 
ce dons de la chapelle m.cccc.lxiii. fut donné un grand cœur 
« d'argent armoriez des armes de Ligne. » 

L'évéque suffragant vint consacrer cette chapelle en 1463. 
On y monta des orgues en 1464, année de l'élection de Guil- 
laume Dieu. 

Du temps de Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, les reve- 
nus du monastère avaient beaucoup diminué, par suite des 
guerres de Jacqueline de Bavière. Mais en 14S0 l'abbé obtint, 
par le crédit de ce prince auprès du pape, de nouvelles lar- 
gesses spituelles en faveur des pèlerins de N.-D. C'est ainsi 
qu'une indulgence plénière fut accordée à ceux qui s'étant 
confessés et ayant communié, visitaient l'image miraculeuse 
le jour de sa fête solennelle. Pendant l'octave six confesseurs, 
choisis parmi les religieux ou agréés par l'abbé, pouvaient 
absoudre les pèlerins des cas réservés même au pape, les 
relever des vœux, excepté de ceux de religion, de chasteté 
perpétuelle et de voyages aux lieux saints, au tombeau des 
apôtres à Rome, et à SWacques de Compostelle. Une autre 
indulgence de cent jours était acquise à ceux qui assisteraient 



ET DES BATIMENTS CUUSTRAUX. 375 

au salut dans la chapelle ; mais, pour profiter de ces indul- 
gences, il était indispensable d'offrir quelque chose pour Ten- 
tretîen et la réparation de cette chapelle. 

Quentin du Belloy, élu abbé en 1543, fit fabriquer de ma- 
gnifiques tapisseries représentant le miracle de N.-D. Il y 
était lui-même représenté à genoux devant la Vierge, à qui il 
semblait adresser cette prière : 

Virgo cui fodit Judaeus vulnera qainque 
Da mihi, Quintinus quod te Belioyus oral. 

La chapelle avait aussi été dotée par lui d'une verrière 
qui le représentait à genoux devant N.-D. Cette peinture était 
une oeuvre de Yertrudden, qui jouissait alors d'une grande 
réputation. Elle rappelait la date de l'inauguration du do- 
nateur. 

L^abbé Jean Dentelin était, dit-on, représenté avec ses reli- 
gieux sur le tableau qui ornait l'autel de la S'^^-Trinité à la 
chapelle de N.-D. 

L'an 1618, la chapelle et la statue de N.-D. avaient été 
parées de leurs ornements les plus précieux, pour la solen- 
nité de sa fête. Trois voleurs crurent pouvoir profiter de cette 
occasion. A la faveur de la nuit, ils escaladèrent les murs de 
Tenclos, pénétrant ensuite par les fenêtres du sanctuaire, et 
ils enlevèrent les chandeliers, la lampe d'argent et autres 
objets précieux. 

On a vu, à la page 275, les détails de ce vol sacrilège, et 
les conséquences terribles qu'il eut pour la plupart des cou- 
pables. 

L'an 1688 (vers 1677 suivant un autre manuscrit), sous 
l'abbé Libert, on construisit trois grands vitraux de Venise; 
l'un fut offert par lui, les deux autres, par les religieux et le 
duc d'Havre. En juin 1693, cet abbé fit ériger un autel neuf 
à l'honneur de N.-D. L'ancien fut placé dans le transept de 
la chapelle. Le tableau qui se trouvait antérieurement dans la 



276 DESCRIPTION DE L'ÉGLISE 

chapelle de N.-D. du Rosaire, fut retouché et agrandi par le 
peintre Carnounckel d*Enghien, et on le plaça au nouvel aa- 
tel. Le plan et la sculpture de celui-ci furent Toeuvre de Joseph 
Vansebroeck, religieux de Tabbaye d'Heylissem ; la menuiserie 
fut exécutée par Henri Thys, frère convers de la maison. Peu 
de temps après, la chapelle fut repavée à neuf; on construisit 
en même temps une nouvelle table d*autel. 

Parmi les nombreux pèlerins de Cambron, on distingue 
rinfante Isabelle. Lorsque le soin des affaires empêchait cette 
princesse d'accomplir elle-même le pèlerinage, elle se faisait 
remplacer par Trevigy, son médecin ; celui-ci venait faire les 
offrandes en son nom à la chapelle. 

Comme on Ta vu en parlant de l'abbé Willem, l'empereur 
d'Allemagne, Maximilien, veuf de Marie de Bourgogne, fille de 
Charles-le-Téméraire, visita aussi en 1512, la célèbre image 
miraculeuse. On retrouve encore au château de M. le comte 
Duval de Beaulieu, propriétaire actuel de Cambron, les débris 
d*un vieux tableau peint sur bois que l'impérial pèlerin avait 
offert à la chapelle. 

Dans l'inventaire cité plus haut à propos de l'église conven- 
tuelle, on remarquait les objets suivants appartenant à cette 
chapelle, qui partagea les destinées du reste de l'abbaye, et 
qui fut démolie après la suppression : 

1 crucifix dont le christ était d'argent massif. Il était sans 
pied et s'adaptait au sommet du tabernacle; 

6 chandeliers d*argent, 

3 calices dont 1 doré, 

1 ciboire, 

2 couronnes d'argent, dont une pour la Vierge et l'autre 
pour l'enfant Jésus, 

1 sceptre pour la Vierge , 

l cœur d'or, 

1 croix d*or avec un collier de perles fines , 



ET DBS BATIMENTS GUUSTRAUX. 277 

7 balles d'argent , 
6 porte-bouquets garnis en argent , 
26 offrandes (ou ex-voto) tant cœurs que figures en argent 
battu , 

3 reliquaires , 

2 demi-couronnes dorées sur Timage de la Vierge et Tenfant 
Jésus, 

1 lampe, 

3 canons dont les cadres étaient garnis en argent. 

Tous ces objets certifiés présents par le moine D. Gérard 
Espital, curé de N.-D. de Cambron, furent déposés dans un 
coffre à côté de la chapelle; ils furent ensuite expédiés à Fhôtel 
de la Monnaie à Bruxelles. Il n'y eut d'exception que pour les 
couronnes restées sur l'image de la Vierge, les six porte-bou- 
quets, le ciboire, deux calices et un reliquaire restés à la garde 
de D, Gérard pour le service de la chapelle. Mais en vertu 
d'une dépêche du gouvernement en date du 18 octobre 1789, 
il ne fut laissé qu'un calice, les demi-couronnes de la Vierge 
et de l'enfant Jésus, ainsi que les deux petits reliquaires : ce à 
cause, dit cette dépêche, de la grande vénération du peuple. 
Pris égard (Tailleurs au peu de valeur de ces objets^ selon qu'il 
conste de l'acte du maitre orfèvre. » 

L'inventaire détaille ainsi le mobilier : 
En entrant dans l'église, au-dessus de la porte : 

1 buffet d'orgue monté sur deux colonnes de pierre, 

1 confessionnal, 

1 bénitier de pierre, 

1 grand chandelier de fer, 

2 grands bancs de bois le long de la muraille, 
1 banc de communion. 

Dans le chœur, à gauche : 
1 chaire de bois de chêne , 



S78 DESCRIPTION DE L*ÉGLISE 

1 armoire de chêne sur laquelle se trouvent 8 tapis de 
haute-lisse roulés, 

1 grande lampe avec platine en cuivre en dessous, 

1 lutrin de chêne, 

1 tableau représentant N.-S. portant sa croix, et 

1 autre représentant la descente de croix, 

1 autel en bois surmonté d'un christ en bois doré, avec un 
tableau représentant S* Nicolas dotant de pauvres filles, 

6 chandeliers en cuivre, 

1 maitre-autel en bois surmonté d'un christ en bois argenté 
et doré, avec un tableau représentant la Vierge tenant l'enfant 
Jésus et différents personnages , 

6 chandeliers de cuivre. 
A droite : 

1 vieux tableau représentant les miracles de N.-D. de Cam- 
bron , 

1 autel surmonté d'un christ en bois doré, avec un tableau 
représentant la naissance de J.-C, 

4 chandeliers de cuivre, 

1 armoire dans laquelle se trouvaient Vécrnson (sic) et le 
bâton du paralytique qui doit avoir combattu le juif qui a 
insulté N.-D. de Cambron , 

1 banc, 

3 vieilles chaises , 

3 prie-Dieu , 

1 sonnette en cuivre jaune , 

1 grand bénitier de cuivre jaune. 
Sur la tour : 

3 cloches de différentes grandeurs. 
Près de la dite église : 

3 vieilles colonnes de pierre, dont une brisée, qui ont servi 
au frontispice de l'ancienne église de l'abbaye, et quelques 
autres vieilles pierres sculptées. 



ET DES BATIMENTS CUUSTRAUX. 279 

II existe aux archives du Royaume un cfaassereau des terres, 
rentes et revenus, tant en argent qu*en buiie, dus à ia cha- 
pelle de N.-D. C'est celui qui fut renouvelé en 1783 par 
D. Gérard Espital. On y trouve en détail les produits indi- 
qués ici sommairement. 

CAHBRON-CASTEAU. 

11 ^ — 3 — H, dont 4^- pour la décharge annuelle de 4 
messes pour Arnould de Febvrimont. 

CAHBRON-S*-VINCENT. 

66 1- — — 0, dont 24 1- idem de 24 messes pour Claudine 
Cantilion. 

GAGES. 

801—0 — 0, produit de dîme dont 37 1- 10 »• pour Tobit 
de Jeanne Michel et de ses trois maris. 

MASNUT-S^-JEAN. 

121. _ 10 -0. 

THORICOURT. 

§61- — 1 — 10, dont 121- pour la décharge de 12 messes 
fondées par Claudine Cantilion. 
11 — 14 »• îd. de Tobit de Jean de Fossé. 
2»- — 1 — 8 id. de 2 obits id. 

RECEVEUR DE LA ROSIÈRE. 

351. _ — 0, dontgï- — — id. des obîts d'Antoine 
Dentelin, Eger Bisart, Pierre Bassi, etc., 
20 — — pour luminaire, 
6 — — pour rhuile de la lampe 
fondée par Vl^ de Malineus (en dernier 
lieu la maison donnait Thuile en dé- 
charge de la rente). 

CENSIER DU PONT-DE-LENS. 

101—0 — 0, pour 10 lots d'huile. 



280 DESCRIPTION DE L'ÉGLISE 

GBNSIER DE CHATILLON. 

31. ^ — 0, idem. 

Ce qui portait le revenu fixe de la chapelle à la somme de 
2731- — 15 — 9. 

Le casuel consistait : | 

1<» Dans les offrandes faites par les novices le jour de la 
prise d'habit, à raison de 3 *' — 3 — chacun * ; , 

3^ Les offrandes du bloc et du pourchas, qui allaient an- 
nuellement de 22 »• - 5 — à 321- — 4 — ; I 

3® Les offrandes; celles-ci allèrent à 4^- — 4 — pour 
1784, 31—3-0 pour 1785, 65 »• - 6 - pour 1792, 1 
17 1. - 10 - pour 1793, et27 1. — 10 — pour 1794 ; , 

4"" Les enterremt^nts, messes chantées, son de cloches, etc. 
On peut s'en faire une idée assez exacte par les citations sui- 
vantes. Celles-ci sont choisies de manière à indiquer autant I 
que possible les funérailles de chaque catégorie pour la popu- 
lation de la mairie et paroisse de Cambron: 

Funérailles de Claudine Cantillon, ci-devant gouvernante 
de la basse-cour : 22 1- — — 0. ! 

La défunte laissa à la chapelle une rente de iV- et une 
autre de 12^- , pour la décharge de 36 messes à 8 patars de ' 
rétribution chacune pour le curé. Celui-ci devait les célébrer 1 
en blanc en Thonneur de la Vierge, et, autant que possible, 
pendant les octaves de ses fêtes. Les 7 1- 14 »• de surplus de- 
vaient indemniser la chapelle des frais de la décharge ; de 
sorte que si Ton opérait le remboursement d'une ou de ces 
deux rentes, le curé de la chapelle devait, au moyen des capi- 
taux, créer de nouvelles rentes équivalentes s'il était possible. 
Dans le cas contraire, le nombre des messes, toujours rétri- 
buées à 8 patards, devait diminuer de manière à laisser à la 

i. Le chassercau dit : « 7 Juin 1794 pour Toffrande de Fr. MîchieDel- 
fosse, Joseph Herman, Paul Desmalander cl André Arnoul rien reçu. lis 
sont tous partis h l'approche de Tarmée française. » 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 281 

chapelle les 7 1« 14 »• pour l'indemniser de la fourniture du 

pain, du vin, etc. 

34 mai 1783, reçu pour les funérailles de Nicolas Jeva, 

10 livres. 
24 août 1785, reçu pour celles d'Antoine Loquet, ancien 

tonnelier de la maison, 5 1- — 4^0. 
5 novembre 1787, reçu de Marie-Anne Lemaire, veuve de 

Norbert Dauchot, 10 >• . 
16 janvier 1787, reçu de Pierre-Joseph Gérard, porcher à la 

basse-cour, 2 ^- — 16 — 0. 
IS mai 1790, reçu de Léopold-Joseph Vigneron, censier 

du Pont-de-Lens, décédé le 9 février, 

22»- — — 0. 
22 juillet, reçu de Nicolas-Joseph Huart, père, chef 

de cuisine, 8 ^ — — 0. 
22 avril 1793, reçu une messe chantée en action de grâces, 

2 escalins 1 »• — 8 — 0. 
10 novembre 1794, pour les funérailles de Jeanne Dubois,pou- 

laillière, rien reçu par charité. 
12 juillet 1798, de Joseph Huart fils, serviteur de messe, 

rien reçu par charité. 

Pour donner une idée assez exacte de ce qu'était, lors de sa 
suppression par les républicains français, la paroisse de la 
Mairie de Cambron, il suffit de citer textuellement la pièce 
suivante : 

Formulaire de la tabelU à remettre au gouvernement, tant 
par les gens de Loi et Régens des Villages et Hameaux, que par 
les décimateurs et les seigneurs des lieux respectifs, en exécution 
de r ordonnance de Sa Majesté du 29 mai 1786, pour préparer 
une nouvelle distribution des paroisses au Pays-Bas. 

Cambron-l' Abbaye dit la Grande-Mairie, seigneur haut jus- 
ticier les abbé et religieux de l'abbaye de Cambron. 



282 DESCRIPTION DB L'ÉGLISB 

Cette paroisse contient 166 paroissiens catholiques. 

Les habitants de cette paroisse appartiennent la plus grande 
partie à la paroisse de Lombize, diocèse de Cambrai, décanat 
d'Elsinne (sic) parce que trois censés sont réunies à la pa- 
roisse de Gondernie {sie)^ une autre à Cambron-Casteau et 
une troisième à la paroisse de Bauffe, et une maison à la 
paroisse de Thoricourt à cause de la proximité de ces pa- 
roisses. 

Tous lesquels habitants vont par des chemins unis et se 
trouvent deux censés qui doivent traverser une rivière sur 
le pont proche de l'abbaye de Cambron qui est très rarement 
inondé, dont le distance sont éloignée de la paroisse deLom- 
bize de trois petits quarts d'heure, une autre d'une heure et 
d'autre d'une demi heure. 

Le curé de Lombize pour se rendre à une censé éloignée 
d'une lieue proche de Neuville doit traverser une partie de la 
paroisse de Louvenie {sic) et de Neuville. 

Le service divin s'y fait tous les dimanches et fêtes. 

Les habitants d'una censé proche Neuville fréquente les 
offices audit Neuville distant d'un quart d'heure. 

Il se trouve dans ladite paroisse de la mairie de l'abbaye de 
Cambron où il y a une chapelle séparée de la grande église 
dont plusieurs habitants fréquentent les offices et est regardée 
comme paroisse' puisque l'on fait la lecture des édits de 
Sa Majesté et les actes d'office. Il y a aussi une petite chapelle 
dans le bois de Cambron paroisse de la Mairie distante d'une 
demi-lieue de Lombize, un religieux de l'abbaye y va dire la 
messe quatre à cinq fois par an par dévotion le curé de Thori- 
court faisant la procession des rogations il y dit aussi la messe 
une fois. 

Il y a un couvent des religieux de l'abbaye de Cambron. 

i. En octobre 1789, le curé de la chapelle de N.-D. de Cambron était 
D. Gérard Espital, en même temps directeur de Tinfirmerie. 



ET DES BATIMENTS CUUSTRAUX. 283 

Ainsi fait par Nous Mayeur, Eschevins de la Grande Mairie 
de Cambron dit Cambron-l'abbaye, Ce vingt-sept Julette Mille 
sept cent quatre-vingt-six (sic). » 
(Signés), N. B. (ou P.) Do Pont, Mayeur, 

1786. 
J.-N. Cattier, 

1786. A.-J. Labricq. 

P.-J. Delecluse, p. -F. Brison. 

1786. 

La chapelle de N.-D. de Cambron, dans Tenceinte de Tab- 
baye, servait de paroisse pour les employés et les domes- 
tiques du monastère, ainsi que pour les habitants de la mai- 
rie domiciliés aux environs. Elle était desservie par un 
religieux, qui avait le titre de curé et de maître de la basse- 
cour. Le dernier parait avoir été D. Ghislain Huart, qui figure 
comme tel dans les compte de D. Maur Mesnage, pour les 
compétences de 1791 et 1792. 

La paroisse de la mairie de Cambron se trouve aujourd'hui 
comprise pour la majeure partie dans celles de Lombise et 
de Cambron-Casteau. Les curés de Lombise figurant dans la 
notice que nous avons composée sur cette localité, nous nous 
bornerons à donner ici la série de ceux de Cambron-Cas- 
teau, qui, avant la suppression, faisaient partie du doyenné 
de Chièvres. 
1770, Gages et Cambron-Casteau, curé, P.-J., Lagneau S 



1782, 


id., 


Pierre-Âmbroise-Joseph , 
de Quiévrain. 


1782, 


id., 


vicaire, Nicolas Labricque, 
de Cambron - Casteau. 


1791-2—3, • 


id., 


curé, Duchesne. 




id. 


vicaire, Labricque. 



1. Calendrier ecclésiastique du diocèse de Cambrai aux Pays-Bas au- 
trichiens pour Can 1794. 



1826-27, 


id., 


1827, 


id.. 


1829—30, 


id.. 


1831, 


id.. 


1840-70, 


id.. 



284 DESCRIPTION DE L*ÉGL18E 

1810, Cambron-Casteau, curé, Cheoir, décédé le 21 avril 1815* 
1810, id., J. Druenne,ou Deruenne, rec- 

teur de Chièvres jusqu'en 
1825, décédé à Gages le 2 
février 1833. 
Vacat. 

Gorez, de Gozée. 
Vacat. 

Courcell(;s, d*Herquegies. 
Empain, Louis , de Binche '. 
Bataille, Félicien (vicaire de Bru- 
gelette) desservant provisoire. 
1870-72, id., Aubert, Gustave-Joseph, d*Hou- 

taing. 
1872—8, id., Laurent, Jules, d'Ath. 

1878, id., Pêtre, Isidore, de Neufvilles. 

Prêtres et religieux nés à Cambron ou Cambron-Castoau : 

1787, Florent-Vincent Joseph Labricque, desservant à Braine- 

le-ComU». 
1824, N . . . Labricque, curédeTongre-N-D. id. 
Sœur Marie-Cyrille Staumont , religieuse du i/3 ordre de 
S*-François à Blicquy. 



1. Cartabelle du diocèse de Tournai. 

2. Il avait pris sa retraite dans son ancienne paroisse. Son monament 
funèbre, placé près de la porte d'entrée de Téglise, est en marbre blaoc ; 
il est surmonté du calice, emblème du sacerdoce. On y lit rinscriplion 
suivante gravée en lettres dorées : 

c< A la mémoire de M. Louis Empain, curé de Gambron-Gasteaa pen- 
dant 30 ans, y décédé le 24 janvier 1874. 

R.I. P.» 

3. Calendrier du diocèse de Cambrai. 



ET DES BATIMENTS GUUSTRAUX. 285 

§ III. — Les bâtiments claustraux. 

Nous ne possédons aucune description du monastère pri- 
mitif de Cambron. Les constructions du XII* siècle et du 
XIII*^ ont disparu depuis longtemps, sans avoir laissé d*autre 
trace apparente que la tour du Quesnoy, qui porte à Tinté- 
rieur la date de 1148 : est-ce pour indiquer celle de sa pro- 
pre construction ou pour rappeler celle de la fondation du 
monastère. 

C'est après cette tour, le mur d'enceinte qui est le fragment 
le plus ancien de Tabbaye. Il fut commencé en 1293 sous la 
prélature de Bauduin de Boussu. Cet abbé s*étant rendu à 
Citeaux à une convocation de Tordre, remarqua la muraille 
de clôture qui entourait cette abbaye. Il la trouva si utile 
qu'il résolut d'en faire construire une semblable autour de 
Cambron. Cette enceinte avait pour avantage d*empécher les 
incursions des chasseurs, des brigands et des ennemis, qui 
étaient alors très nombreux. Malgré son âge avancé et les 
paiements considérables qu'il avait dû faire, Bauduin en- 
treprit cette construction avec le concours des frères convers, 
parmi lesquels se trouvaient des maçons et des tailleurs de 
pierres. Le monastère n'avait été clos jusqu'alors que par des 
haies et des pieux vermoulus , et il avait hâte de mettre un 
terme aux avanies de toutes espèces auxquelles son monastère 
était exposé. On peut se faire une idée des désagréments 
qu'essuyait à cette époque la communauté, par ceux dont 
elle eut encore à souffrir après la construction des murs et 
des portes renforcées de herses de fer. Les souverains durent, 
dans la suite, réprimer par des menaces et des amendes, les 
attentats commis contre Tabbaye. Au XIII* siècle, ces murs 
furent nécessaires pour tenir à distance les trouvères, les 
musiciens ambulants et les femmes de mauvaise vie, qui vou- 
laient pénétrer dans Tenceinte. Des attentats criminels furent 



286 DESCRIPTION DE L*ÉGLISE 

commis en 1483 et 1488, et par un édit daté de cette dernière 
année, Philippe-Ie-Bon défendit Taccès de la maison à cer- 
taines gens de mœurs dépravées, dont la présence aurait 
exposé les moines à des tentations qu'il fallait leur éviter. 

On lit dans la vie de Tabbé Daniel de Grammont, qu'étant 
devenu abbé, en 1164, il fit bâtir le cloître, le chapitre et le 
dortoir qui le surmontait, en même temps qu'il faisait conti- 
nuer la contruction de Téglise. 

Les bâtiments primitifs subsistèrent apparemment plus de 
deux cents ans, car la première mention d'une reconstruction 
date de la fin du XIV« siècle. L'abbé André du Pape (1376- 
1396) fit rebâtir le dortoir, et porta le nombre des chambres 
à septante. Il renouvela, selon Marc Noël, ce la citerne et 
l'arbre de la fontaine (probablement de celle qui est dite en- 
core aujourd'hui de S^-Bernard), l'ayant revêtu tout de plomb 
l'an 1379 ». Il éleva aussi dans le jardin des religieux, plu- 
sieurs édifices qui subsistèrent jusqu'au XVII* siècle. 

Le dortoir fut restauré en 1441 et repavé en 1448. II fut, 
parait-il, entièrement consumé avec une partie du quartier 
abbatial en 1446, et incendié de nouveau en 1477. 

Jean Willem, premier abbé mitré(1801-1813), fit construire, 
en 1806, un magnifique pavillon au milieu du grand étang. 
Celui-ci se composait au rez-de-chaussée, d'une salle, cham- 
bre, bibliothèque, cuisine, dépense et issue par terre; à 
l'étage, de deux chambres, un grenier et dépendances; il y 
avait aussi une tourelle percée de douze fenêtres qui for- 
maient avec celles du reste du bâtiment, un total de cent 
vingt-une verrières. Ce pavillon fut démoli par Robert 
d'Ostelart, en 1876. 

Quentin du Belloy fit bâtir un nouveau réfectoire en 1848, 
et reconstruire de fond en comble le quartier abbatial, qu'il 
orna de vitraux représentant la vie de S^ Quentin. Dans les 
derniers temps, ce local fut assigné au logement du prieur. 



ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 287 

Le quartier des hôtes fut élevé peu de temps après par 
fabbé Van der Gracht (1SS1-1SS4). 

En 1567, Tabbé Delcourt ajouta à ce quartier deux cham- 
bres d'étrangers. 

On sait que l'abbé d*0stelart fit construire, en 1574, la 
galerie du quatier abbatial depuis la tour jusqu'au pont de 
fer. 

François Libert (1678-1706) fit, au commencement de son 
administration, restaurer le monastère, embellir le réfectoire, 
qui reçut un pavement neuf, huit grandes verrières, des 
tables, des marche-pieds et des dossiers ; on commença en 
même temps les chambres du dortoir. En 1686, les vieux 
cloîtres furent démolis, et on en construisit de nouveaux du 
côté de réglise. Les quatre mausolées des seigneurs de Gavre, 
qui étaient placés dans les anciens cloîtres furent alors trans- 
portés au chapitre. C*est de 1687 que dataient les peintures 
du réfectoire exécutées par le P. Carme René Drossette ou 
Droslette^ le grand plan de la maison, et quelques peintures 
qui décoraient le quartier abbatial. Vers la fin do décembre 
1689, l'abbaye faillit être détruite par un incendie allumé, par 
des cavaliers du régiment de Du Puis, aux greniers des écu- 
ries des chevaux de selle, et à la grande salle où Ton avait 
retiré les surbattues de froment. Au mois de juillet 1690, les 
Français vinrent, comme on l'a vu, du camp de Blicquy abattre 
près de trois mille pieds des murailles de l'enclos, dans la 
direction de Lens et de Baufie. Ils exigèrent que la commu- 
nauté pratiquât quatre ouvertures dans l'enceinte vis-à-vis de 
Gages et du bois. Ils firent en outre sauter la Basse-Porte, 
dont ils réclamèrent la démolition jusqu'aux fondements, 
ainsi que de la Haute-Porte et du grand pigeonnier et de 
celle qui était appelée Gotte * ; de sorte que non seulement 

1. Cette porte paraît être celle qui est représentée vis-à-vis du quartier 
abbatial sur le plan b vol d'oiseau datant de I73i. 



288 DESCRIPTION DE L*ÉGUSE 

ces portes, mais encore les édifices situés au dessus et à côté, 
fussent démolis près de la Haute-Porte et de la basse-cour. 
La Haute et la Basse-Porte ainsi que le Quartier du Bailli, 
avaient été construites sous Tabbé Séjournet (1649-6S). Ils 
réclamèrent aussi une ouverture de cent pas à la muraille 
qui entourait le jardin du Quesnoy, ainsi qu*à la petite mu- 
raille servant de réduit, qui allait au moulin sur la chaus- 
sée entre les deux étangs, et des vieilles écuries décou- 
vertes qui flanquaient ces étangs ; ils exigèrent de plus la 
levée des barrières du Pont-de-Lens, qui ne pouvaient plus 
être rétablies. Libert s'appliqua à réparer les désastres de la 
guerre dans les dernières années de sa prélature. Il fit rebâtir 
les écuries du monastère incendiées par la négligence d'un 
valet ; il fit aussi construire l'ouvrage uniforme qui surmon* 
tait la porte Gotte, pour remplacer la belle tour que les Fran- 
çais avaient fait sauter. 

Du temps de Tabbé Noël (1706-1714), furent construits les 
cloîtres des oflSciers, la grande horloge qu'on voyait encore 
en 1772, et la galerie qui conduisait à la salle. 

En 1717, Tabbé de Steenhault fit reconstruire les parties 
du mur de Tenclos qui avaient été abattues en 1690, ou qui 
s'étaient écroulées plus tard. En 1718, il fit voûter le réfec- 
toire et rebâtir le quartier de l'abbé et celui des hôtes. Les 
années suivantes virent exécuter d*autres travaux importants. 
En 1719 et 1720, s'élevèrent la grange près de la Haute-Porte 
et la basse-cour de Tabbaye. C'est encore à cet abbé que re- 
montent la terrasse entourée de murs et garnie de plantations, 
l'étoile de la carrière et la brasserie. En 1722, on plaça la 
balustrade devant le grand quartier abbatial : les petits balus- 
tres coûtèrent chacun six escalins, et les gros, vingt-deux. On 
construisit aussi la Haute-Porte, les remises des chariots, des 
carrosses, et les ateliers qui s'étendaient depuis la grange 
jusqu'à la brasserie. En 1723 et 1724, furent reconstruites la 



ET DES BATIMENTS GUUSTRAUX. 289 

ferme de Lombisœul et la porle de la censé d'En-Bas, et 
exécuter des peintures au réfectoire et au quartier abbatial. 
En 1 729, fut terminée la basse-cour. On commença le dortoir 
des religieux en 1731 ; on lisait sur ce bâtiment l'inscription 
suivante : 

ce R, D. Ignatitis de SteenhauU abbas quadragesimus qui 
toiam ferè domum renovavit et me primum huic dormitorio lapi- 
dent posuit 46 martii 47S4. » 

Vers Tannée 1775, les bâtiments de Tabbaye étaient dans 
le plus déplorable état, et le 30 mars de cette année, le comité 
administratif décida la démolition du grand escalier. L*abbé 
Hocquart entreprit les restaurations urgentes. Il fit recons- 
truire la boulangerie, la brasserie, restaurer le moulin à 
farine et la scierie à bois, ainsi que les murs soutenant les 
rives de la Blanche, sur laquelle il éleva des écluses et des 
tenues. 

L'abbé Hocquart songeait à entreprendre d'autres ou- 
vrages aux habitations, lorsqu'il en fut détourné par la néces- 
sité de rétablir la toiture et le clocher de l'église détruits par 
la foudre en 1774. Il fit néanmoins reconstruire le grand 
escalier en pierre détaille â trois rampes qui, dans les der- 
niers temps du monastère , servait encore de pont pour 
joindre le quartier des hôtes à la terrasse du jardin, en pas- 
sant par dessus la Blanche. 

On a vu qu'à l'avènement de l'abbé Pépin, en 1782, l'église, 
le dortoir, la bibliothèque, le réfectoire et la basse-cour 
étaient en bon état d'entretien ; mais que, pour cause de 
vétusté, il fallait reconstruire le quartier abbatial , ceux des 
hôtes, des oflSciers et des employés du monastère. En 1787, 
on répara et rehaussa de cinq à six pieds avec un toit d'ar- 
doises les murailles de l'enclos, afin de mettre celui-ci à l'abri 
des vols fréquents qui s'y commettaient. On en avait déjà ré- 
paré sept mille six-cent-cinquante pieds de longueur^ et il en 

i8 



290 DESCRIPTION DE L*É6LISE ET DES BATIMENTS CLAUSTRAUX. 

restait encore deux mille six-cent-dix pour achever le pour- 
tour. L'infirmerie, située où s'élève aujourd'hui le château, 
fut achevée en 1787 d'après les pians de l'architecte Debrissy. 
On en estimait l'ameublement nouveau de cinq à six mille 
florins. En 1788, il était question de construire le quartier 
des hâtes qu'on voyait encore il y a quelques années sous le 
nom de Magasin, et qui fut démoli lors de la constructioa 
du château actuel de Cambron. Les événements politiques 
et la suppression définitive de l'abbaye empêchèrent la réa- 
lisation de la plupart de ces projets. 



PROMENADE DANS l'eNCEINTE DE l'ABBATB. 291 

CHAPITRE VI. 
PHOMENADE DANS L'ENCEINTE DE L'ABBAYE. 

Nous avons déroulé l'aride kyrielle des constructions et des 
démolitions du monastère pour offrir, s*il est possible, le fil 
d*Âriane nécessaire au milieu des découvertes que les travaux 
futurs mettront inévitablement au jour, sur l'ancien emplace- 
ment de Cambron. Maintenant, dans le désir d*étre plus 
agréable au lecteur, nous proposons une excursion en tou- 
riste, au milieu des derniers vestiges de la célèbre abbaye 
dont nous venons d'esquisser le passé. 

Par une belle matinée d'été, nous suivons l'ancienne route 
de Cambron à Bruxelles. Au sortir du village de Gages, se 
déploie une vaste plaine, soigneusement cultivée, que dorent 
les plus riches moissons, et qui ont été si souvent foulées et 
ravagées par les campements des armées étrangères, attirées 
par la grande fertilité du sol. Le plateau que traverse la 
route s'incline, dans la direction du N.-E., vers les prairies 
où serpente la Blanche. De là le regard se repose sur un ho- 
rizon des plus pittoresques. A droite, au delà du vallon 
qu'arrose le cours d'eau, Cambron-Casteau s'élève en amphi- 
théâtre sur une colline assez raide, parsemée d'arbres ; ce 
petit village paraît se cacher coquettement à demi dans le 
feuillage ; du point culminant s'élance la flèche d'un massif 
clocher gris, semblable à un curieux qui observe attentive- 
ment ce qui se passe dans le lointain pendant que tout est en 
paix autour de lui. A gauche, la plaine se perd dans les ma- 
gnifiques bois de Lombise, aujourd'hui connus sous les 
noms de la Provision et Délmotte^ anciennement sous celui 
de Jetterlau'. Au centre se développent en panorama d'im- 

i. Ces bois ont fourni beaucoup de beaux arbres pour la mâture de la 
marine française, après la bataille de Trafalgar. 



292 PROMENADE DANS L'eNCEINTE 

posantes constructions, dignes spécimens des dernières 
splendeurs abbatiales de Cambron. D*un côté, c*est la vaste 
ferme, la grange monumentale, le beau pigeonnier et la gi- 
rouette légère, véritable chef-d'œuvre découpé à jours ; de 
l'autre, c'est le château qui a succédé au palais de l'abbé ; 
enfin, au milieu, et comme couronnement de ce bel et riant 
tableau s'élève, imposante et superbe, la tour qui rappelle de 
loin aux voyayeurs le lieu où fut le monastère de Cambron. 

La route s'engage bientôt dans une magnifique dréve de 
tilleuls. De chaque côté d'une chaussée vraiment royale, 
s'élèvent majestueusement leurs troncs gigantesques ; leurs 
rameaux robustes et séculaires, forment une immense voûte 
de verdure où l'air et la lumière se jouent à merveille. 
Quel est le poète ou l'artiste qui résisterait à la tentation de 
s'asseoir un instant sur cet antique et lourd banc de pierre 
tapissé de mousse ? Qui n'aimerait à y rêver à l'ombre du 
riant et frais feuillage qui abrite cette romantique solitude ? 

Au fond se dresse l'entrée monumentale de l'enclos appelée 
autrefois la Haute-Porte. Elle a été rebâtie en 1722 dans le' 
style de l'époque, et elle est d'un aspect assez grandiose ; dans 
la niche qui la surmonte, une haute statue de la Vierge rap- 
pelle le souvenir de N.-D. de Cambron. La porte se ferme par 
deux immenses et lourds battants dont le chêne vermoulu, 
est renforcé par d'énormes têtes de clous rapprochées et 
disposées en quinconce ; â droite, près de la loge du con- 
cierge, s'ouvre une petite porte semblable dont le vasistas est 
protégé par une épaisse grille de fer rongée par les siècles. 

En pénétrant dans l'enceinte, visitons d'ibord la Basse-Cour; 
sa grange élevée et spacieuse, sa belle et solide construction 
et l'heureuse disposition de ses parties excitent une légitime 
admiration. Â part quelques légères modifications de détails, 
elle est encore telle que la représente le plan levé à l'époque 
de la suppression I Au centre domine la grande remise des 



DE l'abbate. S93 

chariots, surmontée du pigeonnier qu'on aperçoit de loin 
dans la campagne. L'entrée principale de la grange porte le 
millésime de 1719, le puits, celui de 1728. Cette basse-cour 
paraît avoir été bâtie pour remplacer la ferme d'En-Haut ou 
du Haut'Courtil, entrevue en partie sur un plan de 1724, où 
le reste est masqué par la chapelle de N.-D. 

Une seconde porte fait communiquer la face occidentale 
de la basse-cour avec le verger connu autrefois sous le nom 
du Quesnoy^ sans doute parce qu'il était primitivement planté 
de chênes, comme le jardin qui en a été retranché. On y re- 
marque près de la rivière, une tour épaisse et carrée à deux 
étages comprenant chacun une seule pièce ; elle portait aussi 
anciennement le nom de Tour du Qu^noy. Sur le plan de 
1724 elle est représentée couverte d'un toit qui a disparu. Il 
est ditBcile d'apprécier la date de cette construction en pierres 
brutes du pays, à moins de considérer comme telle le millé- 
sime de 1148, qu'elle porte en chiffres de fer dans la pièce la 
plus élevée ; ce n'est pas d'ailleurs l'opinion de Le Waitte, 
qui discutait la question de savoir si les religieux venus de 
Clairvaux y ont logé la première nuit après leur arrivée 
en ces lieux. Cette tour est enveloppée de l'épais manteau 
d'un lierre qui l'enlace vigoureusement, et lui donne un ca- 
chet d'antique rusticité. Entre les murs du fondement, jaillit 
une source d'eau limpide qui porte, comme la tour, le nom 
de S^-Bernard. Ses propriétés ferrugineuses et salutaires ont 
fixé l'attention de plusieurs célébrités médicales. Nous croyons 
que c'est de cette fontaine qu'il s'agit, lorsque Marc Noël 
rapporte que l'abbé André du Pape ce renouvela la citerne et 
l'arbre de la fontaine (1376-1394) ». 

En remontant la pente du verger, on aperçoit au bord de 
la Blanche, l'ancienne tannerie, d'où provenaient sans doute 
les cuirs saisis autrefois à Mons aux dépens du monastère, 
comme on l'a vu précédemment. Elle forme l'extrémité occi- 



294 PROMENADE DANS L'ENCEINTE 

dentale de la suite d*ateliers qui sMtendait depuis la grange 
jusqu*à la brasserie. Elle servait en dernier lieu de chenil à 
la meute de chasse du comte Dieudonné Duval de Beaulieu. 
Cette suite d'habitations et d'ateliers est scindée par un 
passage cintré que ferme une porte à deux battants. De 
chaque cdté de ce passage, s'ouvrent les portes des écuries où 
logeaient jadis les meilleurs chevaux du haras de Cambron * . 
Au dessus de Tune d'elles on lit la date de 1717. 

1. Le comte Dieadonné Daval de Beaulieu, ancien propriétaire de Cam- 
bron, y avait établi un haras qui occupait le premier rang dans le pays. 
Les courses de Tépoque ont prouvé qu'il possédait le type d'une très 
belle race de chevaux. Au banquet de l'inauguration du chemin de fer de 
Jurbise à Tournai, toutes les coupes étaient des prix remportés aux 
courses par les chevaux de ce haras. 

Ces chevaux, tous indigènes et de Tâge de quatre h cinq ans, prove- 
naient de diverses Juments anglaises choisies avec soin, et d'un étalon 
anglais célèbre sous le nom d'Ofifa's Dyke. Celui-ci avait été élevé par 
M. C. Cock, l'an 1807. En 1810, il gagna 50 livres sterling à York et le 
grand prix à Morpheth ; en 1811, 50 liv. sterl. ; 80 liv. à Manchester et 
240 guinées à Moostyn ; en 1812, 80 liv. sterl. à Manchester ; la coupe 
d'or de la valeur de cent guinées à Worcester ; 80 liv. sterl. à Kingscote, 
et iOO guinées à Neuwmarket. 

En 1813, ce cheval a gagné le grand prix de Graven, contre 18 che- 
vaux à 10 guinées chaque, et 100 guinées à Neuwmarket ; 110 guinées à 
Ascot ; la coupe d'or de la valeur de 100 guinées à Winchester, et 300 
guinées à Neuwmarket ; en 1814, 300, 200, et iOO guinées à Neuwmarket. 

En 1816, il a gagné 100 guinées à Michel Grove; en 1817, il a gagné à 
Valenciennes 50 liv. sterl., 45 guinées, 50 liv. sterl. 100 guinées, 60 gui- 
nées. C'est à cette époque que M. le comte Duval de Beaulieu en fit l'ac- 
quisition. 

Quoiqu' âgé ce cheval était frais, gai, dispos, vigoureux, au point qu'on 
le prenait souvent pour un jeune poulain : ce qui caractérise les chevaux 
de sang, qui se conservent et sont bons jusqu'au dernier moment. 

Des pouliches, des entiers et des hongres (environ quarante), prove- 
naient du même père au haras de Cambron, qui, avec des juments de 
race, a produit des poulains et des chevaux montrant autant de sang, 
autant d'espèce que le cheval arabe ou anglais, et qui auraient été pris 
pour tels par de bons connaisseurs. 



DE l'âbbate. S98 

Cette communication nous conduit vers la Grande-Cour. Si 
Ton suit, en tournant à droite, le grand chemin qui traverse 
Tenclos et longe les ateliers, on remarque, en face et parallè- 
lement à ceux-ci, une succession de parterres et de jardins 
potagers. C'est sur la partie de la pelouse qui s*étend au-delà 
et en face du portail de l'église que s'élevait la chapelle de 

On iroyait dans ce haras un grand nombre d'écuries avec des jardins ou 
conrs, etdei*eau courante dans la plupart, ainsi que dans les grandes 
enceintes, où il y avait des baraques, bien moins pour garantir les 
chevaux des temps rigoureux que pour les mettre à Tabri de la chaleur ei 
des mouches. Le grand nombre qu'on y élevait nécessitait une telle con- 
sommation que plus de cent bonniers en exploitation ne fournissaient 
pas d'avoine en quantité suffisante. 

L.*amélioration de la race chevaline, n*est pas le seul titre du comte 
Dieudonné Duval de Beaulieu au profond souvenir qu'il a laissé dans le 
pays. Ancien page de Tempereur Napoléon I*', auditeur au Conseil-d*État 
à Yingt ans, il en sortit pour gouverner une province conquise, et la 
ville de Raguserend encore témoignage de la noble, conduite de l'inten- 
dant français. Chargé de l'intendance de Burgos en 1809, Duval y laissa 
des souvenirs non moins honorables qu'en Dalmatie. Membre du conseil 
des magistrats du Rhin en isn, du corps équestre de Mons, des états- 
provinciaux, de la seconde chambre des états généraux, du congrès na- 
tional, du sénat, il se fit connaître partout par cette généreuse indépen- 
dance d*opinion qui fait taire les intérêts personnels, pour ne s'occuper 
que du bien-être général. Partisan de Tordre avant tout, il n'hésitait pas 
k combattre les projets du ministère lorsqu'il les croyait défavorables à 
la prospérité du pays. Il savait aussi résister à l'entraînement de la mul- 
titude. Les séductions de la popularité n'avaient guère plus de prise sur 
lui que les honneurs des cours. 11 recherchait peu les vains hochets que 
tant de poitrines ambitionnent. Chacune de ses décorations rappelait des 
services réels. Le collier de commandeur de l'ordre de Saxe-Gobourg, 
était le souvenir d'une mission de confiance que le roi des Belges lui 
avait donnée en 1833 ; l'étoile de la légion d'honneur, pour laquelle il 
avait été proposé en 1813, ne lui vint que dans les derniers jours de sa 
vie, parce qu'il avait toujours attaché plus de prix à s'en rendre digne 
qu^ l'obtenir. Il avait reçu la croix de fer comme gage de son patrio- 
tisme éclairé, et lorsque la croix de Léopold lui fut donnée en 18i3, nul 
ne s'avisa de contester ses droits à cette distinction. Les discours qu'il 



S96 PROMENADE DANS L'BNCBINTE 

N.-D. de Cambron, au lieu même où le juif a commis son 
sacrilège. Il y a environ cinquante ans qu'ont disparu les 
dernières traces de ce sanctuaire si célèbre. Le cimetière qui 
y était contigu, et qui servait aux laïcs des environs dépen- 
dait de la paroisse de la Basse-Cour, et il a conserxé son en- 
ceinte presqu'intacte. On y arrive par un escalier assez raide, 
rendu nécessaire par la différence de niveau assez sensible 
entre le chemin et le terre-plein ; celui-ci est aujourd'hui 
converti en jardin légumier à l'usage du meunier. 

prononça pendant sa vie parlementaire, improvisés pour la plupart, prou- 
vaient tout à la foisTélévationdeses sentiments, la variété de ses études, 
et la vivacité de son esprit. 

L'usage que le comte Dieudonné Duval fit de sa fortune lui mérite toute 
la gratitude du pays ; nul n'exerçait mieux que lui l'hospitalité, et per- 
sonne ne faisait avec plus de grâce les honneurs de chez lui aux étran- 
gers. Ils étaient toujours sûrs de trouver chez lui l'accueil le plus flatteur, 
le plus bienveillant, le plus cordial. Ses idées sur l'amélioration des 
races chevalines ont produit des résultats considérables, et les nombreux 
opuscules dans lesquels il a consigné les résultats obtenus par la société 
qu'il avait fondée (pour l'encouragement de l'amélioration des races 
de chevaux dans la province deHainaut, le 15 mai 1840), sont consultés 
aujourd'hui par tous ceux qui s'occupent de haras. 

Pour bien apprécier le comte Duval, il fallait l'avoir vu chez lui, dans 
cet intérieur auquel une femme aimable, bonne et dévouée prétait tant 
de charmes. Tout à ses amis, il s'onblialt pour leur être utile ; on félici- 
tait, et Ton devait féliciter en effet les personnes assez heureuses pour 
avoir avec lui des relations intimes. 

11 avait épousé le 20 juillet 1819, à Bruxelles, Marie-Thérèse, vicomtesse 
du Toict d'Ackelghcm, née à Bruxelles, le 14 juin 1791, décédée au châ- 
teau d'Attres le 21 juillet 1851, fille de Hyacinthe-Joseph et deMarie- 
Aldcgonde-Isabelle Van der Helck. 

Né à Mons le 15 juin 1786, cet homme de bien mourut à Bruxelles le 
19 février 1844 à son hôtel, rue du Pont-Neuf. Ses funérailles furent cé- 
lébrées h l'église du Finistère avec les honneurs accordés à son rang de 
sénateur parle décret du 24 messidor an XII. Le sénat y assista pres- 
qu'au grand complet. Les coins du poêle étaient tenus par le comte de 
Baillet, les chevaliers de Rouillé et de Bousies deRouveroy, les barons 



DE l'abbatb. S97 

La route passe ensuite devant le moulin, qui porte le mil- 
lésime de 1721, et devant la belle brasserie qui jouit, depuis 
longtemps, du repos qu'elle a si bien mérité par son activité 
du temps des moines. La bière qu'elle produisait était d'une 
qualité telle qu'elle obtint les suffrages des cuirassiers autri- 
chiens quand ils traversèrent la grande dréve des tilleuls, 
pour aller prendre part à la bataille de Fleurus. C'était par 
un dimanche, et la chaleur était insupportable. Les moines 
naturellement sympathiques à la cause pour laquelle ces sol- 
dats allaient combattre, ne leur épargnèrent pas les rafraî- 
chissements ; leur excellente bière aflQuait dans la dréve, et, 
comme le temps pressait, on ne songait pas à se servir de 
robinets ; on défonçait les tonneaux pour y puiser à volonté; 
aussi les cuirassiers disaient-ils dans l'élan de leur satisfac- 
tion : « Que les Français viennent contre cela. » Du reste, les 
moines n'appréciaient pas moins bien leur bière que ces 
militaires, témoin l'anecdote suivante racontée encore au- 
jourd'hui dans le peuple. Un religieux se servait, pour boire 
sec, d'un gobelet de cristal supporté par un pied sculpté en 
forme d'ange. L'abbé lui ayant fait des observations sur sa 
manière de boire, il lui répondit qu'il trouvait l'ange si beau 
qu'il ne pouvait résister au désir de le voir le plus distincte- 
ment possible au fond de son verre. Le supérieur parut se 

de Macar etdeStassart. Le deuil était conduit par le lieutenant-général 
comte Duval deBeaulieu, baron de Blaregnies, frère, et les deux fils du 
baron. On remarquait dans le cortège : le prince de Ghimay ; le comlc 
Coghen ; le général Goblet, ministre des affaires étrangères ; Duvivier, 
ministre d*État; Taintenier, bourgmestre d'Ath ; le général Ghigny ; les 
aides-de*camp du roi, Anoul et Brialmont; sir Hamilton Seymour, mi- 
nistre d'Angleterre accrédité en Belgique, un grand nombre de représen- 
tants. Il y avait plus de quarante voitures dans le convoi funèbre, sur le 
parcours duquel se trouvait une foule considérable malgré le temps le 
plus détestable. Le corps du défunt fut transféré au caveau de la famille 
dans réglise d'Attres,et sa tombe est placée au milieu des hommes 
simples et laborieux dont il fût le constant bienfaiteur. 



298 PROMENADE DÀXfê l'ENGEINTE 

contenter de la réponse, mais, le lendemain, il eut soin de 
faire substituer à Fancien verre un nouveau dont le pied re- 
présentait un diable. Ce changement n*en apporta aucun dans 
la manière de boire du moine. L*abbé en ayant exprimé tout 
son étonnement à ce religieux, celui-ci lui répondit : ce Mon- 
sieur Tabbé, la chose est toute naturelle : ce diable est si 
laid, et je le déteste si cordialement que je ne puis me ré- 
soudre à lui laisser la plus petite goutte pour se rafraîchir ». 

La route, qui fait un coude à droite en dépassant la bras- 
serie, nous fait passer sur un beau pont en maçonnerie, omë 
de deux pilastres surmontés d'antiques vases flambants. 

De là on peut admirer le beau point de vue qu'offre le pas- 
sage de la Blanche entre la brasserie et le moulin d*an côté 
et lascierie de Fautre, sous l'ombrage mélancolique de grands 
saules pleureurs. La roue du moulin anime ce beau point de 
vue en tournant comme aux plus beaux jours de l'abbaye, 
mais la scierie garde depuis longtemps l'immobilité et le si- 
lence. Un peu au-delà et à gauche, près d'une petite écluse 
qui faisait communiquer la rivière avec les anciens étangs, 
on rencontre un pan de mur : c'est le dernier vestige de la 
porte qui a existé en cet endroit et des écuries qui la flan- 
quaient, comme on le voit encore sur le plan de 1724 et sur 
le dernier. La communication est établie entre ce point et 
l'ancienne Porte-de-Fer par une chaussée un peu élevée qui 
traverse, entre deux belles rangées de platanes, le lit des an- 
ciens étangs convertis en prairies. Les arbres et la nouvelle 
porte assez coquette et gracieuse qui a remplacé l'ancienne, 
remontent à M. le comte Joseph-Constant Duval, ancien 
maire de Mons, acquéreur de l'abbaye vendue comme pro- 
priété nationale par la république française ^ 

1. Joseph-Gonstant-Fldèle Daval, chevalier, naquit à Uaze le 9a?ril 
1751. Licencié en droit à Tuniversité de Loavain, il fut créé baron par 
lettres patentes du 12 octobre 1809, puis comte Duval de Beaulieu le 26 



DE L*ABBATE. 299 

A quelques pas en deçà de la Parte-de-Fer, un embranche- 
ment de la route se dirige à gauche vers le parc. Suivons-le 
dans celte belle allée, au milieu de ces hêtres dont les troncs 
noirâtres et robustes atteignent parfois six mètres de circon- 
férence ; il nous mènera vers la source aux eaux fraîches 
et pures près de laquelle, dit la tradition populaire, les reli- 
gieux aimaient à se réunir autour de la vieille et large table 
de pierre qui y est encore debout. On s*y occupait de tout 
autre chose que de l'office divin et des méditations ascétiques; 
les eaux, dédaignées pour les vins les plus exquis, ne ser- 
vaient plus qu*à en glacer les flacons, car le passage latin le 
mieux compris par ces bernardins dégénérés était : Banum 
vinum lœtificat cor hominis. 

Quittons le théâtre de ces réunions peu édifiantes, et aban- 
donnons un instant les sentiers battus pour nous diriger vers 
l'ancienne carrière abandonnée. L*aspect de ce roc taillé à pic 
n'est pas sans grandeur ; d'énormes blocs de pierre moussue 
et fendue par le temps, à qui rien ne résiste, le font ressem- 
bler à une immense ruine féodale ; ce n'est pas sans étonne- 
ment que le regard mesure l'épaisse muraille à laquelle il sert 
de base, et l'on craint de la voir soudain s'écrouler dans l'a- 
bime. 

Un peu plus loin vers la gauche, on aperçoit à l'écart et 
dissimulé dans le feuillage, un édifice qui offre toutes les 
apparences d'une chapelle assez spacieuse. On y parvient en 
gravissant un escalier nécessité par le niveau de la plaine ex- 
térieure sur laquelle le bâtiment fait saillie, et avec laquelle il 
communique par une petite porte voisine pratiquée dans le 
mur d'enceinte. 

décembre 1820. L^empereur d'Autriche, Léopold, Pavait déjà élevé spon- 
tanément au rang de baron, le 35 janvier 1792, en lui donnant la devise : 
Mdelitatij destinée à éterniser le souvenir de la noblesse de ses senti- 
ments. 



300 PROMENADE DANS L'ENGEINTE 

L'intérieur offre nn contraste frappant avec cet extérieur 
religieux : on s'attend à y rencontrer de pieux souvenirs, 
mais des peintures que l'humidité et un badigeonnage peu 
discret n'ont pas assez effacées , prouvent que la chapelle se 
réduisait, hélas ! à un pavillon d'agrément. Il est du reste 
connu sous le nom de Cabinel-des-Moines, et les traditions qui 
s'y rattachent sont peu en rapport avec l'austérité et la mor- 
tification de la vie ascétique* Hâtons-nous donc de fuir ce 
lieu aux souvenirs peu édifiants, et allons admirer la belle 
partie du parc autrefois connue sous le nom d^ÉtoHe-de-la- 
Carrière. 

Ces magnifiques allées d'arbres ont été dessinées sous l'ab- 
bé de Steenhault, vers 1720. Du centre l'on jouit du plus 
beau point de vue de l'abbaye. 

A droite se développe, dans ses grandes et belles propor- 
tions, la façade à colonnes du château bâti vers 1854 d'après 
un plan de l'architecte Limbourg, suri es fondements de l'in- 
firmerie conventuelle ; en face, les ruines de l'église, la tour 
et le magnifique escalier construit avec un art admirable au 
dessus de la rivière ; ce chef-d'œuvre donne au site une 
perspective grandiose, complétée par la verte et spacieuse 
pelouse qui s'étend devant le portail de l'église, par la bras- 
serie et le moulin, heureusement reliés par divers groupes 
d'arbres. Un sentier va du château vers le moulin, en passant 
sous le Grand-Escalier. Il longe le pied de la colline où s'é- 
levaient les bâtiments conventuels. En le suivant, le r^ard 
découvre encore d'anciens fondements qui se font jour à tra- 
vers le gazon, et des portes de souterrains qui se dérobent 
sous les arbustes. Certains de ces vastes et mystérieux sou- 
terrains étaient destinés à faciliter la fuite des moines en cas 
d'invasion de l'abbaye par l'ennemi ; celui-ci ne pouvait les 
y poursuivre à cause des oubliettes ou puits ouverts dont les 
moines seuls connaissaient l'emplacement, et sur lesquels, 



DE l'abbaye. 801 

dans leur fuite, ils posaient un pont qui était immédiatement 
enlevé. 

Entre ces ruines et la hauteur où nous sommes, court le 
vallon de la Blanche, autrefois submergé par des étangs au- 
jourd'hui desséchés ; ils sont convertis en fertiles prairies où 
paît en liberté un magnifique bétail, tandis que dans la ri- 
vière de grands cygnes se livrent à leurs ébats nautiques. Jadis 
ce vert et riant vallon voyait errer en liberté des cerfs, des 
daims, même des sangliers ramenés captifs des Ardennes, 
à la suite des grandes chasses du comte Duval. Du temps que 
les nombreux et célèbres chevaux du haras y broutaient 
l'herbe, ces échos ont souvent retenti des fanfares de la 
chasse, et des aboiements joyeux de la meute bondissant 
sur la piste d'un malheureux cerf abandonnée sa fureur. Au- 
jourd'hui ces lieux ont retrouvé un calme plus en rapport 
avec les souvenirs qu'ils éveillent. 

En face et près de nous, un grandiose escalier de gazon 
nous invite à descendre; il forme un ensemble avec celui que 
nous venons d'admirer vis-à-vis. De chaque côté de la pente, 
s'élevaient autrefois des ifs artistement taillés en forme de 
moines dans l'attitude de la prière. C'étaient, dit-on, des mer- 
veilles qu'un prétendant à la crosse abbatiale dut sacrifier à 
l'envie d'un grand seigneur, car celui-ci ne voulut consentir 
à faire triompher sa candidature qu'à la condition expresse 
que ces ifs seraient enlevés. Au pied de la pente une chaussée 
nous fait traverser le fond de l'ancien grand étang, où, paraît- 
il, et probablement à notre gauche, l'abbé Willem avait cons- 
truit, en 1806, le pavillon mondain et princier que son suc- 
cesseur d'Ostelart fit détruire en 1876. 

Nous voici parvenus au pied du grand escalier ; gravissons- 
le pour mieux juger encore de ses grandes proportions et des 
restes de sa belle balustrade. Le palier supérieur nous intro- 
duit au centre du carré indiqué, sur le plan moderne, sous le 



SOS PROMENADE DANS L*ENGEINTE 

nom de Caur^u-Donjon. L'aile gauche des bâtiments qui 
Tentouraient a continué d'exister jusque vers 18S3 sous le 
nom de Magasin. C'était, paraft-il» le quartier des étran- 
gers construit après 1788. Sur la face contigue à l'escalier, 
se trouvait la belle balustrade construite en 172S. 

Un peu obliquement à droite, on entrevoit, dans un en- 
foncement tapissé de lierre, la porte de l'église romane et pri- 
mitive de l'ancien village de Cambron. Cette porte à demi 
cachée sous la terre et le feuillage est rectangulaire. Elle est 
précédée d'un portique supporté par quatre colonnes de 
marbre, ce qui lui donne un cachet monumental. Il a déjà 
été question plus haut de cette ancienne église, enfouie au- 
jourd'hui sous un amas de terres rapportées ; c'est ce qui a 
induit en erreur ceux qui l'ont prise pour une crypte. Cette 
erreur est rendue plus manifeste par le plan de 1724 : on y 
voit une tourelle au dessus de remplacement de la motte 
qui recouvre actuellement cet édifice ; celui-ci est d'ailleurs 
tout à fait en dehors du portail de l'église conventuelle telle 
qu'elle existait à cette époque, tandis que tous les auteurs 
d'architecture religieuse s'accordent à placer la crypte sous 
le chœur. Quoi qu'il en soit, cet antique sanctuaire est un 
curieux spécimen de l'époque romane de transition avec 
voûtes ogivales. Les moines, peu appréciateurs sans doute 
de cette curiosité archéologique, l'avaient convertie en cave 
à vin ; aujourd'hui, sans doute, elle doit espérer une destina- 
tion plus digne d'une si religieuse antiquité. 

En revenant sur nos pas, nous pouvons, tournant à droite, 
traverser la Grande-Cour, que nous avons déjà aperçue de 
loin. Elle formait une spacieuse place devant le portail de 
l'église, le quartier abbatial et la chapelle paroissiale de 
N.-ll. de Cambron. Elle était parfaitement encadrée par l'en- 
semble des constructions formant l'enceinte. C'est sans doute 
sur cette place qu'au dire de certains, les religieux firent 



DE l'abbaye. 303 

brûler Joseph II en eflBgie. Du temps du comte Dieudonné 
Duval, elle servait de promenade aux chevaux du haras, et 
les dimanches de la belle saison, la jeunesse de Tenclos et 
des environs y venait prendre ses ébats ou jouer à la balle. 
C*est là que s'élève la margelle du gracieux puits en pierre au 
chapiteau ou dôme supporté par trois colonnes ioniques» qui 
a été reproduit par le musée populaire belge. Sur une des 
faces se lit le millésime de 1674, sculpté au-dessus des armes 
de Tabbé contemporain. 

De cette cour, on peut admirer la belle perspective que 
forme la Drêve-des-TUleuls^ par laquelle nous sommes arrivés; 
d'un autre cAté, le beau frontispice de l'église; le cadran y 
existe encore; Taiguille marche, et les heures y sont sonnées 
comme du temps des moines, par une petite cloche au son 
argentin. A droite de la tour, de jeunes sapins recouvrent la 
motte de la petite église; à gauche, un bosquet épais achève 
de compléter le site en dissimulant les derniers pans de mur 
de l'édifice en ruines. 

En tournant de ce côté, nous déboucherons bientôt dans 
un magnifique verger indiqué sur le plan sous le nom de 
Pâture^du-Prieur. Il est limitrophe à un grand jardin qui 
longe la muraille d'enceinte ; c'est ici que les moines culti- 
vaient les fruits savoureux et rafraîchissants qu'on apprécie 
encore très haut dans le pays. Au bout de ce jardin, entre la 
muraille et une haie vive, se trouvait une bande de terre res- 
serrée appelée la Prametiade. Les religieux y venaient sans 
doute respirer l'air en faisant la méditation. Plus bas, à l'an- 
gle oriental de l'enclos, se trouve encore la porte dite ancien- 
nement d'En-Bas et qui servait d'entrée à la ferme du même 
nom ou du Bas-Courtil. Celle-ci a été supprimée en 1780. 
Elle existe encore au-delà de l'étang à droite sur le plan de 
1724. 
Un beau soleil du midi darde sur nous ses rayons ardents: 



304 PROMENADE DANS L^ENCBINTB 

profitons, pour achever noire excursion, de Tombrage que 
nous offre le feuillage, presqu'impënétrable, d'une allée qut 
mérite de figurer auprès de celles que nous connaissons déjà ; 
nous reviendrons ainsi vers les ruines deTéglise, en passant 
devant la seconde façade du château, tournée vers la plaine de 
Gages, et tout à fait digne de la première. 

LVxamen du plan qui nous a guidés et les observations 
que nous avons pu faire, nous permettent maintenant de 
constater que, dans les derniers temps de leur existence, 
l'ensemble des bâtiments claustraux de Cambron répondait 
au type que les auteurs d'archéologie nous donnent de Tarchi- 
tecture abbatiale. D'un côté,réglise conventuelle a son entrée 
vers l'occident, et le chœur, vers l'orient, en occupant une 
face du rectangle que forme le cloître. Sur le côté oriental 
de celui-ci se trouve la bibliothèque, et en partie sur le pro- 
longement le dortoir des religieux ; au midi se trouvaient 
le réfectoire d'hiver et sans doute le chapitre; à l'occident, 
à cdté du portail de l'église, et, comme sentinelles vigilantes, 
les quartiers de l'abbé et du prieur, séparant les locaux 
affectés aux religieux d'avec ceux destinés aux étrangers. Nous 
n'avons à constater ici qu'une légère dérogation, c'est que 
l'église se trouve au septentrion au lieu d'être au midi du 
cloître. La division des différents quartiers répond également 
à celle du type susmentionné. D'abord le cloître et les divers 
locaux plus spécialement affectés aux religieux, et où les laïcs 
et les étrangers ne pouvaient être introduits qu'exceptionnel- 
lement; ensuite, extérieurement au précédent, les quartiers 
de l'abbé et du prieur, avec celui des étrangers et les maga- 
sins plus spécialements destinés au monastère, disposés 
autour d'une seconde cour. En dehors de celle-ci et devant le 
portail de l'église, la grande-cour, entourée des ateliers et 
des demeures assignées aux artisans qui y étaient attachés; 
plus loin, c*e8t la basse-cour, formant avec toutes ses dépen- 



JRON 




ïo'k' 



f 






\ 



DE L*ABBATE. 30B 

dances un quartier séparé en dehors du reste ; enfin, comme 
dernière enceinte, la muraille de l'enclos, formant un circuit 
de dix mille deux-cent soixante pieds de Hainaut. 

Le 30 août 1872, pendant que la plupart des villageois 
étaient aux champs, le feu éclata vers onze heures du matin 
dans la grange de la basse-cour que nous venons de voir. 
On venait d'y rentrer la récolte de soixante-dix hectares de 
blé et, à neuf heures et demie, la fermière y était encore 
entrée pour prendre un échantillon de graine de colza à pré- 
senter au marché. 

Lorsque le comte Duval, propriétaire et bourgmestre du 
village, arriva l'un des premiers sur le théâtre du sinistre, 
les flammes s'élevaient déjà en tourbillons à travers la toiture; 
le foyer de l'incendie devint promptement si intense qu'on 
dut renoncer à s'en rendre maître. On se résigna donc à faire 
immédiatement la part du feu, et l'on se contenta de protéger 
les bâtiments voisins à l'aide des pompes de Lens, de Gage 
et de Lombise,qui étaient accourues au premier cri d'alarme. 
Les flammèches volaient jusqu'à deux cents mètres de dis- 
tance. On put sauver le bétail, mais les récoltes furent entière- 
ment consumées et il ne resta plus que les murs de la grange. 
Cinq semaines phis tard,le feu couvait encore sous la cendre. 
On n*eut à déplorer que des pertes matérielles qu'on évalua à 
cent mille francs. La cause de ce sinistre est restée ignorée. 
De nombreux travailleurs de Cambron-Casteau et des en- 
virons firent preuve de beaucoup de courage. On remarqua 
particulièrement le curé, M. Âubert, qui, par son activité, son 
sang-froid et son dévouement, fut jugé digne d'être proposé 
au gouvernement pour une récompense honorifique. 

Avant de quitter ces lieux si intéressants pour le visiteur, 
allons jeter un dernier coup-d'œil sur les ruines de l'église. 
Voici déjà celles du chœur ; elles sont facilement reconnais- 
sablés aux fondements qui sortent encore de terre; quelques 

19 



306 PROMENAM DAMS L*ENCEINTE 

traces de badigeonnage et de peinture y sont restées visibles; 
et çà et là de nombreux fragments de constructions ou de 
pierres tombales, sont amoncelés ou éparpillés sur le sol. 
Ces restes du chœur sont séparés de la nef par un petit sen- 
tier. Le sol de celle-ci est aujourd'hui planté de jeunes sa- 
pins. Ces arbres sont assez resserrés pour y former une 
ombre presqu'impénétrable. Les lieux témoins de la vision 
de S^ Bernard, et qui ont si longtemps retenti des louanges 
du Seigneur, sont aujourd'hui plongés dans une demi-obs- 
curité mélancolique ; le silence le plus profond règne sous ce 
bocage d*un caractère sévère et sombre ; tout y est en harmo- 
nie avec Taspect lugubre des trois statues colossales qui repo- 
sent sur des tombeaux, dans des arcades creusées dans 
Tancien mur du cloitre encore debout à notre gatiche. Ici, 
des traces de peinture, là, quelques lettres presqu'effacées, ou 
de grandes taches noirâtres, montrent que la rage des flam- 
mes y a coopéré avec celle des hommes, à Tœuvre sauvage de 
la destruction. Des trous régulièrement percés autour des 
arcades, prouvent que jadis des grilles protégeaient ces anti- 
ques chefs-d'œuvre et les nobles restes qui y reposaient; mais 
ces grilles ont été arrachées dans un jour de colère populaire; 
les statues horriblement mutilées, sans pieds^ sans mains, 
sans nez, les tombes fouillées et vides des cendres illustres 
qui ont été jetées au vent, tout y atteste avec la plus énergi- 
que et la plus triste éloquence un vandalisme aussi barbare 
que sacrilège. Plus loin, à quelques pas vers la grand'porle, 
une haute colonne de pierre est encore debout, le chapiteau 
gisant au pied. Enveloppée de son voile de lierre et de mousse, 
seule au milieu des débris qu'elle domine de toute sa gran- 
deur, elle ressemble à un solitaire méditant tristement sur 
la fragilité des choses humaines ^ 

1. Nous avons compté soixante-sept pas de Textrémité du chœur ï 
rentrée principale de l'église, et huit entre la colonne et le mur où sonl 
les arcades des tombeaux. 



DE l'abbàye. 307 

En longeant l'ancien mur du cloître, on y découvre des 
traces de communication avec Téglise. Dans le fond de celle- 
ci, à gauche, s'ouvre au pied de la tour une porte grillée. Elle 
donne accès dans un couloir peu élevé, courbe et obscur, 
formé d'arceaux en ogive; c'est peut-être l'ancienne com- 
munication entre les bâtiments de l'abbaye naissante et 
Tëglise primitive de Cambron. Celle-ci n'est séparée du couloir 
que par une fenêtre grillée de fer, qui a sans doute remplacé, 
ou tout au moins surmonté la porte d'autrefois; on en des- 
cendait probablement par un escalier dans l'église primitive. 
Sous celte arcade, on lit sur une pierre la liste chronologique 
des abbés, et d'autres inscriptions funèbres dont il sera fait 
mention au Nécrologe de Cambron. Les yeux, habitués aux 
ténèbres qui régnent en ce lieu, distingueront, en sortant à 
droite et au pied de la grille, une sculpture fantastique, d'un 
cachet assez ancien et intéressant rappelant les formes du 
chien. 

A gauche en sortant du couloir, s'ouvre l'escalier de la 
tour; il nous invite à monter sur la plate-forme, du haut de 
laquelle on jouit d'un des plus beaux panoramas du pays, au 
milieu d'une vaste et fertile plaine parsemée de bourgs, de 
nombreux et riants villages. 

En passant par le portail, nous ne parlerons que pour mé- 
moire d'une foule de noms aussi obscurs que prétentieux qui 
en tapissent les murs; ils nous rappellent ce dicton latin : 
Stultorum nomina ubique inveniuntur : les noms des fous se 
trouvent partout. Pour se rendre célèbre, Érostrate brûla le 
temple d'Ephèse ; ceux-ci se sont contentés de souiller d'un 
crayonnage insignifiant les murs où l'on trouvait naguère la 
protestation suivante : 

Ah! cesse donc, passant, d'écrire le vain nom 
Qui signe sottement ta vaniteuse phrase ! 



308 PROMENADE DANS L'ENCEINTB 

Il est sur ces débris dont la grandeur t*écrase, 
Ce qu'est sur un parquet la trace d'un oison. 

En nous éloignant du riant et poétique séjour de Cambron, 
jetons un regard d'adieu sur la tour qui s*élève, imposante et 
superbe, du sein de toutes ces splendeurs naturelles et pitto- 
resques. Sa masse et sa grandeur semblent défier les siècles ; 
cependant elle a déjà subi les outrages du marteau de la dé- 
molition. Déjà la spéculation en avait évalué les pierres, déjà 
la flèche légère et élancée en avait été enlevée, lorsqu'un pos- 
sesseur plus éclairé et plus appréciateur du beau, la fit cou- 
ronner de la galerie de bois qui en forme comme le diadème. 
Elle est en efiet, par son architecture et ses belles propor- 
tions, la reine monumentale du canton qu'elle domine; mais 
ses vitraux brisés, les arbustes parasites qui poussent leurs 
racines entre ses pierres, Therbe et la mousse qui en creusent 
les interstices, lui donnent un caractère noble et triste qui 
fait rêver aux splendeurs du passé, et qui proteste contre les 
débris qui jonchent aujourd'hui le sol environnant^ Mais 
quelle que soit la solidité de cette tour, les âges futurs la 
verront subir l'inexorable sort des choses d'ici-bas ; un jour, 
elle ne sera plus qu'un souvenir, et ses débris imposants, dis- 
persés sur le sol où elle s'élevait, diront d'une voix éloquente 
à nos arrière-neveux : Sic transit gloria mundi ! ainsi passe la 

1. Le vendredi, 9 mai 1873, vers A heures de Taprès-midi, un violenl 
orage ayant éclaté sur Mons et les environs, la foudre tomba sur cette 
tour. Vers le soir, elle paraissait en feu de la base au faite ; selon Tex- 
pression d*un témoin oculaire M. J. Laurent, curé de Cambron-Gasteau, 
elle flamba comme une chandelle jusqu*à 4 heures du matin. De sa gigan- 
tesque charpente, il ne resta plus que de la cendre. Pendant querincen- 
die était dans toute sa fureur, on vit tomber à terre rôtis, de nombreux 
corbeaux et pigeons qui avaient bravé la mort pour disputer aux flammes 
leurs nids et leurs petits. 



DE L*ABBATE. 309 

gloire de ce monde! mais alors comme aujourd'hui, la ver- 
dure el les fleurs renaissant à chaque printemps, toujours 
aussi riantes et toujours aussi belles au milieu de ces ruines, 
viendront rappeler au passant la consolante pensée qui a si 
souvent retenti dans ce sanctuaire : La vérité et les œuvres 
du Seigneur sont éternelles: « Veritas Domini manet in œter- 
num »*. 

C. MONNIER. 

1 . Si ce travail a pu offrir de rinlérôt, le lecteur doit ane grande partie 
de sa reconnaissance à M. Félix Hachez, directeur au Ministère de la jus- 
tice, et à M. Léopold Devillers, président du Cercle et conservateur des 
archives de TÉlat, à Mons. Le premier de ces MM. a bien voulu guider 
Tauleur dans remploi des matériaux ; le second a puissamment contribué 
par son amicale et persévérante influence à résoudre le problème difficile 
de la publication de la présente histoire. 



ADDENDA. 



1"» 



Page 176. — Les archives de Tabbaye de Cambron se trou- 
vaient encore au dépôt du royaume à Bruxelles lorsqu'elles 
furent compulsées par Tauteur. Depuis cette époque, une 
disposition ministérielle a fait expédier ces documents au 
dépôt de l'Etat à Mons. 

Page 283. — A la liste des curés de Gages et de Cambron- 
Casteau, doivent s'ajouter les suivants. Ils ont été découverts, 
depuis l'impression de la feuille 17, par M. R. Pateraotte, 
secrétaire communal, dans les anciens registres des baptêmes. 

1606 à 1693. Christophe de Froimont. 
Adrien Régnier. 
Jean Bosquette. 

1723. J.-B. Ghison, vicaire de Gages etde Cambron-Casteau. 

1727. Berland, Nicaise. 

1734-1737. J.-F. De Verney. 

1737-1739. E. Hecq. 

1739-1781. B.Leduc. 

1752. Doiifi J.-B*« Derrecq et Lagachc. 

1752-1785. Frougnée. 

1755-1762. Dorft Florent Pépin. 

1762-1768. Frougnée. 

1769-1780. Laigneaux. 

1780-1783. P.-A. Duquesne. 



ERRATA. 



PAGES. Âlin. 


Ligne 






5 i 


1 au Heu de 


; quoiqu'il, lisez i 


' quoi qu'il. 


12 


18 


Concordat 


concordat. 




dernière 


remblais 


remblai. 


14 1 


8 


leur susciter 


susciter des querelles 
aux religieux. 


16 2 


12 


Gérard son 


Gérard, son. 


19 2 


4 


qulvette ses 


qu'Ivette, ses. 


note i 


6 


l'cp. 


l"-» partie. 


21 note 1 


3 


Fouleng que 


Fouleng, que. 


22 


1 


Liedwide du 


Liedwide, du. 




3 


court avec 


court, avec. 


24 3 


i 


tenant 


contigu* 


4 


3 


Marke 


Marke, 


25 note 


4 


fief, de 


fief de. 






tenant 


contigu. 


28 i 


3 


devât 


devit. 




5 


tre 


trié. 


2 


8 


devat 


dev~at. 


29 


5 


dte 


die. 


i 


5 


bonus 


bonus. 


3 


3 


fût. 


fût? 


33 3 


6 


suivant ; 


suivant,. 


35 note 


5 


cerisier 


cerisier. 


37 note 1 


1 


Les signataires 
de la charte 


La charte. 


A 


2 


Saint-Empire de 


Saint-Empire, de. 


40 note i 




doit être considérée comme renvoi apr^ 



le mot Harlebecca de la 5« ligne. 



312 



ERRATA. 



PAGES. 


Alin. 


Lign. 






Ai 


3 


9 au lieu de 


; quoiqu'il lisez 


; qnoi qu'il. 


SO 




12 


des 


de. 


51 


A 


2 


mars 


mars ; 


53 


2 


2 


Jeanne, de 


Jeanne de. 


64 note 2 




doit être considérée comme renvoi au 








1" alinéa, 2« ligne, aprèslemot : nom, 








au lieu de après princesse, 2« alinéa, 








i« ligne. 




67 


3 


2 


demi bonnier 


demi-bonnier. 


69 




13 


venait; et 


venait, et 






24 


sainte-patronne 


sainte patronne. 


71 


2 


3 


célérier 


cellérier. 


75 


note 


1 


en 


an. 


76 


4 


1 


1364 


1504. 


77 


3 


6 


de Herchies 


d'Herchies. 


79 




avant-dernière 


de Herchies 


d'Herchies. 


83 note, 2 


2 


racconlé briève- 


raconté brièvement. 








men 




88 


2 


8 


Einsidlen 


Einsiedeln 




2 


1 


basse-court 


basse-cour. 




3 


2 


» 


» 


note 1 


6 


cce 


ce et. 


91 


3 


1 


II 


Bauduin. 


93 




5 


degener? 


degener. 


94 


4 


dernière 


Noël 


Noël. 


96 


6 


7 


St 


S»-. 


96te' 


2 


14 


indulgenge 


indulgence. 


100 




dernière 


S««-Léocadie, 


S'" Léocadie. 


103 




10 


Groecè 


Graecè. 




3 


13 


Htc 


Hic. 


108 


2 


10 


poésie » : 


poésie » ; 




3 


2 


bibliograghes 


bibliographes. 


110 


3 


7 


le remplacer 


son successeur. 


113 


5 


2 


abbé 


l'abbé. 


116 




3 


cérémonie 


opération. 


118 note 


1 


Ghistîana 


Ghristiana. 


130 


4 


2 


hœreticus 


haereticus. 


121 


3 


1 


oTront 


orront. 



ERRATA. 



313 



PÀGI 


:s. Alin, 


. Lign. 






125 


note 


2 amlieu de 


: est lisez 


; et. 




( 


dernière 


de scendentes 


descendentes. 


126 


note 


2 


Vister 


Vesler. 


128 


2 


3 


Trevigi 


Trevigy. 


151 


1 


1 


il 


Jean. 


146 


2 


1 


Cœuvres lieutenant Cœuvres, lieutenai 




dernier 1 


Grand 


grand. 


151 




4 


ville où 


ville, où 


159 




10 


demi fermage ; 


demi-fermage. 


177 


3 


8 


économique 


économique ; 


178 




17 


celui-ci 


l'abbé. 


186 




11 


Reume de 


Reume, de. 


187 


2 


6 


court 


cour. 


205 


3 


3 


conserver 


consacrer. 


218 




4 


emparé 


emparés. 


246 




3 


basse-court 


basse-cour. 


247 


4 


4 


» 


» 


2o5 


1 


1 


nous présenterons nous allons préseï 








maintenant 


1er. 


256 


5 


1 


mftre 


mitre. 






dernière. 


AUard 


Alard. 


260 




25 


Marc^Noël 


Marc Noël 


264 dernier 


4 


S»« croix 


S»«-Croix. 


265 




21 


N. D. 


N.-D. 


270 


2 


dernière 


Bon comte 


Bon, comte. 




3 


3 


Sart' 


Sart', 


note 3 


2 


Luxembourg 


Luxembourg, dame. 








dame 




272 


1 


5 


fondation 


construction. 


274 


4 


5 


spituelles 


spirituelles. 


285 




avant-dernière 


vie, qui 


vie qui. 


287 


3 


2 


quatier 


quartier. 


288 




1 


au dessus 


au-dessus. 






7 


réduit, qui 


réduit qui. 


391 


1 


7 


N.-E. 


S.-O. 


297 




15 


cela. 


cela ! 



PARTICULARITÉS 



SUR 



LA VILLE DE HAL. 
I. 

ARMOIRIES ET SCEAUX COMMUNAUX. 

Ce fut le 19 juillet 1357 que Guillaume de Bavière, comte 
de Hainaut, seigneur de Hal, accorda à cette ville les armoiries 
qui figurent aujourd'hui sur le sceau communal. 

Les titres de concession s*étant perdus pendant les troubles 
du XVI« siècle, le magistrat s'adressa à Charles, sire de Groy 
et d'Arschot, lieutenant-gouverneur du Hainaut, afin de le 
prier d'approuver les armoiries trouvées, en 1595, chez Josse 
de Lockenberghe, lieutenant de la Toison-d'or. — Voici l'acte 
d'approbation : 

« Charles, sire et duc de Croy et d'Arschot, prince du 
S'-Empire, Chimay et Portian, comte de Beaumont, Seni- 
ghem et Meghem,etc., chevalier de l'ordre de la Toison-d'or, du 
conseil d'Estat de Leurs Altesses sérénissimes, lieutenant- 

1. Le pennon de la ville et le fond des bannières des Gildes était bleu 
et blanc, comme les deux quartiers des armoiries. 

La célèbre statue miraculeuse de la S.-V. fut donnée en 1267 h Téglise 
de Hal par la comtesse Malhilde, femme de Florent IV, comte de Hollande 
et de Zélande, Seigneur de Hal, Elle (Hait primitivement argentée et est 
devenue noire par Toxydation. 



316 SCEAUX 

gouverneur, capitaine-général et Grand-Bailly du pays et 
comté de Hainnau et ville de Valenciennes. 

« Comme ainsy soit que les Bailly et Eschevins de la ville 
de Hal nous auroient remonstré que, par le laps et injure du 
temps, les vraies armes de laditte ville de Haï auroient esté 
obscurcies, voires rendu incongnues, et par la diligente re- 
cherche desdis Bailly et Eschevins retrouvé en Fan XV^ 
nonante-cincq, chez Josse de Lockenberghe, hérault d*armes, 
lieutenant du Thoison-d*or et escripveur de généalogies, et 
debvoir porter écartelé, à dextre, premier quartier d*azur à 
une demie Notre-Dame d*argent le Jhésus et imaige couronné 
et cheveux d*or, le ij® au chief écartelé d*or à quattre lions 
asscavoir deux de sable et deux de geulle, armes de 
Hainnau (desquels lesdis de Hal se sont servis depuis 
l'obscurcissement des vraies armes de Hal), et le quar- 
tier senestre de la poincte debvoir porter de Bavière, lozengée 
d'argent et d*azur. Et nous aiant supplié de leur vouloir per- 
mettre rusai ge desdittes vraies armes, Sgavoir faisons qu'aians 
prins regard à tout ce que dessus et nous estant deument 
apparu du narré ci-dessus, come souverain oflScier et Grand- 
Bailly de Hainnau, permettons et consentons par cestes que 
d'oresnavant ils se polront aider et user des susdittes armes, 
tes faisant graver et tailler es cachets et scels dont ils uzent 
ordinairement, cassant et annulant néantmoins leurs autres 
cachets et scelz. En tesmoing de quoy, avons ceste signé de 
nostre nom et y faict appozer nostre cachet armoire de nos 
armes, te XX janvier 1606. 

(Signé :) a Charles, sire et duc de Croy et d'Arschot. » 
Par ordonnance de 
Son Ex** 

COELS*. » 

i. Archives de la ville de Hal. 



DE HAL. 317 

Les armoiries accordées par le comte Guillaume n'avaient 
jamais figuré sur le sceau communal ; elles n'y parurent pas 
davantage après que Tautorisation ci-dessus eut été donnée. 

En efiet, le plus ancien scel connu, scel qui fut employé jus- 
qu'à la fin du XYIII'' siècle, représente une vierge debout 
sous une arcade ogivale et portant en chaque main les armes 
du Hainaut. Il porte en exergue : sigillum sgabinorum de 

HAL« 




Le sceau aux causes, s*imprimant sans cire, était écartelé à 
quatre lions. 

Sous la domination française, à la fin du 18« siècle, l'admi- 



318 SCEAUX 

nistration se servait d'un cachet aux divers emblèmes de la 
république avec Texergue Municipalité de Halle'. 

De 1815 à 1830, c'est-à-dire pendant la réunion de nos pro- 
vinces à la Hollande, la ville faisait usage d'un scel sur lequel 
était représenté St. Martin, patron de l'église paroissiale, et qui 
portait en exergue : Regerixg der stad Hal (Zuyd-Brabant), 
« administration de la ville de Hal (Brabant méridional) ». 




Vers la fin de 18!23, une requête fut adressée par le magis- 
trat au Conseil noble afin d'obtenir la reconnaissance des 
anciennes armoiries. La confirmation demandée fut accordée 
le 11 décembre de la même année. 

Les armoiries furent de nouveau vérifiées et finalement 
maintenues par arrêté royal du 129 août 1842; depuis lors, elles 
figurèrent sur le sceau communal avec l'exergue : Sigillum 
Urbis HallensisDeiparae'. 

i. Orthographe flamande du nom Eal. — L'orthographe française esi 
rétablie sur un sceau gravé plus tard. 

2. La ville est appelée Hal-Nolre-Damc pour la distinguer de Halle 
(Anvers). 



DE HAL. 319 

Voîcî la copie de l'arrêté royal : 

Ministère de rinlérieur. — 1« Direction, N» 12085. — Administrations 
provinciales et communales. 



LÉOPOLD, Roi des Belges, 

A tous présents et à venir, Salut : 

« Notre Ministre de Tlntérieur nous ayant exposé, dans son 
rapport du 22 de ce mois, que, par délibérations en date du 
3 mars 1838 et 28 août dernier, le Conseil communal de la 
ville de Hal, province de Brabant, a émis le vœu d'obtenir la 
vérification et ta maintenue des armoiries octroyées ancienne- 
ment à cette commune ; 

(c Considérant qu'il est établi par des documents dignes de 
foi déposés à la Bibliothèque dite : des manuscrits des ducs 
de Bourgogne, que la ville de Hal est, depuis un grand nombre 
d'années, en possession d'armoiries particulières, dont les 
titres primitifs de concession sont égarés ou détruits ; 

« Vu notre arrêté en date du 6 février 1837 réglant la forme 
des sceaux des communes ; 

c< Nous avons accordé et accordons : 

ce A la commune de Hal les présentes lettres confirmatives avec 
autorisation à avoir et à porter les armoiries dont elle a usé 



320 



ASSAUT 



jusqu*à ce jour, telles qu'elles sont figurées et coloriées au 
milieu d'icelles et qui sont : 



« Ëcartelées au 
et à une demi- 
Dame d'argent 
couronné et che- 
et 3* de Hainaut 
Bavière. 




premier d*azur 
image de Notre- 
tenant son fils 
vêlé d'or, le 2* 
et le dernier de 



« Chargeons Notre Ministre de l'Intérieur de l'exécution des 
présentes, qui seront annexées au Bulletin oflSciel. 

Donné à Bruxelles, le 29 août 1842. 

LÉOPOLD. 

« Par le Roi : 
Le Ministre de l'Intérieur, 

NOTHOMB. 

Vu, vérifié et inscrit au registre matricule f^ n» 183. 
Le Secrétaire général du ministère de l'Intérieur^ 
Ch. Soudain de Niederwerth. » 



II. 

ASSAUT DE lo80. 

Nous donnons ici le dessin d*une pierre commémorative 
d'un des assauts que Hal a eu à subir, pierre qui vient d'être 
mise en évidence. Ce petit monument a 50 cent., de largeur 



DE HAL. 321 

sur 40 de hauteur. II se trouvait dans ravant-nef, au-dessus 
d'une cage en bois à claire-voie, où reposaient 33 boulets en 
pierre, arrangés de telle façon qu'il était diflScile en les comp- 
tant, de trouver deux fois le même total. Dans sa naïveté, 
le peuple a toujours considéré cette diflSculté comme pro- 
venant d'une cause surnaturelle. 

Aujourd'hui, les boulets sont déposés dans une niche, 
réouverte lors de la dernière restauration du parvis, et la 
pierre commémorative a été placée au-dessus du cintre. 

Voici l'événement rappelé par l'inscription et par les bou- 
lets. En 1580, Olivier van den Tymple était gouverneur de 
Bruxelles pour Guillaume d'Orange. Voulant livrer au Taci- 
turne les parties du pays wallon, restées fidèles à l'Espagne, 
il se dirigea vers le Hainaut à la tête d'une petite armée, mais 
il fut arrêté dans sa marche devant Hal, première ville Hen- 
nuyère qu'il rencontra. 

Dans ce temps, notre ville n'avait pas encore vu les Fran- 
çais raser ses remparts, combler ses fossés^ et démolir ses 
murailles* et ses bastions ; protégée qu'elle était de deux 
côtés par la Senne et de l'autre, par les eaux du Grobbe- 
gracbt, ayant de plus une ceinture de murailles et un château 
assez fort pour l'époque, elle pouvait ofi'rir quelque résis- 



i. Les fossés avaient 40 pieds de largeur. 

± Les murailles avaient une hauteur de 30 pieds au-dessus du dos- 
d'âne (doddaine). 

Les fortifications existaient déjà dans la première moitié du XIV« siècle 
puisqu'il est dit dans une charte donnée, le 19 juillet 1557, par Guil- 
laume III de Bavière : <c Que les devant dict roayre, eschevins et commu- 
naulté ayent à tous jours et perpétuellement les bruyères etwarissaix 
du lieu ; voulons aussy qu'ils Payent et leurs donnons perpétuellement 
pour convertir à Tenlretien des ponts et voyes etfortresses d'icelle ville, 
là où plus grand besoing sera à leur advis, parmy cinq solz blans qu'ils 
en renderont à nous chacun an. » 

SO 



323 



ASSAUT DE HAL. 



tance à Tannée Orangiste. Ce fut le 9 juillet 1B80, que Hal eut 
à souffrir le premier assaut, qui fut victorieusement repoussé. 
Le lendemain, avant Taurore, Van den Tjinple revint avec 
des forces plus nombreuses, mais, malgré le petit nombre 
de défenseurs de la ville, il subit un nouvel échec qui Fem- 
pécha de pénétrer dans le Hainaut. 

Les Hallois, pour éterniser la mémoire de ce glorieux 
événement, déposèrent à Téglise 33 des boulets tirés sur la 
ville et gravèrent dans la pierre les dates si mémorables pour 
eux. 



\\ JVIET j 

J 5 80^ 




La conduite des habitants de Hal, dans cette occurence et 
le courage dont ils avaient fait preuve, leur mérita les félici- 
tations d'Alexandre Farnèse, Gouverneur des Pays-Bas^ 



i. Pour plus de détails sur Texpédilion de Van den Tymple, voir 
V Histoire de la YiUe de Hal, par Léop. Everaert et Jean Bouchery. 



ÉGLISE DE HAL. 323 



m. 



PEINTURES MURALES DU XV' SIÈCLE DÉCOUVERTES DANS l'ÉGLISE 
DEN.-D. 

H'' DeCoster, curë-doyen, et la fabrique d*église ont fait 
commencer cet hiver la restauration intérieure du superbe 
monument dont Hai peut être fier à juste titre. On a gratté le 
plâtre et le badigeon qui couvraient et déparaient les murs, les 
faisceaux de colonnettes et les dentelles des balustrades. 

Pendant ce travail, lesouvriers ont mis à nuplusieurs pein- 
tures murales dont deux, assez bien conservées, étaient re 
marquables par la netteté et la beauté du dessin. Ces deux 
fresques furent découvertes près de l'autel delà S^-Trinité. Elles 
avaient chacune environ 4 mètres carrés de superficie. L'une 
représentait Jésus crucifié, et la S. -Y. avec Tapôtre SWean ; 
Tautre, la Mère des douleurs assise et soutenant le cadavre 
de son divin Fils sur ses genoux. Un chevalier portant sur la 
manche de son vêtement noir un lion contourné d'argent, 
armé, lampassé et couronné d'or, était agenouillé devant ce 
groupe. Au fond, à gauche, se tenait debout le saint patron 
du donateur portant une église ou au moins une tour dans 
la main. Le style et les costumes prouvent que ces œuvres de 
mérite appartenaient à la dernière moitié du XV' siècle. 

Le pilier à côté du premier groupe, était décoré d'arcs et 
de flèches d'or sur fond vermillon, entre lesquels était peint 
le nom i^TLS. Il est donc à supposer que la chapelle fut jadis 
celle de la Gilde ou serment de S^-Sébastien (arc-à-la main). 

On a eu soin de tenir des copies des fresques avant de faire 
disparaître celles-ci. 



3S4 ÉGLISE 

IV. 

PERSONNAT DE HAL. 

Le Personnat ' de l'église de Hal était un bénéfice simple, 
perpétuel et séculier, sans charge d'âmes ni obligation de 
séjour en ville. La Personne avait le droit d'occuper la pre- 
mière place au chœur pendant les vêpres des quatre grandes 
fêtes de Tannée. 

Le bénéfice du Personnat consistait en une seigneurie fon- 
cière à laquelle appartenaient la moitié de la ville et des terres 
extra-muros. La Personne possédait aussi les | de la Grande- 
dtme, d'importantes rentes seigneuriales, une ferme près la 
Porte de Bruxelles et 22 bonniers de terres labourables. Elle 
avait le droit de nommer un mayeur et de recevoir le serment 
de celui-ci. C'est devant ce mayeur que devaient se passer tous 
les actes qui intéressaient la seigneurie du Personnat. 

a Ceux qui payaient des impôts à cette seigneurie, » dit le 
P. Maillard, « n'étaient tenus à aucune redevance au Roi pour 
la vente des maisons ou d'autres biens. » 

On peut calculer les revenus annuels du Personnat à en- 
viron 2,000 fl. 

L'opinion générale est que le Personnat fut fondé vers 1356 
par Guillaume III de Bavière, comte de Hainaut, de Hollande 
et de Zélande, seigneur de Frise et de Hal. Il retint une rede- 
vance annuelle d'un muid de blé que la Personne devait don- 
ner à lui et à ses successeurs. Il fit tailler ses armoiries dans 
une dalle posée au milieu du chœur, vis-à-vis la place que la 
Personne avait le droit d'occuper. 

1. Voir Van Espen, Œuvres canoniques, partie 2, titre 4, eh. 2, n» 5. 



DE HAL. 325 

Le premier bénéficiaire connu fut Nicolas Plonchet, cham- 
bellan, secrétaire, familier et commençai ordinaire de S. S. le 
pape Nicolas V, en 1481 *. Jean Rebs, prévôt du chapitre d'An- 
derlecht, était revêtu de cette dignité en 1560. 

En 1622, Sébastien Bricquet, docteur en théologie, cha- 
noine de réglise métropolitaine de Cambrai et Personne de 
Véglise de Hal, s*arrQgea le premier le droit de nommer les 
curés de celle-ci. 

Les RR. PP. Jésuites, admis à Hal en 1621, s'adressèrent à 
Mgr. Van der Burch, archevêque de Cambrai, afin d'obtenir 
par son intermédiaire une bulle de réunion du Personnat à 
leur collège, après la mort de Sébastien Bricquet. 

Le prélat pria le pape d'accorder immédiatement le béné- 
fice du Personnat au collège des Jésuites, ce de peur qu*à la 
mort du bénéficiaire Bricquet, déjà très avancé en âge, Tuni- 
versîté de Louvain ne s'empresse de lui nommer un succes- 
seur. » L'archiduchesse Isabelle apostilla cette requête. Séb. 
Bricquet mourut en septembre 1623 et l'archevêque, n'ayant 
reçu aucune instruction du saint-siége, désigna Gaspard Lon- 
way pour le remplacer, tandis que S. S. nomma Égide des 
Ursins à Vivariis, docteur en droit, protonotaire apostolique 
et son prélat domestique, comme bénéficiaire du Personnat. 

Cette double nomination donna lieu à un procès entre les 
deux titulaires. Cette affaire devait être jugée par le nonce 
apostolique dans les Pays-Bas, mais Gaspard Lonway, afin 
d'aplanir les difficultés, céda ses droits à son compétiteur à 
Vivariis. Celui-ci, à son tour, renonça au bénéfice entre les 
mains du S. Père qui, par sa bulle du 7 avril 1624, l'accorda 
aux Jésuites. 

Le magistrat, superintendant des biens de l'église, alla en 
1. Voir la bulle de Nicolas V, du 4 septembre 1431. 



326 ÉGLISE 

appel, mais en vain, contre cette décision, tant auprès du 
pape que devant la Cour de Mons. Le roi Philippe IV accorda 
son approbation à la bulle papale, le 4 juillet 1626, et l'ar- 
chevéque de Malines, Jacques Boonen, l'exécuta le 27 décem- 
bre 1627. La bulle fut lue au prône le 19 du même mois par 
le P. Breeckmans, S. J., en présence des témoins suivants : 
Guillaume de Richardot, comte de Gammerages, seigneur de 
Lembecq ; Antoine de Wérimont, bailli de Hal,etc. Des copies 
en furent aflSchées le même jour aux portails de Téglise. 

De Vivariis, qui avait gardé le bénéfice pendant tous ces 
démêlés, le céda une seconde fois et, le 23 août 1628, Tarche- 
vêque ordonna au curé-doyen de recevoir Jacques Wyns, 
recteur des Jésuites, comme Personne, dans Téglise de Haï. 
La réception solennelle eut lieu le 24 septembre 1628, en 
présence des témoins prénommés. 

La Personne possédait le droit de collation des bénéfice 
suivants : 

1<^ Celui de la Première fondation^ avec un revenu annuel 
de 750 fl., à charge de célébrer 2 messes basses et une messe 
solennelle par semaine. Ce bénéfice avait toujours été accordé 
au premier chapelain. Celui-ci devait au comte de Hainaut 
une rente annuelle de 7 sous 6 deniers et 1 { « oison. » Les 
Jésuites retinrent ce bénéfice pour leur collège, en 1640. 

2<» Le bénéfice de la 2*" fondation, dit Cotuterie, auquel 
étaient attachés ceux de Saint-Martin et de Saint-Nicolas, avec 
un revenu annuel de 450 fl.Ce bénéfice était toujours accordé 
2LuKoster y derc ecclésiastique, chargé de coucher dans Téglise, 
d'en ouvrir et fermer les portes et d'assister le curé dans 
l'exercice de ses fonctions pastorales'. 

i . Le curé payait annuellement 28 fl. au KosUr pour son assistance aux 
services funèbres. Le clerc ecclésiastique recevait en outre une petite dîme 
de 20 fl. et la somme de 25 fl., prix du loyer d'une maison située au Mie- 



DE HAL. 327 

S*" Le bénéfice de la l'*' fondation de Sainte-Anne, produi- 
sant un revenu de 90 fl., à charge de dire 3 messes par se- 
maine. 

4<' Celui de Saint- Jean-rÉvangéliste, de 30 fl. pour 3 messes 
dans la quinzaine. 

S<* Celui de Saint- Jean-Baptiste, qui rapportait 100 fl. pour 
3 messes par semaine. 

6<* Celui de Sainte-Barbe, avec un revenu annuel de 80 fl. 
pour dire hebdomadairement 2 messes. 

7® Le bénéfice de la 2« fondation de Sainte-Anne, qui rap- 
portait une somme de 25 fl. avec charge de dire une messe 
tous les quinze jours. 

8* Celui du Saint-Esprit, avec un revenu de 12 } fl. pour 
une messe chaque quinzaine. 

9® Celui de Sainte-Catherine. 
10* Le bénéfice de Sainte-Gertrude. 

Et enfin, 11^ celui de la Sainte-Trinité. 

V. 

LA CURE. 

La cure était le plus important et le plus ancien bénéfice de 
l'église de Haï ^ On n*en connaît pas le fondateur, mais il est 
très probable qu'il fut un laïque, puisque la cure appartint à 
la famille Coels de 1433 à 1600. Cette famille la donna plu- 
sieurs fois en location à des prêtres, tout en en conservant les 
biens héréditaires. 

renberg. Il avait aussi la libre jouissance d'une maison et héritage, appe- 
lée Cousterie, située au pont du Vondele, sur les bords de la Senne. 

1. Il ne faut pas confondre Tancien cur^, possesseur du bénéfice de la 
cure, avec le pasteur, chef spirituel de la paroisse. 



328 ÉGLISE 

Guill. Coels, fils de Guillaume et époux de Marguerite 
Groels, donna la cure à louage en 1433 et mourut en 1500, 
après avoir fondé une messe hebdomadaire dans la chapelle 
Sainte-Catherine intra-muros ou de « la cimetierre * », où ses 
parents étaient enterrés. 

Guillaume, fils du précédent, fut doyen', curé-héréditaire 
de Hal, chanoine de la 2« prébende de Sainte-Gudule à Bru- 
xelles. 

Guill. Coels, son neveu^ lui succéda. Celui-ci fut suivi par 
son frère Nicolas, puis par Jean, fils d'Arnold, qui mourut en 
1592. A ce dernier succéda Jean, fils d'Antoine; il mourut en 
1894, pendant qu'il faisait ses études à l'université de Lou- 
vain. Jean Coels eut pour héritière Elisabeth, sa sœur mineure. 
Celle-ci se maria plus tard à François le Mercier. Ce dernier 
possesseur de la cure étant décédé sans laisser de postérité, 
l'université de Louvain fit usage de son induit pour nommer 
M. Bauwens comme curé. 

Dès lors, le bénéfice de la cure appartint toujours aux pas- 
teurs. Ceux-ci furent : 

Égide Élinckx (1614-1627). Il fut nommé par Séb. Bricquet, 
Personne de Hal. 

Égide Breeckmans (1627-1638), ancien curé de Tourneppe. 



i . Sur la place occupée aujourd'hui par le marché aux bestiaux. 

2. L'ancien doyenné de Hal comprenait les communes de : Kbode-Saînt- 
Genèse, Alsemberg, Tourneppe, Buisingben, Huissinghen, Linkebeeck, 
Beersel,Ruisbroeck, Leeuw-Saiul-Pierre, Vlesenbeeck, Berch«'»Saint-Lau- 
rent, Audenaken, Éhnghen, Gaesbeeck, les deux Lennicq, Goyck, Lom- 
beeck-Notre-Dame, Strylhem, Meerbeeck, Pamel, Wambeeck, Ternalh, 
Lombeeck-Sainte-Calherine, Braine-rAlleud, Waulhier-Braine, Plancenoit, 
Ophain, Ohain, Genval, Baisy-Thy, Hennuyères, Tubise, Oisquerque,. 
Brages, Bogaerden, Lembecq, Rebecq-Rognon, Liedekcrke, Borgt-Lom- 
beeck el une partie du Hainaut actuel. 



DE HAL. 329 

II fut nommé par l'université et admis par la Personne. Il de- 
vint plus tard doyen rural, résigna ses fonctions le 3 novem- 
bre 1635 et se fit Jésuite. 

Ferdinand Jacobs (1638-1689), bachelier en théologie et 
doyen rural. 

/.-fi. Plattebourse ou Platteborze (1689-1700). 

Machaire van den Hauten (1700-1704), licencié en droit, 
juge synodal le 17 juillet 1717.11 était né à Gand,fils de Pierre- 
Liévin et de Cath. van den Hauten, issus d'une famille noble. 
Philippe-Érard van der Noot, évêquedeGand, lui accorda la 
8® prébende libre du chapitre de Saint-Bavon, le 14 août 1721 ; 
Van den Hauten en prit possession le 29 du même mois. 
Mais, ayant réfléchi que le prélat se trouvait hors de son dio- 
cèse lors du décès de son prédécesseur, Ignace-Jos. Madoets, 
il craignit qu'à Rome on obtint le bénéfice pour un autre ti- 
tulaire, et il demanda de nouvelles lettres d'investiture au 
pape Innocent XIII. Ayant obtenu cette provision, il prit pour 
la seconde fois possession de sa prébende, le 13 février 1722, 
et restitua tout ce qu'il avait reçu entre-temps. 

Van den Hauten mourut le 13 mars 1734. Une pierre tumu- 
laire fut placée à sa mémoire à l'entrée de la chapelle de 
Saint-Macaire, dans l'église de Saint-Bavon; ses armoiries y 
furent taillées. 

L'épitaphe était conçue comme suit^ : 



i. Hellin, Eisl. des évêques de Gand. 



330 ÉGLISE DE HAL. 



D. 0. M. 

R^' ADM. AG AUPV* h^ 
MAGHARIO VAN DEN HAUTEN 

J. V. L. 

QUONDAM OFFICIALI STLViG DDCENSI 

DEIN HALLIS DIYiE VIRGINIS PASTORI 

POSTEA HUJUS CAPITULI S. BAVONIS 

GANONIGI 

NEC NON 

JDDIGI STNODALI APOSTOLICO 

QUI FUNDATO ANNIVERSARIO 

OBIIT 13 MARTII 1734. 

R. I. P. 



Joaehim Herincx (1704-1724). 
Pierre-François Descamps (1724-1783). 
. . . Loquet (1753-1768). 
A. F. Bay^w (1768-1773). 
/. van Laethem (1773 ....). 



L. EVERAERT. 



- -*4,«;*ap>«C1U.4K^V- 



IsTOTIO E 

SUR LE 

VILLAGE DE LEMBECQ. 



»'•■» 



Quoique la commune de'^Lembecq ^n'appartienne plus au 
Hainaut, nous avons cru ne pas sortir du cadre qui nous est 
tracé par le Cercle archéologique de Mons, en communiquant 
à nos honorables collègues quelques particularités sur cette 
ancienne franchise, etd*abord, parce qu'elle occupe quelques 
pages brillantes dans l'histoire du comté ' et ensuite, parce 
qu*au XII*' siècle, la seigneurie deLembecq était un fief rele- 
vant du château de Mons *. 

Éttmologie. — Le flamand ayant toujours été la langue 
usuelle de Lembecq, c'est d'après l'orthographe flamande du 
nom que nous devons chercher la signification de celui-ci. 
Les plusanciens documents et le sceau primitif donnent à notre 
commune le nom de Lenbeek ou Lenbeke^ dont les radicaux 
sont Len et Beek ; le premier est l'abréviation de Leen^ fief ; 
le second ' signifie ruisseau. Lembecq, fief de Vauthier de 
Lens et plus tard de la famille d'Enghien, était situé sur les 
bords de la Senne. 

SiTrATiON' TOPOGRAPHIQUE. — Lcmbccq est bornée au N. et à 
rO. par le territoire de la ville de Hal, au S.-E. par Braine- 

i. Nous voulons parler de la « Guerre de Lembecq ». Voir à ce sujet : 
Gislebert, Delewardo, J. de Guyse, Hossart, d'Oude^^herst. 
3. De Reiffenberg, Hist. du comté de Hainaut, tome 2. 
3. Wallon -: Bise^ Tubize, Jurbise. etc. 



332 LE VILLAGE 

le-Ghftteau;auS. parClabecq et Tubise et à l'O. par Bogaerden, 
BelHnghen et Brages. 

La commuDe est située à 50M0'-16" latitude N. et à l«-54'- 
8'' longitude E. de Paris. Elle est distante de 18 kil. de 
Bruxelles et de 30 de Hons. 

Hameaux. — Hondsocht est une agglomération bien bâtie le 
long de la chaussée de Hal à Enghien. La tradition veut que 
la meute de Gilles de Chin y aurait levé les traces du dragon. 
De là : Fond, chien, et zocht, imparfait du verbe chercher. 

La McUheyde, bruyère du Mallum ou cour de justice et 
chambre de conseil eu plein vent des premiers habitants. Ce 
hameau qui se trouve à l'Est de la commune se compose de 
maisons éparses. 

Le Vlasmerkt, marché au lin, est situé le long de la chaus- 
sée de Hal à Nivelles, près de la Malheyde. II est à supposer 
que, dans les premiers siècles de notre ère, les marchands de 
lin des Flandres, voyageant par caravanes à cause du peu de 
sûreté des chemins, avaient choisi cet emplacement près de 
la Justice pour y exposer en vente une matière qui n*était 
pas cultivée dans nos environs. 

Antiquité. — Les armes et outils en silex, découverts par 
M. Paul Claes, lors de l'approfondissement de l'étang de son 
château, prouvent que l'emplacement sur lequel Lembecq est 
bâti, était déjà habité dans l'âge de pierre. 

La première église chrétienne de Lembecq existait déjà au 
IX* siècle, puisque le corps de S*. Veron y fut enterré vers l'an 
863 ^ La commune peut donc se glorifier d'une existence au 
moins dix fois séculaire '. 

1 . C'est en 1012 que le comle Régnier fittransporter à Mons laplas grande 
partie des reliques du S^ palron de Lembecq. — Voir De Guise, « Mons 
capitale du Hainaut, » publié par le Cercle. 

2. Une chronique manuscrite dont nous possédons une copie attribue 



DE LEMBECQ. 333 

Seigneurs. — En 1182, la seigneurie appartenait à Gossuin 
d*Enghien qui la tenait en fief de Wauthier de Lens. Ce der- 
nier relevait le fief du château de Hons. A cette époque, elle 
fut donnée en engagère au comte de Hainaut, ce qui donna 
lieu à la fameuse guerre de Lembecq. En 1266, elle apparte- 
nait encore à Wauthier I d*Enghien qui lui donna ses armoi- 
ries. Nous ignorons quand et comment la seigneurie est venue 
entre les mains de la famille Richardot qui la possédait au 
XVII® siècle. Voici la liste chronologique de ses seigneurs : 

Antoine Richardot, fils de Jean Grusset, dit Richardot, était 
seigneur de Lembecq où il mourut sans postérité. 

Guillaume Richardot, prévôt et chancelier de Douai, puis 
seigneur de Lembecq et d'Ottignies, comte de Gamerages par 
érection du 3 novembre 1623, épousa Anne de Rye, fille de 
Philibert, comte de Vara, etc. De ce mariage naquit : 

Albert Richardot^ comte de Gamerages, se disant baron de 
Lembecq et prince de Steenhuyse en vertu du testament de 
Jeanne Richardot, sa tante paternelle. Albert mourut en duel. 

Alexandre Richardot, frère d'Albert, épousa en 16S0Claire- 
Eugénie-Albertine Schetz, fille de Conrad, comte d*Ursel, et 
en eut : 

Claude Richardot, comte de Gamerages, seigneur de Grut- 
Zhuze, Herzelles, Ottignies, Veremae],etc., se qualifiant baron 
de Lembecq et prince de Steenhuyze, sergent-général de 
bataille, mestredecamp d'une terce d'arquebusiers à cheval, 
gouverneur des Pays-Bas espagnols et gentilhomme de la 
chambre du duc de Bavière, mort dernier hoir mâle de sa 
famille le 13 avril 1701, sans laisser de postérité de Mart^- 
Françoise de Bournonville, son épouse. 

Alexandre-Albert-François de BoumonviHe hérita la sel- 
la fondation de Lembecq aux Grecs et veut en faire remonter rori((ine à 
répoque du siège de Troie ! 



334 LE VILLAGE 

gneurie de sa sœur. Il était duc et prince de Bournonville, 
comte de Hennin-Liétard. Il fut enseigne, puis sous-Iîeute- 
nant 4es gendarmes de la garde du roi, et maréchal des camps 
et armées de France. — Il épousa Marie-Charlotte d* Albert, 
fille de Louis-Charles, duc de Luynes et de Chèvreuse. 

Philippe-Alexandre de Baurnonville, fils du précédent, était 
mestre-de-camp-lieutenant du régiment de Condé, cavalerie ; 
il est mort sans hoirs en 1737. Il eut pour héritière sa sœur : 

Angélique-Victoire, princesse de Bournonville, comtesse 
de Hennin-Liélard, baronne de Caumont, dame de laBroye et 
de Tamise ; mariée à Jean de Durfort, duc de Duras, maréchal 
de France, etc. Elle fut nommée dame d*honneur de Madame 
Victoire de France en 1748 et de Mesd. Sophie et Louise en 
1750 ; elle mourut à Paris en 1764, sans laisser de postérité. 

2* Branche. — Jean-Benjamin de Bournonville, 3« fils, 
d* Alexandre, duc de Bournonville, et d*Anne de Mélun, fut 
baron de Câpres et connu sous le nom de marquis de Bour- 
nonville. Il était chevalier de l'Ordre militaire de S'-Jacques, 
lieutenant-général des armées de S. M. I., gouverneur d*Au- 
denarde en 1704. Il mourut à Namur en 1719. Il s'était marié 
en premières noces avec Marie de Perapertussa (en Catalogne) 
et en secondes noces avec Marie-Ferdinande-Thérèse de S**- 
Aldegonde. Il eut du 2° lit : 

Wolfgang'Guillaume de Bournonville^ baron de Câpres, 
seigneur de Sars ; colonel du régiment de Sars ; général des 
armées de Charles VI ; gouverneur de Termonde ; gouverneur 
et capitaine-général du duché de Limbourg et du pays au- 
delà de la Meuse. Il mourut le 17 septembre 1754. Il avait 
épousé en premières noces Marie-Madeleine Haudion et en 
secondes noces Angélique-Florence d'Ursel. Du 2* lit, il eut: 

François- Albert 'Charles de Bournonville, duc de Bournon- 
ville et Grand d'Espagne. Il hérita tous les biens de la 1^' 



DE LEMBECQ. 335 

branche. Il était chevalier de la Toison-d'Or et de SWanvier, 
lieutenant-général des armées de S. M., capitaine de la com- 
pagnie flamande des gardes. II mourut à Madrid en octobre 
1769, sans laisser de postérité à sa femme Charlotte d'Ursel. 

La seigneurie de Lembecq passa entre les mains de la 
famille d'Ursel. 

Armes de la famille de Richardot: d*azur à deux palmes 
d'or placées en croix, accompagnées de 4 étoiles de même, 
Tune au dessus, deux sur les côtés et la dernière à la pointe. 

Famille de Bournonville : de sable au lion d'argent, armé, 
lampassé et couronné d*or. 

PRIVILÈGES. 

Dénombrement et déclaration des haultheurs^ privilèges, 
droicts, exemptions et prééminences de la frainche et sove- 
raine ville, terre et Srie. de Lembecq, tenue en compte par 
feu le seig' Ducq de Longueville corne appert par lettres en 
date du mois de septembre U7L 

a Premièrement, la ditie lerre est neulrale et n*est comprise dans au- 
cune des dix-sept provinces, ne relevant que de Dieu et du soleil; le sei- 
gneur fait seulemen serment à son entrée, à Dieu sur le saint Évangile 
cl reliques de S»-Verroo, reposantes en l'église paroichiale dudil Lembecq. 

K hem, apperlient à la ditte terre droict de pescherie, de chiasse et frain- 
che trompe »vecq le droict de vent et de course d'eauwe. 

a Item, toutte justice haulte, moicnne et basse avecq droict de con- 
ûscalion, de faire grâce et donner rémission aux crimineles, laquelle est 
valliable par loulies les dix-sept provinces. 

c< El peult ledit seign'' donner frainchisc sur toutte la ditte terre aux 
délinquans de tous crimes commis aillieurs, pour laquelle frainchisc 
chiasque délinquant debvrat payer pour vin selon la discrétion du seig^ 
ou son officier et selon la qualité des personnes et Timportance du dé- 
lict, duquel vin la moictié apperlient au seig^ et de Tautre moictié, les 
deux tiers au bailly et Taultre tiers au mayeur et ce, par-dessus le droict 
ordinaire de la loy. 

21 



336 LE VILLAGE 

« Itenif peuU le dit seig' asseoir et imposer louttes amendes pour le 
maintiennemeot de la police à observer au dit Lembecq et à cause de 
sa souveraineté. 

ce l£etn, at le dit Sr. droict des morlcmains en un quartier du dit Lem- 
becq, scavoir par-delà la rivière de la Zenne du costé de Glabbecq et Brai- 
ne le Ghasteau, commenchant depuis la ditte rivière et montant au ioîn^ 
de certain ruisseau prennant source à certain alloit gisant au bas de la 
ccGSC de Basse-Vilcrs apperlenant aux hoirs de Vroon de Voghcler, dit 
Gote, et de là tirant droict au bois de Biesbroeck et tout du loing au dit 
bois, vers la censé de haute Luerbecq (?) tenant à la terre de Braine le 
Ghasteau ; et de là costoiant la terre de Glabbecq jusque la ditte rivière 
et de là montaol la rue jusqu'au grand chemin qui vat de Lembecq à 
Mons et puis retournant du dit grand chemin jusqu^à un ruisseau qui 
vient de Hontsocht et descend dans la dilte rivière et borne le dit dis- 
trict qui est subject au dit droict. De sorlte que généralement tout le 
terroir comprins et enclos dedans les dittes limites est subject au dit 
droict de mortesmain. 

<c Iiem^ at le dit Sr. droict d'aubanité, confiscation des biens des 
bastards et biens d*espavcs. 

« l£em, at pouvoir de commettre grand bailly et liulenant bailly, 
mayeur, eschievins, greffier, massart, sergeants, clercq ou marlisour, 
mambours d*église et des pauvres, et tous auUres officiers, ouyr comptes 
d'iceulx. 

ce Iteniy at le grand bailly ou son liulenant pouvoir et aucthorilé d'ex- 
ploicler par toute la dite terre et frainchise de Lembecq, tant par dehors 
que par dedans la vrypoorte ^ tant pour cas criminel que civil et mixte 
soit par adjoumement ou appréhenlion, et doit estre présent à toutie 
judicature et aultres besoingnements de loy, sauf et hormis ceulx où le 
seig'enatde Tiutérest, dont la judicature se doibt faire sans sa présence 
pour estre en tel cas partie. 

« Item, de créer, de démettre et renouveller les cschievins et gens 
de loy ; commettre sergeants et prendre leur serment, recepvoir leurs 
rapports, faire mambours d*église et des pauvres, ouyr leurs comptes et 
cculx de la communaulté. 

« Item, le mayeur doit semoncer les eschievlns et nul aultre s'il ne 
commet. 

«Item, lui ou son liutenant peult prendre le serment de toulte manière 

1. Ville libre. 



DE LEMBEGQ. 337 

des gens venanls à cnquestc par-devant eschievins de tout cas tel qn*il se 
soil, cl dont les eschievins ont la cognoissance, mais le grand-bailiy 
estant présent, et qu'il le veut faire, la prééminence de prendre le serment 
luy est deue. 

« Itertty le dit mayeur al pouvoir de faire exploict dans la frainchise 
seulement et y arrester meubles et catlels, et son arrest fait avecq deux 
eschievins ou deux bourgeois est suffisant et vaillable et ce, avecq la per- 
mission du dit grand-bai Uy (au cas quMi soit au lieu, en son absence 
sans permission), auquel come officier souverain le drolct de toutle sortie 
d*exploict apperlient. 

<c Item^ le prédit Sr. at le droict d'ériger compagnies, confréries el 
francq mestîer el leur donner statuts come il at fait aux arbalestriers ei 
archiers et au meslier des brasseurs. 

(€ Item^ les placcarts d'ailleurs ny senlenses d'aulcunes aullre court 
ne sont exécutoires au dit Lembecq sans la permission du dit seigr. ou 
de son grand-bailly, ainsi doibvcnt estre mis les dits sentences el plac- 
carts à exécution par ses officiers estants receuz ou admis. 

« Item^ at le ditS^ le droict de patronal à Tbospital de Lembecq comme 
premier fondateur, et a pouvoir de dénommer et commettre la dame 
pricuse, et de donner le pain à telles qu'il trouverai capables d'estre 
receues religieuses au dit hospilal et d'ouyr les comptes de la dite mai- 
son sans intervention dlaultres. 

« Item^ -al le d* S' aussy come patron la collation du cantuaire ou 
office de la chappelle de Nostre-Dame ter Merren à Hontsochl, deSte- 
Calherine et de deux messes par sepmaine fondées par Jean Francaerten 
son lemps bailly du dit Lembecq, Tune à Téglise el Taultre au dit hospilal. 

« Item^ al le dit S' droict de lonlieui,..elwinage: le quel droit se prend 
par toulle la ditte terre de Lembecq el de loulles personnes indiffé- 
ramenl, menant ou faisant mener et porter loulles sorties de marchandi- 
ses, n'estant mesme exempts les chevaliers de Tordre du Tboison. 

ce Ileni, le dit S' at le droict d'afiorraige et fenestraige . Le droict 
d'afforaige est de pouvoir faire afforrer les bierres el vins qui se bras- 
seront ou venderont audit Lembecq et les mettre ajuste prix, ce que se 
debvra faire tous les mois, affin que les brasseurs et taulniers n intéres- 
sent les mannants ou passants par des prix excessifs, pour lequel debvoir 
est deu aux officiers du dit Lembecq de chiasque pièce de vin qui sera 
fourfait au lieu un lot de vin. 

i . Ce droit de lonlieu levé par le soigneur de Lembecq donna lieu aux 
décrets du gouvernement du S7 novembre 1756 el du 14 octobre 1758. 



338 LE VILLAGE 

« Ilem^ de chiasque tonnau . de bierre foraine que Ton y vendra par 
pot, un lot de bierre; de chiasque brassin de bierre qui sera brassé et 
vendu au dit Lembecq deux lots de bierre, de quoy la moictié apper- 
tiendra au grand-baiily, et Vaultre moictié aux mayeur et eschievins da 
dit Lembecq pour sallaire d*afforraige. 

ce Le droict de fenestraige est que nul mannant pourra tenir boattique 
au dit Lembecq pour y vendre aulcune marchandise sans permission du 
S' ou son officier ; pour laquelle permission on payera trente-deux patards 
une fois à rentrée ou institution de la ditte boutticque. 

ce Uem^ le dit S^* at aussy pouvoir de donner deux francqs marchez par 
an ausquels jours et au jour de la procession, le droict de stallage et de 
maltotes ne serat perceu. 

ce lum^ at le dit S' le tiers de ce que gaignent les moulins de Roonem < 
et le vieux moulin scituez sur la revière du dit Lembecq, sans estre tenu 
de contribuer à quelque réparation, charge de rentes, louage de servi- 
teurs ny à quelqu'autres charges. Ainsy doibt tirer son tiers francq, soit 
en nature au dit moulin ou le donnant à ferme hors main ou par 
rescours. 

tt Iiem^ les bourgeois et mannans du dit Lembecq sont francqs, libres 
et exempts de touttes et quelconques maltottes, subsides, tailles, impo- 
sitions, contributions de 10, 90, 100«* deniers cl aullres charges mises ou 
H mettre par le prince ou TEstat du Pays-Bas, lesquels ont esté maioie- 
nues la ditle frainchise et exempts mesme du temps du Ducq.... après 
contestation pour ce fait au grand conseil de Malines. 

ce Itenij peuvent les dits bourgeois et mannans librement hanter et 
trafiquer par touttes les dix-sept provinces et amesner frainchement 
leurs marchandises au dit Lembecq, soit par mer, revière ou par terre 
sans en payer aulcun droict de tonlieu, winage, ponlaige ou aucuns 
semblables droicts. 

ce De la mesme frainchise jouyront au dit Lembecq les dits mannanls 
pour les marchandises qu'ils mèneront hors le dit lieu par leurs propres 
chievaulx, chariots ou charettes provenantes des humeurs creuautra- 
ficq de Lembecq si come bois, bierre, pierres, bled et aultres semblables 
et de touttes marchandises que les dits mannants iront quérir aillieurs 
pour estre consommez au dit lieu ou pour y demeurer. 

ce Item^ doibvent tout les natiefs et mannans du dit Lembecq, receuz 
à la bourgeoisie, estre admis par touttes les dix-sept provinces à des- 
servir toutte sortte d^offlce à quoy ils sont capables. 

1. Rodenhem, sous Hal 



OE LEMBECQ. 339 

« Ilenit tous ceulx ayant apprins leur mestier au dit Lembecq, sont 
francqs et doibvent estre receuz partout pour y faire leur mestier, non 
plus ou moins que s'ils auroieni apprins en la ville où ils désirent 
Texercer. 

Item, il y at au dit lieu deux francqs serments ou guides : l*une de 
Tarbalestre et Taullre de Tarcq-à-la main. 

ce Iienit les bourgeois et mannants du dit lieu ne peuvent estre callen- 
gés, molestés ny arrestës, ny aucuns de leurs biens meubles, par tout le 
Pays-Bas, ne soit aux villes closes, ains doibvent iceulx aller libres de 
leur arrests, et estre renvoyez à Lembecq par-devant juge compétent 
pour n*estre traittables par-devant aullre justice, et at la loy du dit lieu 
cognoissance de touttes actions personnelles, mesmes d'aucuns fonds 
d^héritaiges appelés PoorUerhues, lesquelles suivent la loy et coustume 
de Grandmont qui est leur ressort, mesme at la dille loy de Lembecq 
aussy cognoissance des actions crimineles, quant aux aultres actions elles 
suivent la plus grande partie la loy et coustume d*Hainault, sauf aucuns 
fiefs qui suivent la coustume de Brabant. 

a Item, ne peult aulcun prévost, drossart, sénéchal de campaigne, 
sergeant ou aultre officier des dix-sept provinces prendre prisonniers ou 
exploicter au dit Lembecq, mesme ont esté constraints autres fois resti- 
tuer prisonniers prins î» f.omb'^r^q pnr ignorance du privilège et aultres 
sergeants jugez le poiug couppé pour avoir violé la franchise en 
exploitant *■ ». 

Seigneuries foncières. — Quinze seigneuries foncières se 
partageaient le territoire de Lembecq, savoir : 
1. Seileque d'A appartenant au seig' de Lembecq. 

3. LeBurch » » » 

3. Saint-Denis » à l'abbaye de S*-Denis 

en Broqueroie. 

4. Wauthier-Braine » à l*abbaye de Wauthier- 

Braîne. 

5. Ouwemolen » aubarondeMortaîgne. 

6. L'hôpital » à la prieuse de l'hospice. 

7. Pergat » au chevalier de Steelandt. 

1. Copie sur papier, aux archives de Hal. 



340 LE VILLAGE 

8. Wachhullen )>au sire de Landas, sei- 

gneur de Rameloi. 

9. Meerbeek » au chanoine deHeerbeek. 
iO. Ter-Meeren » à la famille Louwys, etc. 

11. MontigniedeMaiheyde » » Schockaert,etc. 

12. De Roo » » Sebattiaensens. 

13. Hondsocht » » deHauwyck, de 

Giey, etc. 

14. De Yleughe » » de Wargny. 

15. Wayenbergh » » Meulepas. 

Sceaux de Lembecq. — Les exemplaires plus ou moins en- 
dommagés des sceaux de Lembecq au XIV® siècle ont la forme 
d*un ovale pointu, et portent des armoiries gironnëesde sable 
et d'argent de dix pièces chaque pièce de sible chargée de 
croix, au pied fiché sur le sable, parties d*argent à un lion de 
sable armé et lampassé de même et couronné d'argent. La 
première partie de ces armes appartient à la famille d*En- 
ghien. L'écusson est suspendu au bord du sceau par deux 
anneaux ; il est flanqué de deux oiseaux dont les queues en 
forme de lyre, se rejoignent à la pointe, et encadré par un 
' ornement qui se compose de 4 demi-cercles, séparés par au- 
tant d'angles aigus. En exergue: 

t S. SCABINORUM : DE : LENBEK... 



DE LENBECQ. 



341 




En 1709, après l'incendie qui détruisit la plus grande partie 
du village, on fit graver un nouveau sceau dont la matrice, 
bien conservée, existe encore. II est loin d*étre aussi beau 
que le premier. L'artiste lui a donné la forme circulaire et a 
également arrondi la pointe de Técusson. La légende porte : 



SIC. SCABINOR. DE LEMBECQ RENOVEL. 1709. 



342 



LE VILLAGE 




Les armoiries de la commune furent approuvées par le 
Conseil supérieur de noblesse le 8 décembre 1819 et main- 
tenues par arrêté royal du 13 mars 1837. Seulement, dans ce 
dernier acte, le Gouvernement a, pour des raisons que nous 
ne saurions deviner, changé Tordre des deux parties de.s ar- 
moiries et contourné le lion. 

Château. — Le château fut construit sur remplacement du 
vieux burcht * détruit par les Français à la fin du XVI* siècle. 
Ce fut Guillaume Richardot qui en fit jeter les fondations en 
1618; les travaux furent achevés en 1624. c( Richardot », dit 
un chroniqueur local du XVI1I« siècle, « démolit ^e pont de 
la Halheyde et en fit un neuf, pour avoir un enclos de grande 
étendue, enfermé de la Senne, où il y avoit de beaux parterres, 
des vignes, des vergers, des berceaux, des étangs. La basse- 
cour, qui étoit à deux ailes, prenoit vis-à-vis le cloître des 
dames religieuses et, côtoyant la rue jusqu'à la porte du châ- 
teau, elle continuoit au levant jusqu'à la Senne où sont les 
moulins du prince ^ L'on voyait dans cette basse-cour les 

1. Forteresse. 

2. Aujourd'hui la papeterie de M. NeriDCx. 



DE LENBECQ 343 

écuries, le logement des domestiques au-dessus d'une longue 
et belle galerie couverte et soutenue de colonnes de pierre 
bleue et ouverte du côté du levant. C'étoit un séjour royal, 
qui plut en effet au roi Guillaume III, roi d'Angleterre, qui 
y logea avec toute sa cour en 1692. » 

La basse-cour a disparu, mais il reste le château, qui, 
surtout depuis la restauration faite par M. Paul Claes, mérite 
en effet le titre de séjour royal. Il présente un rectangle inter- 
rompu par quatre tours aux angles. La gravure que nous 
donnons avec cet article fera mieux comprendre les détails de 
Tarchitecture que la description que nous en pourrions faire. 
Le château étant bâti sur le sommet d'une colline, le côté 
antérieur, qui est la façade principale, possède une terrasse 
de toute la largeur du bâtiment, à laquelle on monte par un 
escalier monumental. Un ravissant jardin d'hiver a été cons- 
truit depuis quelques années. C'est M. Blaton-Âubert qui en 
a fait les roches, les cascades et les grottes. 

M. Paul Claes, pour rappeler le souvenir des fortifications 
du burchtj a fait construire dans l'enclos de celui-ci et 
dans le parc, un donjon en miniature avec des pans de 
murs en ruine. 

Culte. — Église paroissiale. Nous ne donnerons la descrip- 
tion ni de l'église, ni du cénotaphe de S'. Véron, cette des- 
cription ayant été faite par M. Hachez, avec bien plus de 
talent que nous n'en avons, dans le tome IV de nos annales. 

Nous nous bornerons donc à communiquer les inscrip- 
tions des pierres sépulcrales : 



344 LE VILLAGE 

ICY GIST 

Noble Home Florain 

d'AuBNNE , ESGUTER ET 

S' DUDIT LIEU QUI 
TREPASSA LE TRENTIESME 

DE Mars 1636. 
Requiescat in page. 



D. 0. H. 

IGI GIT LE COEUR 

DE FEUE Madame 

LA COMTESSE DE BeNTHBM 

NÉE DE 

BOURNONVILLE 

DÉCÉDÉE A Paris 

LE 39 Mars 

1791 

LAQUELLE A DÉSIRÉ 

QUE SON COEUR 

FUT INHUMÉ 

A Lembecq 
R. I. P. 



D. 0. M. 

Ci gist 
Noble home Mathieu de Wargny 

Vivant seigneur de Nuit 

Pof Roqut, Mont et Bas-Bogarde 

qui en cette église paroissiale 

fonda le bénéfice 

Sous l'invocation de S^-Nicolas 

et est décédé 

le 2 mars de l'an 1541 

R. I. P. 



DE LENBECQ. 34S 

ici repose 

le corps de Mre 

Adrien Tramaseure 

Chapelain de ce 

lieu qui trépassa 

le 14 avril 1730. 

Priez Dieu pour 

Son àme. 



D. 0. M. 

icy gist le corps du 

Sieur Pierre De Mol 

révérend pasteur de 

cette ville pendant 

vingt-neuf ans lequel 

après avoir gouverné 

sa paroisse avec 

vigilance, rétabli et 

embelli entièrement 

cette église 

trépassa regretté 

de ses ouailles 

le 5 de février 1738. 

R. I. P. 



346 



LE VILLAGE 



Pierres sépulcrales maçonnées dans le côté extérieur des murs 
de l*église. 

D. 0. M. 

Sépulture de Monsieur Jean-Baptiste Claes 

décédé à Lembecq le 11 septembre 18i2 

en son vivant le père des pauvres 

Priez Dieu pour son âme 

R. I. P. 



François-Joseph 

Alexandre Claes 

né à Gand le 7 Mars 1819 

y décédé le 35 juillet 

1826. 



Henriette Claes 1817 
Henri Meeus, son époux, 18S3. 



Charles-Louis Claes 

décédé à Lembecq 

1820. 



François-Alex' Claes 

Sénateur 

né à Lembecq le 4 septembre 1791 

décédé à Gand le 4 juin 1845. 



HIC SITI SUNT 

ALEXANDER II DUX ET 

PRINCEPS DE BOURNONVILLE 

M.DC. 



DE LEHBEGQ. 347 



Ernestina ex principibus 

de Arenberg Alex, vxor 

HDCLXIII 



Alexander Carolus 

Francus filius utriusque 

MDCLX 

A. J. C de Bethune 

C*"« de Durfort, dame de Tordre 

de la croix étoilée 

décédée à Bruxelles 

le cinq juin 

MDCCXIV. 

Chapelle de Termeeren, ou de Saint-Pierre-ès-liens à Hont- 
sacht. — Elle était située, ainsi que le cimetière, au centre du 
hameau. Le chapelain était nommé par le seigneur de Lem- 
becq, et institué par Tarchidiacre du Brabant à Cambrai S 

La chapelle, qui existait déjà vers la fin du XVP siècle, pos- 
sédait plusieurs bénéfices et des revenus assez importants, 
tant en numéraire qu'en nature. La famille Claes a fait bâtir 
un oratoire sur son emplacement. 

HÔPITAL. — L'affluence de pauvres affligés qui venaient in- 
voquer S^ Yeron, était devenue si grande au XIII® siècle, qu*il 
était impossible de les loger tous à Lembecq. Afin de parera 
cet inconvénient, la noble dame Ifarie de Rethel, mariée en 
S*" noces à Wauthier I, seigneur d*Enghien et de Lembecq, 
fonda en 1266 un hospice qui devint plus tard un hôpital et 
dont les parties les plus modernes se voient encore près de 

i. (c Description des biens et revenus que fait maître Ouillaume Pit- 
teurSy bachelier formé dans la sainte tfiéologie à Louvain^ de ta chapelle 
de Termeeren à Honsochty soubs Limbec, laquelle chapelle est un bétiéfice 
dont ledit Guillaume Pitteurs a obtenu la collation de S, E. madame la 
princesse de Steenhuyse, née duchesse de Boumonville, et dont il a pris 
possession après avoir obtenu les institutions de l'archidiacre de Brabant 
à Cambray. » Arch.gén. du Royaume à Bruxelles. Conseil ptivé. iôTi- 
168S. 



348 LE VILLAGE 

rentrée du château. Ce refuge fut dédié à Dieu et à sa sainte 
Mère, et était desservi par des religieuses de l'ordre de S*-Au- 
gustin * du couvent d'Enghien. Les pèlerins indigents y rece- 
vaient rhospitalité pour deux nuits. 

L*hospice reçut en 1311 la donation de tous les biens qu'an 
certain chevalier Rupain possédait à Tubize, sous condition 
que tous les impotents de cette commune y soient hébergés 
gratuitement. 

Plus tard, une chapelle fut ajoutée à Thôpital; elle fut 
bénie le 16 mars 1820, par Adrien, de Tordre des Carmes, 
sufifragant de Tévéque de Cambrai'. 

L'usage d'accorder l'hospitalité à de pauvres pèlerins exista 
jusqu'en 1630. Il était prouvé que les étrangers abusaient des 
soins charitables des religieuses, et que même ils avaient in- 
troduit à l'hôpital une maladie contagieuse. C*est pourquoi 
l'archevêque de Cambrai délivra à jamais les sœurs de cette 
charge, et les intentions pieuses de la fondatrice furent 
changées en ce sens que les nonnes eurent à distribuer des 
aumônes. 

L'hôpital subit de grandes pertes par les ravages faits par 
les armées françaises, à la fin du XVII<^ siècle. En 1690, les 
sœurs se trouvaient tellement dans la misère que leurs créan- 
ciers menaçaient de saisir leurs biens. Elles s'adressèrent au 
roi Charles II pour qu'il Yeuv accordât sursis de paiement; 
elles obtinrent cette grâce par l'acte suivant : 

« Charles, par la grâce de Dieu, à nos chiers et féaux les chiefs et gens 
de nostre conseil ordinaire à Mons, salut et dilection, receu avons Thum- 
ble supplication el req^^ des religieuses de Thospital à Lembecq contenant 

1. On conserve aux archives de Lembecq un trèf vieux manuscrit sur 
parchemin, bien conservé et intitulé : « Ritus vestiende novitias Angien 
hospilalis. » On y trouve aussi un magnifique cariulaire in-i^ du XIV* 
siècle. 

2. Le procès-verbal repose aux arch. communales. 



DE LENBECQ. 349 

que, par les passages et repassages des gens de guerre, arrivez successi- 
vemeni pendanl la présenle guerre elles sont eslé réduites à la dernière 
mendicité el ont à grande paine de quoy pour subvenir à leur subsistance 
journalière; nonobstant quoy, elles se trouvent de tous cotez accablez par 
leurs créditeurs tant pour debtes réeles que personnelles, quoy qu'elles 
ont offert au regard des réeles un canon chaque année pendant là guerre 
et icelle venant à cesser, deux, jusques à rentière satisfaction ; et au re- 
gard des personnelles eK nommément un acte de tauxe obtenu par le cha- 
pitre de Nivelles, ou leur procureur Calabache, à la charge des remons- 
trantes, par-devant les eschievins de Tubise, portant trois cent vingt et 
quatre florins, et à compte duquel est satisfait la some de cincquante 
escus, il seroit qu'on prétend les exécuter pour le surplus, ce que mena- 
cent aussy de faire leurs autres créditeurs sans avoir esgard qu'il leur est 
impossible d'y fournir et come semblables exécutions dont elles sont 
menacées, causeroient leur totale ruine, pour y prévenir elles nous ont 
très humblement supplié de déclarer qu'elles passeront en payant un ca- 
non de leurs rentes tant que la guerre durera et au regard du surplus 
dudit acte de tauxe prétendu par ledit procureur Calabache et des autres 
leurs créditeurs qu'elles passeront en payant un tiers d'icy en deux ans, 
et ainsy continuant jusques à l'enthière satisfaction, leur faisant à cette 
fin depescher nos lettres d'attermiuation en forme. 

« Pour ce est-il que Nous, ce considéré, et sur ce eu votre advis, 
voulant pourvoir lesdittes suppliantes, selon l'exigence du cas, nous leur 
avons octroyé et accordé, octroyons et accordons de grâce espéciale par 
ces présentes, terme, respit et attermination au regard du procureur Cala- 
bache, à charge de payer un tiers de sa prétention au mois de septembre 
prochain, un autre tiers en Mars de Tan seize cent nonante-un et le sur- 
plus au Noël ensuivant, et vous mandons et à chascun de vous en droict 
soy et si come à luy appertiendra que de cette notre présente grâce, respit 
et attermination vous faciez souffrir et laissez lesdittes suppliantes, plai- 
nement et paisiblement jouyr et user, selon et en la forme et manière 
que dit est, cessants tous contredits et empeschements au contraire, car 
ainsy Nous plaist-il, nonobstant quelconques obligations ou renonciations 
sur ce faites ou passées par foy et serment, pourveu qu'elles en soient 
dispensées par leur Prélat ou autre ayant de ce pouvoir, ou autres lettres 
sub. ou obrepticement impélrées ou à impélrer à ce contraires. Donné en 
nostre ville de Bruxelles, le vingt-sixiesme d'avril l'an de grâce mil six 
cent et nonante, et de nostre règne le vingt-cinquiesme. 
CHâRLE ROY 
en son Conseil. A. Snettinck*. » 

i. Sur parchemin, aux archives de Lembecq. 



350 LE VILLAGE 

En 1709, cet état de choses n*ëtait pas encore amélioré, 
puisque les religieuses demandent à Farchevéque de Cambray 
l'autorisation pour pouvoir vendre des terres. Elles écrivent : 

« A Monseigneur l'archevêque et duc de Cambray, prince du Saint-Em- 
pire, comte de Cambrcsis, etc. 

« Remonstrenl avec très-grand respect et humilité la dame prieure et 
religieuses hospitalières de Limbec (sic) i^ que par ces campements et 
ruines continuelles des armées elles n'ont rien du tout dépouillés des 
biens de leur maison depuis trois années routiers; de sorte que, pour s'en- 
tretenir jusqu'à présent et resemer leurs terres, elles ont été obligées 
d'emprunter de l'argent et des grains des bonnes personnes qui à présent 
(à cause de la grande pauvreté et cherté extraordinaire n'ont plus la com- 
modité de continuer la même charité) mais redemandent môme les grains 
et argent qu'ils leur ont avancées. 

« 2« Qu'il est impossible aux religieuses de se retirer présentement 
chez leurs parents pour soulager leur maison d'autant qu'elles sont pres- 
que toutes orphelines natives des villages circonvoisins, dont les frères 
et sœures et autres parents sont ruinés par les armées, et ainsy n'ont la 
commodité de les entretenir. 

« Finalement que les créditeurs levant grosses rentes seigneurialles et 
autres sur les biens de la maison qu'on n'at pu payer à raison des pertes 
continuelles, menacent de les faire exécuter inccssament si on ne leur 
donne satisfaction (ce qui est présentement impossible), puisqu'oulrc 
la stérilité généralle causée par les grosses gelées, les marsages resemés 
depuis l'hiver sont encor ravagés par les armées qui campent cncor ac- 
tuellement au dit lieu; ainsy les suppliantes sont encor hors d'espoir de 
pouvoir dépouiller les moindres fruicts cette campaigne. 

(c A cette cause, elles prennent leurs recours vers votre Grandeur 
illustrissime et réverendissime ; 

« La suppliante très humblement d'estre serviée et de leurs accorder 
la permission de pouvoir vendre quelques pièces des terres éloignées de 
leurs maison et dont elles reçoivent petit profit pour subvenir aux 
nécessitez les plus pressantes de leur maison, et prieront Dieu pour la 
conservation de vie de sa Grandeur. 

Plut bas était : « Le contenu de cette requeste est véritable, ce 
qu'atteste. 

G. Renson, 
pasteur d'Enghien, Doyen de HaUe. » 



DE LENBECQ. 351 

L'archevêque autorisa les hospitalières à vendre des terres 
jusqu'à concurrence de 400 fl. 

La chapelle de l'hôpital fut, ainsi que tout le couvent, réduite 
deux fois en cendres : la l'^ fois le 23 janvier 1708; la 2% le 
7 septembre 1719. 

Les religieuses se virent donc forcées d'avoir recours à la 
charité publique pour rebâtir l'hospice. Le curé de Lembecq 
leur donna le certificat suivant : 

ce Le soubsig^né, curé de la paroisse et franchise de Limbecq, certifie 
et déclare à tous ceux qui ces présentes voiront et lire ouyront, que le 
23e de janvier 1705 pour la première fois, et le 7« de septembre 1719 pour 
la seconde fois, s'est excité et survenu un incendie horrible par lequel 
le cloître des religieuses hospitalières situé en celle franchise, église et au- 
tres bâtiments sont entièrement ruinés, ayant non-seulement perdu leurs 
meubles, grains, fourrages et toutes provisions pour leur subsistance et 
nouriture, mais en outre par surcroy de malheur à cause du feu et incen- 
die de Tubize, voisine de cette franchise, arrivé le 2» d*août 1719, aussi 
perdu le peu de bien qu'elles y avoient, d*où elles prévoy oient tirer le 
pain, dont elles sont présentement entièrement privées, parlant se trou- 
vent réduites à la dernière pauvreté et dans un état déplorable, dont 
elle ne peuvent espérer le redressement, sans un ayde particulier du 
Tout-Puissant et des bonnes personnes. En foy de quoy j'ay signé ces 
présentes, le 12« octobre 1719. 

a Estoit signé : P. De Mol, 
pasteur de Limbecq. 

« Collala concordat gui originali, quod attester ^ » 

Les autorités religieuses firent afficher des avis dans toutes 
les églises du pays et des quêtes furent faites pour la restau- 
ration de l'hospice. 

Journellement on disait la messe dans la chapelle de l'hô- 
pital. Nous trouvons dans le « Livre des mémoires, » qu'en 
175S, M. Cleerbout, pasteur, disait 6 messes par semaine, 
pour lequel service il recevait 200 fl. par an. Plus tard, nous 
voyons que les PP. récollets de Hal y officièrent du 21 avril 

1. Arch. de Lembecq. 



352 LE VILLAGE 

1783 ju8qu*en octobre 1790 et qu'on leur payait 50 il. par 
trimestre. 

Déjà depuis les premiers temps de sa création, Thospice 
avait reçu((lecantuaire d*une messe par sepmaine fondée par 
Jean Vranckart, le jour du sabmendi à basse-voix, à rhon- 
neur de^Dieu^et la nativité Notre-Dame, dont il a laissé la 
collation au seigneur de Lembecq. » 

Ce bénéfice rapportait annuellement 26 fl. 

Liste chronologique des prieures de l'hôpital. 
1385, Elisabeth de Haulterops. 
1398, Marguerite d*Enghien. 
1490, Remenyse van den Traynote. 
1497, Hermine Tranoit. 
1507, Claire Imbrecbts. 
1551, Adrienne van Grimberghen. 
1583, Jacqueline van Halewyn. 
1603, Anne Lefebure. 
1649, Cath. Meulpas. 
1653, Thérèse Dupont. 
1680, H. Meremans. 
1704, Barbe de Noyon. 
1717, Marguerite Loyal. 
1750, Marie de Walsche. 
1761, Jeanne-Marie Clément. 
1764, Marie Clément. 
1774, H. Tramasur. 
1791, Jeanne-Cath. Tramasure. 

Vestiges des anciennes fortifications. — Des fortifications 
bâties en 1181 par le comte Baudouin Y, il restait quelques 
ruines au commencement de ce siècle. Des tours de défense 
du Burcht, Tune avait des murs d'une épaisseur de 9 pieds, 
l'autre de 7 pieds. Une troisième s'élevait dans la Torenweidej 



DE LBMBBCQ. 3B3 

prairie de la tour, près de la porte de l'Esplanade. Celle-ci 
se trouvait au centre actuel du village à l'endroit où est bâtie 
la distillerie de M. P. Claes. 

Dans cette dernière tour se voyait l'entrée d'un passage 
souterrain qui semblait se diriger vers la tour de l'Enclos, 
dont nous parlerons ci-dessous. Cependant dans cette der- 
nière on ne découvrait aucune issue. On a essayé en vain d'y 
pénétrer: la rareté de l'air éteignait les lumières qu'on y in- 
troduisait. Le passage voûté pouvait servir de refuge ou de 
moyen de communication entre les deux forts. 

La tour de Y Enclos était ronde et ses murs, percés de meur- 
trières, avaient 3 m. d'épaisseur. Sur son emplacement fut 
bâti un moulin à laver le coton. 

D*autres tours s'élevaient encore à Pergate, à Hondsocht^ etc. 
Ces dernières étaient évidemment des ruines des castels des 
seigneurs de Pergate, Hondsocht, etc., et non pas des restes 
de l'ancienne enceinte de la ville comme le prétendent les 
chroniqueurs de Lembecq, qui avaient l'imagination si fé- 
conde qu'ils plaçaient les halles de Lembecq à Halle, et la 
place du marché au Vlasmerkt^ à plus de deux kilom. du 
centre. 

Enseignement. — Nous n'avons rien su découvrir sur ce 
point intéressant de l'histoire de Lembecq. Nous savons seu- 
lement qu'en 1809, M. Boulenger, adjoint-maire, commissaire 
de police et sacristain, exerçait en même temps les fonctions 
d'instituteur primaire. La commune ne lui payait ni traite- 
ment, ni émoluments. De chaque élève il recevait 39 centimes 
par mois, ce qui lui rapportait la somme peu rémunératrice 
d'environ 100 fr. par an. Les cours se donnaient pendant 3 
à 4 mois d'hiver à un nombre de 70 à 80 élèves, et le pro- 
gramme, qui n'était pas surchargé comme celui d'aujour- 



354 LE VILUGE 

d'hui, ne comprenait que renseignement du catéchisme, de 
la lecture et de l'écriture. 

A peine la loi de 1843 fut-elle votée que le premier institu- 
teur communal fut nommé. En 1847, on lui adjoignit uo 
sous-instituteur. 

Ce fut en 1868 que le superbe local d'école fut bâti sur la 
chaussée de Lembecq à Hondsocht. Il coûta 37,000 francs. — 
L*école est divisée en 4 salles dont S pour les garçons et 3 
pour les filles. — La même année, eut lieu la séparation des 
sexes et deux institutrices furent nommées. 

Le nombre des élèves fréquentant les deux écoles est de 
424: ce qui fait un sixième de la population. 

Pour démontrer combien le bourgmestre, M. P. Claes, et son 
conseil sont amis éclairés de renseignement populaire, nous 
n*avons besoin que de dire qu'en 1854 le budget de Tinstruc- 
tion montait à 1,048 fr. soit fr. 40, par habitant, tandis 
qu*enl875 il s'élevait à 8,183 fr.75, ou 3 fr. 14, par habitant. 

Superficie, population, etc. — En 1733, Lembecq avait une 
superficie de 847 arpents, 100 verges de terres labourables ; 
104 arpents de bois, 12 arpents de prairies et 5 arpents de 
pré dans l'enclos du château. Il y avait alors 146 maisons et 
un moulin à eau. Le nombre d'habitants s'élevait à 1000, 
parmi lesquels il y avait 600 bourgeois. 

En 1810, Lembecq comptait 1400 âmes et son territoire 
avait 900 hectares de superficie, divisés comme suit : 100 
hectares de bois ; 120 hect. de prairies ; 100 hect. semés de 
trèfle, 60 de colza, 400 de froment et de seigle, 100 d'avoine 
et 20 en jachère. 

Il y avait en tout 120 chevaux. 

Le produit moyen de la récolte en froment et en seigle était 
de 6400 hectolitres : mais ce rapport était insuffisant pour la 



OB LBMBEGQ. 366 

consommation, car on en employait 2800 hectolitres pour 
ralimentation, 700 pour les semailles, 8460 pour les distil- 
leries, donc en tout 8968 hectolitres. 

Aujourd'hui, la commune compte environ 2600 habitants. 

Industrie. — L'agriculture et l'industrie sont les deux 
moyens d'existence des habitants de Lembecq. C'est surtout 
la betterave à sucre qui y est cultivée sur une grande échelle. 
Déjà au temps delà domination française, en 1811, le gou- 
vernement répandit des circulaires et des instructions pour 
Vintroduction de cette culture dans nos environs. M. Claes 
convoqua les maires de son canton et sut les engager à 
seconder les vues de l'administration supérieure. Dans ce 
but on choisit dans chaque commune les meilleurs terrains, 
et une somme de 150 francs fut accordée aux laboureurs qui 
récoltaient les plus belles racines. 

M. Claes peut donc être à juste titre regardé comme l'intro- 
ducteur de la cullurc Jos betteraves dans notre canton, cul- 
ture qui procure aujourd'hui de si grands avantages à nos 
laboureurs et à nos industriels. Les semences de betterave, 
que le gouvernement mettait à la disposition de M. Claes, 
étaient calculées sur le pied de 5 livres par bonnier de terre. 

A côté de l'agriculture, l'industrie occupe une place bien 
honorable à Lembecq. En 1723, on y trouvait 15 alambics 
pour là distillation d'eau-de-vie. Ce spiritueux coûtait ici 
deux sous (18 cent.) de moins qu'en Brabant. Dans la susdite 
année, on produisit 1000 emmes d'eau-de-vie. Les distilleries 
atteignirent le point culminant de prospérité sous le règne 
de Joseph IL A cette époque, il y avait à Lembecq une tren- 
taine de ces usines qui concouraient entre elles pour livrer 
les meilleurs produits. Cette branche d'industrie perdit beau- 
coup de son importance sous la domination française. Au- 
jourd'hui il n'existe plus que trois distilleries ; mais la fabri- 



356 LE VILLAGE DE LEMBEGQ. 

cation du genièvre continue à rester une spécialité pour 
Lembecq, et les produits de la distillerie de M. Claes, appelés 
Schiedam belge ^ sont toujours préférés à ceux des autres 
parties du pays. 

Les bâtiments de la fabrique avec les terrains en dépen- 
dants occupent une superficie de plus de 2 hectares. Douze 
appareils livrent journellement environ 50,000 litres d'alcool, 
et la force totale des machines qui mettent tout en mouve- 
ment est de 375 chevaux. M. Claes paie annuellement envi- 
ron 3,000,000 fr. pour droits d'accise et 250 à 300,000 fr. de 
frais de transport. 

Annuellement on consomme de 47 à 50 millions kilogr. 
de matières premières, et la fabrique produit environ 
8,000,000 litres de genièvre, d'alcool et de flegme. Plus de 
700 bêtes à cornes sont engraissées avec les résidus. (') 

LÉOPOLD EVERAERT. 



(1) GeUe notice a été extraite et traduite de ^ouv^age : Gesekiedenis 
der onde vrijheid Lembeek , publié par MM. Léop. Everaert et 
J. BoucHERU; iQ-80 avec planches. 



NOTICE 

HISTORIQUE, BIOGRAPHIQUE I ET GÉNÉALOGIQUE 
SUR LA 

FAMILLE FRANCQUE. 



La famille Francqué est originaire du Hainaut; elle habitait, 
vers 1400, la ville de Braine-le-Comte, comme il conste des 
documents divers reposant au ferme de cette localité. 

Ses ascendants étaient déjà, le 31 janvier 1515, reconnus 
porter à juste titre Técusson des armes d*aujourd'hui, et jouis- 
saient des prérogatives, droits et privilèges, attachés et oc- 
troyés à leur extraction noble. 

Leurs armes étaient: de gueules au /ion fit'or, arméetlampassé 
(Tazur^ à la bande de vair brochante sur le tout, — Supports : 
deux lions d'or armés et lampassés d'azur, — Cimier : le lion 
de Vécu naissant. — Heaume : couronné. 

Cette maison s'est distinguée dans les armes et la magis- 
trature; elle a fourni au pays des gouverneurs, des fi^énéraux, 
des magistrats et des administrateurs, dont nos annales 
conservent religieusement le souvenir. 

L — En tête de sa généalogie figure Jean Francqué, natif 
de Mons, qui épousa en cette ville, Waudru Ghilet ou Ghillet, 
dont il était veuf en 1626. Il se livra aux opérations commer- 
ciales, et perdit ainsi sa qualité de noble, aux termes deTar- 



3B8 LA FAMILLE 

ticle VI de Féditd* Albert etd*lsabelle, en date du 14 décembre 
1616. * 

II. — Jean Francqué eut un fils, nommé Antoine*. Celui-ci 
vint se fixer à Ath, où il obtint le droit de bourgeoisie avec 
ses privilèges, franchises et immunités. Son aptitude, son 
activité et son savoir le mirent bientôt en évidence, et, en 
1635, il se vit investi des premières fonctions municipales : 
d'abord échevin, puis membre du conseil de ville, il déploya 

1. Le commerce était au nombre des professions dérogeantes. Les 
termes de cet article sont absolus. 

Les voici : 

« Art. Yl. Ceux qui ont souillé leur noblesse par quelque exercice mé- 
« chanique, mestier ou autrement, par quelque profession déroguante 
a à leur première qualité, ne pourront plus jouyr d'icclle, ny d'aucuns 
« honneurs, prérogatives et immunitez de noblesse, si préalablement ils 
(( ne délaissent et abandonnent par effect la dicte profession méchanique 
a et vériffienl duemenl d'estre légitimement descendus en ligne directe 
a masculine des maisons et familles, dont ils se disent issuz. Et qu'en- 
a suyte de ce debvoir, ils n'obtiennent de Nous, pour effacer du tout la 
(c dicte souillure, noz lettres de réhabilitation et de restitution de leur 
« ancienne noblesse, et les faire enregistrer aux registres de noz offi- 
ce ciers d'armes, en la forme ci-après déclarée, à peine de cent florins 
a d*amende en la quelle cscherront tous ceulx qui auroient fait le con- 
« traire, sauf es provinces et lieux où, par coutume expresse, décrétée ou 
tt observée publicqucment, par le temps à ce suffisant, telle réhabilitation 
ce ou restitution n'est requise. » 

2. Outre ce fils, Jean Francqué eut quatre autres enfants, savoir : 

l» Jean, né le 2 mai i589, allié, le U janvier 1626, à Marie de Mesvin, 
dont postérité inconnue ; 

2° André, né en i597, religieux à l'abbaye d'Aine, mort le 15 sep- 
tembre 1646; 

30 Marguerite, alliée, le 3 octobre 1633, à Simon de Suzaine ou Juzaine ; 

40 Philippe, né le 21 juillet 1591, allié à Françoise Huet, dont de nom- 
breux descendants, parmi lesquels on compte un conseiller à la cour 
souveraine du Hainaul, un échevin de Mons, un aide-major de S. M. 1., 
chevalier de Marie-Thérèse, un premier magistrat de la ville de Mons, 
«nfinpun aumônier de S. A. R. Charlotte de Lorraine. 



FRANGQUÉ. 3S9 

dans sa charge, toutes les qualités d'un administrateur intè- 
gre et éclairé. Antoine Francqué mourut vers 1640; il avait 
épousé Catherine de la Barre, née à Ath, le 3 mai 1587, 
fille de Jean de la Barre et de Marie Rebbe. 

De cette union sont nés six enfants : Antoine, Philippe, 
Jean, Albert, François et Jeanne-Étisabeth. 

1** Antoine, seigneur de Morbeck, fut échevin de la ville 
d'Ath, en 1640, 1642, 1643 et 1647. De 1648 à 1650, il fut 
premier échevin, c'est-à-dire bourgmestre. Pendant les dix 
années que dura sa présence à Thôtel-de-ville, il se signala 
par une sage énergie, par un dévouement sans bornes aux 
intérêts publics. 

A l'époque de son entrée aux affaires, la Dendre n'était pas 
navigable d'Ath à Lessines ; elle n'offrait guère de communi- 
cation plus praticable depuis cette dernière ville jusqu'à 
Termonde. 

Antoine Francqué contribua puissamment, et par son vote 
et par ses démarches, à la réalisation d'un projet de naviga- 
tion de cette rivière, proposé par la société dite des Zéleux, 
composée en grande partie de riches commerçants anversois. 
Par octroi du 30 juillet 1641, Philippe IV, roi d'Espagne, 
accorda à Jean-Pierre Hannecart, bourgeois d'Ath, l'autori- 
sation de rendre navigable la rivière de Tenre, depuis cette ville 
jusqu'à Tenremonde, moyennant une redevance annuelle qu'il 
pouvait prélever sur les péages et droits à imposer sur les bateaux 
et marchandises qui passeraient par cette nouvelle voie. 

Durantles temps d'effervescence politiquequi précédèrent et 
suivirent la paix de Munster, Ath, comme toutes les autres 
villes de la province, était devenue la proie d'une soldatesque 
indisciplinée, qui ajoutait aux maux de la guerre, le pillage, 
la violence et les excès de tous genres. Dans Tintervalle qui 
séparait un siège d'un siège, une bataille d'une bataille, les 
troupes en garnison se délassaient du sac des villes, des fati- 



360 LA FAMILLE 

gues des combats, par la rapine et la mutinerie, dont en 
définitive les habitants étaient toujours les malheureuses 
victimes. Le soldat était devenu d*une exigence révoltante : 
au moindre refus, il menaçait de mettre le feu aux quatre 
coins de la place d*Ath '. Antoine Francqué se distingua 
dans ces tristes circonstances, par une grande force d'âme, 
par une rare habileté. Il fut souvent chargé par ses collègues 
des missions les plus délicates et les plus épineuses ; il fut 
plusieurs fois député par eux près des États de la province; 
plusieurs fois, il fut délégué vers le comte de Bucquoy, 
grand-bailli de Hainaut, vers les gouverneurs des Pays-Bas, 
le marquis de Bedmar, le marquis d'Aytona, le Cardinal- 
Infant, Don Francisco de Melo, Emmanuel de Castel Rodrigo, 
etc., etc., à l'effet de présenter les doléances de la ville 
d'Ath et de réclamer Taffranchissement des contributions 
onéreuses qui l'écrasaient. 

Par son influence et par son crédit, il réussit, en maintes 
occasions, à obtenir justice, au grand contentement de ses 
administrés. 

Sa Bourghaitrisb ne fut point la tâche la moins rude qu'il 
accomplit dans sa carrière administrative. En 1648, 1649 et 
1680, Ath était surchargée de garnison ; elle était inondée de 
troupes allemandes, italiennes et espagnoles, entassées dans 
son enceinte. Il fallait les nourrir, les loger. Les officiers 
étaient hébergés dans les maisons bourgeoises dont la moitié 
était alors déserte ; les soldats toujours mécontents étaient 
abrités dans les tours ou devaient bivaquer sur les places 
publiques. Depuis longtemps, l'administration abattue, décou- 
ragée ne pouvait plus subvenir aux dépenses des logements 
militaires ; la caisse communale pétait vide , les ressources 
épuisées. 

1. Voir TAnnexe r. 



FRANGQUÉ. 361 

Antoine Francqué, poussant le dévouement jusqu'à Tabné- 
gation, s'engagea, moyennant remboursement dans des temps 
meilleurs, à fournir, pendant quinze jours, à deux régiments 
allemands et à cinq compagnies italiennes, le pain, le beurre, 
le fromage et la bière nécessaires à leur consommation. 

Il fit plus, dans la séance du Conseil de Ville, du 9 mars 
16S0, il offrit au Magistrat, toujours en pénurie d'argent, de 
reprendre, par voie de cession, l'action que la ville d'Ath 
avait et pouvait avoir, à la charge de sa Majesté, pour le 
pain livré et distribué à la garnison, aux mois d'août et 
septembre 1649, et ce, à condition de payer et fournir incon- 
tinent 1,000 patagons, à employer au service de la ville. 

Cette offre généreuse et désintéressée fut accueillie avec 
reconnaissance, et Antoine Francqué resta sans doute long- 
temps créancier du roi d'Espagne. 

Malgré les services incessants qu'il avait rendus à sa ville 
natale, Antoine Francqué ne fut point à l'abri de l'envie et de 
la critique des esprits malintentionnés : la première année 
de sa bourgmaîtrise, il fut attrait en justice par un nommé 
Michel Lemaire qui l'avait injurié, et auquel il avait infligé 
une légère correction. 

Voici ce qu'on lit à ce sujet, dans le procès-verbal du 
Conseil de Ville, du 3S mars 1649 : 

Représenté que le S<^ eschevin Francqué se trouve atraict^n justice 
par un nomé Michiel Lemaire, de ce qu'il auroit donné quelq colp à la 
chaude, et comë il s'y est trouvé obligé sur ce que le dict Lemaire Tau- 
roit taxé d'avoir faict venir la garnison en la ville, ou Ta procuré, 
à quoy n'ayant jamais pensé, mais au contraire rendu touUes sortes de 
services et de debvoirs notoirement cogneus à Messieurs du magistral 
et conseil, demandé que la ville voldroit emprendre son faict à la con- 
servation de son honneur. 

Advisé de faire tenir bonne et ample informaon sur l'injure proférée 
par le dict Lemaire en préjudice de la réputation dud. S^ Francqué ; et 
s'il en apert, la ville se joindre en cause avec luy à le poursuivre en répa- 
ration convenable. 



362 LA FAMILLE 

Présents-: Zuallart, mayeur, (i*Y8embart, Delecourt, Hocq et Duquesne, 
eschevins; Desprets, Tournay, J.-L. Hocq, La Motte, Léon Mahieu, 
N. Schilders, A. Huet, P. Deglarges, L. Aulent, G. Couvreur et A. Aulent, 
membres du Conseil. 

Moi présent Greffier, 
De la Motte. 

Tels furent les principaux actes administratifs de cet 
homme de bien, qui se retira des affaires, entouré de Testime 
et de la considération publiques^ 

Bientôt il fut appelé à d*autres fonctions plus importantes : 
il fut nommé dépositaire général, tenant les comptes des exploits 
du Grand-Bailliage du Hainaut*, Cette charge, il Texerça 
probablement jusqu'à sa mort. 

Antoine Francqué s*unit à Catherine Cocquéau dont il eut : 
À. François-Ignace, licencié es lois, mort en célibat; B. Fer- 
dinand, seigneur du Hazoit, mestrede camp d'infanterie, au 
service d'Espagne, gouverneur des place et château d'Albu- 
querque, en Estramadure, décédé sans alliance, à Charieroi, 
en 1729 ; C. Marie-Anne, qui s'allia en premières noces à 
N. Scoriot, grand-bailli de Fleurus, et, en secondes noces, à 
N. Delver, major de la ville d'Ath. 

2« Philippe, né à Ath, le 7 janvier 1619, fût lieutenant- 
colonel d'un régiment haut - Allemand ; il mourut sans 
alliance. 

3° Jean, né à Ath, le 20 mars 1622, fut mestre de camp 
d'un terce ^ d'infanterie wallonne; il mourut en Espagne, 
célibataire. 

i. Ces renseignements cl ceux qui précèdent sont inédits : ils ont été 
puisés aux archives de la ville d'Alh, notamment dans le registre aux 
délibérations du conseil de ville, de 1640 à 1650. 

2. C'est dans les mains du dépositaire général que se faisaient tous les 
nantissements. (Voir: Charles nouvelles du Pays et Comté de HainauL 
Chapitre 66, article /.) Il était en outre chargé de renregislremenl des 
admissions dans l'ordre de la noblesse. 

3. Terce, mot francisé de l'espagnol tercio, qui signifie r^iment, corps 
de troupes, etc. 



FRANCQUÉ. 363 

4» Albert (voir plus loin, $ III). 

5« François, né à Ath, le 27 août 1629, servit sous Phi- 
lippe IV et Charles II, rois d*Espagne.Très jeune, il montra du 
goût pour la carrière des armes, dont il parcourut avec 
honneur toute la hiérarchie. Chose rare, à 40 ans, il était 
général en chef de la cavalerie en Sicile et en Catalogne, 
gouverneur et capitaine général de la province deCuaputana. 

Ayant reçu de Charles II démission honorable de ses fonc- 
tions, il se retira au monastère de Huerta, où il vécut en 
homme privé; mais la cour eut bientôt besoin de ses lumières 
et de son expérience, et il y fut rappelé par ordre de son 
souverain. Il séjourna trois mois entiers à Madrid, puis re- 
gagna sa retraite de Huerta, où il mourut, le 24 septembre 
1691, à Tâge de 62 ans. Il s'était allié à une demoiselle de la 
maison de Zuniga, Tune des plus riches et des plus illustres 
de FEspagne. 

6^ Jeanne-Elisabeth, née à Ath, le 9 octobre 1632, fut mariée, 
en premières noces, à Jean Cocqueau dont est né un fils, 
Albert Cocqueau, mort en célibat le 6 décembre 1727, 
et,en deuxièmes noces, à N. Bertin , capitaine au service 
d'Espagne. 

III. Albert Francqué ndiqmt k Aih, le 3 juillet 1624. Par 
lettres patentes de S. A. I. l'archiduc Léopold d'Autriche, en 
date du 14 février 1650, il fut nommé capitaine hors régiment. 
Le 19 mars 1668, il obtint du gouvernement espagnol, ainsi 
que ses frères Antoine et François, réhabilitation et restitu- 
tion de noblesso, noblesse à laquelle, comme il a été dit plus 
haut, son aïeul avait dérogé par le trafic ou le commerce. 
Autorisé à porter les anciennes armoiries de la famille, il eut 
en outre le droit d'y ajouter deux lions d'or pour supports, et 
de remplacer le bourrelet par une couronne d'or : le tout 
sans finance \ Albert Franequé eut pour épouse, Marie- 

1. Voir TAnnexe II. 



364 LA FAMILLE 

Anne Cocqueau, qui lui donna deux fils : Laurent dont il 
sera parlé ci-après (§ IV), et Ferdinand, mort sans alliance. 

IV. Laurent Francqué, seigneur du Hazoit, en Everbecq, 
né à Ath et baptisé à l'église SWulien, le 11 mai 1667, mou- 
rut à Chièvres, le 16 février 1760. Il avait épousé, en cette 
dernière ville, le 3 août 1693, Marie-Ignace Dumont. De ce 
mariage sont issus six enfants, savoir : 

1^ Marie- Antoinette, qui décéda en célibat. 

2<» Albert- Joseph, seigneur du Hazoit, licencié en droit et 
avocat à la cour de Mons, mort, le 6 août 1764 H s'allia, par 
contrat du 30 octobre 1730, à Marie- Josèphe Delecourt, 
fille de Jean-François, intendant de la maison d'Egmond, 
dont il eut une enfant : Amélie-Josèphe, femme de Pierre- 
Joseph de Cocqueau, Sg' de Westbrouck et des Mottes. 

3* Marie-Thérèse-Ferdinande, non mariée,. 

i^ Jeanne-Louise, qui épousa Philippe Delecroix, licencié 
es droit, avocat à la cour souveraine de Mons, et échevin de 
la même ville. 

6* Jean-Baptiste. (Voir plus bas, § V.) 

6'' Marie-Albertine, qui s'unit à Jacques-Philippe-Rupert 
Pienne, conseiller-pensionnaire et premier grefBer de la ville 
de Mons. 

V. Jean-Baptiste Francqué naquit à Ath, où il fut baptisé 
à l'église Saint-Martin, le 34 février 1703. 

Il épousa Marie-Anne-Josèphe de Baralle, de laquelle 
sont nés : 
1» Pierre, mort en célibat ; 
f" Jeanne-Louise, alliée à Henri-Paul Oreins ; 
3» Louis-Joseph, qui suit. 

VI. — Louis-Joseph Francqué, écuyer, avocat à la cour de 
Mons, naquit à Chièvres, où il fut baptisé le 13 octobre 1739; il 
mourut à Bouvignies, le 13 janvier 1819. Il avait épousé, en 
premières noces, par contrat du 30 novembre 1767, Anne- 



FRANCQUÉ. 36S 

Thérèse-Amélie Dumont, fille de François Dumont, conseiller 
au Conseil de Hainaut, et de Harie-Thérèse-Joachime Carlier; 
en secondes noces, Marie-Françoise Fagot ; et, en troisièmes 
noces, à Ath, le 30 brumaire an VIII, Marie-Julienne Lemaire, 
fille de Jacques - Philippe Lemaire et de Marie - Josèphe 
Gauchie. 

Il n'eut point d'enfant du premier lit; du deuxième, il eut : 

1^ Antoine, qui mourut en célibat ; et, du troisième : 

i? ClotiIde-Marie-Jo8èphe, née à Ath, le 19 nivôse an IX, 
alliée à César-Casimir Dugnolle, dont génération : Adolphe 
et Désirée ; 

3<^ Louis-Léopold" Joseph, né à Ath, le 29 pluviôse an X, 
bourgmestre de la commune de Bouvignies, pendant plus de 
quarante ans, allié à Heltrude Deneubourg» dont un fils, 
Mucius Francqué, actuellement bourgmestre de la même 
commune ; 

4® Alexandre-Joseph (voir § VII) ; 

S"" Napoléon-Joseph, né à Ath, le 30 janvier 1806, décédé 
capitaine de la 4^ compagnie du bataillon de la garde civique 
d'Ath, allié à Catherine-Hortense Cévenols, dont génération : 
Ferdinand et Antoinette, décédés en célibat ; Lydie, alliée à 
Henri Van Cutsem, capitaine au régiment des grenadiers. 

VII. — Alexandre-Joseph Francqué^ écuyer, docteur en 
médecine, chirurgie et accouchements, naquit à Ath, le 9 
vendémiaire an XIII. 

En septembre 1830, lorsque le tocsin révolutionnaire tin- 
tait dans le cœur de tous les citoyens vraiment dignes du 
nom belge, Alexandre Francqué arbora franchement le 
drapeau de l'indépendance nationale. 

Le 27 septembre de la même année, après la reddition delà 
forteresse d'Ath, l'un des plus beaux fleurons de la couronne 
civique de ses habitants, il suivit, accompagné de MM. Lepage, 
deMoerkerke, Dessy, Lecocq, Lefebvre, Piérart, Dupret, etc., 



366 LA FAMILLE 

etc., les trois cents volontaires athois, qui volaient au secours 
de la capitale menacée. Ceux-ci amenaient avec eux, une 
batterie de six pièces de campagne, un obusier et six caissons 
de poudre et de cartouches. 

Arrivé à Bruxelles, Alexandre Francqué trouva l'occasion 
de prouver son patriotisme et son dévouement ; sa place 
était marquée au chevet des blessés et des mourants ; il ne 
faillit pas à son devoir. 

Pour récompense, le gouvernement provisoire le préposa 
d'abord au service de santé de l'infirmerie militaire de sa 
ville natale, le 6 octobre 1830 ; puis, il le nomma, le 10 jan- 
vier 1831, médecin de bataillon au 4^ régiment de ligne, où 
il remplit ad intehrUy les fonctions de médecin de régiment. 
Au mois d'octobre de la même année, il obtint, sur sa de- 
mande, démission honorable de sa charge, et rentra dans ses 
foyers, au sein de sa jeune famille. 

En 1848, il fut élu médecin de bataillon de la garde 
civique d'Ath ; en 18S7, il fut appelé par l'administra- 
tion locale aux fonctions de médecin des hospices civils de la 
même ville, fonctions qu'il exerce encore aujourd'hui. 

Eh 1869, le roi lui conféra la croix civique de 1"^ classe, 
en récompense de ses bons et loyaux services. 

Alexandre-Joseph Francqué a obtenu reconnaissance de 
noblesse, par arrêté royal du 7 novembre 1857. Allié à 
Eugénie Marissal, par contrat du 10 janvier 1837, il a eu de 
cette union cinq enfants, dont deux filles, Mathilde et Irma, 
enlevées à l'âge de vingt ans à l'afi^ection de leur famille, et 
trois fils : Léon, ancien élève de l'école militaire de Belgique, 
actuellement capitaine au 3' régiment de chasseurs à pied ; 
Emile, ancien élève de la même école, décédé capitaine au 
1^' régiment de ligne ; Aquila, oflScier au corps du génie dans 
l'armée mexicaine, mort au champ d'honneur, le 13 décem» 
bre 1866, à l'âge de 22 ans. 



FRANGQUÉ. 367 

Les titres du père étant transmissibles à sa descendance, 
Léon Francqué, le seul enfant survivant, jouit de la no- 
blesse. 

Emmanuel FOURDIN. 



S8 



368 U FAMILLE 

Annexe I. 

Information sur aulcunes menasses faictes par le S' marquis 
de Bentivoglio, de faire mettre le feu aux quatre coings de la 
ville d'Ath, et autres termes, à V ordonnance de Monsieur de 
Warelles, gouverneur dud, Ath, par François de Blois^ son 
greffier^ ainsy que s'enssuilt : 

Du iiij« novembre 1649, audit Ath. 

Charles Zuallart, mayeur dudit Ath, après serment preste, a dit en 
acquit d'iceluy, que le j^ de ce mois, estant, avec les S» Louys du Mont, 
d'Ysembart, premier et deuxième eschevins, et leur greffier, allé Ireuver 
Monsieur le marquis de Bentivoglio, tant sur le fait de son logement 
propre, que de la distribution des billets, le priant vouloir suivre et 
faire observer le règlement de Son Altesse, il usa]de parolles fort advan< 
ageuses, entre autres qu'il entendoit d*estrc noury et ses soldats aussy, 
et avoir maison pour son logement, avec syx plaches h faire feu, escurie 
pour trente-sept chevaux, bois et fouraiges. 

Qu'aucuns bourgeois avoient dit qu'il avoit peu de gens pour eslre 
maistres, et rayant requis vouloir faire nomer ou monstrer ceuU-là ou 
Tun d'iceulx, qu'à l'instant l'on en feroit justice, il déclara qu'il mon- 
treroit bien ce qu'il estoit, qu'il en feroit coucher quantité sur la place, 
voir qu'il feroit mettre le feu aux quattre coings de la ville, et aussy 
autres plusieurs>ropos haultains; tout quoy le parlant a fort bien en- 
tendu et retenu, uy est tout ce qu'il sçait ; concluant à luy releu qu'il a 
signé. 

Gh. Zuàllart, 
1649. 

Charles d'Ysembart, second eschevin de ceste ville, déclare en acqait 
de son serment que le premier de ce mois, estant, avec les S" Charles 
Zuàllart, mayeur, et Louys du Mont, premier eschevin, allé treuver Mon- 
sieur le marquis de Bentivoglio, à Thostèlerye du Cigne^ tant pour son 
acomodement que de ses gens, il déclara que, pour sa personne, il luy 
falloit avoir maison pour sa suitte et escuirie pour xxx (30) chevaulx. 



FRANCQUÉ. 369 

autrement ne soriiroit (l*où il esioit, se faisant nourir avec serviteurs et 
chevaulx, et quant à ses soldats qu'ils seroient nouris. Âulcans de la 
bourgeoisie avoient dit qu'il avoit seuUement des gens pour les femmes, 
il le montreroit bien ; quand il lomberoit trois à quattre testes de parte 
cl d'autre, ce ne scroit encoire rien : vingt de mes soldats chasseront tous 
vos bourgeois ; je ferai mettre le feu aux quatlre coings de la ville, et 
nous verrons qui sera le maistre. Si dit que, le lendemain à Taprès-midi, 
s'estant le dit S' marquis, avec ses gens, mis en armes par esquadron sur 
le marché, contre la bourgeoisie, luy qui parle Ta entendu dire qu'il 
fcroil mettre le feu à la ville, et delà un de ses domesticqs dit quMl 
falloit colper la gorge aux bourgeois, et premièrement à vous. Monsieur 
le bourgmestre, parlant au S' Loys du Mont : fmant à lui releu, qu'il a 
signé. 

Charles dTsehbart. 

Le S' Louys du Mont, premier eschevin de ceste ville, après serment, 
dit que le premier de ce mois, estant allé, avec les deux tcsmoins précé- 
dens, le greffier et quelques personnes du Conseil, trouver Monsieur le 
marquis de Bentivoglio, à Thoslèlerye du Cigne, pour luy faire et donner 
son logement, qu'il entendoil avoir maison capable pour le logement de 
sa personne et gens avec tnpis^rrics et autres accomodemens, aussy 
cscuiries pour y mettre ireuie chevaulx, autrement qu'il ne sortiroit du 
dit logis du Cigne, où luy et ses gens estoient fort bien nouris, et ses 
chevaulx de mesme, avec bon foing et avoine ; quant à ses officiers cl 
soldats qu'ils auroient le mesme accord de l'an passé, ou qu'il leur 
comanderoit de se faire nourir par leurs patrons et faire bonne chière, 
déclarant que quelquns de la bourgeoisie avoit dit qu'il avoit peu de gens, 
ni mesme assez pour les femmes, ou mots semblables, et estant requis 
(le vouloir faire cognoistre ceulx-làpour en faire justice, il réplicqua qu'il 
monstreroit bien qui il estoit, et quand il y en aur(|)t cincq ou syx 
couchés par terre de parte et d'autre, ce seroit h cela afaire. Sy a esté 
parlé de feu, mais qu'il estoit ocupé parlant à un capitaine là présent, 
ne sçauroit respondre quant à ce point. 

Déclare aussy que le lendemain, ï}^ de ce mois, allant pour empêcher 
la bourgeoisie au temps que la soldatesque estoit avec ses armes, et 
avoient blessé le lieutenant de garde bourgeoise, un des gens du dit 
S>r marquis, usa de ces termes : il faut colper la gorge aux bourgeois et à 
vous tout le premier bourgmestre, parlant, à ce déposant ; concluant à 
lui releu qu'il a Hgné. 

Du Mont, 
1649. 



370 U FAMILLE 

Jaspard de la Motte, greffier eschevina], après serment, dit que le 
jour de la Toussaints, à suitte des tesmoiogs précédens et autres estans 
allez parler à Monsieur le marquis de Bentivotzlio, le priant de vouloir 
accepter un logis désigné pour son accomodement, et delà faire loger 
ses gens, il déclara s*il n*avoit maison ajustée de tapisseryes, meubles, 
aussy escuiries pour xxx ou xxxv chevaulx, il ne bougeroit d'où il estoit, 
où il se faisoit fort bien nourir avec sa suite et ses chevaulx ; qu'il enlen- 
doit aulcuns de la bourgeoisie avoir dit qu*il avoit petit nombre de soldats, 
voir seullement pour les femmes ou vallets de la ville, il le monstreroit 
bien, quand sur la place, en feroit coucher cincq ou six de parte et 
d'autre. Ayant aussy parlé de feu, mais n'a sceu entendre les propres 
termes, à raison que luy parlant estoit le plus esloigné ; et estant juste- 
ment requis vouloir faire recognoistre quels bourgeois auroient usé de 
CCS parolles, il a radoucy tellement son discours sur ce faict que le dit 
parlant a conçeu une croiance qu'il n'en esloit rien. Dit aussy qu'au len- 
demain, \j^ du courant, après que fut apaisé le trouble et prince des arnnes 
par les soldats premiers, et les bourgeois après, estant, par charge du 
magistrat, allé prié le dit S' marquis de les faire ramasser pour recepvoir 
les billets des mains des dits du magistrat, comme de coustume, il 
déclara son intention estre que les billets de chasque compaignie luy 
seroient délivrez et que luy les feroit distribuer à chasque capitaine dis- 
tinctement, autrement qu'il n'accepteroit logement, et qu'il voioit bien 
que l'on ne seroit point d'accord, s'il n'y avoit testes abattues. Dit de 
plus qu'ayant hier soir faict faire Testât de la dépence au logis, il y avoit 
jusques à deux cent cincquante-deux florins, et pour le présent croid 
qu'ils reviennent bien à trois cents florins. Concluant à luy releu, qu^il 

a signé. 

De la Motte. 



Annexe 11. 

Charles, par la grûce de Dieu, roy de Gastille, de Léon, d'Arragon, 
des Deux-Sicilles, de Hicrusalem, de Portugal, de Navarre, de Grenade, 
etc., etc , etc. ...... 

Et Marie-Anne, par la mesme grâce, Roync de Gastille, de Léon, d'Ar- 
ragon, des Deux-Sicilles, de Hierusalem, de Portugal, etc., etc. . . mère, 
tutrice et curatrice du dit Charles, n^» (ils, et commisse à la régence de 



FRANGQUÉ. 371 

ses Royaumes et États. — A tous présens et à venir qui ces présentes 
verront ou lire oiront, salut. 

De la part de n^ cher et féal Albert Francqué, jadis capitaine d*une 
compagnie d'infanterie hors de régiment, natif d*Ath, en n'« pays et 
Comté de Haynnault, nous a esté remonstré que ses ancêtres auroient 
lousiours esté bons catholicques et fidels vassaux de nos prédécesseurs, 
leurs princes naturels, tenuz et réputez pour nobles, ayans de tout temps 
porté armoiries timbrées, et fait alliances avec des bonnes maisons, à la 
quelle noblesse aiant dérogé son ayeul par le commerce, il nous a très 
humblement supplié qu'en considération de ses services rendus par 
l'espace de longues années en la guerre, et de ceux de ses frères, 
Antoine Francqué, seigneur de Morbeck, en son vivant aussy capitaine ; 
François Francqué, mr« de camp, Philippe Francqué, vivant lieutenant- 
coronel d'un régiment de hauts allemans, et Jean Francqué, m^* de camp 
d'un icrce d'infanterie valonne, décédé en nos royaumes d'Espaigne, il 
nous pleust de luy accorder nos lettres de réhabilitation de noblesse, 
effaçant tout ce en quoy son dit ayeul ou autres ses prédécesseurs y pour- 
roient avoir dérogué, et luy permettant la continuation des armoiries 
qu'il a porté jusques ores, qui seroient : de gueules au lion d'or, armé et 
lampassé d'azur, à la bande de vair, brochant sur le tout. — Timbré : 
un heaume de parade. Cimier au lion naissant d'or, et de plus ample 
grâce l'honnorer d'une couronne sur l'heaume desdites armoiries, et de 
deux lyons pour supports d'icelles, et sur ce luy faire dépescher nos 
lettres-patentes en tel cas requises. — Scavoir faisons que nous, ce que 
dessus considéré, inclinons favorablement à sa supplication et requcste, 
avons de n^ certaine science, authorité souveraine et plaine puissance, 
pour nous, nos hoirs et successeurs, remis et effacé, remettons et effa- 
çons par ces présentes tout ce en quoy son dit ayeul ou autres, ses 
prédécesseurs, pourroient avoir dérogué à la noblesse en quelque ma- 
nière que ce soit» et suivant ce réhabilité et restably, réhabilitons et réta- 
blissons le dit suppliant au dit estât de noblesse de ses prédécesseurs, 
l'annoblissant de nouveau, en tant que besoing soit, par ces présentes, 
voulans et entcndans qu'il, ses enfans et postérité masles et femelles, 
naiz et à naistre en léal mariage, aient à jouir et user, jouissent et usent 
d'ores en avant, et à tousiours comme gens nobles, en tous lieux, actes 
et bcsoignés, de tous et quelzconques honneurs, prérogatives, préémi- 
nences, libcrtez, franchises, privilèges et exemption de noblesse, dont 
les autres nobles de Nos Pays-Bas ont accoustumé de jouir, jouissent et 
jouiront, et qu'il soyent, en tous leurs faitz et actes, tenuz et reputez 
pour nobles, en touttes places en jugement, et hors d'iceluy, comme les 



372 LA FAMILLE 

déclarons et créons tels par ces présentes, et que semblablement Hz 
soient et seront capables et qualifiez pour cslre eslevez à estatz et digDî- 
tez, soit de chevallerie ou autres, et puissent et pourront en tout temps 
acquérir, avoir, posséder et tenir en tous nos Pays, signament en nos 
dits Pays-Bas, places, terres, seigneuries, rentes, revenuz, possessions et 
autres choses mouvantes de nos fîefz et arrier-fiefz, et tous autres nobles 
tènemens, et iceux prendre et tenir de nous, ou d'autres seigneurs féo- 
daux de qui ilz seront dépendans; et si aucunes des choses sus-dites ilz 
ont jà acquis, les tenir et posséder, sans eslre contrainctz de par nous ou 
d'autres les mettre hors de leurs mains, à quoy nous les habilitons cl 
rendons suffîsans et idoines par ces dictes présentes, faissans vers nous 
et nos dits hoirs et successeurs les debvoirs y appartenans, selon la na- 
ture et conditions dMceux fiefz et biens acquis ou à acquérir, et la cous- 
tume du Pays où ilz sont scituez. — Et pour démonstrer davantage la 
favorable considération qu'avons aux dits services, avons de nr« plus 
ample grâce fait et faisons par ces présentes au dit suppliant et à ses dits 
enfants et postérité, quitance, don et rémission de la finance et somme 
de deniers qui pourroit estre dette à cause de ccste présente réhabilitation 
de noblesse. Et, afin de tant plus décorer la dite noblesse et armoiries 
du dit suppliant, luy avons aussy accordé et permis, accordons et per- 
mettons par ces dites présentes, que luy et sa postérité de léal mariage, 
comme dit est, pourront d'ores en avant et perpétuellement en tous et 
quelzconcques leurs faitz, gestes et autres actes licites et honnestes, con- 
tinuer h avoir et porter les armoiries cy-dessus spécifiées, décorées d'une 
couronne d'or au lieu de bourlet, et supportées de deux lyons aussy d'or, 
ainsy qu'elles sont peinctes et figurées au blanc de ccstes. — Nonobs- 
tant quelconques ordonnances ou placcarls au contraire ausquels avons 
à ce dérogé et dérogeons par ces dites présentes. — Si ordonnons à n^^ 
lieutenant- gouverneur et capitaine général de nos dits Pays-Bas et de 
Bourg"«^, et donnons en mandement à nos très chers et féaux les gens de 
n^e Conseil d'Eslat» chef président et gens de nos privé et Grand Conseil, 
chef trésorier général et commis de nos domaines et finances, grand- 
bailly de Haynau et gens de m^ Conseil ordinaire à Mons, président et 
gens de n»"* Chambre des comptes à Lille, et à tous autres nos justiciers 
et officiers présens et à venir, et à tous autres nos subjels, qu'estant par 
les dits de nos comptes bien et deiiement procédé, comme leur mandons 
de faire à l'intérinement et vérification de ces dites présentes, selon leur 
forme et teneur, ilz facent, souffrent et laissent le dit Albert Francqué et 
sa postérité de léal mariage, de iv^ présente grâce, oclroy, réhabilitation 
de noblesse, port et décoration d'armes et de tout le contenu en ces 



FRANCQUÉ. 373 

dites présentes, plainement, paisiblement et perpétuellement jouir et 
user sans leur faire, mettre ou donner, ni souffrir estre fait, mis ou 
donné à aucun d^eux contre-dict, deslourbier ou empeschement quel- 
conque. — Bien entendu que le dit Albert Francqué sera tenu de la 
présenter, en n'« dite Chambre des comptes, à Teffet de la dite vérifica- 
tion et intérinement en-déans Tan après la date d'icelles, comme aussi 
en-déans le même terme à n»'« Roy d'armes ou autres qu'il appartiendra 
en nos dits Pays-Bas, en conformité et aux fins portez par le quinziesme 
article de l'ordonnance décrétée par feu TArchidncq Albert, le quator- 
siesme de décembre, mille six cents et seize, touchant le port des 
armoiries, timbres, titres et autres marcques d'honneur et de noblesse, 
i'un et Tautre à paine de nullité de ceste n*"^ présente ^âce, ordonnant 
à n« dit premier Roy d'armes ou à celuy qui exercera son estât en nos 
dits Pays-Bas, ensemble au Roy ou héraut d'armes de la province, qu'il 
appartiendra, de suivre en ce regard, ce que contient le règlement fait 
par ceux de n»*» Conseil privé, le deuxiesme d'octobre mille six cents 
trente-sept, au subject de l'enregistrature de nos lettres-patentes, tou- 
chant les dictes marcques d'honneur, en tenant par nos dits officiers 
d'armes respectivement notice en ces dites présentes. Car ainsi nous 
plalt-il et voulons estre fait, nonobstant quelconques ordonnance, 
statu tz, coustume, usages et autres choses au contraire, des(juelles nous 
avons relevé et dispensé, relevons et dispensons les dits de nos finances 
et comptes, et tous autres à qui ce peut toucher et regarder. Et afin que 
oc soit chose ferme et stable à tousiours. Nous Royne, en qualité susdite, 
avons signé les présentes et fait sceler du grand seel du Roy n'« fils, 
saulf en autres choses nr« droict et Taulruy en toutes. Donné en n» ville 
de Madrid, royaume de Castillc, le dix-neufîesme jour du mois de mars. 
Tan mille six cents soixante-huict, et du règne de nous Charles, le 
troîsiesme. 

(Signé) Maria Anna. 



• -^«dt ^i» <C«»Sr«^>-r^ 



VARIÉTÉS. 



Découverte d'antiquités a Cousolre. — Une découverte vient 
d'avoir lieu à Cousoire, dans une propriété limitrophe des 
communes de Grandrieu et Leugnies (villages du canton do 
Beaumont). Un cultivateur, H. Harciat, fermier à la ferme du 
Vigneux, a mis au jour, en creusant un étang, un vase en 
terre grise renfermant 300 médailles en argent de petit mo- 
dule. Seize de ces pièces m*ont été données par le proprié- 
taire ; elles sont à Teffigie de Gordien, à celles de Philippe, 
de Gallien et de Valérien. 

En parcourant le terrain qui avoisine celte ferme, j'ai 

, remarqué que le sol était parsemé de matériaux provenant 

d'anciens édifices. Cela m'autorise à croire qu'il se trouvait 

une habitation romaine en cet endroit, à l'époque déterminée 

par les médailles susdites. 

T.-A. DERNIER. 



Découverte d'antiquités a Wasmes. — Des ouvriers terras- 
siers de la Société anonyme de Pâturages et Wasmes, en 
extrayant de l'argile sur une partie de terre dite : « la taille 
aux fossés », sur Wasmes, ont découvert les vestiges d'un 
cimetière romain. 

La configuration du terrain, fortification naturelle, sa 
proximité d'un cours d'eau, tout porte à croire que cet em- 
placement a pu servir de retranchement aux légions romai - 
nés lors de la conquête des Gaules. 

S4 



376 VARIÉTÉS. 

Une pièce de monnaie de forme octogone qu'on vient de 
trouver, portant l'initiale C, précédée d*une autre lettre qu'il 
est impossible de désigner quant à présent, semble confirmer 
cette opinion. 

Les ossements qui ont encore [parfaitement conservé leurs 
formes, tombent en poussière dès qu'on les touche. 

Enfin, à quelques minutes de cet endroit, sur le territoire 
de Pâturages, se trouve un chemin fort large qui, de temps 
immémorial, porte le nom de : « rue du camp romain». Cette 
dénomination dont jusqu'ici on n'avait pas bien compris le 
sens, avait sa raison d'être et me confirme de plus en plus 
dans mon opinion. 

Tous les objets trouvés jusqu'ici sont déposés dans le 
bureau de M. Hensens, directeur-gérant de la Société. 

(Extrait d'une lettre adressée le 11 mars i876, par M. J. Colmant, bourg- 
mcslre de Wasmes, à Monsieur le Gouverneur du Hainaul, et communiquée 
par ce haut fonclionnaire au Cercle archéologique, le 18 du même mois, 
1" Division, n® 20,332.) 



Journal d'un abbé de Saint-Denis-en-Broqueroie. — La 
bibliothèque des PP. BoUandistes, à Bruxelles, possède un 
manuscrit intitulé : Journal de Martin Gouffart^ abbé de S^- 
Denys (en Broqueroy) près de Mons. C'est un in-18, sur papier, 
assez gros. Ce journal commence au 9 mars 1607 et finit en 
décembre 1667 ; il comprend pour une période de plus d'un 
demi-siècle une relation sommaire des événements qui con- 
cernent l'abbaye de Saint-Denis. Comme cette abbaye avait 
des possessions ou des droits dans un grand nombre de loca- 
lités du Hainaut, ce manuscrit fournit beaucoup de rensei- 
gnements pour l'histoire de notre province au XVII« siècle et 
sa publication serait le complément des deux chroniques de 



VARIÉTÉS. 377 

l'abbaye de Saint-Denis, éditées par feu le baron de Reiifen- 
berg, dans le tome VII des Monumeîits pour servir à l'histoire 
du Hainaut. L'auteur présente, il est vrai, une relation assez 
sèche des événements; il ne se départit de cette sécheresse que 
lorsqu'il trouve une occasion d'attaquer les jésuites. Martin 
Gouffart était janséniste. D'après une note placée sur la cou- 
verture du manuscrit, il fut élu abbé en 1646 et mourut en 
1669. (\oiv Monuments, t. VII, pp. 633-637.) 

E. MATTHIEU. 



Les Rhétoriciens de Mons. — « Pour fraix et despenses fais 
c< par M® Anthoine Becku, prestre, et aultres compaignons, 
a eulx meslans de réthorique, lesquels estoient commis à 
« composer les dictiers des hours et histoires à la venue de 
ce Monsgr.,iceUe despense faicteenla maison Jehan le Francq. 
xliiijs. » 

(Extrait du compte de la dépense faite par la ville de Mons, à Toccasion 
de rentrée du prince Charles d'Espagne, le i2 octobre 1515.) 



Le monument funèbre de Charles Daelman. — Charles-Chis- 
lain Daelman, célèbre théologien montois, fut président du 
collège du pape Adrien VI à Louvain et professeur de théolo- 
gie de cette Université. Il mourut à Louvain le 31 décembre 
1731* et fut inhumé en l'église de Saint-Pierre de cette ville, 
où une pierre tumulaire placée au pied de l'autel de S'-Charles 
Borromée rappelle encore sa mémoire. Son épitaphe est peu 
connue; elle est surmontée des arme» dd la famille Daelman, 

1 . Son éloge funèbre fut prononcé par Jean Stoupy, de Thuin. 



378 VARIÉTÉS. 

portant : d*or, au chevron d*azur, accompagné en chef d'une 
étoile et d'un croissant de gueules, et en pointe d'une rose de 
même, feuillée de sinople. L*écu timbré d'un casque d'argent, 
grillé et liseré d'or, orné de son bourrelet et de ses lambre- 
quins d'or et d'azur, et au-dessus en cimier, une étoile de 
gueules, entre un vol d'or. Au-dessous on lit la devise : Sine 
valle Daelman. 

CAROLUS GISLENUS DAELMAN 

MONTENSIS, GENERE NOBILIS, NOBILIOR 

VIRTUTE, SAPIENTIA NOBILISSIMUS, 

S. THEOL. DOCTOR EXIMIUS INTER EXIMIOS. 

REGENS FACULTATIS, PRINARIUS PROFESSOR, 

PRiECES GOLLEGU PONTIFICIS, CANONICUS 

S. PETRI LOVANII ET S. GERTRUDIS NIVIGELLIS, 

THEOLOGIE LUMEN GLARISSIMUM ET 

SPLENDIDISSUM, SGHOL^ REX 

GUI NULLA SiEGULA MAIOREM DEDERUNT; 

QUOD TESTANTUR TAM LEGT10NES, QUAM 

SCRIPTA PUBLIGA QU^ IPSUM FEGERUNT 

IMMORTALEM. PRO NOBILITATE MORATUS, 

REGTUS, INTREPIDUS, GRAVIS, TOTUS 

IRRETORTUS, AGADEMIiG LINGUiG CONSILIUM 

PRAESIDIUM, RARA APUD PRINCIPES GRATIA. 

SJEPE RECTOR, S^EPE DEPUTATUS, UTRINQUE 

MIRIFIGUS. OMNIA GESSIT INGREBILI 

PAGILITATE. NOMINATUS ET lAM PRIMO 

LOGO AD EPISGOPATUS NAMURGBNSEM, 

GANDAVENSEM ET TORNAGENSEM SUBTERFUGIT. 

OBIIT A®. AETATIS 61, X^^^, «1 A®. 1731. 

R. I. P. 

Ce n'est pas le seul souvenir que conserve Louvain du pro- 
fesseur montois : un portrait de Daelman existe au Musée 
académique de l'Université catholique. (N«B9 du catalogue.) 



VARIÉTÉS. 379 

La famille de ce théologien, annoblie par lettres patentes 
du 30 mars 1705, est originaire d*Enghien ; plusieurs de ses 
membres furent inhumés dans Téglise paroissiale de celte 
petite ville, devant la chapelle de N.-D. du Rosaire où Ton 
voit encore ces mots sur une pierre tombale : 

MONUMENTUM 
FAMlLIi£ DAELMAN. 

Les armoiries de la famille surmontent celte inscription. 

E. MATTHIEU. 



Liste des prisonniers du chatel de mons, le 15 brumaire, 3* 
année républicaine ^ 

« Entré Arnoux Rivière, conduit par un caporal, par ordre 
du citoyen Lamotze. 
c( Sortis 

« L'abbé de Cambron, par ordre du citoyen Lamotze. 

« Hossart, par ordre du citoyen Vanderpepen, et un autre 
municipal. 

(c Dom Gillain de Cambron. 

« L^abbesse, la prieuse et une religieuse d'Ath. 

c( Le prieur et deux religieux de Bonne-Espérance. 

a Le prieur et deux religieux de Sainl-Feuillen. 

ce La prieuse et une religieuse de Ghilengien. 

ce La sous-prieuse et deux religieuses d'Epinlieu. 

ce C. Demarbay, ex-avocat. 

ce Dusausois, idem. 

ce Wilmet, curé de Sainte-Elisabeth. 

ce Corné, abbé du Val, par ordre du citoyen Lamotze. 

ce Sorti Charles Legrand, par ordre du tribunal criminel. 

i. 5 novembre 1794. 



380 VARIÉTÉS. 

« Le 47 dito. 
(( Entré le cuisinier de Thâpital national, conduit par un 
caporal et un volontaire, pour quatre jours, par ordre du 
commissaire de guerre Devaux. 

c( Sortie Tabbesse de Ghilengien, pour aller rester chez 
Petit, à la GrandVue, n« 86, par ordre du citoyen Lamotze. 

(Signé) LEBLANC. » 
Archives de l'Etat, à Mons. (Papiers divers.) 



Extraits de l'inventaire sommaire des archives départemen- 
tales DE LILLE. (Chambre des comptes.) — Les documents 
qui se rapportent à Thistoire de Mons et que renferme 
le dépôt des archives départementales de Lille sont en très 
grand nombre ; généralement on ne connaît pas cette source 
féconde, non plus que le i^ volume de Y Inventaire pnhWé en 
1865 par M. Desplanque : c'est ce qui m*engage à signaler à 
Tattention de MM. les membres du Cercle archéologique qui 
recherchent spécialement les souvenirs de nos vieilles annales 
montoises, les quelques extraits suivants :' puissent-ils les 
engager à aller puiser à cette mine riche et trop peu connue ! 

1432, avril-juillet. — Voici un document qui se rattache à 
Tancien hôtel de Naast : « Procès-verbal d'inspection par 
Robert Coëspe, correcteur des comptes du pays de Hainaut, 
et par Simon Nockacrt, clerc du bailliage d'icellui, de dix 
sacs de titres reposant dans une huche à deux serrures, 
ce ledicte huge estant en le tour quarrée de Tostel de nostre 
« sire à Mons, au moyen estage d'icelle tour, à laquelle on ne 
« peut venir sans passer deux huisseries. » 
Seclion B, carton U9i. — Inventaire^ 1. 1, p. 360. 

1445, septembre-décembre. — Quittances par Colart Beau- 
cant, marchand détailleur de draps, demeurant à Vaiencien- 



VARIÉTÉS. 38 

nés, d'une somme de 289 livres 16 sous, « qui deue lui estoit 
a pour la vente de 150 ausnez de drap vermeil à faire robbes 
« de livrée aux officiers du païs de Haynneau, c*est assavoir : 
(c au receveur-général, à ses lieutenans de Mons, de Valen- 
ce ciennes^ de Hal, de Braynne, de Bouchain, de Bavay, de 
ce Beaumont, de Funaing,du Quesnoy, d*Ath et de Binch^aux 
ce maistres machon, carpentier, fossoyeur, aux deux mesu- 
c< reurs^ au maîeur de Valenciennes, aux clercs des comptes 
ce et de la dicte recepte, au sergent de le feste et à la garde 
ce de l'orloge du castel de Hons, et ce, pour la feste de Pas- 
ce ques charnelz^ » 

Section B, carton 1544. — Inventaire^ 1. 1, p. 424. 

1446, août 'décembre, — Quittance par les religieuses de 
Notre-Dame de Bethléem, de l'ordre de Saint-Victor, lez la 
ville de Mons, d*une somme de 30 livres : a qui deue nous 
ce estoit par monseigneur le duc de Bourgogne, pour bois 
ce qu'il nous avoit donné de sa grâce espécialle, jusques à la 
ce valleur de ladiclc somme, à prendre en ses bois dudit 
ce Hons, pour tourner et convertir es réparations et soustè- 
ec nements de nostre église, dortoir, granges et édifices, et 
ce non ailleurs, sous peine de le recouvrer sur nous, se trouvé 
ce estoit que autrement en feyssions. » 

Section B, carton i547. -^Inventaire, 1. 1, p. 429. 

1447, avril-juillet, — Un prévôt de Sainte-Waudru, An- 
toine Haneron, fut un des précepteurs du comte de Charo- 
lois, comme il appert de ce document : <( Quittance par 
Antoine Haneron, prévôt de Sainte-Waudru de Mons, d'une 
somme de 200 livres, « que monseigneur le duc de Bourgo- 
(( gne m*a ordonné prendre de pension, durant ce que je suis 
e( maistre d'escole de monseigneur de Charrolois. » 

Section B, carton iS49. — Inventaire, 1. 1, p. 432. 

E. M. 
1 . Pasqties chamelz, le jour de Pâques. 



382 VAHIÊTÊS. 

RECUEfL DB PLANS, PAR PlERRE LePOIVRE, DE HONS. — Il existe 

à la Bibliothèque royale de Bruxelles (2* section), un manus- 
crit, extrêmement curieux, ainsi désigné dans Tlnventaire (n* 
19611^): Recueil de plans de batailles^ sièges^ combats, etc., pen- 
dant les règnes de Charles-Quint, Philippe II, Albeit et Isabelle, 
exécutés par Pierre Lepoivre, architecte et ingénieur de S. M., 
de 1616 à 1619. In-f». — En tête du volume, est placé le 
portrait de Le Poivre, géographe habile, qui naquit à Mons, 
au XVI' siècle, et qui appartenait à une famille distinguée 
de cette ville. 

Voici indication de ceux des plans composant ce magni- 
fique volume, qui concernent des localités de la province 
actuelle de Hainaut : 

Disposition de l'aimée de S, A. Femand, duc d'Albe. 

C'est une vue du siège de Mons de 1573. 

Description topographique de la rivière de Haine. 

Le chasteau d'Havre. 

Ce dessin représente le siège du château d*Havré, en 1878; 
il est reproduit, en partie, dans Touvrage publié par la 
Société des Bibliophiles belges, sous ce litre : Description de 
Vassiette, maison et marquisat d'Havre. Mons. Dequesne-Mas- 
quillier. 1874. In-8\ 

La ville de Binche assiégée par le duc d'Aleticon, 

Ce plan sera prochainement édité par la Sociélè des Biblio- 
philes belges, séant à Mons, n^ 25 de ses publications. 

Description de la ville de S. Ghislain, 

Description du siège de la ville de Tournay. 

Description de la province et seigneurie du pais du Toumésis. 

C. R. 



variétés. 383 

L'Image et u Chapelle de N.-D. de Cambron, a Mons. — 
L*aDDée dernière\ Ton a replacé, en Téglise paroissiale de 
Sainte-ÉIisabeth, la statue de N.-D. de Cambron, qui était 
anciennement Tobjet d'une grande vénération dans un ora- 
toire élevé, en 1551, hors la porte du Parc. Cette statue en 
bois est due au ciseau d*un «tailleur d'images», du XVI« siècle, 
dont le nom est resté inconnu. Elle a été restaurée avec goût 
par M. Auguste De Baisieux, artiste-sculpteur en notre ville, 
qui a su respecter l'œuvre primitive. Une niche de style ogi- 
val (chêne et or), abrite cette image miraculeuse de la Vierge 
Marie. 

L'origine du culte de la Vierge sous le vocable de N.-D. de 
Cambron, et l'histoire de la chapelle érigée en son honneur 
à Mons, ont été retracées par des membres de notre Cercle, 
MM. Félix Hachez, Léopold Devillers et Théophile Lejeune, 
dans d'intéressantes publications auxquelles nous renvoyons 
le lecteur*. Nous nous bornerons, ici, à citer quelques faits 
qui avaient échappé aux savantes investigations de ces esti- 
mables collègues, et que nous avons découverts dans des 
documents reposant aux Archives communales de Mons'. 

i. Voyez Le Hainauty journal de Mons, numéro du 21 juillet 1875. 

2. F. Hachez. Essai sur la résidence à Mons des Juifs et des Lombards. 
Mons, Manet, 1893. In-8% pp. 15 et suiv. — L. Devillers. La chapelle de 
N,'D. de Cambron^ à Mons, Annales de rAcadémie d*Archéologie de 
Belgique, lomc XIX, pp. 506 et suiv. — Théophile Lejeune. La Vierge 
miraculeuse de Cambron. Annales du Cercle archéologique de Mons, 
tome vu, pp. 67 et suiv. — Le môme. Notice historique sur la Vierge 
miraculeuse de Cambron et stir la chapelle érigée en son honneur à 
Estinnes-aU'Mont. Ëcaussinnes. 1872. In-12. 

5. Les Échcvins de Mons étaient administrateurs du temporel de la 
chapelle de N.-D. de Cambron. Les comptes des « commis à la recette 
des hiens » de cette chapelle, étaient, chaque année, soumis à Tapproba- 
tion du Magistrat. C'est pourquoi Ton conserve à THôtel-de-ville une col- 
lection assez complète de ces comptes. 24* 



884 VARIÉTÉS. 

La chapelle était ornée d'un tableau, partagé en seize com- 
partiments offrant, chacun, une des scènes de la légende de la 
Vierge miraculeuse de Cambron; au-dessous de chaque des- 
sin, on lisait une explication en vers, dont M. Devillerset, 
après lui, M. Lejeune, ont reproduit le texte. Le nom deTar- 
liste qui créa cette œuvre, était demeuré inconnu jusqu'à ce 
jour. Un compte de 1862-1568 nous révèle que c*est « Jehao 
de Paramelle, peintre, » qui a fait cette « pourtraiture », pour 
le prix stipulé de 20 livres tournois, à cause de « son grand 
labeur. » La veuve Christophe Noël avait fourni 13 aunes de 
toile, « pour peindre Thistoire et miracle de la Vierge Marie.» 
On voit, par là, que le tableau exécuté par Jean de Pammelle 
était de grande dimension. 

Le même peintre c< acheva aussi la tabled*autel de dorures.» 
D*après le compte de cette année, 1562, l'orfèvre Jean 
Sandrart obtint 18 livres 8 sols pour faire la châsse d'argent, 
destinée à recevoir la relique de la Sainte-Épine. 

Pendant le siège de Mons, de 1572, la chapelle fut « ruinée 
par les ennemis de la foy chrestienne. » Elle fut reconstruite, 
au moyen des dons « de gens de bien », et à l'aide du produit 
de collectes faites en ville. Le 1^' mai 1584, eut lieu la céré- 
monie de la consécration du nouvel oratoire par Monseigneur 
l'archevêque de Cambrai. 

En 1596, le 2 du mois d'août, une pieuse dame, Antoinette 
Sapvreux, veuve de Gilles De Le Vigne, avocat, fit un legs 
important pour la fondation d'une messe à célébrer, chaque 
jour et à perpétuité, dans la chapelle. Sa libéralité compre- 
nait, entre autres biens, « l'héritage d'un prêt à foen et wain, 
gisant près la porte du Parc, sur lequel la ditte chappelle est 
assize, contenant ung bonnier ou environ^ » La première des 

1. Un chassereau, formé en 1726, des biens appartenant à la chapelle 
de Cambron, renferme cette mention : « N. Descamps tient de louage un 
bonnier de terre, sis à la porte du Parcq, tenant au Boulevarl, à M. An- 



VARIÉTÉS. 38S 

messes fondées par Antoinette Sapvreux, fut dite le 1*' octobre 
1596. 

Uoe neuve cloche fut placée, en 1620; elle était Tœuvre de 
a Jehan Grognart, célèbre fondeur de Hons, qui a fondu la 
cloche du Château. » 

Un différend s*éleva, en 1691, devant la Cour souveraine de 
Hainaut, entre les Confrères et maîtres de la musique de la 
chapelle de N.-D. de Cambron, demandeurs, et les Échevins 
de Mons, intimés. Les Confrères réclamaient le titre d'une 
rente annuelle de cent florins que leur avait cédée le sieur 
Émérique-François Lecocq, prêtre, par acte de donation entre- 
vifs, du 15 novembre 1685, « pour subvenir aux frais, tant 
pour les messes qui se font les samedis en musique et les 
sept fêtes de la Vierge, pour des livres, cordes de violon, pour 
satisfaire quelques musiciens que Ton pourra avoir, que 
toutesautres choses nécessaires au doxal, laissant la maniance 
(delà rente) aux maîtres musiciens de la Confrérie^ » 

Rappelons, à ce propos, que jusqu'à l'époque de la suppres- 
sion de ce sanctuaire, à la ^n du siècle dernier, les membres 
de l'Académie de musique de la ville de Mons, y chantaient 
une messe tous les samedis. 

Le mobilier de la chapelle était riche, surtout en bijoux et 
objets d'art, offerts à la Vierge par la piété des fidèles. Il fut 
publiquement vendu, ainsi qu'il résulte d'un procès-verbal, 
en date du 21 prairial an VI (9 juin 1798), qui est conservé 
aux Archives communales de Mons. 

Charles ROUSSELLE. 



siau, h la rivière de la Haine et au pont de la chaussée allant à Ghlin. » Ce 
qui nous indique la silualion de la chapelle, laquelle fut entièrement dé- 
molie, en 1817, lors de la conslruciion des forliiications de Mons. 

1. Ârch. de TElal, à Mons. Cour souveraine de Hainaut; Procès jugés, 
dossier n» 4S013. ^ Registres aux dictum^ à la date du 25 octobre 1694. 



886 VARIÉTÉS. 

Murs de la première enceinte de Mons. — En exécutant une 
tranchée nécessaire à Tégoût public, les ouvriers ont mis 
à découvert, le 3 août 1876, dans le carrefour de notre 
grand'place formé par les rues d'Havre, de la Chaussée et des 
Clercs, un fragment considérable d'une muraille ancienne. 
Cette muraille, trouvée à un mètre environ du niveau actuel, 
s'étend sur une longueur de quatre à cinq mètres ; la partie 
mise à nu commençait dans l'alignement des maisons de la 
rue de la Coupe en face Je l'habitation portant le n^ 33 et se 
dirigeait vers la rue d'Havre. 

Ces substructions formées de gros moellons bruts appar- 
tiennent incontestablement au XIII^ siècle. On était donc en 
présence d'un ouvrage delà première enceinte fortifiée de 
Mons. De quelle nature était cet ouvrage ? C'est une question 
assez difficile à élucider. Il nous parait permis de conjecturer 
que les substructions découvertes étaient les fondations d'un 
ouvrage avancé de l'enceinte primitive de Mons. Gislebert^ 
nous apprend que, dans les fortifications élevées par Bau- 
douin V, il existait vers le bas de la rue des Clercs une porte 
nommée Porte du Marché (porta foris). Cette porte, d'après 
des conjectures étayées sur la direction des vestiges qui nous 
restent des murs de Baudouin V, devait se trouver non loin du 
lieu de jonction des rues de la Poterie et des Clercs. H devait 
donc rester entre celte porte et les substructions récemment 
découvertes, un emplacement assez étendu où se tint peut- 
être le marché. Cet emplacement n'aurait-il pas été protégé 
par la forte construction dont on vient de rencontrer les soli- 
des fondations ? 

Aucun écrivain ne fait mention de cet ouvrage fortifié. 

M. Hachez a rappelé, dans un des derniers bulletins de 
nos séances (3' série, p. 169), l'existence dans la cour de la 



i. Édition du marquis du Ghasleler, p. 138. 



VARIÉTÉS. 387 

maison dile la Botte Rouge^ rue d*Enghien, et dans celle de 
Testaminet la Grappe de Raisin, au coin de ]a rue des Clercs, 
de constructions qui pourraient avoir fait partie des murs 
d'enceinte. 

Un reste plus important de ces premières fortifications se 
voit encore dans la maison n*» 3 de la rue Cronque* ; il 
comprend une muraille en grès fort épaisse, servant de sépa- 
ration entre cette demeure et la maison portant le n<> 2 de 
la rue des Gades et de la maison n° 1 de la rue Cronque. 
Ajoutons que, lors de la reconstruction toute récente de la 
maison n^ 8 de cette rue, on a rencontré des fondations en 
grès qui pourraient dater aussi du XIII*' siècle. 

Ces constructions ne se rattacheraient-elles pas au mur dé- 
couvert sur la Grand'Place? C'est une question qu'il ne serait 
pas inutile d'élucider et sur laquelle je me permets d'appeler 
l'attention de mes honorables collègues du Cercle. 

E. MATTHIEU. 



1. Cette maison est actuellement occupée par M. le capitaine pen- 
sionné Lemerellc. 



CORRESPON D ANCE. 



DÉCOUVERTES D'ANTIQUITÊS 
A ESTINNES-AU-MONT ET A VELLEREILLE-LE-SEC. 

Monsieur le Président, 

Vous avez accueilli avec tant de bienveillance mes commu- 
nications sur l'histoire des Ëstinnes pendant la période 
romaine, que je prends de nouveau la liberté de signaler à 
Tattention de mes collègues du Cercle quelques trouvailles 
de rage préhistorique faites en ma paroisse et en celle de 
Vellereille-le-Sec. 

Dans ma dernière lettre, j'émettais cette opinion : que la 
commune d*Estinnes-au-Mont avait été hh ^<) ou du moins 
visitée par les populations préhistorique âge de pierre; 

quelques haches en silex trouvées en d' idroits de notre 

territoire rendaient cette opinion plausil >ujourd*hui elle 
est devenue certaine. Sur les indications de . onsieur Cornet, 
notre estimable collègue à l'œil de qui rien n'échappe, j'ai 
exploré les terrains situés entre la station d'Estinnes-Haul- 
chin et le clocher de ma paroisse, et là sur une étendue de 
quelques hectares, à peu de distance de la rivière, de nom- 
breux débris de silex jonchent le sol. J'en ai recueilli quelques 
centaines, parmi les plus remarquables, consistant en haches 
taillées et polies, grattoirs, couteaux, etc., tout l'attirail d'une 
peuplade de l'âge de pierre. 

Monsieur Cornet a bien voulu orner ma collection d'une 
hache polie trouvée par lui-même au même endroit, et qui 
peut passer pour un petit chef d'œuvre de travail et un mi- 



V 



S90 CORRESPONDANCE. 

racle de conservation. Je la placerai sous vos yeux à ma pro- 
chaine visite. Tous ces silex, sauf quelques rares morceaux 
qui décèlent une origine étrangère, proviennent de Fatelier 
de Spiennes. 

Quelques mois apr$s cette découverte, j'ai eu le plaisir de 
rencontrer M. le docteur Cloquet, qui m*a dit avoir recueilli 
des silex taillés sur le territoire de la commune de Velle- 
reille-le-Sec. J'ai profité d'un loisir pour explorer cette localité 
et là aussi, sur une éminence située au midi du village actuel, 
j'ai rencontré des itiarques certaines d'habitations de l'âge 
de pierre. Des milliers d'éclats de silex se trouvent sur tous 
les terrains avoisinant la motte. J'ai recueilli de nombreux 
échantillons de haches taillées et surtout de haches polies, 
couteaux, poinçons, grattoirs, etc., etc. Tous ces objets sont 
identiques de forme et de fabrique à ceux des stations préhis- 
toriques de Spiennes et du bois de Mons. Le silex provient 
des carrières de Spiennes. 

Ces deux stations préhistoriques d'Estinnes-au-Mont et de 
Vellereîllô-Ie-Sec, situées en des lieux élevés, appuient l'opi- 
nion de quelques auteurs affirmant que les peuplades de l'âge 
de pierre choisissaient de préférence les lieux élevés, décou- 
verts, à peu de distance d'une rivière ou d'une source, pour 
se mettre plus facilement à l'abri des attaques des bêtes sau- 
vages et pouvoir correspondre entre elles par des signaux. 
C'est ainsi que des habitations des Estinnes et de Vellereille, 
on peut apercevoir les stations de Spiennes, du bois de Mons, 
du Rœulx, de Mont-Sainte-Aldegonde, et correspondre en cas 
de besoin au moyen de feux allumés. 

DeVellereille-le-Sec, un seul intermédiaire, qui se rencon- 
trera sans doute, nous manque pour tendre la main à 
M. Debove, d'Elouges, le grand explorateur qui a exhumé les 
préhistoriques, les Romains et les Francs ensevelis côte à 
côte. 



correspondance:. 391 

Agréez, Monsieur le Président, l'assurance de mes senti- 
ments les plus distingués. 

Louis LAIREIN. 
Estinnes-au-Mont, le 4i octobre 1876. 



TABLE DES MATIERES. 



Pages. 

Liste des membres du Cercle, au !«' décembre 1876 V 

Histoire de Tabbaye de Cambron, par M. Clément Monnier ... 1 
Particularités sur la ville de Hal, par M. Louis Everaert. L Armoi- 
ries et sceaux communaux 5*^ 

ir. Assaut de 1580 ^^^ 

III. Peintures murales du XV« siècle, découvertes dans 
réglise de Notre-Dame ^^ 

IV. Personnat de Hal ^^ 

V. La cure ^^ 

Notice sur le village de Lcmbecq, par le même 331 

Notice sur la famille Francqué, par M. E. Fourdin 357 

Variétés.— Découverte d'antiquités à Cousolre, par M. Bernier. 375 
Découverte d'antiquités à Wasmes, par M. J. Colmant .... 375 
Journal d'un abbé de Saint-DenIs-en-Broquerole, par M. E. Mat- 
thieu 376 

Les Rhétoriciens de Mons 377 

Le monument funèbre de Charles Daelman, par M E. Mattliieu . 377 

Liste des prisonniers du châtri de Mons (1794) 379 

Extraits de l'inventaire sommaire des archives départementales 

de Lille : •. • 380 

Recueil de plans,par Pierre Lepoivre, de Mons. (Communication 

deM.CJiariesRjusselie) 382 

L'image et la chapelle de N.-D. de Cambron, à Mons, par 

M. Charles Rousseile ^^ 

Murs de la première enceinte de Mons, par M. E. iMatthieu. . . 386 

CORRESPONDANCE. — Lettre de M. l'abbé Lairein concernant des 

fouilles faites à Estinnes-au-Mont et à VeUereille-le-Sec. . . 389 



394 TABLE DES MATIÈRES. 

GRAVURES. 

En regard de la page : 

Armoiries de Tabbaye de Cambron 1 

L'abbaye de Cambron, d*après un plan levé vers 1784 (n° 297 de 
rinvcnlaire imprimé des cartes et plans du dépôt des archi- 
ves de rËlat, à Mons) 253 

Plan terrestre de la même abbaye 304 

Le château de Lembecq 33t 

VIGNETTES DANS LE TEXTE. 

Pages. 

Sceau de la ville de Hal 317 

Autre sceau de la môme ville. 318 

Sceau moderne idem 320 

Inscription dans Véglisc de Hal 322 

Sceau de Lembecq 341 

Autre sceau de la môme commune 342